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REVUE D'ALSACE
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REVUE D'ALSACE
VINGT-DEUXIEME ANNEE
TOME XXir« ET A DE LA NOUVELLE SERIE
COLMAR ET BELFORT
AUX BURBAUX DE LA REVUE D'ALSACE
1871
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(il s /. 3. if
Harvard Collège Library
APR 18 1908
Hohenzollern Collection
Gift of A. C. Cooridge
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NOTE DE LA DIRECTION
La guerre a interrompu la publication pendant Tannée 1871. Une
lacune existait dans la collection du Recueil. Nous comblons cette
lacune au moyen de la première édition d'un travail spécial concernant la
partie restée française du Haut-Rhin.
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BELFORT
ET
SON TERRITOIRE
Pi£
LA DIREOTION DE LA BEVUE D'ALSACE
PREMIÈ3RE ÉDITION
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AVANT-PROPOS
Le pays que l'on appelle la trouée de Belfort fut de tout
temps le théâtre des premiers conflits qui ont surgi entre
les populations aborigènes et les populations esclaves du
mouvement opposé au sens de la rotation terrestre. De
tout temps encore, ces conflits ont engendré des souffrances
cruelles sur ce sol, et des épreuves particulièrement doulou-
reuses pour les familles. Mais, comme rien n'est éternel en
ce monde, le temps adoucit les souffrances morales et se
charge de corriger les abus de la force.
Quand au bruit de la guerre a succédé le calme de la vie
régulière, on aime à revenir sur le passé ; on aime à
remonter aussi loin que possible le cours des siècles, afin de
mieux se rendre compte de la filiation des conflits, de leurs
causes et de leurs conséquences. Le penseur en dégage sa
philosophie, le politique sa règle de conduite. C'est surtout
à ce point de vue que l'étude de l'histoire locale, aux
pays frontières, pourrait devenir instructive et parfois
attrayante.
La monographie que nous offrons au public du terri-
toire ne saurait avoir la prétention de s'élever à ces hauteurs :
c'est aux Umites d'une exploration élémentaire, laborieuse
et ingrate que l'auteur a voulu la circonscrire. S'il n'ose se
flatter d'en avoir rendu la lecture intéressante pour les
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. — X —
intelligences habituées à se mouvoir dans les généralités de
l'histoire, il peut du moins se rendre la justice d'avoir
fait des efforts pour répandre quelque lumière sur un passé
inconnu et pour ouvrir la voie à des travaux meilleurs.
Demander à nos anciens auteurs alsaciens les infor-
mations spéciales que leurs ouvrages peuvent donner sur
nos villes, sur quelques-uns de nos villages ; compulser
nos anciennes chroniques ; interroger notre diplomatique,
lire les titres et en extraire la substance utile ; voir autant
que possible par soi-même, afin de vérifier ce qui a été
écrit, ce que la tradition professe, ce qu'elle néglige ou
n'aperçoit plus ; donner asile à des actes de la vie popu-
laire, dédaignés ou négligés ; recueillir de toutes parts les
faits et les souvenirs^ retenir ce qui paraît conforme à la
vérité et écarter ce qui paraît entaché d'erreur, tel est le
travail préparatoire auquel il a fallu se livrer avant de
songer à mettre en œuvre les matériaux rassemblés.
Le labeur de la mise en œuvre est surtout propre à
mettre en évidence la pénurie des documents susceptibles
d'être utiUsés. Nous aurions, dès les premiers moments,
renoncé à ce travail, si nous n'avions réfléchi qu'en
pareille matière, il faut avoir le courage de se présenter au
pubhc avec ce que l'on a. L'exemple suscite des imitateurs
et les nombreuses lacunes que l'on a dû laisser subsister
se comblent peu à peu au moyen de nouvelles recherches
et de nouvelles découvertes ; les erreurs commises se recti-
fient, la science historique gagne du terrain. N'y eût-il que
^^i.i« ^ — îi - îj^„«f;^r» à f;ïîpp. vair^î»* «*^^^ ^"<^tifiera,
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XI —
Si la pensée d'en faire un œuvre d'éruditon, nous fût
venue, nous aurions observé certaines règles qui sont
négligées. La moitié des pages serait remplie d'annota-
tions renvoyant aux sources. ' Mais, ce travail ayant été
entrepris dans un but plus modeste, nous avons cru pou-
voir nous dispenser de l'accompagner d'un appendice
fastidieux pour la majorité des lecteurs ; d'ailleurs, les
sources les plus importantes sont indiquées dans beaucoup
de notices, ce qui ne doit pas nous empêcher de répéter ici
quels sont les ouvrages qui nous ont fourni la plus grande
somme de renseignements : ce sont nos auteurs alsaciens
les plus autorisés du siècle dernier et des siècles précé-
dents ; parmi nos auteurs contemporains, ce sont : la
publication par la République helvétique des Monuments de
Vancien évêché de Baie, patronnée par M. Aug. Quiquerez
et préparée par MM. Trouillat et Vautrey ; les travaux de
M. Henri Bardy dans la Revue d'Alsace ; V Histoire inédite
et qui nous a été gracieusement communiquée, des comtes
de Montbéliard, par M. P. E. Tuefferd ; les diverses publi-
cations de M. Aug. Quiquerez, parmi lesquelles son
•Histoire des comtes de Ferrette et son Age du fer; le
Dictionnaire topographique de M. Stoffel, dont aucun
travailleur sérieux ne peut se passer ; d'autres ouvrages
se rattachant moins directement à notre sujet et dont l'in-
dication fatiguerait l'attention du lecteur, et enfin V Armoriai
général de France pour les armoiries, dont la copie fidèle
nous a été facilitée par le concours, toujours aimable et
patriotique, de M. Anatole Barthélémy.
Belfort, le V Juin 1877.
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2.
Belfort-Cojnte.
Belfort - Chapitre.
Belfort -ville.
Bourogne- Seigneurie
B ourogne- cornirame .
GiaTidvillars -Seigneurie .
Citra itohlS A .lo.VtMV* B«dtr à Ci*Mii|llMiM .
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ô,
Florimont - S eigneurie .
FoTissemagne - S eigneurie .
10.
Ang e ot-Vaut}\iermont .
Arqi
lesans.
11
12
Bavilliers -Perouse .
Bess encourt.
Chromoliritajf .Vticv* B«d«r &c!*MidhouM .
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13.
14.
CKatenois.
Chaux-La-Chapelle-soiis- Chaux.
15.
16.
Chêvremont.
Danjoutin-Trétudans.
17.
18.
Délie
Etueffont
CHMmel.riiogp.V<M«« B*d«i>ft Cf NulhoHM.
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19.
20.
Font aine.
Giromagny.
21.
22.
Grosmagiw^- Sermamagny .
Meroux-Yézelois.
23.
24.
MoRtreux-Château.
Novillars.
Chromoliihogr.Viiuv* B«dtrftC!*l
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25. 26.
Récliésj. Roppe.
ChromoUttio^r. V«wYt Badn iC' MulhouM
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NOTIONS GÉNÉRALES
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NOTIONS GÉNÉRALES
Temps préhistoriques.
Au commencement de la période à laquelle la science donne
le nom d^époque quaternaire du globe, de puissants soulève-
ments déchirèrent l'écorce terrestre et firent surgir les chaînes
de montagnes, les ondulations qui donnèrent à la surface un
relief qui n'a point cessé de se modifier insensiblement chaque
jour, pour arriver au relief que cette surface présente actuelle-
ment Des masses d'eaux entraînèrent, dans toutes les direc-
tions, des débris de roches, des cailloux et des limons dont le
mélange a formé la dernière couche, connue sous le nom de
terrain quaternaire ou Diluvium.
On a découvert dans ce terrain des vestiges de l'homme, et
Ton a conclu qu'il a vécu avec les monstres disparus de l'époque
tertiaire, c'est-à-dire en même temps que la végétation mono-
cotylédone dont MM. Muston et Parisot ont découvert des
empreintes dans les schistes de Froidefontaine.
Après ces cataclysmes, le calme se rétablit et la nature
animée reprend son cours. Mais la scène et les conditions
atmosphériques avaient changé. A la place des monstres de
l'époque tertiaire parurent les animaux des cavernes, le lion,
l'hyène, l'ours, le mammouth, l'hippopotame, le rhinocéros et
avec eux encore la végétation dycotylédone, ainsi que l'homme
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4 NOTIONS GÉNÉRALES
avec le cheval, le bos = bœuf, le renne et le chien dont il
devait faire ses serviteurs et ses amis.
Un refroidissement, inexpliqué jusqu'à présent, survient et
d'immenses glaciers couvrent les surfaces mises au jour par les
soulèvements. C'est alors que, dans nos régions, périrent les
animaux des cavernes, le lion, l'hyène, l'ours, le mammouth,
le rhinocéros et autres.
Les blocs erratiques, les moraines, les roches striées sont
considérés comme des preuves irrécusables de la période
glaciaire.
Peu à peu l'atmosphère s'adoucit, les glaces fondent et la
surface acquiert de la fertilité. L'homme et les animaux qui
ont échappé aux cataclysmes et résisté aux rigueurs glaciaires
se multiplient rapidement.
Toutefois la fin de l'époque quaternaire est encore troublée
par des tressaillements; de nouvelles montagnes, de nouvelles
ondulations de la surface surgissent; des volcans jettent des
flammes et répandent la roche volcanique que l'on rencontre
autour des entonnoirs qui leur servaient de cratères. Des
déluges partiels d'eau douce couvrent des pays entiers et
anéantissent leurs populations. Mais enfin un ^and apaise-
ment se fait et l'époque actuelle déroule devant nous ses phé-
nomènes lents par le transport des alluvions, produits de la
décomposition ou de la désagrégation des roches et des mon-
tagnes dont les pics s'abaissent et s'arrondissent insensible-
ment. ^ I
On est d'accord pour reconnaître que dans notre contrée |
l'homme a vécu pendant toute l'époque quaternaire; qu'il
vivait à l'état sauvage, habit^iit les cavernes et se contruisait
aussi des huttes; qu'il était de petite taille, que ses os étaient
épais et qu'il était doué d'une grande force musculaire; que
son crâne était petit, rond et court; qu'il avait les mâchoires
très développées, les narines larges, les arcades alvéolaires
saillantes, les dents obliques, et que tous ces caractères in-
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NOTIONS GÉNÉRALES 5
dîquent un type humain inférieur, en un mot qu'il était brachi-
cephah, ou correspondant au type Lapon.
Ces premiers hommes n'avaient d'autres armes que des
bâtons dans lesquels ils fixaient des morceaux de silex, taillés
grossièrement, pour se défendre contre les animaux qui les
attaquaient, ou qu'ils attaquaient eux-mêmes pour se nourrir
de leur chair et se couvrir de leurs peaux. Ces premiers
hommes connaissaient l'usage du feu.
Les preuves les plus nombreuses de l'existence de l'homme
pendant la période quaternaire sont tirées des découvertes
faites dans les cavernes, remplies d'argile, de sables, de gra-
viers, en un mot de diluvium. Ce terrain est habituellement
recouvert de stalagmites qu'il faut briser pour le fouiller.
C'est dans ces dépôts que sont enfouis les ossements de l'ours,
du lion, de l'hyène, du cerf, du bos et des ossements humains
appartenant aux individus dont il est précédemment parlé, et
avec ces ossements les débris de leur industrie primitive, tels
que haches, couteaux, racloirs et pointes de flèches en silex.
Notre contrée est remarquable par ses cavernes et les osse-
ments qu'on y a découverts. Ce sont celles de Fonvent-le-Bas,
d'Osselle, de Bournois près de l'Isle-sur-le-Doubs, du Château
de la Roche, de Vaucluse, de Mancenans, de Saint-Julien, de
Chataillon, d'Echenoz près de Vesoul, de Sentheim près de
Masevaux, et en dernier lieu celle de Cravanche près de Belfort.
Les divers objets recueillis dans les cavernes, dans des
sépultures d'un genre particulier, dans des tourbières, des
fouilles profondes et quelquefois à la surface du sol ont
porté les naturalistes et les archéologues à les ranger dans
une classification précise. Ils ont donc adopté la formule de :
TEMPS PRÉHISTORIQUES.
Cette phase nouvelle des sciences anthropologique et archéo-
logique ne remonte pas au-delà de l'année 1836. M. Boucher
de Perthes en est l'initiateur.
Cette définition admise, les naturalistes et les archéologues
furent amenés à subdiviser les temps préhistoriques en :
1** Période de la pierre éhauchèe, 2° Période glaciaire, et
3** Période de la pierre polie.
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6 NOTIONS GÉNÉRALES
Pour mettre un peu d'ordre dans l'idée que l'on peut se faire
de ces temps les plus lointains, nous concluons :
1** Que la période de la pierre ébauchée ou taillée par éclats
correspond aux soulèvements, quaternaires et à la formation
du Diluvium, dans lequel on rencontre la trace de l'homme
primitif, la hache ébauchée, la végétation tropicale et les restes
des animaux antédiluviens.
2** Que la période glaciaire correspond au refroidissement
inexpliqué qui survint beaucoup plus tard, à la disparition des
animaux des cavernes et à la présence du renne qui se multi-
plia, servit d'animal de trait à l'homme et lui fournit son lait
pour le nourrir.
3° Que la période de la pierre polie est celle qui suivit la
fonte des glaciers et qu'elle fut l'apogée de la civilisation de
l'homme primitif, auquel les métaux étaient encore inconnus.
Pour se garer des bêtes fauves qui s'étaient multipliées et
qui les menaçaient sans cesse, les populations autochthones ;
et brachycéphales jetèrent, sur le rivage des marais, des
rivières et des lacs, des pilotis portant une plate-forme sur
laquelle elles se construisirent de chétives habitations. Vivant
de la chasse et de la pèche, ces abris leur offraient un refuge
préférable à celui des cavernes et des huttes primitives. Les
habitations lacustres, dont l'existence est encore à constater
au territoire de Belfort, furent le dernier terme de la civilisa-
tion naissante de nos populations primitives.
A ces premiers occupants de notre sol vinrent se joindre
d'autres peuplades arrivant de l'Asie et amenant avec elles
des animaux domestiques ; elles cultivaient les céréales et se
logeaient dans les habitations lacustres. C'étaient les premiers
Celtes de l'époque de la pierre.
D'autres, appartenant au type du Caucase ou dolichocéphales^
se détachent des Aryas et envahissent l'Europe occidentale.
Plus intelligents que les brachycépJiales, premiers occupants,
ces peuplades leur apportèrent le kelt^ c'est-à-dire la hache de
bronze dont de nombreux échantillons ont été retrouvés dans
notre contrée et se trouvent en ce moment recueillis dans nos
musées.
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NOTIONS GÉNÉRALES 7
Aguerris et mieux armés que les populations primitives,
les premiers Celtes s'établirent facilement au milieu de ces
dernières, et c'est alors que, pour la science historique, prend
fin Vâge de la pierre et que commence Vâge du bronze.
§11
Période celtique.
La science n'est pas en mesure d'assigner une date certaine
à l'immigration de ces peuplades. Elles vécurent pendant bien
des siècles dans le pays avant d'y constituer une société
organisée. Cependant elles y apportèrent les germes d'une
civilisation bien supérieure à celle des habitants primitifs ;
l'usage du bronze au lieu de la pierre le témoigne, et il est
admis qu'en agriculture ils avaient des notions que les pre-
miers occupants ne possédaient pas. Ce qui paraît bien certain,
c'est que les Celtes prospérèrent dans nos contrées, car la
première immigration fut suivie de beaucoup d'autres pendant
une longue série de siècles ; elles finirent par former des peu-
plades fixes et relativement puissantes dans lesquelles devaient
se fondre les populations primitives. Obéissant à la loi de la
transmigration des peuples d'Orient dans l'Occident, les Aryas
continuèrent donc à affluer dans le pays situé entre le Rhin
et l'Océan, à y apporter de nouveaux éléments de prospérité et
de civilisation qui, à la longue, devaient engendrer une natio-
nalité commune à toutes les peuplades fixes qui avaient pris
possession du sol. C'est aux Aryas que les populations autoch-
thones et les premiers Celtes immigrés durent la connaissance
du fer et d'un grand nombre d'animaux domestiques qui firent
la richesse du pays; c'est encore eux qui importèrent les
instruments aratoires inconnus aux populations primitives et
aux premiers Celtes arrivés dans le pays.
Vâge du fer succédait à Vâge du bronze, comme celui-ci
avait succédé à Vâge de la pierre, et avec Vâge du fer devait
se constituer lentement la nationalité gauloise à laquelle nous
avons fait allusion.
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8 NOUONS GÉNÉRALES
§111
Période gauloise.
Si ron admet que Sîgovèse fiit l'un des premiers chefs gaulois
connus, on peut conclure, avec quelque certitude, que Tan 587
avant l'ère chrétienne, l'idée de nationalité et même la natio-
nalité gauloise avait déjà acquis une certaine consistance.
Elle se composait d'agglomérations politiques ayant chacune
un nom particulier et formant ce qui, plus tard, fut appelé :
Les Gardes.
Le nom particulier de l'agglomération à laquelle le territoire
de Belfort et toute la Haute- Alsace appartenaient, était : la
Séquanie. C'est de la Séquanie que partit Sigovèse avec un
certain nombre de colons pour aller en Germanie (Wurtem-
berg) fonder la peuplade Burgonde que l'on verra plus tard
revenir, avec les Alémans, à leur point de départ et contribuer
à peupler le duché de Bourgogne.
En l'an 682 de Rome, ou 68 avant J.-C, Arioviste, roi des
Germains, est appelé par les Séquanais pour les aider dans la
lutte que ceux-ci soutenaient contrôleurs voisins, les Eduens.
Arioviste bat les Eduens à Amagetobrie (Autun) et au lieu de
repasser leEhin, après la victoire, il s'établit avec les Ger-
mains dans la Séquanie extérieure ou la Haute-Alsace, y
compris le territoire de Belfort
Mais le Germain ne devait pas rester longtemps en pos-
session du pays. Les Séqlianais acceptent l'assistance des
Romains pour délivrer la Séquanie. Jules César, qui venait
d'envahir le pays dés Helvètes, s'empressa d'accourir, arriva
à Besançon, marcha pendant sept journées à la rencontre
d' Arioviste, lui livra bataille, le défit et le força à repasser le
Rhin. Toute la Séquanie, et notamment la Séquanie extérieure
(Haut-Rhin), tomba en la puissance romaine et dut la subir
jusqu'à la décomposition de l'Empire d'Occident
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NOTIONS âÉNÉRALBS 9
8 IV
Période gallo-romaine.
Pour notre contrée, cette période commence donc en l'année
58 avant J.-C. — Dix années plus tard, toutes les Gaules sont
soumises et l'an 733 de Rome, ou 17 avant notre ère, la voie
dite d' Agrippa, ou grande voie militaire de Lyon au Rhin, est
ouverte. Elle traversait une partie du territoire de Belfort
parles bans de Grandvillars, Délie, Joncherey, Faverois, Flori-
mont, Courtelevant, Lepuix, Oberlarg = Larga et plus loin
jusqu'à Raurica au-dessus de Bâle. Cinq années plus tard, les
légions romaines sont établies sur la rive gauche du Rhin et
Drusus, qui commandait dans les Gaules, fit construire, en
même temps que la voie de Raurica à Argentorat (Bâle à
Strasbourg), les forteresses qui devaient garantir contre le
retour des Germains le pays occupé de toute ancienneté par
les populations celto-gauloises et passant de la domination
éphémère d'Arioviste sous celle de l'Empire romain.
Sous cette domination, avec laquelle commence une ère
nouvelle de civilisation, le pays devait bientôt être sillonné en
tout sens par de nombreuses voies de communication, et par-
semé d'édifices divers.
On a découvert quelques débris de la viabilité romaine au
territoire de Belfort : De la voie d' Agrippa des vestiges à
Grandvillars, Délie, Joncherey, Florimont, Réchésy et Lepuix ;
de la voie qui longeait le pied des Vosges, se dirigeant d'une
part vers la Basse-Alsace par Bergheim et Saverne, d'autre
part vers Langres par le Rosemont et Ronchamps , des vestiges
certains à Rougemont-le-Château; de la voie transversale qui
reliait la voie Agrippa à la voie vosgienne, un tronçon de
quelques centaines de mètres, au pâturage de Vourvenans,
eitre cette conmiune et Châtenois; des traces de cette voie à
Tiétudans et Sévenans où elle conserve le nom de Chemin de
Jdes-César, à Danjoutin au quartier sous la ville, à Perouse,
ci d'anciens auteurs y reconnaissent la via petrosa, à Besson-
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10 NOTIONS GÉNÉRALES
entre Saint-Germain etRomagny; deSévenans un embranche-
ment se dirigeait vers Méroux, arrivait à Vezelois, Chèvremont
et Bessoncourt où des vestiges ont également été découverts;
des traces à Vellescot'd'un embranchement venant de Délie
par Joncherey et Boron; des traces d'un autre embranche-
ment venant de Grandvillars à Bourogne et qui se prolongeait
vraisemblablement en remontant la vallée de Saint-Nicolas
par Angeot, Lachapelle-sous-Rougemont et Bethonvilliers.
D'une voie venant de la Franche-Comté et aboutissant à
Brace, par Bavilliers et Danjoutin, un tronçon de 200 mètres
entre Banvillars etArgiesans; dePerouse versDenney et vers
Oftemont un embranchement se bifurquant au-dessus de l'an-
cien étang de la Mèche, passant par Denney où des vestiges
ont été découverts; puis l'autre branche se dirigeant sur
Offemont par le pertuis qui sépare la forêt de la Miotte de
celle des Bromonts. De Brace, la voie dont on aperçoit encore
les restes à Vourvenans, continuait, selon toute apparence,
sa course par le fond de la vallée vers la route vosgienne, par
Chaux, jusqu'à proximité des ruines du Rosemont dont elle
remontait la vallée pour arriver sur l'autre versant des Vosges
en côtoyant la tête du Ballon.
Sur ces divers points et en d'autres endroits on a découvert
des restes de constructions, des monnaies et des poteries. A
Cravanchedes substructions à la Combe-la-Dame; à Bourogne
les débris d'une mosaïque avec des substructions ; à Grand-
villars de même; à Florimont des monnaies; à Vellescot un
pavé particulier de plusieurs mètres de développement; à Ba-
villiers du ciment de bâtisse, des tuilaux à rebords, une
Minerve (?) en bronze, puis, dominant la voie de la Franche-
Comté , les fondations d'un castellum ou d'une vigie qui
conserve le nom de Châtelet; à Brace des substructions nom-
breuses, des monnaies, de la poterie, des statuettes en bronze
et une sculpture caractéristique sur un calcaire du pays; à
Offemont, enlin, une villa bien déterminée et dont les témoins
sont nombreux au Musée de Colmar.
A l'indépendance de la Séquanie les conquérants substi-
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NOTIONS GÉNÉBALES 11
nature et au dniidisme des premiers habitants ils opposèrent
leur polythéisme, mais ne parvinrent pas à subjuguer aussi
facilement l'être moral que l'être physique. Le culte primitif
se réfugia dans les lieux écartés, dans les cavernes peut-être,
au sommet des montagnes, dans les forêts du territoire, qui
n'était ni défriché ni cultivé comme il le fut dans des temps
plus modernes. Le druidisme avait encore toute sa force au
premier siècle de l'ère chrétienne, car, en l'an 43, l'empereur
Claude dut prendre des mesures pour faire cesser les sacrifices
humains.
Un siècle plus tard la religion des vaincus ainsi que le
paganisme des vainqueurs devaient se trouver en face des
apôtres de la religion nouvelle. En l'année 180, saint Ferréol
et saint Ferjeux prêchent, les premiers, le christianisme en
Séquanie. Pour le pays de Belfort, cette date marque le com-
mencement de la lutte ouverte entre les croyances des temps
anciens et la croyance des temps nouveaux. La lutte sera
longue et pénible; elle aura ses martyrs aux confins du terri-
toire : en 211 saint Ferréol, en 290 saint Materne, et d'autres
plus obscurs. Au territoire même, elle en aura encore aux
VIP et IX' siècles : saint Didier ou Dizier à Croix, saint
Mahnbœuf à Froidefontaine.
L'occupation romaine se fortifia en établissant de nom-
breuses forteresses ou postes militaires sur les hauteurs qui
dominaient les voies principales et secondaires de la province;
on en a retrouvé des traces certaines en divers endroits. C'est
à l'abri de ces travaux que cette domination se maintint pen-
dant plus de cinq siècles dans la Séquanie et les autres parties
de la Gaule. C'est à cette époque, selon Schœpflin, que se
forma la langue romance ou romane que l'on parle encore au
pays et dans laquelle le linguiste sait découvrir les mots
appartenant à la langue celtique et à celles des divers peuples
qui s'y sont successivement fixés.
Des auteurs ont prétendu qu'en 298 les Romains, en posses-
sion de la rive gauche du Rhin, détachèrent de la Maocima
Bequarwrum. la Sénnani^ fiTti^riftiirp. mi la Haiitft-Alsar.ft. nour
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12 NOTIONS OÊNÉRALBB
dans laquelle le territoire de Belfort aurait ainsi été compris.
Cette allégation contient une erreur géographique victorieuse-
ment démontrée par Schœpflin. La grande Séquanie forma une
des sept provinces romaines et conséquemment le territoire de
Belfort continua à en dépendre avec Vesuntio (Besançon) pour
capitale. Mais les Romains avaient permis à des Germains de
s'établir individuellement sur la rive gauche du Rhin. Ils en
avaient même appelé de la Thuringe, leur avaient distribué
des terres, à la condition de les cultiver et de les défendre,
concurremment avec les légions romaines, contre l'invasion
toujours menaçante des peuplades d'outre-Rhin. Intéressés
dans l'ordre établi par la possession des terres létiques, ces
Germains de la frontière, ces Leudes furent les meilleurs
auxiliaires de la domination romaine, lui rendirent de grands
services, en furent récompensés et finirent par former, avec
quelques aborigènes, cette race de guerriers, de nobles, de
gentilshommes, destinés à résister aux souverains du moyen-
âge et plus tard à compter avec le Tiers-Etat.
A la faveur de cette tolérance ou plutôt de cette nécessité,
les Francs s'établirent peu à peu sur la rive gauche du fleuve.
En 416, ils étaient concentrés-^ dans les provinces de la Ger-
manie première, le Bag'-Rhin, le Palatinat, le pays de Trêves.
En 427, Clodion, leur roi, établit son siège au château de
' Dagsbourg (Dabo). En 432, son fils Mérovée est envoyé en
ambassade à Rome; à la suite de cette ambassade et d'inva-
sions incessantes des peuplades barbares, toute la rive gauche
du Rhin est constituée en duché d'Alémanie. En 450, Mérovée
succède à son père {et le duché est divisé en Nordgau et en
Sundgau. C'est à cette date qu'apparaît pour la première fois
le nom que portera désormais la province : EUsass. En 451,
Attila, roi des Huns, passe le Rhin, ravage le duché, pénètre
au cœur de la Séquanie, livre Besançon au sac et au pillage,
puis, défait dans les champs mtalauniques (Champagne), il
repasse le Rhin.
Mérovée continue à régner au milieu de ce désordre, contre
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N0TI0K8 GÉNÉRALES 13
Chassé en 459, rétabli en 464, il reprend le duché et meurt en
476. Clovis, son fils, lui succède, épouse Clotilde en 493,
repousse en 494 et 495 une nouvelle invasion des barbares,
les défait à Tolbiac» aux environs de Strasbourg selon les uns,
de Soissons selon d'autres, et, en 496, sous l'influence de saint
Rémi, il embrasse le christianisme. Trois mille Francs se font
baptiser à Reims, en même, temps que lui. De ce nombre
étaient ses parents, les ancêtres d'Athic ou Adalrich dont il
sera question.
De l'année 496 date donc la fin de la période gallo-romaine
de notre histoire locale et le commencement de la période
franque.
§V
Période gallo-franc[ue.
Cette période commence, ainsi que cela vient d'être dit, en
l'année 496 et finit en l'année 870. Elle a donc duré près de
quatre siècles.
Les peuplades barbares qui, durant le V^ siècle, avaient
sans cesse traversé le Rhin pour se ruer sur les provinces
gallo-romaines, formèrent le flot qui, dans notre histoire, est
connu sous le nom général d'Alémans. Ils avaient renversé et
ruiné de fond en comble les établissements militaires, les villes
et les colonies rurales que les Romains avaient édifiées sur les
établissements celto -gaulois. Domptés et soumis par les
Francs, les Alémans furent refoulés sur l'autre rive du Rhin,
mais il en resta au pays un grand nombre qui renonça à la
vie errante, s'attacha au sol et se confondit avec les débris
des populations celto-gauloise et gallo-romaine.
On peut faire dater de cette époque la formation du dialecte
alsacien, qui s'écarte autant de la langue de Schiller que le
roman s'écarte de la langue de Racine.
Les Francs édifièrent de nouvelles forteresses sur les ruines
des anciennes, bâtirent de nouveaux bourgs, de nouveaux
villages à la place de ceux qui avaient été ravagés ou qui
avaient disparu. Le duché cis-rhénan d'Alémanie, établi en
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14 NOTIONS GËMÊRALBS
406, devint en 496 une possession franque-mérovingienne dont
on n'aperçoit guère la constitution particulière qu'environ
deux siècles plus tard, c'estrà-dire en 662, lorsque, reprenant
aux Romains des titres importés par eux dans la Gaule, toute
l'Alsace fut érigée en un seul duché dont Etichon = Âttic =
Adalric, père de saint Odile, fat le premier chef connu.
L'ancienne subdivision alémanique en Nordgau et Sundgau
reparut et chacune de ces toparchies, qui constitueront les
deux Landgraviats, fut subdivisée en comtés. A ce duché furent
encore adjointes d'autres parties de l'ancienne VIP province
gallo-romaine, entr'autres VElsgau = Ajoie, qui est la seule
intéressant directement le passé historique du territoire de
Belfort.
Les premiers comtes du Sundgau et de l'Elsgau, dont les
noms sont arrivés jusqu'à nous, étaient : Rodebert en 673,
Garin en 769, Pirathilon ou Bertolde en 786, Erchangier en
818, Gerold et Bebon, son fils, en 829, Luitfirid III en 837,
Hugues P' en 859 et Hugues II en 869. La division en comtés
était donc la condition politique du duché pendant la période
gallo-franque. Le Sundgau et l'Elsgau ne formèrent, durant
cette période, qu'un seul comté, ou mieux, furent soumis aux
mômes comtes, descendant tous du duc Adalric.
En même temps que le pays s'organisait politiquement, la
constitution ecclésiastique, à peine ébauchée sous la domina-
tion romaine, reprenait sa marche interrompue par les inva-
sions. Depuis Clovis,les Francs avaient généralement embrassé
le christianisme ; les ducs d'Alsace et les comtes du Sundgau
et de l'Elsgau, leurs descendants, durent naturellement favo-
riser l'Eglise naissante. Pour établir la hiérarchie, on reprit
la tradition romaine qui faisait concorder les premières divi-
sions ecclésiastiques ou religieuses avec les anciennes divisions
politiques. La ville de Bâle, qui avait remplacé Raurica, depuis
longtemps détruite, devint la capitale du diocèse embrassant
les peuples gallo-romains environnants qui avaient fait partie
de la VIP province de la Gaule avec Vesuntio = Besançon
pour métropole. Besançon devait conserver son ancienne pré-
pondérance et c'est ainsi que, dès l'origine des diocèses, celui
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NOTIONS GÉNÉRALES 15
de Bâle dépendit de l'archevêché de Besançon. Une ligne
partant du Bserenkopf, prolongée jusqu'aux monts Jura et
traversant dans toute sa largeur le territoire de Belfort, forma
la limite entre les deux diocèses. On se fera une idée de cette
ligne de démarcation lorsque nous aurons indiqué quelles
étaient les communes les plus rapprochées de Belfort qui
étaient encore comprises dans le diocèse de Bâle, dont elles
formaient l'extrême limite à l'ouest. C'étaient :
Toute la vallée de Masevaux; Rougemont et ses dépen-
dances; Phafifans la paroisse, ou mieux : Saint-Germain,
Bethonvillier, Phaffans, Roppe, Vetrigne, Denney et la moitié
de Bessoncourt ; Frais, Cunelière, Angeot, Larivière, Petit-
Croix et Novillars ; Bretagne, Suarce, Faverois, Fêche-l'Église,
Joncherey, Grandvillars, la moitié de Beaucourt, Montbouton
et Croix; de sorte que les localités contiguës à Test de Belfort et
qui plus tard seront connues sous la désignation de Rosemont-
seigneurie, Belfort-assise, Grosne-paroisse et Froidefontaine-
prieuré, restèrent au diocèse de la métropole ou de Besançon.
L'Église prospéra sous la domination franque. Les ducs
d'Alsace, les comtes du Sundgau et de l'Elsgau, leurs descen-
dants, furent d'une libéralité inépuisable à son égard. Aussi,
parallèlement à l'autorité de ces princes, ne tarda pas à s'élever
la double puissance temporelle et spirituelle des évêques à qui
ducs et comtes durent bientôt rendre foi et hommage.
Cependant c'est à peine si, à l'époque où Schœpflin clôt la
période gallo-franque, c'est-à-dire en 870, nous trouvons au
territoire de Belfort quelques indices de temples consacrés au
culte nouveau. L'oratoire de Saint-Martin oîi saint Dizier fut
enterré entre 670 et 675, la chapelle légendaire de Phaffans
après 792, le tombeau de saint Maimbœuf à Froidefontaine
avant 895, sont les seules traces à peu près certaines de la pre-
mière initiation des populations du territoire à la pratique du
culte régénéré. Ces populations étaient encore plongées dans
les ténèbres causées par le mélange des diverses croyances
importées par les Celtes d'abord, par les Romains ensuite et
en dernier lieu par les Barbares de la Germanie. L'état moral
dans lequel elles se trouvaient permet de se rendre compte de
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16 NOTIONS GÉNÉRALES
la cause des assassinats de Dizier et de Maimbœuf, apôtres de
la doctrine nouvelle, et des circonstances dans lesquelles ces
assassinats furent consommés au milieu de ces populations.
On peut donc conclure que, même à la fin du IX' siècle, le
christianisme était loin d'avoir réussi à extirper les dernières
racines des croyances auxquelles les habitants du territoire
étaient précédemment attachés.
Sous le rapport politique, le territoire subit, avec le duché
d'Alsace, dont il ne cessa de faire partie, le sort fait aux pro-
vinces de l'Empire franck par les événements tragiques dont,
pendant près de quatre siècles, le règne des rois mérovingiens
et carolingiens fut signalé. De 496 à 869, c'est-à-dire depuis
l'avènement de Clovis, fondateur de la monarchie, jusqu'à la
mort de Lothaire II, roi de Lorraine, le duché fut plusieurs
fois distrait de l'Empire franck pour passer au royaume
d'Austrasie, puis, sous les Carolingiens, au jfoyaume de Lor-
raine, auquel il était advenu par le traité de Verdun de 843.
Donc, pour le Sundgau et l'Elsgau, Lothaire II, roi de Lor-
raine, fut le dernier souverain de la période gallo-franque.
§VI
Période gallo-germaine.
On vient de voir que Lothaire II, roi de Lorraine, duquel
l'Alsace relevait depuis le traité de Verdun (843), mourut en
869. Ses frères Charles-le-Chauve, roi de France, et Louis, roi
de Germanie, se partagèrent son royaume. L'Alsace advint à
ce dernier. Le partage eut lieu en 870, et c'est de cette année
que Schœpflin fait courir la période germanique de notre
histoire locale. Nous la qualifions de période goUo-germaine
au même titre que les anciens auteurs, y compris Scho^flîn,
qualifient de période gaU(Hromavm la durée de la domination
de l'Empire romain sur les Gaules.
Ainsi, sous le règne de Louis, le Sundgau et l'Elsgau rele-
vèrent du royaume de Germanie. Louis étant mort en 881, son
fils Charles-le-Gros lui succéda et la même année il fut élu
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NOTIONS GÉNÉRALES 17
empereur. Donc, à partir de ce moment, le territoire releva de
l'Empire. Cette situation dura jusqu'en 911, année de la mort
de Louis-l'Enfant, dernier rejeton de la branche carolingienne
de Germanie.
En 911, le territoire revint à la couronne de France, dans
la personne du roi Charles-le-Simple. Mais les nobles ne tar-
dèrent pas à le déposer et ils se divisèrent sur le choix de son
successeur. Les uns voulaient Raoul, roi de Bourgogne, les
autres Henri-l'Oiseleur, roi de Germanie. Pendant douze ans
la domination demeura en litige et le pays eut beaucoup à
souffrir des guerres occasionnées par cette compétition. En
921, Raoul était entré en campagne de même que Henri-
l'Oiseleur, pour se disputer l'Alsace qui fut un instant occupée
par Raoul et ses partisans. En 923, Henri-l'Oiseleur la reprit
à son compétiteur et à partir de cette année l'antique Séquanie
extérieure «se trouva placée sous la mouvance de l'Empire
d'Allemagne pour revenir en 1648, c'est-à-dire après sept
siècles d'usurpation violente, à la monarchie fondée par Clovis.
Quoique soumis à l'Empire germanique, le pays continua à
être gouverné, comme auparavant, par ses ducs et ses comtes.
On a vu à la période précédente, que Hugues II était comte
du Sundgau et de l'Elsgau en 869. Il l'était vraisemblablement
encore après 870, c'est-à-dire après l'accession au royaume de
Germanie. Son successeur fut Bernard en 896; des diplômes
de 973 et 977, nous révèlent ensuite, comme comte du Sundgau,
Luitfrid VI, descendant de la famille du duc Adalric et qui
demeurait alors à la cour de Conrad, roi de Bourgogne. Luitfrid
mourut vers l'an 978 et son fils Luitfrid VII lui succéda. Ce
Luitfrid fut en même temps comte du Nordgau; il mourut vers
l'an 1000, et l'on rencontre Otton I" comme son successeur
en 1003, 1004 et 1025. Il mourut vers 1026.
C'est sous Otton que le Sundgau et l'Elsgau commencèrent
à avoir leurs comtes particuliers et que l'Elsgau réunit à sa
circonscription tout le pays de Ferrette; de sorte que le
Sundgau proprement dit ne comprit plus que la partie de la
Haute- Alsace limitée au Nord par le fossé provincial = Land-
gràb, ancienne limite de la Séquanie extérieure entre Colmar
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18 NOTIONS GÉNÉRALES
et Schlestadt, à l'Est par le BMn, à l'Ouest par la cime des
Vosges jusqu'aux environs de Thann et de là par une ligne se
dirigeant au Sud vers la Bourgogne transjurane, de manière
à laisser Thann, Cernai-, Altkirch et Ferrette au comté de
l'Elsgau.
Les comtes qui régnèrent parallèlement sur les deux
districts à dater de la mort d'Otton I" furent, pour le Sund-
gau, ainsi réduit : Giselbert en 1027, Beringer en 1024, Cunon
ou Conrad en 1042, et Henri en 1084; pour l'Elsgau, agrandi
au détriment du Sundgau : Louis de Mousson, premier comte
de Montbéliard et de Ferrette, en 1024 et ses descendants
directs jusqu'en 1125, époque à laquelle l'Elsgau rentra dans
ses limites primitives, lorsque, par droit successoral, un de
ses comtes obtint la partie détachée de l'ancien Sundgau pour
en former le comté de Ferrette, tandis que l'Elsgau forma le
comté de Montbéliard. •
Ainsi, en 1125, une partie du territoire actuel de Belfort
conimença à dépendre du comté de Ferrette et l'autre partie
du comté de Montbéliard. La limite entre ces deux comtés
était à peu près celle que nous avons indiquée pour les dio-
cèses de Bâle et de Besançon.
Ainsi encore, les annales de cette partie de la Haute- Alsace
participent dès ce moment à l'histoire politique des deux
comtés; mais cette dualité cessera de 1332 à 1350, époque à !
laquelle tout le territoire sera tombé dans le domaine de la '
maison d'Autriche. '
Au comte de Sundgau, qui régnait en 1084, comme cela a été '
dit précédemment, succéda Othon IL II devint comte de Habs- j
bourg en 1096 et comte provincial de la Haute- Alsace; consé-
quemment le comté de Ferrette, dont une partie du territoire
de Belfort dépendait, fut soumis au comte provincial, Othon II,
qui fut tué le 8 novembre 1111. Il eut pour successeur son
frère Adelbert, mort en 1141, puis son fils Werner, qui vivait
encore en 1167. La qualité du comte provincial se transforma
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NOTIONS GÉNÉRALES 19
cations généalogiques nous conduisent à une conclusion sur
laquelle il importe d'insister pour l'intelligence des notices
dont ce volume se compose.
Otton II, premier comte de Habsbourg en 1096, est la
souche de la famille de Habsbourg dont, deux siècles plus tard,
on verra un des membres, Rodolphe, arriver à l'Empire, après
avoir joué un grand rôle dans l'histoire du pays, et ses descen-
dants constituer la maison d'Autriche, à laquelle le Sundgau
ne cessa plus d'appartenir jusqu'en 1648. Elle avait donc, dès
le XP siècle, la suzeraineté sur le comté de Ferrette, de même
que sur le comté de l'Elsgau; mais, dès les premiers temps, les
comtes de l'Elsgau ou de Montbéliard s'en étaient considérés
comme affranchis, et de 1024 à 1283, on peut dire qu'à l'inverse
de leurs parents de Ferrette, ils avaient constitué une princi-
pauté indépendante, ou ne relevant que du comte qui était
véritablement souverain dans la partie de l'ancien duché d'Al-
sace dont sa principauté avait toujours fait partie intégrante.
Otton II, premier comte provincial, fut véritablement le
premier Landgrave de la Haute- Alsace, bien qu'il ne prit pas
ce titre. En le prenant, Albert P', petit-fils d'Otton, ne faisait
que changer de dénomination, car il est indubitable que son
aïeul, sous le titre de comte provincial, avait les mêmes préro-
gatives, les mêmes droits que ceux dont Albert P' et ses
descendants furent en jouissance sous le titre de Landgrave.
Les Habsbourg avaient d'ailleurs, par transmission hérédi-
taire, provenant des ducs d'Alsace, leurs ancêtres, de nom-
breuses et vastes possessions allodiales qui constituèrent ce
que l'histoire a appelé le domaine de la maison d'Autriche dès
que, par Rodolphe de Habsbourg, cette maison fut arrivée, en
1273, à l'Empire. Ce domaine, avec les autres dépendances
fiscales du Sundgau, a aussi été qualifié d'Autriche antérieure
ou pays antérieurs de l'Autriche.
Toute la partie du territoire de Belfort qui, depuis 1125,
appartenait au comté de Ferrette, fut donc soumise à la sou-
veraineté des Landgraves de Habsbourg, et cette souveraineté
relevait directement de l'Empire.
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20 NOTIONS OËNÉRALES
Quant à la partie du territoire de Belfort qui appartenait au
comté de Montbéliard, elle demeura sous la dépendance des
comtes de Montbéliard qui, depuis 1283, relevaient aussi
directement de l'Empire.
Il ne saurait entrer dans le cadre de ces notions de retracer,
même sommairement, Thistoire des landgraves de la Haute-
Alsace ni celle des comtes de Montbéliard. Mais, pour faciliter
l'intelligence des faits rapportés dans les notices de- nos com-
munes du territoire, nous devrions nous arrêter plus parti-
culièrement aux circonstances à la suite desquelles la partie
ouest du territoire, formant la limite de l'ancien département
du Haut-Rhin, est advenue à la maison d'Autriche qui a
succédé aux comtes de Ferrette.
En 1299, le comte de Montbéliard, Renaud de Bourgogne,
donna Jeanne, sa fille aînée, en mariage au comte de Ferrette,
Ulrich II. De ce mariage naquirent deux filles : Jeanne, que
nous appellerons Jeannette pour la distinguer de sa mère, et
Ursule. En 1324, Ulrich II donna Jeannette en mariage à
Albert, dit le Sage ou le Contract, duc d'Autriche, de Styrie
et de Carinthie, seigneur de Carniole, comte de Habsbourg et
et de Kibourç. Ulrich mourut la même année, sans descen-
dance masculine, et son gendre Albert, duc d'Autriche, etc., lui
succéda dans le comté de Ferrette.
Ainsi, à partir de 1324, la fraction du territoire de Belfort
qui dépendait du comté de Ferrette, passa dans les mains d'un
fils de la maison d'Autriche, lequel succéda en 1326 à son frère
Léopold dans le landgraviat supérieur ou de la Haute-Alsace.
En 1325, Jeanne, veuve d'Ulrich et belle-mère d'Albert,
épousa en secondes noces Raoul Hesse, marquis de Bade, et de
ce second mariage naquirent encore deux filles, Marguerite et
Adélaïde de Bade, qui, avec Jeannette et Ursule de Ferrette,
devaient intervenir dans le partage de la succession de leur
mère. Jeanne, ayant perdu, en 1335, le marquis de Bade, son
second mari, convola en troisième noces avec le comte de
Katzenellénbogen, duquel elle n'eut pas d'enfants. C'est à ces
circonstances diverses qu'est due l'intervention des familles
de Ferrette, de Bade et de Katzenellénbogen dans les annales
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NOTIONS GÉNÊBALES SI
du territoire jusqu'à son entière accession à l'Autriche
antérieure.
Pour plus de lumière et pour ne pas trop nous répéter, nous
renvoyons le lecte r à la notice de Belfort, à celle de Rosemont
et autres.
Durant cette longue période gallo-germaine de 778 ans, le
territoire de Belfort fut, peut-être plus que tout autre, le
théâtre permanent des luttes violentes qui ont amoncelé les
ruines sur lesquelles le régime féodal s'est établi.
Dans le premier siècle de cette période, le pays se recon-
stitua péniblement, les agglomérations se fortifièrent et
l'Eglise, en prenant sa bonne part des biens temporels,
amenait lentement à la doctrine chrétienne les générations
qui succédaient aux générations éteintes. Mais le temporel
était aussi pour les seigneurs ecclésiastiques la question prin-
cipale, car c'est à peine si l'on rencontre quelques indices
permettant de conclure que, pendant les premiers siècles de
la période gallo-germaine, quelques-uns de nos villages rudi-
mentaires furent pourvus d'un édifice destiné à l'exercice du
culte. Sous ce rapport le progrès ne s'accomplit réellement au
territoire qu'à l'avènement des comtes de Montbéliard et de
Ferrette, qui fondèrent et dotèrent les premières maisons
religieuses du pays, si l'on excepte toutefois les abbayes de
Murbach et de Masevaux qui longtemps auparavant avaient
été richement dotées de biens et de revenus sur beaucoup de
points du territoire.
C'est encore à l'avènement de ces comtes, c'est-à-dire aux
XI* et XIP siècles, que s'élevèrent ou se complétèrent les
principales forteresses de la contrée, celles de Belfort, du
Rosemont, de Rougemont, de Florimont, de Roppe par exemple,
les châteaui de Bavilliers, de Grandvillars, d'Auxelles, deBan-
villars, d'Angeot, de Batumagny, de Saint-Germain, et quelques
autres. La forteresse de Délie ne s'éleva qu'un siècle plus tard.
En même temps se fondaient quelques maisons religieuses
dont le souci intéressé et civilisateur provoquait la création
de modestes églises et de chapelles où étaient préposés un
prêtre, un vicaire, un ermite ou gardien, sous la direction et
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22 NOTIONS GÉNÉRALES
la tutelle de la maison-mère. Les abbayes de Masevaux, de
Lucelle, de Lure, le prieuré de Froidefontaine , ceux de
Méroux, de Saint-Nicolas et de Châtenois marquent l'apogée
de Tépoque favorable à l'éclosion de ces institutions auxiliaires
de la civilisation politique ou religieuse de l'ère chrétienne, de
même que les chapelles et chapelottes particulières des forte-
resses de Rougemont et de Florimont, les églises des villages
de Chaux, de Brace, de Bermont, d'Angeot, de PhaflFans, de
Montreux, de Grosne, de Novillars, de Courtelevant, etc., etc.,
les chapelles de Bavilliers, de Petit-Croix, etc., etc., témoignent
de la conversion, alors générale, des populations du territoire
à la doctrine nouvelle. Mais , quoique détachées de l'idolâtrie
et du paganisme des anciens temps, elles ne conservèrent pas
moins vivaces certains germes des croyances précédentes et
ces germes se traduisirent en pratiques et en superstitions
dont on rencontre encore aujourd'hui des traces et des mani-
festations d'une origine facile à reconnaître.
C'est dans les douleurs de la fin du premier siècle du moyen
âge que se réalisèrent les progrès signalés jusqu'à présent.
Aux XIP et XIIP siècles, les populations, toujours asservies,
devaient être l'enjeu des guerres continuelles de seigneur à
seigneur, et souvent des seigneurs contre leurs souverains.
Mais cette époque fut aussi le conmiencement des concessions,
des aflEranchissements collectifs et particuliers, du droit écrit
résultant des anciennes coutumes, en un mot d'une organisa-
tion sociale supérieure à celle des siècles précédents. A
l'exemple des empereurs d'Allemagne qui, pour se fortifier
contre la féodalité, créaient les villes libres d'Alsace, le comte
de Montbéliard affranchit le burg de Belfort en vue de se forti-
fier aussi contre les entreprises de ses parents, les comtes de
Ferrette et les comtes de Bourgogne. Il intéressait ainsi la
population h la défense de ses terres et de sa dynastie.
L'affranchissement de Belfort, qui date du commencement du
XIV* siècle, fut calqué sur la charte accordée à Montbéliard
quelques années auparavant. L'organisation qui fut la consé-
quence de ce premier pas dans la voie d^s libertés publiques,
se développa peu à peu, les us et coutumes des seigneuries
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NOTIONS GÉNÉRALES 23
voisines gagnèrent aussi du tprrain, et c'est sous le régime de
ces franchises que les populations du territoire traversèrent,
en essuyant encore bien des revers, les derniers siècles qui
closent, en 1648, la période gallo- germaine.
§ VII
Période française
Pendant les quinze années qui précédèrent le traité de
Munster, le territoire de Belfort fut, comme d'ailleurs le reste
de l'Alsace, dans une situation pénible et politiquement équi-
voque. En 1634, Belfort était pris et le pays occupé depuis
1632 par l'armée de Suède dont l'armée du roi de France était
l'alliée. Les Suédois rasèrent toutes les forteresses du terri-
toire, dévastèrent ses couvents et réduisirent les populations
à un état de souffrance qui engendra les rébellions du désespoir
et les impitoyables rigueurs de l'ennemi. La paix de 1648 mit
fin à cette guerre politico-religieuse qui avait duré trente ans
et qui valut à la monarchie française le retour de l'Alsace tout
entière à son antique mère-patrie, à sa véritable et légitime
nationalité.
Le traité de paix ayant substitué le roi de France aux droits
de l'empereur d'Allemagne, tout ce qui avait appartenu à la
maison de Habsbourg- Autriche, à titre héréditaire ou allodial,
appartint au roi de France, tandis que les autres fiefs relevant
du domaine et de l'empereur échurent au fisc royal. Louis XIV
fit des anciennes possessions allodiales le comté de Belfort
dont il investit le duc de Mazarin et ses descendants. Relative-
ment aux autres fiefe du pays, le roi les laissa aux mains des
anciennes familles qui les possédaient, et cet état de choses fut
maintenu jusqu'à la Révolution qui fit entrer dans le domaine
public tout ce que la féodalité avait conquis ou usurpé.
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II
NOTIONS PARTICULIÈRES
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NOTIONS PARTICULIÈRES
Andelnans. — La voie romaine qui, au sud de Dambenois,
se détachait de la voie militaire de Mandeure au Rhin pour
remonter la vallée d'Oye = Savoureuse, a dû traverser le ban
de cette commune. Si Ton n'en a recueilli sur les lieux aucune
preuve matérielle, cela est dû peut-être à l'indifférence qui a
presque toujours existé au territoire de Belfort pour la con-
naissance des antiquités et de l'histoire du pays. Quoi qu'il en
soit, il y a, en amont et en aval d' Andelnans (Voy. Vourveruins,
Trétudam, Danjoutin, Brace), des preuves qui justifient notre
indication, mais il n'y en a aucune qui permette de supposer
que ce village existait déjà à l'époque de l'occupation romaine.
Le commencement du XIV* siècle est l'époque la plus reculée
où nous trouvons cette commune désignée dans un titre. Ce
titre est un contrat par lequel Jaiquoz de Boans, écuyer, vend
à Champonal d* Andelnans, pour le prix de 105 sols coursables
dans l'évêché de Besançon, le champ dit Lavernoye et le pré
aboutissant au tinage de Botans.
Ainsi en 1302, date du contrat dont il s'agit, Andelnans
existait déjà connue unité communale; mais, quant à présent,
nous n'apercevons aucun moyen d'établir dans quel siècle
cette a^lomération a pris le rang attesté par le titre de 1302.
Andelnans faisait alors partie du comté de Montbéliard et
de la grande mairie de l'assise. (Voy. Assise.)
En 1333, cette commune passa, comme un grand nombre
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28 ANOEOT
d'autres, au comté de Ferrette, dont elle n'a cessé de dépendre
jusqu'en 1648.
Sous la domination du dernier comte de Ferrette, de sa
veuve, marquise de Bade, puis comtesse de Eatzenellenbogen,
des archiducs d'Autriche, successeurs des comtes de Ferrette,
le nom français d'Andelnans devint, dans les titres, le nom
allemand A'AndélnacK
Le finage de cette commune a fourni pendant un certain
temps et jusqu'au siècle dernier du minerai en grains qui
alimentait les hauts-fourneaux de Belfort et de Châtenois.
Au commencement de ce siècle (1803), cette commune avait
264 habitants; le recensement de 1876 lui en assigne 294.
Andelnans appartient au canton de Belfort. Distance légale,
4 kilomètres.
Angeot. — C'est à l'année J234 qu'il faut s'en tenir relative-
ment à Angeot, si, dans ce travail, nous ne devons pas nous
écarter des documents certains qui sont à notre disposition.
Voici à quelle occasion cette date nous est révélée :
Le prieuré de Saint-Nicolas-des-Bois avait été doté, en 1093,
par ses fondateurs — Renaud, comte deMontbéliardet de Bar,
et son frère, le comte Frédéric de Ferrette — de la dîme de
Sope. La maladie ayant décimé la population de Sope, les
terres demeurèrent sans culture et les broussailles prirent la
place des récoltes que les bras de la glèbe leur faisaient pro-
duire. Le prieuré de Saint-Nicolas se trouvait ainsi privé d'une
partie des revenus dont il avait été doté par ses fondateurs.
Pour le dédommager, Ulrich, comte de Ferrette, lui donna,
en 1234 — Intuitu divinœ pietatis ecclesiam Angreth — l'église
d'Àngeot, c'est-à-dire les revenus que celle-ci devait à son
seigneur, le comte de Ferrette. Le 14 mars de la môme année,
cette aumône (elemosyna) fut l'objet d'une reconnaissance ou
d'une attestation de la part de l'évoque de Bâle et du prévôt
de l'abbaye de Masevaux. En d'autres termes, cet acte était la
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ANGEOT 2è
elle s'e)cplique par le fait que Fabbaye avait une part dans les
revenus qui étaient concédés, à titre d'aumône, au prieuré de
Saint-Nicolas.
Cette donation permet donc de constater que, probablement
depuis l'origine du comté de Ferrette, vers 1125, les comtes
deFerrette, sortis de la même souche que les comtes de Mont-
béliard, avaient des droits à Angeot, c'est-à-dire au comté de
Montbéliard, de même que les comtes de Montbéliard en
avaient conservé dans le comté de Ferrette. La limite des
parts faites à ces deux maisons dans le Sundgau et l'Elsgau
n'était point géographiquement définie d'une façon aussi pré-
cise qu'elle le serait dans un partage de nos jours; de sorte
que, à la frontière des deux comtés, on rencontre fréqueipment
des anomalies du genre de celle que nous signalons pour
I Angeot.
Ainsi, en 1234, la maison de Ferrette donne au prieuré de
Saint-Nicolas une partie de ses droits dans cette localité; en
1295, le comte Thiébaut en donne une autre fraction au
monastère de Valdieu, et en 1331, le duc Albert d'Autricte,
successeur du dernier comte de Ferrette, donne en fief à Henri
de Délie la dîme d' Angeot qui était encore disponible, mais,
vraisemblablement, moins la dîme de l'avoine qui, en 1579,
I était encore livrée à l'abbaye de Masevaux.
De ce qui précède il y a lieu de conclure que déjà au
XII' siècle Angeot était le chef-lieu d'un fief de Ferrette
accordé à une famille qui en prit le nom et qui s'y construisit
un château. Si le nom français d' Angeot, traduction du latin
Angreth, existait déjà au XIP siècle, il devint sous les comtes
de Ferrette et leurs héritiers de la maison d'Autriche, de
langue allemande, la localité désignée dans les titres sous le
nom mingélsod.
La famille qui fut investie de ce fief prit, comme partout, le
nom du fief. Les Ingelsod ont d'abord possédé seuls le château
et ensuite avec d'autres jusqu'en 1430; puis, pendant près
d'un demi-siècle, avec les nobles de Soultz.
En 1530, Pancrace Tschaflfoy a succédé aux Ingelsod dans
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30 ANGEOT
consentement de l'archiduc Ferdinand, vendit le manoir à
Thiébaut Msegerer, chancelier de l'abbaye de Murbach.
Aujourd'hui il n'en reste plus que le souvenir et, comme il
existait encore en 1583, il est probable qu'il fut détruit par
l'invasion suédoise, c'est-à-dire pendant la guerre de Trente-
Ans.
Schœpflin dit que ce château était indépendant de la prévôté.
Cette remarque s'explique par le fait qu'il était un fief de la
mouvance des comtes de Ferrette, tandis que la prévôté dont
nous allons nous occuper appartenait au comté de Montbéliard.
Le premier comte de Montbéliard fut, d'après M. E. Trufiferd
et d'autres, Louis de Mousson (Pont-à-Mousson), qui régna de
1024 à 1070. Convient-il d'admettre que c'est à cette période
de l'histoire qu'il faut faire remonter l'organisation de la pré-
vôté d'Angeot? Si l'on se décide pour l'affirmative, cette pré-
vôté aurait constitué une unité politique aux premiers temps
du comté de Montbéliard, dont elle dépendait. Ce qui est
certain, c'est que, au partage définitif de la succession de
Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard, le 3 mai 1332,
c'est-à-dire à la réunion de la seigneurie de Belfort au comté
de Ferrette, la prévôté d'Angeot avait depuis longtemps son
organisation.
Elle forma alors un district de la seigneurie de Belfort. Ce
district avait son administration particulière et des institu-
tions différentes de celles du chef-lieu; mais il ressortissait
depuis longtemps du tribunal commun du château.
La prévôté d'Angeot comprenait deux mairies. La première
était formée par Angeot, chef-lieu, La Rivière, VaiUhiermont
et Saint'Cosme; la seconde , par Novillard, chef-lieu, RechoUe,
Autrage et Eschêne.
La paroisse d'Angeot était composée des mêmes communes
que la Mairie, c'est-à-dire d'Angeot, La Rivière, Vauthiermont
et Saint -Cosme. Elle dépendait de l'évêché de Bâle et du
décanat du Sundgau; vers le milieu du XV* siècle, elle fut
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/
ANJOUTEY I 31
Nous ne trouvons, au moyen-âge, qu'un seul nom des curés
de cette église : il se nomme Pierre dans la donation qu'il fit,
en 1340, à Pabbaye de Lucelle, pour la fondation de son anni-
versaire, de dix mesures de vin sur des vignes cultivées par
deux citoyens de Thann, d'une maison et d'un alleu à Rouge-
mont, de champs, prés et bois situés à Angeot et que retenait
le prieuré de Saint-Nicolas.
En 1441, l'église paroissiale d' Angeot était sous l'invocation
de saint Sébastien. Ses deux autels latéraux étaient dédiés à
sainte Catherine et à la Vierge; à ce dernier était annexée
une confrérie du Rosaire.
Le droit de patronage appartenait aux comtes de Ferrette
qui le donnèrent, en 1234, au prieuré de Saint-Nicolas; dans
les derniers temps, le couvent de Schœnensteinbach était coUa-
teur de cette église.
A la réunion de l'Alsace à la France, la prévôté suivit la
fortune politique de la seigneurie. (Voy. Belfort)
Quand, à la fin du XVIP siècle, on rédigea l'armoriai général
de France, la communauté des habitants d' Angeot ou la com-
mune prit les armoiries suivantes :
ly Argent à deux lions affrontés de sable. (Voy. n** 9 des
planches.)
Aujourd'hui, la conmiune d' Angeot forme à elle seule une
paroisse.
La commune fait partie du canton de Fontaine. Au com-
mencement de ce siècle, sa population était de 273 habitants;
le dernier recensement lui en assigne 352.
La distance légale de cette commune à Fontaine est de
5 kilomètres et de 1 myriamètre 4 kilomètres jusqu'à Belfort.
Anjoutey. — Nous ne découvrons aucun titre antérieur
^ 1234 qui fasse mention de cette commune. Celui qui nous
fournit cette date est une donation de Thierry, seigneur de
Rougemont, en faveur du prieuré de Saint-Nicolas. Thierry
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39 ABGIBSAN6
Ânjoutey dépendait h cette époque de la mairie d'Etueffond-
Bas, laquelle était dans la circonscription administrative du
lieutenant de Rosemont
Les habitants de cette commune étaient de condition servile.
Ils ne furent relativement aflfranchis qu'à l'époque où le Rose-
mont et son domaine advinrent au comté de Ferrette, c'est-à-
dire dans les années qui suivirent 1332.
Le nom allemand donné à la commune par l'administration
des archiducs d'Autriche, successeurs des comtes de Ferrette,
est : Anschatingen.
A la fin du XVP siècle (1579), la dîme des avoines était levée
au profit de l'abbaye de Masevaux.
Anjoutey faisait partie de la paroisse d'Etueffond-Bas. (Voy.
Etueffond-Bas.) Vers la fin du siècle dernier, c'est-à-dire après
1777, son église fut érigée en église paroissiale, sous l'invoca-
tion de saint Vendelin. A partir de ce moment. Bourg et La
Madeleine firent partie de la nouvelle paroisse. L'abbé de
Lucelle était coUateur de cette église. Elle dépendait du
décanat de Masevaux.
Au commencement de ce siècle, Anjoutey avait 598 habi-
tants; le dernier recensement lui en attribue 548.
Anjoutey dépend du canton de Giromagny. La distance
légale est de 1 myriamètre jusqu'au chef-lieu du canton ; elle
est de 1 myriamètre 1 kilomètre jusqu'à Belfort.
Argiesans. — Nous ne découvrons aucun document his-
torique qui fasse mention de cette commune dans les temps
antérieurs à la réunion de la seigneurie de Belfort au comté
de Ferrette. Cependant on peut dire avec certitude que son
existence est pour le moins contemporaine et peut-être anté-
rieure à la construction du château de Rosemont, résidence
de son seigneur.
Située dans l'Elsgau, elle fut, sous la domination des comtes
de Montbéliard, de 1024 à 1332, le chef-lieu d'une mairie. Cette
mairie comprenait, outre Argiesans, les communes de Ban-
villars et d'Urcerey; elle était désignée sous le nom de Mairie
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ASSISE 33
du Bas-Bosemont et dépendait conséquemment de la seigneurie
de ce nom. (Voy. Bosemont)
Argiesans conserva cette situation après 1332, c'est-à-dire
après qu'elle eut passé avec le Kosemont au comté de Ferrette.
Dans le partage qui se fit, à Altkirch, le 26 août 1347, de la
succession du dernier comte de Ferrette et de Jeanne de Mont-
béliard, sa femme, entre les quatre filles issues des mariages
de Jeanne, Argiesans échut à Jeannette qui avait épousé
Tarchiduc Albert d'Autriche. Il est vraisemblable qu'il en fut
de même de toute la mairie, c'est-à-dire d' Argiesans, de Ban-
villars et d'Urcerey.
Jusqu'à la réunion de l'Alsace à la France, ladite mairie fut
administrée par le lieutenant de Rosemont.
Argiesans était de la paroisse de Bavilliers ; cette paroisse
dépendait du décanat de Granges.
Lorsque vers la tin du XVII* et au commencement du
XVIIP siècle (5n rédigea l'armoriai de France, Argiesans, ou
la communauté, prit les armoiries suivantes :
D'Azur à une fasce d'or accompagnée de trois coquilles de
même. (Voy. n° 10 des planches.)
Au commencement de ce siècle la population d' Argiesans
était de 154 habitants; elle est de 160 d'après le dernier
recensement.
Argiesans est du canton de Belfort. La distance légale de
cette commune au chef-lieu de canton est de 5 kilomètres.
Assise. — Cette désignation s'appliquait à un des cinq
districts qui composaient l'ancienne seigneurie de Belfort.
Elle dut former la circonscription originelle du château.
Le district de V Assise se divisait en deux mairies dont la
plus importante était appelée Assise-sur-Veau; elle embrassait
les villages de Danjoutin, chef-lieu de la mairie, Andelnans,
Sévenans, Leuppe, Moval, Trétudans et Dorans. La seconde
mairie, appelée Haute-Assise, était composée de Chévremont,
chef-lieu, Petit-Croix et une partie, environ la moitié, de
Bessœicourt. Dans cette dernière se trouvait, comme enclave,
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34 AUXELLBS-BAS
la petite commune de Fontenelle qui était une propriété parti-
culière. (Voy. Fontenelle,)
Les deux mairies dont il s'agit avaient une administration
spéciale et des institutions différentes de celle du chef-lieu de
la seigneurie ; mais elles ressortissaient, depuis la création du
château de Belfort, du tribunal institué dans cette forteresse.
On peut, avec quelque raison, admettre que ce fut au XI* et
au plus tard au XIP siècle. (Voy. Belfort,)
Auxelles-Bas. — La mention la plus ancienne que nous
rencontrons concernant cette commune est de l'année 1282.
Elle dépendait alors du comté de Montbéliard. Il y avait un
château occupé par un gentilhomme, Eichard d'Auxelles, qui,
en 1290, s'engagea à concourir, avec neuf autres gélitils-
hommes, à la défense de la ville de Besançon, contre Eodolphe
de Habsbourg et son lieutenant, Jean de Châlon. Richard était
d'ailleurs vassal du comte de Bourgogne pour un autre fief
dont il était investi à Sainte-Marie-en-Chaux. Il tenait Auxelles
en fief soit du comte de Montbéliard, soit du comte de Ferrette,
bien qu'à cette époque le Rosemont, dont Auxelles dépendait,
ne fût pas encore réuni au comté de Ferrette. En 1373, nous
rencontrons un Adrien d'Auxelles, qui était vraisemblablement
un descendant de Richard. Les armes des sires d'Auxelles
étaient : âlor à trois fasces de gustdes.
Le fief passa successivement de la famille des Assel en
diverses mains. En 1458, Jean de Dige le vendit à Sigismond
d'Orsan, et en 1500 il échut à Charles de Vey. En 1520, il
retourna aux premiers ministériaux des comtes, les barons de
Ferrette, qui le conservèrent jusqu'au retour de l'Alsace à la
France.
En 1700, le chevalier Béat de Ferette était seigneur d'Auxelles
et de Saint- André. Ce Béat était l'aîné delà famille qui se divi-
sait en trois branches tant directes que collatérales, savoir :
celle de Béat, seigneur d'Auxelles et de Saint-André; celle de
Jean-Baptiste, baron de Ferrette, seigneur de Liebenstein,
Bettendorf, Oltingen et autres lieux, et celle de François-
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AUXELLBS-HAUT S5
Les armes de Béat étaient : de sable, au lion d'argent, armé,
hmpassé et couronné d!or. Sur de plus anciennes annoiries en
vitrail, le lion était lampassé de gueules.
Sous la domination des comtes de Ferrette et des ducs
d'Autriche, leurs successeurs, Auxelles-Bas n'apparaît plus
dans les titres que sous le nom de Meder-Assel
Le château d'Auxelles, celui du Rosemont et celui de Passa-
vant, près de Champagney, formaient le groupe des forte-
resses féodales connu sous le nom prétentieux de : Les trois
On vient de voir que le château d' Auxelles-Bas existait
encore en 1520. Au mois de décembre 1632 il tomba, comme
celui du Rosemont et de Passavant, sous les coups de l'armée
suédoise qui occupait le pays et assiégeait Belfort.
Auxelles-Bas faisait partie de la mairie du Haut-Rosemont,
dont la commune de Chaux était le chef-lieu. Auxelles était
donc soumis à l'administration du lieutenant de Rosemont et
aux lois coutumières qui ont formé le code de cette partie du
territoire. (Voy. Rosemont.)
Jusqu'à la domination des archiducs, landgraves de la Haute-
Alsace, la population était restée de condition servile. Ou en
trouve la preuve dans des titres concernant le chef-lieu de la
seigneurie.
Au commencement de ce siècle, Auxelles-Bas avait une
population de 507 habitants; il y en a aujourd'hui 720 d'après
le dernier recensement.
Cette commune appartient au canton de Giromagny. La
distance légale jusqu'au chef-lieu de canton est de 5 kilo-
mètres; elle est de 1 myriamètre 3 kilomètres jusqu'à Belfort.
Auxelles-Haut. — D'après Schœpflin, ce village ne date-
rait que du XVP siècle. Il se serait formé d'émigrants saxons
venus, à cette époque, pour exploiter les mines du voisinage.
Les noms allemands que l'on trouve encore dans les familles
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36 AUXELLES-HAUT
nous pensons qu'il faut Tadmettre comme un fait historique
qu'il serait intéressant d'approfondir.
Ce village a d'abord été appelé Neudorff=^ Village-'neuf, par
ses fondateurs, et plus tard seulement Ober-Assél = AuxeUes-
Haut.
En présence de ces constatations, on se demande si ces
Saxons n'étaient pas les débris de la population ouvrière des
mines saxonnes qui, aux premiers accents de la Réforme, se
leva tumultueusement contre la domination de Rome et celle
du Saint-Empire? On sait que l'électeur George en bénéficia
et que les ouvriers delà première heure en furent les victimes
pour avoir poussé le mouvement de la Renaissance jusque
dans ses extrêmes limites. Anéantis par la force armée et dis-
persés au loin, quelques débris des premières défaites se
seraient fixés en ce coin ignoré de l'extrême frontière des
possessions autrichiennes et auraient demandé leurs moyens
d'existence au dur labeur que désormais la Saxe leur refusait.
Perdue dans nos montagnes, cette intéressante colonie y serait
demeurée et se serait peu à peu fondue dans les mœurs et
la population du Haut-Rosemont. Nous livrons, pour ce qu'elle
peut valoir, cette hypothèse à la sagacité du lecteur et à la
vérification des chercheurs qui s'intéressent à l'histoire locale.
Voici d'ailleurs comment s'exprime M. Henri Bardy au sujet
de ces émigrés :
« C'est alors qu'une colonie d'ouvriers mineurs vint de la
Saxe s'établir au fond de la vallée de la Savoureuse où leurs
descendants habitent encore. Le grand nombre de noms propres
d'origine allemande suffit pour donner à cette opinion de la
vraisemblance. De là aussi les noms allemands que portent
la plupart des puits et galeries : le Cougle, le Pfenning-Thurm
sur le territoire de Giromagny; la Selique, la Scheloque et la
Tischsgrund à Lepuix, la Scherchemit et la Kelschaff d'Auxelles-
Haut
a Le territoire d' Auxelles-Haut a été distrait de la seigneurie
de Rosemont pour être érigé en fief au profit d'un sieur Hey-
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BANVILLARS 87
Ferrette, puis aux Riboulet, entre les mains desquels il se
trouvait encore en 1789.
« Concédées par Mazarin , Gensanne exploita les mines
d'Auxelles jusqu'en 1744, terme du traité passé avec Mazarin.
Elles furent encore exploitées par divers autres, mais, paraît-il,
sans beaucoup de succès. » 1791, propriété nationale.
Auxelles-Haut dépendait, comme Auxelles-Bas, de la mairie
de Chaux, de la lieutenance administrative de Rosemont et
des règles définies dans son code coutumier.
Au commencement de ce siècle, la population de ce village
était de 618 habitants; elle est aujourd'hui de 928, d'après le
dernier recensement.
Auxelles-Haut appartient au canton de Giromagny. La dis-
tance légale est de 6 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton;
elle est de 1 myriamètre 4 kilomètres jusqu'à Belfort.
Banvillars. — Une voie romaine passait à Banvillars. Un
tronçon d'environ 200 mètres de longueur, fut découvert dans
les années 1855 à 1858, par les travaux de la ligne ferrée de
Belfort à la Méditerranée. Cette voie romaine arrivait à
Bavilliers, au-dessous du cimetière actuel et à côté duquel
nous avons trouvé une grande quantité de tuiles à tebords,
exhumées par. les travaux de la culture. (Voy. Bavilliers.)
A l'ouest de Banvillars, au sommet d'une petite montagne
appelée BeavrBois, se trouvent les ruines bien caractérisées
d'une forteresse signalée dans le dictionnaire de M. Stoflfel
comme un fief d'Autriche à la date de 1525 : BannweHer-le-
Bourg ou Château avec le village. Le château aurait donc
encore été debout à cette date. A quelle époque a-t-il été
construit, à quelle époque a-t-il été ruiné? Aucun document
ne nous permet de le dire d'une façon certaine. Mais nous
pensons que cette forteresse n'est pas antérieure à la fin du
XP ou au commencement du XIP siècle.
Après le partage du comté de Montbéliard, les maisons de
Montbéliard et de Ferrette furent fréquemment en guerre
l'une contre l'autre au siyet de leurs possessions respectives et
des limites mal définies des deux comtés. Nous sommes porté
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38 BANVILLAB8
à croire que le château de Banvillars fut l'œuvre des comtes
de Ferrette, pour défendre leur domaine contre les entreprises
des comtes do Montbéliard, et non celle des comtes de Mont-
béKard pour préserver leur comté contre les agressions des
comtes de Bourgogne. Quant à la destruction de cette forte-
resse, l'opinion l'attribue à l'invasion suédoise, et cela paraît
assez vraisemblable, car on sait que les Suédois s'attaquèrent
principalement aux nombreux châteaux de la Haute-Alsace
qui relevaient de la maison d'Autriche ou du Saint-Empire.
Les ruines forment aujourd'hui un cône assez élevé sur des
murs fort épais, d'environ 40 mètres carrés. Cette enceinte est
entourée de trois côtés d'un fossé très profond qui en défendait
l'accès. La face sud donnait sur la déclivité très abrupte de la
montagne et se trouvait ainsi naturellement défendue par la
' conformation du terrain. Un peu plus bas, vers le village et la
vallée se trouvait encore une dépendance du château dont on
ne voit plus que la plate-forme, un vestige de mur et une
circonvallation en partie nivelée; plus bas encore, une source
assez abondante jaillit du roc dans un vaste entonnoir, visible-
ment creusé de main d'homme pour former une piscine, un
petit étang ou un réservoir. Cette source, d'une eau très lim-
pide, porte le nom de la Ooulotte. Elle pourrait être très avan-
tageusement utilisée pour donner au village de belles fontaines
jallissantes. La tradition rapporte que les sires du Beau-Bois
et les sires du ChâteUt de Bavilliers avaient l'habitude de se
saluer tous les soirs au moyen de torches allumées.
La mention la plus reculée que nous rencontrons concernant
le village est du mois de septembre 1257. Elle se trouve dans
un acte de vente de cette date dont l'original est aux archives
de la Haute-Saône et la copie aux archives de la fabrique de
Banvillars. Viard, quatorzième abbé de Lure, vend à Kichard
de Belfort, fils de Guillaume de Roppe, les hommes, terres de
toute nature, dîmes et redevances, le fief excepté (fuer le fie),
que l'abbaye possédait à Banvillars et autres lieux, moyennant
850 livres estevenantes.
Banvillars était alors du comté de Montbéliard et de la
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BANVILLARS 39
Ambroise. Le village dépendait de la seigneurie du Rosemont
et de la mairie d'Argiésans.
Avant 1303, le fief était tenu par P. de Chévremont (Pierre
de Bavans), qui mourut en cette année sans enfants. Matrel
de Belfort s'en adjugea les biens qui* relevaient alors du
domaine soumis aux revenus et prestations dont jouissaient
les Landgraves de la Haute- Alsace.
Quand Banvillars advint au comté de Ferrette, il était tenu
en fief par Jacques de Banvillars. C'est ce que nous apprend
un traité du. 12 juin 1332, entre le marquis de Bade et Henri
de Montfaucon, comte de Montbéliard, relativement à la mou-
vance de ce fief. En 1333, Jacques de Banvillars rend foi et
hommage au dit marquis de Bade, Raoul Hesse, second mari
de Jeanne de Montbéliard, veuve du dernier comte de Ferrette.
En cette même année, nous trouvons le nom deJacquot Courte-
Étoile \de Banvillars, qui n'est vraisemblablement qu'une
variante de Jacques de Banvillars investi du fief. En 1339,
c'est Louis de Bavière qui en donne l'investiture.
Pour éclairer ces points de repère, il faut, pensons-nous,
recourir un instant à l'histoire générale des deux comtés de
Montbéliard et de Ferrette.
Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard de 1282 à 1321,
avait eu de sa femme Guillemette de Neuf-Chatel guatre tilles
et un fils. En 1299, il avait donné en mariage l'aînée de ses
filles, Jeanne, à Ulrich II, comte de Ferrette. C'est cette
alliance qui devait valoir au comté de Ferrette son principal
agrandissement quand serait venue l'heure du partage de la
succession de Renaud. (Voy. Belfort.)
Le 1" septembre 1314, Renaud, voyant approcher sa fin, prit
des dispositions testamentaires qui plaçaient son fils Othenin,
affecté d'idiotisme, sous la tutelle de Hugues de Bourgogne,
frère de Renaud. Cette tutelle devait durer cinq ans, terme
après lequel, si l'étal mental d'Othenin n'avait pas changé, le
comté de Montbéliard passerait en d'autres mains, sauf à
réserver un apanage ou des bénéfices suffisants pour faire
face aux besoins d'Othenin, sa vie durant.
Renaud mourut en 1321.
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40 BAKVILLABS
Jeanne, sa fille aînée, comtesse de Ferrette, perdit son mari,
Ulrich II, en 1324; l'année suivante, elle épousa en secondes
noces Raoul Hesse, marquis de Bade.
L'une des filles de Jeanne et d'Ulrich, Jeannette, avait, peu
de temps avant la mort d'Ulrich, épousé Albert II, duc d'Au-
triche et successeur des comtes de Ferrette.
En 1330, le terme de cinq ans concernant Othenin étant
expiré, et celui-ci étant incapable de succéder à son père, la
négociation du partage commença et ne fut close qu'en 1332.
Banvillars était échu à Jeanne, veuve d'Ulrich et devenue
marquise de Bade par son second mariage avec Raoul Hesse.
Mais comme il fallait constituer l'apanage d'Othenin, il inter-
vint entre son tuteur Hugues de Bourgogne et le marquis de
Bade le traité dont nous avons parlé précédemment, et qui
consacre la propriété directe à Jeanne, femme de Raoul, tout
en réservant la jouissance au comté de Montbéliard aussi long-
temps qu'Othenin serait en vie. Jean de Banvillars prêta donc,
en 1333, foi et hommage au marquis de Bade, dont il fut dès
ce moment le vassal. Mais le domaine utile continua à appar-
tenir au comté de Montbéliard jusqu'à la mort d'Othenin,
arrivée en J 339.
Après 1339, le domaine utile retourna aux comtes de Ferrette
ou à la maison d'Autriche qui, par le mariage d'Albert II avec
Jeannette, avait succédé aux premiers dynastes du comté.
Cette maison en conserva la mouvance jusqu'au XVIP siècle;
mais nous manquons de renseignements à l'égard des familles
ou de la famille qui fut investie du fief depuis 1339 jusqu'en
1580. Sont-ce concurremment les descendants de Jacques de
Banvillars et de Richard de Belfort? Si cela est vraisemblable
pour le XV* siècle, et peut-être le XVP, rien ne nous autorise
à l'affirmer.
Quoi qu'il en soit, en 1580, le Château de Banvillars fut
donné en fief par la maison d'Autriche à une branche de la
famille suisse des Landenberg, la branche dite Breiten-
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BAMVILLAR6 41
quels le château de Banvillars avec les revenus qui en dépen-
daient et Levai, près Kougemont (Voy. Levai)
On était alors dans la période du grand mouvement de
transformation sociale dont la réfonne religieuse fut le point
de départ. Banvillars, situé aux confins des deux comtés dont
l'un avait embrassé la Kéforme, tandis que l'autre restait
attaché à la cause de Rome, devait nécessairement en subir le
contre-coup. Le village fut détaché de son ancienne paroisse,
Brévillier, et en 1565, le dernier curé s'était réfugié dans son
annexe, Banvillars, qui appartenait à l'Autriche, La chapelle
de Saint-Ambroise fut desservie par lui et en 1590 elle était
filiale de l'église de Châtenois. Elle paraît avoir été desservie
ensuite par le curé ou les vicaires de cette commune jusqu'à
l'époque où elle fut érigée en succursale, en 1805.
Quatre familles de cette commune appartenaient à la cure
de Bavilliers qui y possédait des maix depuis un temps immé-
morial.
Quant aux Breiten-Landenberg, leur fief consistait dans le
château, le Beau-Bois et environ la moitié du village et du
ban. Ds y avaient établi un maire qui les représentait, et c'est
ce qui, à partir de 1580, année de leur investiture, a fait
considérer Banvillars comme chef-lieu de la mairie du Bas-
Rosemont, tandis que la partie non inféodée n'avait pas cessé
de dépendre de la mairie d'Argiesans. (Voy. Bosemont.)
Après la destruction du château par l'armée suédoise et la
réunion du comté de Ferrette à la France, les Breiten-
Landenberg ne demeurèrent pas moins en possession des
biens constituant leur ancien fief qui, à la suite des temps,
était devenu propriété héréditaire. Ils le conservèrent jus-
qu'à la Révolution. Leurs biens étant alors tombés dans le
séquestre, furent vendus comme domaine national. Le Beau-
Bois et la ruine sont aujourd'hui une propriété particulière.
Au commencement de ce siècle, la population de Banvillars
était de 189 habitants; le dernier recensement lui en attribue
186.
Cette commune appartient au canton de Belfort Sa distance
légale du chef-lieu est de 6 kilomètres.
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42 BAVILLIERS
Batuma^ny . — Ce village était situé non loin de Méroux.
Il a existé jusqu'en 1633. D n'en reste plus d'autre trace que
dans la mémoire des habitants de Vézelois et de Méroux. Il
fut détruit, comme d'autres encore, par l'armée suédoise qui,
en 1633, occupait déjà Belfort. La campagne des environs
s'étant soulevée contre ces étrangers, Batumagny fut détruit
à l'occasion de la bataille qui eut lieu entre la forêt de La
Perche, Danjoutin et Vézelois, et dans laquelle les insurgés
furent massacrés. (Voy. Vézelois.)
Bavilliers. — A l'endroit où cette commune est assise, il
existait, sous la domination romaine, un établissement quel-
conque et vraisemblablement aussi un poste militaire. La voie
venant de la Franche-Comté, dont on a retrouvé un tronçon
à proximité de Banvillars et d'Argiesans, continuait sa course
vers Bavilliers en suivant le bas de la côte; elle arrivait au
pied du monticule connu sous le nom de Châtelet; de là elle
se dirigeait vers Danjoutin. Dans les fouilles pratiquées au
sommet de ce monticule, on a découvert des restes de fon-
dations de l'ancien Castellum, remplacé par le Châtelet du
moyen-âge. Antérieurement on y avait trouvé d'autres objets
de la même époque et parmi lesquels on cite une statuette en
bronze qui a passé en des mains inconnues. Au sud-ouest du
cimetière actuel on découvre encore à fleur du sol des frag-
ments de tuileaux à rebords, et dans un verger contigu au
cimetière la pioche se brise sur d'anciennes ruines nivelées et
recouvertes de terre végétale. Des recherches ultérieures ne
sauraient manquer de donner aux indications qui précèdent
le caractère d'authenticité que nous leur attribuons.
Nous ne trouvons d'ailleurs trace écrite de Bavilliers que
dans la première moitié du XP siècle. Il y avait un domaine
ecclésiastique consistant en une chapelle ou une église et iin
manse. Une partie des revenus de ce domaine formait une
prébende dont l'écolâtre de SaintrEtienne de Besançon était
bénéficiaire. L'église était sous l'invocation de saint Jean-
Baptiste. Aucun document ne nous permet de dire à quelle
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BÂ.VILLIEBS 48
par celle qui a été démolie en 1846 et qui s'élevait sur le
cimetière. Celle-ci fut placée sous l'invocation de saint Am-
broise, invocation qui a été conservée h l'église moderne
construite en 1845.
Des indications sommaires qui précèdent, on peut conclure
que Bavilliers prit quelque importance, quelque développement
à dater de la formation du comté de Montbéliard dont la
contrée faisait partie ; que son état régulier coïncide avec la
construction du château de Belfort, et qu'à l'organisation de
la prévôté et des mairies de son assise féodale, Bavilliers fut
rangé dans la circonscription d'une mairie voisine, celle de
Cravanche, à laquelle des titres plus récents attestent que ce
village appartenait
Bavilliers devint de bonne heure un fief de la mouvance
des comtes de Montbéliard et de leurs successeurs. Cela est
attesté par les foi et hommage que prêtèrent aux nouveaux
maîtres ceux qui furent successivement investis du fief.
En 1332, Bavilliers échut à Jeanne de Montbéliard, veuve
d'Ulrich II, comte de Ferrette et mariée en secondes noces avec
Raoul Hesse, marquis de Bade. En 1333, le Chevreï de Bavil-
liers rendit foi et hommage audit marquis pour son fief de
Bavilliers.
En 1347, le 26 août, Bavilliers passa définitivement au comté
de Ferrette et au domaine de la maison d'Autriche, par suite
du mariage d'Albert avec Jeannette, fille aînée de Jeanne et
d'Ulrich II, comte de Ferrette. Albert avait succédé aux
comtes de Ferrette, et Bavilliers advenait à Jeannette, sa
femme, dans le partage de la succession de Jeanne de Mont-
béliard, sa mère. Bavilliers fut alors érigé . en chef-lieu de
mairie, Cravanche étant échu à la sœur consanguine.
En 1366, le 15 septembre, nous rencontrons un prêtre,
Guillaume de Bavilliers, parmi les exécuteurs testamentaires
de Marguerite, marquise de Bade, dan^e de Florimont et
d'Héricourt.
En 1386, le 27 février, c'est un Jacques Chevrot, chevalier
(Armiger)^ qui fait reprise du fief. Ce Chevrot était vraisem-
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44 BEAUOOUBT
blablement le fils du Chevrel que Ton a vu en 1333 prêter foi
et hommage au marquis de Bade.
Avant 1500, la famille des Roppach (Roppe) possédait, à
titre d'alleu, trente hommes dans le village de Bavilliers.
En 1580, le Château (Châtelet) de Bavilliers, les hommes et
les terres qui en dépendaient furent transférés par les barons
de Morimont, auxquels Bavilliers était alors engagé par la
maison d'Autriche, aux nobles deHagenbach, du consentement
de l'archiduc Ferdinand. J. Christophe de Hagenbach demanda
que les Landenberg en fussent coinvestis. Les Landenberg ont
succédé dans le fief à la branche de Christophe de Hagenbach,
qui s'est éteinte en 1705.
Marie-Louise de Roppach, dernière fille de François-Conrad,
apporta en dot à son mari, François-Christophe de Klinglin,
préteur de Strasbourg, le fief que sa famille possédait à
Bavilliers.
L'enclos où est en ce moment le pénitencier connu sous le
nom de Refuge de Sainte-Odile, tenu par les Dames de Ribau-
villé, fiit établi par ledit préteur Klinglin, mort, comme on
sait, dans les prisons de Grenoble, où il avait été transféré à
la suite du procès qui lui fut intenté pour prévarication.
Dans l'armoriai de France, Bavilliers a les armes suivantes :
De sable à un lion d!or. (Voy. n"" 11 des planches.)
Au commencement de ce siècle, Bavilliers avait une popula-
tion de 265 habitants. En 1876, on y en a recensé 1020.
Bavilliers fait partie du canton de Belfort. Distance légale :
3 kilomètres.
Beancourt. — Dans son Dictionnaire topographiqpm de
V Alsace, M. Stoffel fait mention de cette localité en 1147.
C'est vraisemblablement dans des pièces déposées aux archives
du Haut-Rhin qu'il a recueilli cette mention à laquelle nous
ne pouvons demander que la constatation d'un fait, à savoir :
Comme agglomération communale, Beaucourt existait déjà
dans la première moitié du XIP siècle. D'ailleurs, les docu-
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BEADOOORT 45
Cependant, diverses indications relatives aux pays voisins
nous portent à penser que le territoire de Beaucourt était
coupé en deux parties par la limite des deux évêchés de Bâle
et de Besançon; de telle façon que les habitants fixés à l'est
de cette ligne de démarcation appartenaient au duché d'Alsace
et à l'évêché de Bâle, tandis que ceux qui étaient établis à
l'ouest de la même ligne appartenaient à l'évêché de Besançon.
(Voy. Notions générales^ période gallo-franqm.)
Au VHP siècle, le territoire de Beaucourt fut vraisemblable-
ment compris dans l'étendue de pays que le comte Eberhard
affecta à la dotation de l'abbaye de Murbach. Beaucourt- Alsace
aurait ainsi dépendu, dès les temps les plus reculés, de la
mairie de Saint-Dizier et plus tard de la prévôté de Délie ainsi
que de l'évêché de Bâle, tandis que Beaucourt-Comté aurait
relevé, quant au spirituel du moins, de l'évêché de Besançon.
Cette situation particulière aurait duré pendant tout le moyen-
âge.
En 1324, le 14 décembre, c'est-à-dire l'année même de la
mort du comte de Ferrette, Ulrich II, sa veuve affranchit deux
particuliers de Beaucourt et leur délivre des lettres de bour-
geoisie, moyennant deux tablettes de cire à livrer chaque
année. Ainsi, au XIV" siècle, le comté de Ferrette possédait
des terres serviles sur ce point extrême de l'Alsace.
Au siècle suivant, nous y trouvons, avec le nom d'une famille
qui s'est continuée jusqu'à nos jours, la preuve que l'évêché
de Besançon y exerçait son autorité spirituelle. Le 7 septembre
1448, le surintendant et les commissaires de la régence de
Montbéliard procèdent à la visite des églises, et des gens de
Beaucourt sont compris dans leur inspection.
De l'aflEranchissementfait par la veuve du comte de Ferrette
et de l'inspection dont il vient d'être parlé semble résulter la
preuve que la ligne de partage entre les deux comtés de Fer-
rette et de Montbéliard ainsi qu'entre les deux évêchés de
Bâle et de Besançon coupait, à cette époque, en deux parties,
le territoire et la commune de Beaucourt.
Quoi qu'il en soit, Beaucourt dépendit, pendant tout le
moyen-âge, de la mairie de Saint-Dizier et de la prévôté de Délie,
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46 BELFOBT
dès que celle-ci fut instituée, c'est-à-dire dès le XIIP siècle.
(Voy. les Notices.)
En 1803, la population de Beaucourt était de 193 habitants.
Au dernier recensement on y en a compté 4505.
Beaucourt appartient au canton de Délie. La distance légale
est de 7 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton et de 2 myria-
mètres 3 kilomètres jusqu'à Belfort,
Belfort. — L'histoire de Belfort est étroitement liée à
celle de Brace, localité qui a disparu au XIIP siècle et dont
divers écrivains ont nié l'existence. Nous considérons cette
localité comme le berceau de la ville moderne, et nous lui
consacrons plus loin une notice spéciale, (Voy. Brace.)
Dire à quelle époque remonte la construction du château
qui a précédé l'existence du bourg et de la ville de Belfort,
c'est ce qu'il est encore impossible de préciser. Nous pensons
qu'on y arrivera un jour, c'est-à-dire lorsque les documents
qui existent aux archives de Montbéliard, de la Franche-Comté
et ailleurs auront été mieux reconnus qu'ils ne le sont et
étudiés au point de vue particulier qui nous occupe.
Il est dit dans un des Bulletins de la Société d^émulation
de Montbéliard que l'établissement du château remonte au
X'' siècle. Les recherches que nous avons faites à ce sujet ne
confirment pas cette affirmation. Nous la considérons, jusqu'à
preuve contraire, comme dénuée de fondement, et d'après
nous, c'est seulement au siècle suivant qu'il faut chercher
l'origine du Château et de la ville de Belfort.
XI** SIÈCLE
Nous estimons que la forteresse féodale fut construite dans
la première moitié de ce siècle, c'est-à-dire par le premier
comte de Montbéliard, Louis de Mousson, souche des comtes
de Ferrette, qui régna de 1024 à 1070. (Voy. Notions générales,
période gallo-franque).
Quand la forteresse fut établie, le comte lui assigna pour
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BELFÔRT 47
Il est présumable que , dès les premiers temps, cette terre
fut divisée en deux mairies, celle de l'Assise-sur-Peau et celle
delà Haute-Assise. Nous pensons qu'il y alieu de leur adjoindre
la mairie de Brace dont l'existence, à cette époque, est désor-
mais hors de discussion.
Peut-être convient-il de ranger encore dans la circonscrip-
tion première du Château deux autres mairies voisines : celle
de Perouse-Offemont et celle de Cravanche-Bavilliers qui nous
paraissent avoir été contemporaines de celle de Brace. (Voy.
les Notices,)
XlV SIÈCLE
Les documents écrits font défaut pour exposer d'une façon
circonstanciée le développement progressif de l'agglomération
qui s'établit autour et au pied de la forteresse dans le cours
des XP et XIP siècles. Mais, en tenant compte de la consis-
tance que cette agglomération avait, très vraisemblablement,
au commencement du XIIP, on peut conclure que, dans l'espace
d'un siècle et demi, elle prospéra sous la protection du Château
et constitua une localité assez importante pour avoir sa vie
propre et former les parties de la ville naissante qui furent
désignées, plus tard, par les noms de Vieil-Bourg, Bourg-
Bésot et enfin Bdfort-sur-la-Roche.
Xlir SIÈCLE
Dès le commencement de ce siècle^ on entre dans la période
où des indications certaines permettent de préciser quelques
faits historiques.
En 1226, le Château de Belfort est nettement désigné par
le traité de paix signalé dans la notice de Brace. Il y est dit
au nom du comte de Ferrette et de ses fils : « Et libère guietum
clamavit eidem totum jus, quod dicehat se habere in Castro de
Belfort. » Cette désignation directe du Château est la plus
ancienne mention que l'on rencontre dans les titres connus
jusqu'à ce jour.
Par ce traité, le comte de Ferrette, Frédéric II, renonçait
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48 BELFORT
en faveur du comte de Montbéliard, Richard de Montfaucon,
à tous les droits qu'il prétendait avoir sur le Château de
Belfort
Brace venait d'être ravagé par les guerres incessantes que
se faisaient ces deux maisons. Il est naturel qu'après la paix,
qui venait d'être conclue, ses habitants se soient réfugiés sous
la protection du Château de La Roche demeuré victorieux
contre le Château de Montfort, dont la démolition était prévue
dans le traité. Les habitants de Brace contribuèrent ainsi à
donner à la première agglomération un accroissement qui ache-
mina la localité vers une très prochaine émancipation. On
peut attribuer à la population de Brace la formation de l'an-
cienne rue du Rosemont, d'autres ruelles étroites et irré-
gulières dont on voyait naguère encore des vestiges.
Nous croyons que c'est dans le cours de ce siècle que le
Bourg construisit la première église de Belfort. Elle s'éleva
au pied de La Roche et fut placée sous l'invocation de saint
Denis qui devint ainsi le premier patron du bourg.
Le Château de Belfort est désigné une seconde fois dans
une charte de 1228. Cette charte est du 11 octobre; elle avait
pour objet d'offrir en fief à Mathieu II, duc de Lorraine, ledit
Château afin de le protéger contre de nouvelles attaques que
le comte de Montbéliard paraissait redouter; mais il n'y a pas
lieu de s'arrêter à ce titre, car l'oblation demeura non avenue.
Les ministériaux que les premiers comtes de Montbéliard
préposèrent à l'administration du Château et de la terre de
Belfort donnèrent, comme partout, naissance à une noblesse
secondaire dont nous rencontrons les premiers noms au com-
mencement du XIII* siècle.
En 1232, M. Stoffel mentionne les frères Nicolas et Gérard
de Belfort au nombre de ceux qui tenaient des fiefs de l'abbaye
de Murbach.
En 1257, nous découvrons dans une vente faite par l'abbé
de Lure, un Richard de Belfort qualifié de fils de Guillaume de
Roppe. (Voy. BanvUlars et Bo^e.)
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BELFORT 49
En 1275, on trouve un Guillaume de Belfort cité par Mone.
C'est probablement le fils de Richard que nous rencontrons
comme tiers arbitre, avec l'évêque de Bâle, dans un traité
conclu, le 2 janvier 1284, entre Rodolphe de Habsbourg et
Philippe, comte de Savoie.
Richard de Belfort, dont il est question plus haut, mourut
en 1295, laissant un fils, Guillaume, qui vient d'être nommé,
et une fille, Houdiennette. Celle-ci était mariée à Henri de
Delémont à qui échoit, dans le partage de la succession de
Richard, la dîme et le moulin de Bethonvillier, deux bichots
d'avoine à Menoncourt, quatre sous-censaux et deux bichots
d'avoine à Pérouse, dix sous-censaux à Petit-Croix, dix sous-
censaux à Lachapelle-sous-Rougemont et vingt-deux sous-
censaux à Vizelois. Henri reprend ces redevances en fief
relevant de Richard, comte de Montbéliard, dont il se recour
naît homme-lige, et il en donne décharge à son beau-frère,
Guillaume de Belfort.
En 1295, on trouve parmi les ofliciers de Louis-le-Hutin un
Gérard de Belfort. Il était le fauconnier du Roi. Valetmfal-
convm.
Dans le cours de ce siècle, le bourg fut entouré de sa pre-
mière enceinte de fortifications. C'est ce que le plus important
des titres qui le concerne va démontrer.
XIV® SIÈCLE
Pour ouvrir le XIV* siècle, signalons un Matrel de Belfort
qui, en 1303, s'adjuge les biens que Pierre de Bavans, décédé
sans enfants, tenait en fief à Chévremont. Cette main-mise est
réprimée par le suzerain, et le fief est conféré à N... (Jacques)
de Banvillars. (Voy. Banvillars,)
A l'époque où nous sommes arrivé, nous allons voir le bourg
sortir du rang des chefs-lieux de petite seigneurie et s'élever
à celui des villes libres médiates. Mû par un sentiment que
nous ne pouvons apprécier dans l'esquisse rapide d'une histoire
locale, le duc régnant de Montbéliard, Renaud de Bourgogne,
accorde à Belfort, en mai 1307, des lettres de franchise qui
font époque dans le passé de la ville. Ne publiant pas de texte
4
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50 BELFORT
dans ce travail, nous résumons ces lettres d'après la copie
que nous en possédons.
Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard, Guillemette,
sa femme, et Othein, leur fils, considérant qu'il est de leur
avantage et de celui de leurs successeurs, de favoriser le
développement « du Château^ du Bourg dudit CJiateau et de
toute la ville de Belfort ))^ qui avaient déjà acquis de l'impor-
tance, aflEranchissent les habitants qui s'y trouvent ainsi que
ceux qui y viendront, de la taille, des corvées et de toutes
autres servitudes sous quelques noms qu'elles se présentent,
sans préjudice toutefois pour les rentes, droits de justice et
les amendes que le seigneur y possède.
Avant de passer aux articles des franchises, il est bon de
remarquer que ce préambule donne une description précise
de ce qu'était alors Belfort et qui correspond aux indications
que nous avons exposées précédemment sur son origine et son
développement, à savoir : le château, le bourg qui se forma
autour du château, et enfin la ville rudimentaire que l'extinc-
tion de Brace constitua au pied de la Roche. Poursuivons :
1° Chaque bourgeois ou bourgeoise de Belfort, chaque habi-
tant qui y viendra, qui y ont ou qui y auront maison ou terrain
à bâtir paieront au seigneur et à ses successeurs une redevance
annuelle de 12 deniers estevenants par toise de façade de leur
maison, château ou burg et de leur chésal ou terrain à bâtir.
La toise est dp dix pieds^ et la redevance de 12 deniers sera
payée chaque année en deux termes : la première moitié la
veille de Saint-Michel, la seconde à la mi-carême. Les bourgeois
paieront en outre et une fois pour toutes mille livres este-
venantes dont le seigneur leur donne quittance et moyennant
lesquelles lesdits bourgeois, bourgeoises et habitants devien-
nent propriétaires de tous les biens qu'ils tiennent, quelle
qu'en soit la provenance, meubles et non meubles, à partir du
jour des lettres d'aflEranchissement.
2° Le seigneur est tenu et s'oblige expressément, lui et ses
successeurs, de protéger et de défendre les bourgeois, bour-
geoises et habitants ainsi que leurs biens , en quelque lieu
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BELFORT 51
qu'ils soient situés, contre « toutes gens » qui viendraient les
troubler dans la jouissance.
3** Le seigneur consent, octroie et ordonne expressément
que, sans requête préalable, les bourgeois, bourgeoises et habi-
tants, élisent parmi eux et à la majorité neuf bourgeois pour
a gouverner » lesdits lieux ou la ville.
4° Les élus doivent jurer de sauvegarder les droits du
seigneur et ceux de la ville.
5° Le comte, sa femme et leurs fils réservent pour eux et
leurs successeurs la nomination d'un maire à choisir parmi
les bourgeois et même en dehors de ceux-ci, s'il ne s'en trouvait
pas un qui voulût accepter; lequel maire est chargé de faire
respecter le droit du seigneur, de maintenir sa justice et de
percevoir les droits et redevances qui lui reviennent et qui
pourront lui revenir au dit Belfort; mais le maire ne peut et
ne doit prononcer une amende ni exercer une prise de corps
sans le jugement des neuf bourgeois élus, de trois ou de deux
d'entr'eux, qui auraient été choisis pour statuer. Si ces jurés
ne pouvaient s'accorder sur la sentence, le jugement revient
au seigneur qui doit rendre bonne et loyale justice selon le
droit et la coutume de Belfort, comme un « bon sire ».
6° Les jurés ne peuvent prononcer une amende supérieure
à 60 sous estevenants, excepté en temps de foires et de marchés,
cas auquel l'amende peut être du double. Si l'amende devait
être encore plus forte, les neuf jurés s'adjoignent deux ou
trois autres bourgeois pour se mettre d'accord sur l'amende,
et le jugement revient au seigneur qui doit rendre bonne et
loyale justice selon le droit et la coutume de Belfort. Il est à
savoir en outre, que si un ou plusieurs des neuf jurés ne pou-
vaient siéger, les autres éliront parmi les bourgeois les jurés
qui devront remplacer les défaillants.
T Si un bourgeois, une bourgeoise ou un habitant meurt sans
enfants ou héritiers directs, ses biens , meubles et immeubles,
reviennent à sa parenté la plus rapprochée selon le droit de
succession de lignage, à moins que le défunt n'en ait ordonné
autrement. « Sy aucun qui ne seroit de loyeaux mariages »,
e'est-à-dire si un bâtard meurt sans enfants ou héritiers directs.
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52 BELPORT
ses biens, meubles et immeubles, reviennent au seigneur, mais
sa femme doit retenir son douaire sa vie durant, et après sa
mort ce douaire revient au seigneur.
8° S'il advenait qu'un des bourgeois fût saisi en sa personne
ou en ses biens successoraux pour cause du service du seigneur,
celui-ci et ses successeurs doivent et sont tenus de poursuivre
sa délivrance, d'agir et même de faire la guerre par « grande
et petite force » si le saisi ne pouvait être délivré autrement
et dans le terme fixé par les neuf bourgeois ou la majorité
d'entr'eux, et si la saisie avait lieu pour cause de dette du
seigneur, celui-ci est tenu de payer de son propre et en toute
manière d'assurer la délivrance. De même à l'égard des dits
neuf bourgeois ou de la majorité d'entr'eux s'ils devenaient
l'objet de saisie, arrestation ou violence pour cause du service
du seigneur ou des château et ville de Belfort et s'il advenait
que rançon dût être payée pour assurer la délivrance, elle le
sera par la communauté des bourgeois, à moins que la saisie
ait eu lieu pour un méfait personnel, cas auquel le saisi paiera
seul la rançon.
9° Si par suite de guerre ouverte il arrive aux bourgeois ou
bourgeoises des saisies de personnes ou de choses, le seigneur
et ses successeurs ne seront pas tenus de payer la rançon ni
de réparer les dommages causés.
10° Les bourgeois, bourgeoises et habitants qui habitent et
qui habiteront Belfort ont le droit de s'en aller en d'autres
lieux pour y demeurer, et quels que soient ces lieux, ils peuvent
vendre franchement leurs héritages, leurs maix et dépendances,
leurs meubles et immeubles, pour s'établir ailleurs excepté :
« es seigneuries et droit d'Allemagne, ny du duc d'Autriche,
« ny de leurs hoirs, ny de leurs successeurs, ny d'autres
« hommes d'Allemagne que pour raison de leurs biens nous
« menât en guerre ou contention, ny audit Roy (d'Allemagne),
« ny audit Duc, ny à leurs successeurs, ny à leurs gens vendre
« ou aliéner leurs héritages, mais en toute autre manière » ils
ont le droit de se faire les sujets de quel autre seigneur il leur
plaira et de disposer de leurs bieiis dans les conditions que la
lettre de franchise leur accorde. Ceux qui demeurent hors de la
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BELFORT 53
franchise et qui néanmoins y restent participants doivent y
résider au moins six semaines par an, eux et leurs femmes.
Ceux qui la quittent définitivement et qui prennent congé, le
seigneur ou son lieutenant est tenu de les faire escorter pen-
dant une nuit et un jour quelle que soit la direction qu'ils
prennent S'ils se dispensent de prendre congé, l'escorte ne
leur est pas due.
11° Les bourgeois de la franchise ne doivent et ne peuvent
y admettre ni homme ni femme de lieux ou ils sont taillables
du seigneur, ni ceux de ses fiefs, à moins que le seigneur ne
les y ait autorisés. Mais ils peuvent recevoir en ladite franchise
tous autres hommes et femmes sans que le seigneur ait le droit
de s'y opposer.
12° S'il arrivait que les bourgeois de la franchise fussent en
guerre, tous ceux qui demeurent au dehors doivent y entrer
dans la quinzaine sur l'invitation des neuf bourgeois. Ils sont
tenus de faire le service de garde de la ville, de contribuer
aux dépenses du guet, à la surveillance des muettes (courtines),
excepté celles du donjon, à moins que cela ne devienne absolu-
ment nécessaire, de maintenir en bon état de défense les murs
qui existent ou qui existeront « en tel état ou en meilleur
comme ils sont maintmiant », les rues et les chemins du dedans
et du dehors, ainsi que le commanderont les neuf bourgeois.
13° En considération des charges qu'occasionnera aux bour-
geois l'entretien des murs, des portes et des guets (muettes),
et afin de les voir s'accroître et se fortifier davantage en toute
aisance et pour le profit des habitants présents et à venir, le
seigneur se réservant V amende des 60 sols et la grande jtisticej
leur donne le bois que l'on appelle les Eparses, sous la forêt
du Salbert, limité par le chemin de la Maimbert et le rupt
(ruisseau) à l'autre chavon (côté?) dudit bois et de plus en la
forêt du Salbert, haute rive, une portion de ladite forêt qui
commence en la gorde au-delà du pré Boulin^ fils au Roy, et
en aval tout droit jusqu'aux Eparses.
14° En outre, le seigneur accorde aux habitants le droit
d'envoyer leurs porcs paître dans les bois seigneuriaux moyen-
nant une redevance de deux deniers estevenants par truie et
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54 BBLFORT
sa portée et de douze deniers estevenants par porc à l'engrais.
L'usage de ce droit devant être pratiqué selon l'us et coutume
antérieurs aux lettres d'affranchissement sous peine d'amende
contre quiconque outrepasserait l'ancienne coutume et les
anciens usages.
15° Celui ou ceux qui dorénavant anticiperont sur les fran-
chises accordées, perdront droit aux dites franchises. Sont
admis en ces franchises Vauthier, et Bellin de Menoncourt
qui demeurent à OflFemont, et Henriot, dit Duchée, qui demeure
à Eguenigue, ainsi que les leurs et leurs descendants, alors
même qu'ils ne demeureraient pas à Belfort dans l'année qui
suivra les lettres d'affranchissement; mais si leurs descendants
n'y sont pas fixés comme les autres bourgeois, ils ne seront pas
de la franchise.
16° Renaud, comte de Montbéliard, GuiUemette, sa femme,
et Othenin, leur fils, promettent par somment sur le saint
Evangile de ne pas contrevenir aux franchises qu'ils accordent,
renoncent à tous privilèges, douaires, bénéfices, dons de
noces, etc., et ordonnent que tous ceux qui seront seigneurs de
Belfort après eux respectent et se conforment aux franchises
accordées et revêtues du sceau des neuf bourgeois, font
défense aux habitants de leur obéir s'ils ne les respectaient
pas, prescrivent dans ce cas de ne les reconnaître que lors-
qu'ils auront juré dans l'église de la ville de Belfort, en présence
des habitants, de maintenir et observer toute la franchise et
« toutes les autres choses comme elles sont ci-dessus escriptes ».
Et s'il arrivait que Renaud ou ses successeurs dussent les
« empirer », l'official de Besançon y tiendra la main par sen-
tence d'excommunication sans monition préalable. Mais il
demeure entendu que ces franchises ne portent aucune atteinte
aux droits du seigneur et à sa justice sur le corps et les biens
des habitants s'il leur arrivait d'être parjures envers ledit
seigneur et ses successeurs.
Telle est la substance de la charte d'affranchissement. Elle
a dû être suivie du règlement contenant les droits, us et cou-
tumes dont la communauté jouissait au moment où Renaud
de Bourgogne les amplifie ou les complète par ladite charte
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BELFORT 55
Si nous en avions le texte contemporain , nous le placerions
ici ; mais comme nous n'avons que celui de 1472, découvert et
publié par M. Henri Bardy, nous renvoyons le lecteur à cette
date afin de ne pas interrompre la chronologie. Mais avant
d'aller plus loin, il importe de faire remarquer que la charte
prouve :
P Qu'en 1307 la ville et ses bourgs étaient déjà entourés de
fortifications ;
2° Que la ville avait déjà son église paroissiale, distincte de
celle de Brace, ainsi que cela sera établi par la suite, et que
cette dernière était néanmoins restée le centre du lieu oîi la
nouvelle ville enterrait ses morts.
Ces faits étant acquis par le texte de la charte et du statut
qui en fut la suite, nous reprenons le cours chronologique de
cette esquisse.
« Le comte de Montbéliard, Renaud de Bourgogne, avait eu,
dit M. Tuefferd, une vie bien agitée. Un courage aveugle lui
fit éprouver bien des mécomptes. Il fut néanmoins grand et
généreux; mais, ajoute-t-il, en accordant des fiefs à plusieurs
personnages, en augmentant le nombre de ses vassaux afin de
s'en faire des défenseurs, sa générosité ne fut pas sans calcul.
Eloigné de l'empire dont le comté relevait, Renaud devait se
fortifier contre les entreprises incessantes des comtes de Bour-
gogne, en s'attachant par les liens du vasselage les seigneurs
du pays ; aussi, à la fin de sa vie, il n'y avait, pour ainsi dire,
pas un village dans le comté qui ne fût donné en fief à un ou
plusieurs vassaux et où ceux-ci construisirent des châteaux et
des maisons fortifiées. » Ce fut, sans aucun doute, le même
calcul qui le porta à donner, en 1307, au bourg de Belfort les
franchises qui viennent d'être rapportées.
En 1314, le 1" novembre, il prit, au château de Grange, des
dispositions testamentaires en vertu desquelles « le château,
LE BOURa et LA VILLE de Belfort » adviendraient à sa fille
Jeanne, avec une rente de 1200 livres sur la châtellenie, dans
le cas oîi son fils Othenin viendrait à mourir sans héritiers.
Or, sa fille Jeanne était mariée depuis 1299 à Ulrich II,
comte de Ferrette. En lui assurant les avantages précités,
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56 BELFOBT
Renaud désignait à l'avance le château, le bourg et la ville
comme devant, à sa mort, revenir à la maison de Ferrette, dans
le partage de sa succession. Cette prévision se fortifia encore
dans la suite, car Renaud, voyant sa fin arriver et son fils
Othenin demeurer dans un état d'idiotisme qui ne lui permet-
tait pas de lui succéder, prit, le 14 mars 1321, les dernières
dispositions testamentaires que la situation rendait indispen-
sables.
Renaud décida qu'après sa mort son frère, Hugues de Bour-
gogne, administrerait pendant cinq ans le comté de Mont-
béliard, au nom d'Othenin; que si, après les cinq années,
Othenin continuait à être frappé d'incapacité, il serait pourvu
à ses droits et à son existence par son tuteur Hugues et son
curateur Henri de Montfaucon, qui avait épousé Agnès, sœur
aînée d'Othenin, et qui devait succéder à Renaud; queBelfort,
Héricourt et tout ce qui en dépendait étaient assignés à
Jeanne, épouse de Ulrich II de Ferrette, avec la suzeraineté
sur la seigneurie du Chatelot.
Renaud mourut à la fin de la même année 1321 , et Hugues
de Bourgogne prit le gouvernement du comté au nom d'Othe-
nin. Le 22 avril 1322 il confirma les franchises de Belfort; le
même mois Henri de Montfaucon, curateur d'Othenin et héri-
tier présomptif, les confirma également. Quoique désigné à
l'avance pour advenir au comté de Ferrette, Belfort devait
donc demeurer encore pendant cinq années au comté de
Montbéliard, c'est-à-dire jusqu'à l'expfration du terme fixé
à la tutelle d'Othenin.
Dans l'intervalle, Jeanne, sœur d'Othenin et épouse d'Ul-
rich II, comte de Ferrette, perdit son mari, qui mourut le
10 mars 1324. De son mariage étaient nées deux filles, Jeannette
et Ursule. Avant de mourir, Ulrich avait obtenu en leur faveur
la capacité féodale et il avait songé à donner à Jeannette,
l'aînée, un mari issu de grande maison et capable de gouverner
le comté. Quelques jours avant sa mort, il la maria à Albert II
d'Autriche, qui, pour des motifs du même genre, s'était décidé
à abandonner l'évêché dePassau et à empêcher l'extinction
de sa race par les liens du mariage. Le sort politique du comté,
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BELFOBT 67
conséquemment de Belfort et ses dépendanees, devait se
trouver ainsi subordonné au sort de ce nouvel élément dans
la famille de Ferrette.
Mais en 1325, c'est-à-dire l'année après la mort d'Ulrich II
et le mariage de sa fille avec Albert, Jeanne de Montbéliard,
veuve d'Ulrich et belle-mère d'Albert, contracta un nouveau
mariage avec Kaoul Hesse, marquis de Bade, duquel devaient
naître encore deux filles, Marguerite et Adélaïde, qui furent
mariées à leurs cousins, Frédéric et Rodolphe Wecker, mar-
graves de Bade.
Albert d'Autriche avait pris à la mort d'Ulrich le gouverne-
ment du comté, le 26 mars 1324; mais la seigneurie de Rouge-
mont, qui était le douaire de Jeanne, était restée à celle-ci de
même que les fiefs dont elle avait été investie par Léopold;
de plus sa succession paternelle, ou les seigneuries de Belfort
et d'Héricourt, lui demeuraient réservées. C'est par cette
filiation que s'explique l'intervention de la maison de Bade
dans les faits qui se rapportent à l'histoire de Belfort et autres
localités du territoire.
Le terme de la tutelle à laquelle Renaud avait soumis
Othenin, son fils, devait expirer à la fin de l'année 1326, et
l'état mental d'Othenin ne s'était pas amélioré. Le 23 février
un traité fut conclu à La Bretinière, dans le Jura, entre
Hugues de Bourgogne, tuteur d'Othenin, d'une part; Jeanne,
marquise de Bade, et Agnès, épouse de Henri de Montfaucon,
sœurs d'Othenin, d'autre part, relativement à leurs droits dans
la succession du comte Renaud, leur père commun. Par ce
partage Othenin reçut, sa vie durant, et toujours sous la tutelle
de Hugues, son oncle, la ville et le château de Montbéliard, la
châtellenie, et d'autres villages et fiefs. Les seigneuries de
Belfort et d'Héricourt furent le lot de Jeanne, veuve d'Ulrich
de Ferrette et marquise de Baden.
Le tuteur d'Othenin étant mort en 1331, et l'état du pupille
ne faisant qu'empirer, le partage définitif devint indispensable.
Henri de Montfaucon prit le gouvernement du comté, et par
un acte du 3 mai 1332, daté du château de Grange, il déclara
que, dans le partage de la succession de Renaud, son beau-
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58 BELFOBT
père, sa belle-sœur, Jeanne, marquise de Baden, a eu les
seigneuries de Belfort, d'Héricourt, de Rougemont et de Flori-
mont, ainsi que le fief de Granvillars. Nous voyons qu'en
exécution de ce partage définitif, Poncet, fils de Mauclert de
Belfort, rendit, en 1333, foi et hommage pour son fief, au
marquis de Bade, second mari de Jeanne.
Belfort et ses dépendances furent ainsi sous la domination
de Jeanne à partir de 1327, plus sûrement à partir de 1333, et
y demeurèrent jusqu'en 1347, ainsi qu'on le verra tantôt.
Jeanne /lyant perdu son second mari en 1335, se remaria en
1336, avec Guillaume, comte de Katzenellenbogen, dont elle
n'eut pas d'enfants.
L'église paroissiale de Belfort dépendait alors de l'église
chapitrale de Montbéliard. Belfort ayant été distrait du comté
de Montbéliard, Jeanne devait songer aussi à rompre le lien
qui attachait l'église de son domaine à celle du sire de Mont-
faucon, son beau-frère. Elle s'adressa donc à l'archevêque de
Besançon pour en obtenir la faveur d'ériger l'église paroissiale
de Belfort en église collégiale indépendante de celle de Mont-
béliard. Le 24 mai 1342, la charte de fondation fut accordée
par l'archevêque de Besançon, à la demande de Jeanne, com-
tesse de Katzenellenbogen, et au nom de la Sainte-Trinité, de
la glorieuse vierge Marie, mère de N. S. J.-C, des bienheureux
apôtres Pierre et Paul et des glorieux martyrs Denys et Chris-
tophe. Par cette invocation géminée, la collégiale donnait à la
vie spirituelle de Belfort un nouveau point de départ, en même
temps qu'elle résumait le passé religieux de la ville primitive
et celui de Brace.
En 1347, Jeanne, qui était avancée en âge, voulut faire, de
son vivant, le partage de son domaine paternel.entre ses quatre
• filles issues de ses mariages avec Ulric II, comte de Ferrette,
et Raoul Hesse, margrave de Bade. Henri de Grandvillars, les
chevaliers Pierre Schaller de Bade, Hermann de Roppe et
l'écuyer Heitzelin de Morimont furent chargés de faire quatre
parts de ces biens et le sort décida du lot qui advint à chacune
des quatres filles de Jeanne. Le tirage au sort eut lieu le
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BELFOBT 59
nette de Ferrette, duchesse d'Autriche, héritait de toute la
seigneurie du Rosemont et autres fiefs ainsi que de la moitié
disponible de la forêt du Salbert, sa sœur Ursule de Ferrette,
mariée au comte Hugues de Hohenberg, recevait la partie
supérieure du château de Belfort, les revenus de la Halle et
du sceau du tabellion, l'étang de Belfort avec Offemont,
plusieurs communes de la mairie de Pfaflfans, celle de Pérouse
et divers fiefs tenus par les Montreux, les Grandvillars, les
Délie et les Roppe. La seconde moitié de Belfort fut départie
à Adélaïde, marquise de Bade, vraisemblablement avec l'Assise,
d'autres biens et fiefe équivalents à la première part, mais dont
les documents ne nous fournissent pas toute la désignation.
Héricourt et Florimont échurent, avec leurs dépendances, à
Marguerite, marquise de Bade par sa naissance et son mariage
avec son cousin Frédéric; elle devint donc dame d'Héricourt
et de Florimont.
Ainsi , à partir de 1347, le château de Belfort et les bourgs
qui avaient constitué Belfort-sur-la-Roche, passèrent des mains
de Jeanne de Montbéliard, comtesse de Ferrette, marquise de
Bade et comtesse de Katzenellenbogen, en celles de sa tille
Ursule de Ferrette, mariée à Hugues de Hohenberg, et Belfort-
sous-la-Roche, ou la nouvelle ville, passa en celles d'Adélaïde,
sa fille du second lit et marquise de Bade par sa naissance et
son mariage avec son cousin Rodolphe V, dit Wecker.
Jusqu'ici Belfort et la seigneurie ne sont pas encore réunis
au comté de Ferrette ni à la maison d'Autriche. De 1324 à 1347,
cette fraction de l'ancien comté de Montbéliard demeura sous
la domination de Jeanne comme un lambeau intermédiaire
entre les deux comtés et soumis aux évolutions du droit succes-
soral qui en était la base et la règle. Mais nous touchons à
l'année oîi cette situation va se transformer et prendre son
assiette définitive pour une durée de plus de trois siècles.
Jeanne était à la fin de sa carrière. Le dernier souvenir
qu'elle laisse à Belfort est la fondation, en 1349, d'un hôpital
pour douze pauvres de la ville. Elle mourut en 1350 et c'est
de cette année que date le commencement de la réunion
effective de Belfort et de son ancienne seigneurie au comté de
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60 BELFOBT
Ferrette et au domaine de la maison d'Autriche ou de TAu-
triche antérieure.
Le 22 juillet 1350, Albert d'Autriche, mari de Jeannette et
comte de Ferrette, devient acquéreur, moyennant 10,000 florins,
de la part échue à Ursule de Ferrette, sa belle-sœur, dans
l'héritage de Jeanne. Ursule et son mari signent, à cette date
et le 2 juin de Tannée suivante, leur renonciation générale à
toutes leurs prétentions sur cet héritage. Le château et la
partie supérieure de Belfort, les revenus de la Halle et du
sceau, l'étang de la forge, les droits de Jeanne sur le moulin
de Bourogne, sur Pérouse, Denney, Bessoncourt, Messoncourt,
Eguenigue, Vétrigne et autres localités, la moitié de la forêt
des Bares, OflFemont, les fiefe de Didier de Montreux, de Henri
de Grandvillars, de Hermann de Roppe, du fils de Renaud de
Délie, etc., etc., se trouvent ainsi définitivement incorporés au
comté de Ferrette et au domaine landgravial de la maison
d'Autriche.
Il paraît que le chapitre de la collégiale de Belfort avait, en
raison de la séparation momentanée de quelques communes
de la paroisse de Pfaffans, obtenu des droits sur la coUature
de cette église qui appartenait de longue date à l'abbaye de
Lucelle. Ces prétentions furent, en 1355, l'objet d'une conven-
tion entre le chapitre et l'abbaye. Pour rester en possession
tranquille de ce droit, Lucelle s'engagea à fournir annuelle-
ment au chapitre trois voitures de vin, Burlinger^ provenant
de ses bons crûs de Kientzheim.
Albert, duc d'Autriche et comte de Ferrette, étant mort en
1358, l'aîné de ses quatre fils, Rodolphe, lui succéda, et en 1359,
le 21 août, il donne à sa tante Ursule, devenue veuve de Hugues
de Hohenberg et remariée avec Guillaume de Montfort, une
reconnaissance attestant qu'à sa mort Albert n'avait pas encore
éteint toute la dette contractée envers Ursule, sa belle-sœur.
Il restait dû à celle-ci 2500 florins sur les 10,000 florins stipulés
pour la part de son héritage maternel,
La seconde moitié de Belfort était toujours à Adélaïde,
marquise de Bade et épouse de son cousin Rodolphe V, dit
Wecker. En 1362, elle aflEranchit de la main-morte les popula-
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BELFOBT 61
tions de PAssise. C'est Adélaïde qui, le 17 octobre 1366, stipula
pour Belfort, avec l'autorisation de l'empereur Charles IV,
dans l'alliance conclue entre les seigneurs et les villes libres
d'Alsace pour « assurer la paix du pays » ou plus exactement
pour se garantir réciproquement contre des invasions du genre
de celles dont l'Alsace venait d'être désolée par les bandes
d'Arnaud de Cervole ou de l'Archiprêtre, et auxquelles Belfort
paraît avoir échappé lorsed leur retraite en Bourgogne. Ce
traité d'alliance était motivé par la première apparition d'En-
guerraud de Coucy, auquel le comte de Montbéliard, Etienne
de Montfaucon, venait de faire bon accueil et de prêter
21,000 livres estevantes pour la guerre méditée par Enguer-
rand contre ses cousins les ducs d'Autriche.
Par de nouveaux arrangements de famille que les documents
ne nous permettent pas de préciser, tout ce qui était advenu
aux deux marquises de Bade dans la succession de Jeanne,
leur mère, devait bientôt passer à la maison d'Autriche, sans
en excepter la seigneurie d'Héricourt tenue en dernier lieu par
Godefroi de Linange, gendre de Marguerite. Le 15 septembre
1366, cette dernière, dame de Florimont et d'Héricourt,
donna, par testament, son bracelet d'or à sa sœur Adélaïde,
dame de Belfort. Cette année est probablement celle de sa mort
D'un autre côté, Rodolphe, qui avait succédé à son père
Albert, était mort en 1365 et ses deux frères, Albert, le tracas-
sier, et Léopold lui avaient succédé. La seigneurie d'Héricourt
fut reprise par eux et par la voie des armes à Godefroi de
Linange. L'abbé de Lure soutint la cause des ducs d'Autriche
et en 1372 il fut fait prisonnier par Jean de Roy, en repré-
sailles de l'appui qu'il avait donné aux ducs d'Autriche. Lors-
qu'il fut rendu à la liberté, ceux-ci lui accordèrent pour dix
ans la jouissance du château de Belfort, afin de dédommager
l'abbaye des pertes qu'elle avait éprouvées. La concession est
du 10 juin 1373.
Au mois d'octobre 1375, le domaine des ducs Albert et Léo-
pold est envahi par les bandes de leur cousin Enguerrand VII,
sfre de Coucy, qui revendiquait, du chef de sa mère, une part
des biens possédés par la maison d'Autriche à la mort de son
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62 BELFOBT
grand-père Léopold I". Les villages de la seigneurie furent
foulés par les bandes d'Enguerraud, mais Belfort, qui avait
fermé ses portes, ne fut point assiégé. Un grand nombre de
campagnards s'y étaient réfugiés avec leur bétail, parqué sous
les hangars et sur la place du Bourg-Résot et protégé par le
château et la tour des Bourgeois. En 1376, la Haute- Alsace
était évacuée par Enguerrand, et Belfort en fut quitte poUr
les souffrances qu'occasionne toujours l'imminence du danger
et la concentration d'une trop grande population dans une
ville fortifiée.
Belfort ne joua aucun rôle particulier dans les événements
qui marquèrent au XIV* siècle. Son rôle paraît avoir été pure-
ment passif, car on ne trouve dans les titres du temps aucun
acte qui lui soit particulier. Il n'y est fait aucune mention de
^ son magistrat ni même du prévôt à qui la défense du château
devait être confiée. On se borna sans doute à user des fran-
chises pour l'administration intérieure et à en solliciter la
confirmation à chaque changement de maître. Elles furent
confirmées par Jeanne en 1325, par Ursule en 1356, par
Adélaïde et par Albert en 1357. Aucune chronique ne fait
mention de la vie propre de Belfort dans le cours de ce siècle,
pas plus à l'occasion de la peste de 1349 et de l'inunolation
des juifs qu'à l'occasion du tremblement de terre du 12 octobre
1356, qui détruisit une partie de la ville de Bâle et un certain
nombre de châteaux-forts du pays. Nous ne retrouvons même
pas, çà et là, de vestiges des nobles de Belfort signalés au
siècle précédent; c'est à peine s'il nous apparaît quelques
individualités marquantes de la localité. En 1330, le 27 février,
c'est un Henri de Belfort, prêtre, demeurant à Saint-Dizier,
qui est témoin dans une vente au profit de Bellelay; en 1333,
le 20 avril, c'est un Lambellin de Belfort qui est également
témoin dans une vente en faveur de la chapelle de Saint-
Nicolas de Mandeure; ce même Lambellin devint chanoine
du chapitre de Belfort en 1347; il avait une maison située rue
de la Grande-Fontaine. En 1347, le 27 août, c'est un Thiébaut
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BELFOBT 63
de Soultz; en 1383, le 20 mai, c'est un Guillaume de Belfort qui
figure comme témoin dans une reconnaissance de cens sur un
moulin de Guebwiller, et en 1399, les 28 août et 23 décembre,
c'est un Richard, prévôt du chapitre de Belfort, qui figure dans
une pièce concernant des vins séquestrés et ensuite comme
témoin dans la constitution d'un douaire de trente livres de
bons bâlois au profit d'une jeune mariée.
En 1393, Léopold- le -Superbe, petit-fils d'Albert II et de
Jeannette de Ferrette, épousa Catherine, fille de Philippe-le-
Hardi, duc de Bourgogne. Léopold donna en dot à Catherine
les terres landgraviales de la Haute- Alsace et, en cas de sur-
vivance, l'administration, l'usufruit du landgraviat et la colla-
tion des fiefe qui en dépendaient. Belfort se trouvait donc
compris dans la donation. On verra Catherine dans l'exercice
des droits conférés par cet acte et Belfort en recevoir des
preuves d'affection.
La seigneurie proprement dite avait nécessairement subi
quelques modifications par suite des partages survenus et de
l'incorporation successive au comté de Ferrette et au domaine
de la maison d'Autriche, des diverses parties du comté de
Montbéliard qui avaient formé la part de Jeanne dans la suc-
cession de son père, le comte Renaud. Nous attribuons ces
changements au commencement du XV* siècle, sauf à modifier
cette date si des pièces inconnues venaient à la fixer d'une
manière plus exacte.
Xr* SIÈCLE.
Nous présumons qu'à la fin du siècle précédent, et dans
tous les cas au commencement de celui-ci, la seigneurie de
Belfort se trouva composée des cinq districts dont Schœpflin
et d'autres après lui parlent dans leurs ouvrages. Ces cinq
districts étaient : la prévôté de Belfort, l'Assise, la prévôté
d'Angeot, le domaine de Délie y compris la terre de Florimont
et enfin l'ancienne seigneurie ou le district du Rosemont.
Chacun de ces districts se divisait en mairies. (Voy. Délie,
Florimont, Rosemont et Angeot.)
La prévôté de Belfort comprenait : la mairie de Pérouse-
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64 BELFOBT
Offemont; celle de Cravanche-Botans ; celle de Bethonvillier-
Lagrange; celle de Bue et partie de Mandrevillar (Haute-
Saône) et celles de l'Assise. Chaque mairie avait son tri-
bunal particulier composé de juges choisis dans son sein.
La présence de neuf juges était nécessaire dans les affaires
civiles; il en fallait vingt-quatre dans les affaires criminelles.
Le bailli assistait aux séances comme président et procureur
du fisc. On appelait des sentences de ces tribunaux particu-
liers au tribunal supérieur constitué tantôt dans la ville,
tantôt dans le château de Belfort.
Il siégeait dans la ville pour juger les appels, en matières
ordinaires. Il était alors composé de neuf bourgeois jurés et
présidé par le prévôt ainsi que cela était établi par la lettre
des franchises.
Il siégeait au château pour juger les causes concernant
l'impôt à payer au prince, et celles concernant le domaine et
ses droits. Dans ce cas le tribunal se composait des baillis des
cinq districts, du receveur et du greffier-contrôleur. La prési-
dence appartenait au prévôt du château ou grand-bailli.
Mais ce tribunal, qui constituait ce que l'on nommerait
aujourd'hui une cour d'appel, ne tardera pas à être absorbé
par une institution d'un caractère plus général, la Régence
d'Ensisheim, et Belfort se trouvera dépossédé de la plus émi-
nente de sea prérogatives.
Dès 1401 l'on voit apparaître le germe de cette institution
judiciaire et administrative. Un diplôme de l'empereur Robert
donne au landgrave Léopold la permission de constituer le
tribunal provincial d'Alsace, qui ne devait être composé que
de gentilshommes de l'ordre équestre. Quelques assises ou
plaids furent tenus en attendant que le temps et l'expérience
aient constitué la Régence.
En 1406 le landgrave, Léopold .le Superbe, confirma les
franchises de Belfort. Cette confirmation est datée de Vienne
où Léopold et sa fenmie Catherine de Bourgogne demeurèrent
pendant tout le règne de ce landgrave. Léopold étant mort le
2 juin 1411, sa veuve se retira en Alsace où était sa dot, et
Frédéric, frère de Léopold, confirma, la même année 1411, à
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BELPORT 65
sa belle-sœur l'administration et l'usufruit du landgraviat
ainsi que la collation des fiefs qui en dépendaient, c'est-à-dire
tous les avantages assurés à celle-ci lors de son mariage avec
Léopold.
Catherine se fixa d'abord à Ensisheim pour gouverner,
d'après les conseils du sire de Ribaupierre, Maximin, dit
Schmassmann. Il paraît même que Catherine lui avait promis
le mariage, mais cette promesse ne fut pas tenue et il en
résulta un procès qui fut terminé en 1420 par l'évêque de
Langres. Dans le cours de ce procès, Catherine s'était fixée
à Belfort qu'elle paraissait surtout affectionner. En 1412, 1413
et 1424 elle confirma les franchises et les privilèges de cette
résidence. Elle mourut à Gray le 26 janvier 1425 et fut
enterrée dans la chartreuse de Dijon fondée par son père.
Après la mort de Catherine, l'administration et l'usufruit de
Belfort ainsi que du Landgraviat retournèrent au frère de
Léopold, l'archiduc Frédéric II, qui donna à Belfort en 1437
le droit de débit du sel. Il mourut le 25 juin 1439. Sigismond,
son fils, lui succéda, mais comme il était encore mineur, il fut
placé sous la tutelle de son oncle, Albert le prodigue, qui
confirma, en 1441, les franchises de Belfort au nom de son
pupille. Cette confirmation fut ratifiée ou renouvelée l'année
suivante par l'empereur qui prononça, la même année, la
réunion de la chapelle de Meroux au chapitre de Belfort.
C'est sous Albert que les Armagnacs envahirent la sei-
gneurie de Belfort. La ville avait fermé ses portes à l'approche
de l'ennemi et un grand nombre d'habitants des campagnes s'y
étaient réfugiés. Après la bataille de Saint-Jacques et le traité
du 8 octobre 1444, l'armée du Dauphin prit ses quartiers
d'hiver dans la Haute-Alsace et Belfort demeura dans la situa-
tion d'une forteresse bloquée par cette occupation. Il y régna
les souffrances inhérentes à sa situation et il faut croire
qu'elles furent vives, car, le 8 novembre de la même année, le
magistrat écrivait à Albert que « les pauvres gens et bour-
geois de sa ville se plaignaient de l'isolement dans lequel la
maison d'Autriche laissait la ville et les environs. Tout le
pays, disait-il encore au prince, n'est que ruine et désolation ;
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66 BELFORT
ceux qui ont pu trouver asile n'osent mettre les pieds hors
des fortifications, tant est grande la terreur inspirée par
l'ennemi. » Mais l'armée du Dauphin se retira au commence-
ment de l'année 1445 et les paysans réduite à la misère et au
désespoir, dit M. Henri Bardy, tombèrent sur les fourrageurs,
sur les soldats isolés. Attaquée dans les environs de Belfort,
au moment où elle allait sortir du Sundgau, l'armée laissa
entre leurs mains neuf pièces de canon et huit drapeaux. On
peut considérer comme une récompense de son attitude et un
dédommagement de ses soujBFrances les nouvelles lettres de
confirmation de ses franchises et de ses privilèges données à
Belfort en 1446 par l'archiduc Albert.
En 1453, il nomma à la charge de prévôt de Belfort, messire
Georges, bâtard de Jean de Montreux.
Albert mourut en 1463 et Sigismond gouverna les terres
antérieures dont Belfort faisait partie.
On peut placer à cette date l'organisation de la Régence
d'Ensisheim comme corps judiciaire chargé de statuer désor-
mais, à la place du tribunal du château de Belfort, sur les appels
concernant les droits du prince et ceux du domaine de la
se^eurie. Ce qui nous semble justifier cette indication, c'est
une sentence rendue en 1469 par ladite régence et déboutant
Charles-le-Téméraire des prétentions qu'il élevait au sujet de
Grosne. Charles déclina la compétence de la chambe d'En-
sisheim et porta la cause devant la cour de Malines instituée
par son père, Philippe-le-Bon. La cour de Malines jugea comme
la chambre d'Ensisheim. Cet épisode prouve qu'après l'en-
gagement des terres dont nous allons parler, le Bourguignon
aurait distrait la Haute-Alsace de ses anciennes attaches s'il
en avait eu le temps.
En 1454, le 17 décembre, Albert, archiduc d'Autriche est à
Belfort où il donne une charte conférant en fief héréditaire à
Didier de Tullières, sire de Montjoie, divers bieng que son
père avait tenus de la maison d'Autriche et dont quelques-
uns dépendaient de la seigneurie de Belfort. La mairie de
Grosne était de ce nombre.
En 1468 de nouveaux troubles avaient éclaté à l'occasion de
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BELPORT 67
la ville de Mulhouse, alliée des Suisses soustraits à la domina-
tion des archiducs. Les Suisses arrivèrent au secours de leur
alliée, ravagèrent les bailliages de Landser et de Thann, puis
offrirent la bataille, sur la plaine de rOchsenfeld, aux vassaux
de Sigismond parmi lesquels se trouvait Pierre de Réguisheim.
L'affaire fut assoupie par les évêques de Bâle et de Constance.
C'est alors que pour se venger, dit Schœpflin, Sigismond en-
gagea ses terres de la Suisse et de l'Alsace à Charles-le-Témé-
raire, duc de Bourgogne, moyennant 80,000 florins d'or.
On sait que la Haute-Alsace eut beaucoup à souffrir par
suite de cet engagement; que Pierre de Hagenbach, institué
gouverneur pour le compte de Charles-le-Témérairé, se livra
à des violences et des exactions qui firent regretter l'adminis-
tration de l'Autriche ; que, pour se soustraire au Bourguignon,
les villes libres et quelques seigneurs se concertèrent et four-
nirent à l'archiduc Sigismond les 80,000 florins nécessaires au
remboursement du prix de l'engagement ; on sait que le rem-
boursement fut refusé par le duc de Bourgogne et que son
gouverneur, Pierre de Hagenbach fut décapité à Brisach à la
suite du jugement rendu contre lui par le tribunal formé des
délégués des villes et des seigneurs ; que la guerre s'alluma
entre Charles et les anciens sujets de l'archiduc, qu'elle fut
longue et terrible, et qu'elle devait se terminer par la défaite
et la mort du Téméraire devant les murs de Nancy.
Si Belfort joua un rôle dans ce conflit, ce fut un rôle bien
effacé. On ne voit pas que la ville ait, comme d'autres, envoyé
un juge au tribunal de Brisach et on ne la trouve pas non
plus parmi celles qui se cotisèrent pour réaliser les 80,000 flo-
rins d'or nécessaires au rachat des terres de l'Autriche anté-
rieure dont elle faisait partie. Cela peut s'expliquer par l'infé-
riorité politique de Belfort dans le concert des villes et des
seigneurs en cause et surtout par la position géographique de
la forteresse et de la ville exposées aux premiers coups de
l'un et aux tardifs secours des autres. Gardé par Pierre de
Morimont, Belfort demeura passif et quand, le 18 août 1474,
les troupes bourguignonnes envahirent le Sun^au par les
environs de Délie où quatre villages furent ravagés, elles se
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t» BEIiFOBT
retranchèrent sans obstacle autour du château au nombre de
cinq mille hommes, tandis que six mille bandits étaient con-
duits en avant par Etienne de Hagenbach sous le prétexte de
venger la mort ignominieuse de son frère. Ces bandes commi-
rent de grandes cruautés sur les paisibles habitants des lieux
qu'elles traversèrent. Nos annales rapportent qu'àDannemarie
quinze paysans et le curé furent égorgés dans l'église et qu'en-
suite l'édifice fut incendié. La défaite de Charles-le-Téméraire,
dont il est fait mention plus haut, mit fin à la vengeance des
Hagenbach et le pays fut rendu au calme relatif que ces temps
de violence comportaient.
Un document important nous révèle les progrès accomplis
dans la constitution de Belfort depuis son aflranchissement
jusqu'à l'époque où nous sommes arrivé. Ce document a été
publié par M. Henri Bardy dans la Bévue d'Alsace d'après la
transcription qu'il en a faite sur l'urbaire de 1472 qui est aux
archives de la ville. Nous en possédons une copie que nous
allons utiliser en réduisant les formes de sa rédaction aux
exigences de cette notice. Pour le temps où ce document fut
écrit, c'était la constatation des a Droits^ us, coutumes des-
« quelles on use et a use en la ville de Belfort depuis la date
« des franchises, tant en la justice comme au régiment et gofUr
« vernement de la ville. » Pour l'histoire, ce document est le
statut municipal, le Stadtrecht dont plusieurs villes médiates
et immédiates étaient en possession.
STATUT DE LA VILLE DE BELFORT EN 1472.
1. En conformité des lettres d'affranchissement, il y a à
Belfort un prévôt qui s'appellera Mayer. Il doit être pris
parmi les bourgeois, à moins qu'il ne s'en trouve aucun qui
veuille remplir l'office. Dans ce cas le seigneur en investit un
autre.
2. Il y a neuf bourgeois pour gouverner la ville et rendre la
justice dans toutes les causes civiles qui seront portées devant
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BPLFOBT .69
habitants de la ville, le prévôt, assisté des neuf bourgeois,
est tenu de les entendre. Le prévôt tient le bâton et repré-
sente la personne du prince. Si les parties demandent une
sentence, le prévôt invite les neuf bourgeois à la prononcer,
en deliors dudit prévôt qui n'a que la présidence du tribunal.
4. Les jugements du tribunal de Belfort sont en dernier
ressort,. la justice étant princière et métropolitaine.
5. Le tribunal de Belfort est métropolitain de tous les sièges
et de toutes les justices de la terre de Rosemont, excepté
Etueffond qui est justiciable de Rougemont; il est encore
métropolitain des sièges et justices de l'Assise, de Pérouse,
de Chatenois, de BavilUers, de Bue, de Froidefontaine, de
Bourogne et d'Auxelles. L'appel des jugements prononcés en
ces sièges et justices est porté devant lesdits neuf bourgeois
qui doivent statuer dans les quarante jours.
6. Les appellations doivent être faites et les sentences
doivent être rendues par écrit. Si dans les quarante jours les
neuf bourgeois ne sont pas tombés d'accord sur la sentence à
rendre, ils doivent prendre l'avis des sages (anciens) afin de
mieux s'éclairer sur le droit des parties.
7. Si deux personnes étrangères portent un appel devant le
tribunal de Belfort, celui-ci ne peut s'en dessaisir que par le
jugement qu'on lui demande et qu'il doit rendre de façon à ce
que bonne et prompte justice soit accordée aux parties.
8. Tous ajournements, défense, requête, prise et vente de
gage sont taxés comme suit, au profit de celui qui est requis
pour l'exécution et faire foi en justice : chaque prise de gage,
une plaidoirie pour une défense, 4 deniers ; une requête, 4 de-
niers ; une saisie-arrêt, 12 deniers, parcequ'elle se fait en trois
fois et il ne doit y avoir d'autre sergent que celui qui est
chargé de l'exécution.
9. Le droit perçu à la halle appartient au seigneur. Ce droit
est mis en adjudication le soir de la Saint-Hilaire et le plus
offrant au dernier feu en est déclaré adjudicataire.
10. Le droit perçu au four banal appartient aussi au
seigneur et est adjugé le même jour que le droit de la
halle.
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70 BELFOBT
11. Le moulin est au seigneur et le meunier doit au chapitre
deBelfort autant de livres de^ cire qu'il paie de bichots de
grain au seigneur; de plus il paie au dit chapitre quatre bichots
de grain et quatre livres de cire à Saint-Christophe (Eglise de
Brace.)
12. Les bourgeois et les habitants de la ville ont le droit
d'envoyer leurs porcs au pâturage dans toutes les forêts,
moyennant deux deniers estevenants par porc provenant de
leurs étables ; mais le porc acheté avant la Saint-Laurent et
qui est envoyé au pâturage paie douze deniers estevenants.
Le droit de pâture se perçoit sur les états du berger.
13. Deux jeunes porcs comptent pour un grand quant au
droit de pâture et de même quant au droit de garde.
14. Les toises — le droit de façade — dont les maisons sont
chargées au cœur de la ville appartiennent au seigneur. La toise
doit avoir dix pieds et chaque toise paie douze bons deniers.
15. Le droit de façade des maisons qui sont « après » (en
dehors) les murs appartient à messire Jean de Montreux, qui
les tient en fief du seigneur de Belfort.
16. Le banvin appartient aux seigneurs de Roppe à titre de
fief dont ils disent avoir lettres patentes. Le temps du banvin
dure depuis la Saint-Martin jusqu'à la veille de Noël, à minuit
Le vin qu'ils vendent est à la taxe de Belfort, mais les taxa-
teurs doivent leur accorder un denier en sus de la taxe
ordinaire.
17. Lh tabellionage ou droit du sceau appartient au seigneur.
Toutes les lettres d'héritage doivent être munies du sceau et
quand le tabellion veut les sceller, le prévôt et le maître-
bourgeois doivent être présents, car ils ont la garde et les
clefs du sceau. Ils peuvent refuser la sanction du sceau aux
« lettres préjudiciables. » Leur émolument est de quatre livres
par an.
18. Il y a au finage de Belfort certains maix (certaines
fermes) et héritages qui doivent la dîme de l'avoine au grenier
du seigneur.
19. Le marché de Belfort est franc à partir du mercredi
jusqu'au vendredi à midi. On ne peut opérer de saisie sur les
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BELFORT 71
marchandises ou produits d'un étranger, ni arrêter sa per-
sonne, à moins qu'il ne s'agisse des deniers du seigneur; mais
on peut barer celles ou ceux qu'il achète.
20. Quand il s'élève des différends au sujet des droits et des
deniers du seigneur, la connaissance de ces différends appar-
tient aux neuf bourgeois qui doivent les Vider justement à
l'égard du seigneur selon les us et anciennes coutumes de la
ville de Belfort.
21. Les dits neuf bourgeois ont l'administration et le gouver-
nement de la ville ; ils connaissent des droits du seigneur et
de la ville et délibèrent pour les déterminer.
22. Le paquis et les pâturages dans les forêts comme hors
des forêts appartiennent aux bourgeois et à la communauté
de la ville. Le seigneur ne peut et ne doit y mettre aucun
empêchement.
23. La rivière, les ruisseaux et. les eaux mortes ou marais
dépendent de la ville et appartiennent aux bourgeois. N'ont le
droit d'y pêcher que les personnes résidant dans la ville, le
seigneur et les gens d'église.
24. Il est de bonne et louable coutume que chaque année,
le jour de la Saint- Jean-Baptiste, le prévôt, comme représentant
du seigneur, réunit les bourgeois et la communauté de Belfort;
dans cette assemblée, celui qui a été maître-bourgeois l'année
précédente rend compte, devant le prévôt et la communauté,
des travaux, des réparations, des dépenses et des recettes qui
ont eu lieu pendant l'année.
25. Après avoir entendu ce compte de gestion, le prévôt et
les neuf bourgeois procèdent à sa vérification, puis, s'il y a
lieu, ils le closent en présence de la communauté.
26. Après s'être rendu compte des « peines et labeurs » que
le maître-bourgois et le maître du commun ont donnés aux
affaires de la ville, les neuf bourgeois et la communauté fixent
la somme qui leur est allouée pour « leurs gages et salaires. »
27. Ensuite la communauté invite les neuf bourgeois à se
retirer. Après avoir désigné ceux des neuf bourgeois qu'elle
« met hors de l'office », elle procède à l'élection de ceux qui
doivent les remplacer. Le prévôt les admet « à jurer sur les
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73 BELPORT
Saints-Canons de bien et loyalement régir et gouverner la jus-
tice du seigneur, le droit du pauvre et du riche, de l'Eglise et
de tous les états de la ville. »
28. Après avoir prêté serment, les neuf bourgeois élus « ré-
vèlent » (reconnaissent-affirment-confirment) les ordonnances
et anciennes coutumes.
29. En premier lieu ils nomment les deux personnes aux-
quelles la garde des clefe de la ville doit être confiée. Elles
sont investies du droit de fermer et d'ouvrir les portes le jour
et la nuit quand elles le jugent nécessaire. L'une de ces per-
sonnes doit être choisie parmi les neuf bourgeois, l'autre dans
le commun.
30. Ils choisissent de même un membre des neuf et un
membre du commun pour vérifier et taxer la viande de bou-
cherie. Si la taxe est l'objet d'une contestation de la part des
bouchers, la question est déférée aux neuf bourgeois dont la
décision est souveraine. Il est formellement interdit aux bou-
chers de vendre et dépecer sur le banc ot ils tranchent la
viande saine, de la viande de brebis , chèvres, boucs, truies et
porcs « moisseaux » — lépreux? ou qui ne serait pas saine.
31. Les neuf bourgeois désignent encore un de leurs mem-
bres et un homme du commun pour vérifier le vin que l'on
débite dans les hôtels et auberges de la ville, le taxer selon
sa qualité et de façon à ce que le voiturier et l'hôtelier n'y
perdent point.
32. Les neuf bourgeois feront « jurer sur le Saint-Evangile de
Dieu » les taxateurs du pain, de la viande et du vin d'opérer
loyalement et sans avoir plus d'égard pour l'un que pour
l'autre; de rapporter = verbaliser contre ceux qui contrevien-
dront aux règlements, de les mettre à l'amende fixée à dix
sous, dont huit reviennent à la ville et deux aux taxateurs.
33. Après avoir rendu leurs ordonnances sur toutes les
choses soumises à la réglementation en ville et hors ville,
après avoir fixé les peines pécuniaires et corporelles, les neuf
bourgeois ont le droit d'exercer leur autorité à rencontre de
ceux que l'on rencontre la nuit « sans chandoille » après les
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BELFORT 73
l'on rencontre « es jardins autres que les leurs, et es bois de la
ville quand ils sont en bande ». Ils sont amendables jusqu'à
concurrence de dix sous et corporellement punissables par
incarcération de leurs personnes dans la prison de la ville.
34. La justice du seigneur a la connaissance des dçmmages
causés dans les jardins, les vergers, les champs, les prés, les
chenevières et autres propriétés, quand celui à qui le dom-
mage est causé réclame et porte plainte. Si l'auteur du dom-
mage est découvert, il est amendable au profit de la justice du
seigneur et en outre au profit de la justice de la ville. La
fabrique de l'église bénéficie des amendes fixées par les neuf
bourgeois pour les dommages causés dans les jardins et les
vergers.
35. Le seigneur et ses officiers ne peuvent mettre en état
d'arrestation honune ou femme de la franchise qu'en vertu d'un
jugement des neuf bourgeois. Si néanmoins le cas se produit,
les neuf bourgeois doivent reprendre l'inculpé, le mettre dans
leur prison et le juger ensuite. Si le cas n'est pas criminel et
comporte cependant l'amende au criminel, les neuf bourgeois
doivent rendre le prisonnier au seigneur. Si le cas n'emporte
que l'amende pécuniaire, les neuf bourgeois la prononcent et
si le justicié ne la paie pas, le seigneur le peut mettre en
prison.
36. Il est d'usage et de coutume en la justice de Belfort que
le défendeur peut faire trois fois défaut et que le demandeur
doit ensuite l'ajourner une dernière fois pour toutes. Si alors
le défendeur ne s'est point présenté pour purger le défaut, le
demandeur formule sa demande devant les neuf bourgeois qui
doivent lui en adjuger les bénéfices. Si le défendeur comparaît
et reconnaît le bien fondé de la demande, il n'encourt aucune
amende en raison du défaut ou des défauts précédents.
37. La plus grosse amende est de soixante, trente et sept
sous estévenants, excepté les jours de marché oti l'amende
peut être doublée.
38. De l'amende de trente sous, il en revient six à celui en
faveur duquel elle a été prononcée.
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74
d9. De l'amende de sept sons, le préTôt en tonehe quatre et
les trois antres sont à celni qni a obtenn Famende.
40. Le gage dn prévôt consiste dans les petites amendes de
qnatre sons, le scean des appellations portées devant le tri-
bunal, des jugements et des défauts prononcés et dans le béné-
fice d'un marché qui se tient entre Noël et la Saint-Hilaire et
qui peut valoir vingt sous.
4L Toutes les épaves et tous les objets qui ont été trouvés
doivent être remis aux officiers du seigneur qui les conser-
vent pendant quarante jours à la disposition de ceux à qui ces
épaves, ces objets peuvent appartenir. Si pendant ce délai ils
n'ont pas été réclamés ils demeurent confisqués au profit du
seigneur.
42. Les biens, meubles et héritages des personnes qui com-
mettent un crime entraînant la peine de mort sont confisqués
au profit du seigneur. Mais les droits de la femme sur les biens
de la communauté, sur ses apports et son douaire sont
réservés.
43. La justice de Belfort étant « haute justice de prince »,
les neuf bourgeois ont la coutume louable et le privilège de ne
point rendre au seigneur étranger qui la réclamerait la per-
sonne de Tun de ses sujets qui aurait commis dans la fran-
chise un crime entraînant le dernier supplice. De même les
neuf bourgeois ne réclament point à un autre seigneur le
membre de la franchise qui commet ailleurs un crime ou un
délit dont il doit répondre devant une autre justice.
44. Les bourçeois et habitants de Belfort sont tenus d'entre-
tenir en bon état les murs, les échaffaux, les tours et les portes
de la ville. Cette obligation résulte de la lettre des franchises
portant, pour cet objet, donation d'une partie du Salbert faite
à la ville par Renaud de Bourgogne, Guillemette sa femme et
Othenin son fils, de bonne mémoire.
45. Les mêmes bourgeois et habitants sont également tenus
d'entretenir en bon état les chemins et les limites dans la ville
et hors la ville.
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BELFOBT 75
et de nuit, à leurs dépens, la garde des portes, le guet et le
service de la milice intérieure.
47. Tous les habitants qui sont et résident en la ville sont
tenus de contribuer aux fortifications, aux réparations et au
service de garde comme il est écrit ci-dessus. Les habitants ne
doivent requérir aucune exemption ou franchise qui soit pré-
judiciable au bien public de la ville.
48. Quand un commerçant ne peut être payé de ce qui lui est
dû par un autre commerçant, le créancier peut faire interdire
à son débiteur de vendre pendant trois marchés consécutifs.
Si, après ces trois marchés, le créancier n'est pas payé il peut,
s'il trouve de quoi, prendre gage sur le débiteur.
49. Les ongaux (droits sur les boissons) sont à la ville qui
les tient des seigneurs d'Autriche pour faire face aux frais
d'entretien ou de réparations.
50. Le seigneur ne doit procéder au jugement d'aucun mal-
faiteur hors la présence du prévôt et des neuf bourgeois ou de
leurs suppléants qui doivent entendre la défense (confession).
Dans le cas où il y serait procédé autrement, les neuf bour-
geois refuseront de rendre une sentence.
51. Quand le prévôt, les neuf bourgeois ou leurs suppléants
ont entendu la confession (les réponses) de l'inculpé soumis à la
question, le seigneur peut le déférer au jugement quantes fois
et conmie il lui plaît, et les neuf bourgeois doivent sentencier
et condamner le malfaiteur à tel genre de mort qu'il appar-
tient, selon le crime, forfait et délit qu'il a commis.
52. Le seigneur peut faire grâce. Si la grâce n'est pas
accordée, la sentence des neuf bourgeois doit être exécutée
selon sa teneur, aux frais et dépens du seigneur.
53. La sentence de mort prononcée contre un malfaiteur
doit être lue devant le château, de même ses réponses ou sa
confession (sous l'influence de la torture). Ces pièces sont
remises au prévôt qui livre ensuite le condamné aux mains du
bourreau chargé de lui faire subir le dernier supplice. Dès ce
moment le bourreau en est responsable à ses risques et périls
et sur sa fortune. S'il en advient mal ou si le condamné
échappe, le bourreau est à la grâce et volonté du seigneur.
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76 BELFORT
On aura remarqué que le statut ne fait aucune mention du
tribunal d'appel établi au château pour les affaires seigneu-
riales, ni de celui qui était établi en ville pour les appels de
la justice ordinaire des districts de la seigneurie. Ce silence
permet de conclure que déjà en 1482 ces tribunaux étaient
absorbés dans la Régence d'Ensislieim, dont on a vu apparaître
le germe dès la première année dé ce siècle.
Protégée par le statut que Ton connaît, l'existence politique
deBelfort, ainsi réduite, se maintint paisiblement jusqu'à la
fin du XV* siècle, dont une des dernières années est toutefois
signalée par un acte qui suscitera des embarras au siècle,
suivant.
Au commencement de l'année 1492, l'empereur Maximilien
engage la seigneurie de Belfort et celle de Rougemont à Gas-
pard de Morimont; le 24 avril de la même année, Gaspard
entre en jouissance de l'engagement et jure de respecter les
droits et privilèges dont la ville est en possession.
Dans un titre du 1*' octobre 1497, émané de l'évêque de
Bâle, concernant la seigneurie d'Assuel, le même Gaspard est
qualifié baron de Morimont et de Belfort
Le titre de baron avait été précédemment conféré à cette
famille à raison d'autres fiefs qu'elle avait obtenus dans le
Sundgau, et dès que la seigneurie de Belfort leur fut engagée,
les Morimonts ajoutèrent au titre de barons de Morimont
celui de barons de Belfort.
XVr SIÈCLE
On vient de voir que, depuis 1492, la seigneurie était engagée
à Gaspard de Mœrsberg = Morimont. C'est donc, pour Belfort,
dans cette condition que s'ouvre le XVP siècle. Mais il importe
de remarquer que l'engagement ne portait que sur l'usufruit
ou le domaine utile. La directe restait à la maison d'Autriche,
de sorte qîie Belfort continua à ne relever, quant à ses fran-
chises, droits et privilèges, que des archiducs ses suzerains.
En 1500, Charles, roi des Romains, qui sera tantôt Charles-
Quint, empereur d'Allemagne, avait confirmé les franchises de
Belfort. Devenu landgrave d'Alsace, il confirma en cette qualité,
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BELPORT 77
en 1520, la donation qui avait été faite à la ville de deux
cantons situés derrière le Salbert et aux Barres; en 1521, il
céda le landgraviat à son frère, Ferdinand, en lui imposant
l'obligation de maintenir Belfort en la jouissance de ses droits.
Ferdinand, landgrave d'Alsace et infant d'Espagne, délivra,
en 1523, à Belfort, la charte confirmative de ses anciens droits
et privilèges.
Deux années plus tard, les sujets de la seigneurie partici-
pèrent aux tressaillements populaires dont le début de la
Kéformation fut le signal. Ils fournirent un fort contingent au
soulèvement des campagnes de la Haute-Alsace connu sous la
triple dénomination de guerre des Paysans^ des Rustaux, des
Bons-hommes. Aux mois d'avril et de mai 1525, toute la contrée
était debout pour essayer tumultueusement de secouer le joug
des nobles et des gens d'église. A l'imitation de ce qui se
passait au comté de Ferrette et aux environs de Montbéliard,
les couvents du territoire furent pillés, les chapitres rançonnés
et les châteaux renversés. Puis les insurgés se joignirent à la
masse de ceux qui furent massacrés à Saverne d'abord et
ensuite à Scherwiller par le duc de Lorraine. Quelques écri-
vains rapportent, nous ne savons d'après quelle autorité, que
le chef des insurgés de Belfort-seigneurie était au nombre de
ceux qui furent pendus. Quoiqu'il en soit, il est certain que le
territoire ne fut pas foulé par les troupes dirigées contre le
soulèvement : tandis que les nobles de Bourgogne et l'arche-
vêque de Besançon, arrivés devant Granges, avaient brusque-
ment battu en retraite lorsqu'ils eurent appris que près de
vingt-cinq mille campagnards étaient debout et que ceux du
comté de Montbéliard commençaient à suivre l'exemple, le duc
de Lorraine, après la journée de Scherwiller, était rentré dans
son pays par le Val de Ville.
Après la défaite de Scherwiller, il y eut probablement des
répressions partielles exercées contre les sujets de la seigneurie
qui avaient pris part à l'insurrection; mais nous n'avons
aucun document qui nous permette de les préciser. Nous
voyons seulement qu'en 1533 l'engagiste du domaine utile de
la seigneurie de Belfort, le sire de Morimont, renouvela le
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78 BELFORT
serment de respecter les franchises, droits et privilèges de
Belfort
Mais il paraît que ce serment ne fut que trop médiocrement
observé par Tengagiste, car en 1544, il dut intervenir un man-
• dément impérial qui fit défense au sire de troubler la ville
dans la jouissance de ces mêmes franchises, droits et privi-
lèges. Et pour faire disparaître tout prétexte d'ignorance, il
fut dressé un nouvel état de ces franchises, droits et privilèges
que Jacques de Morimont dut revêtir de sa signature.
D'un autre côté, la Chambre impériale de Spire décida, la
même année 1544, que dans les jugements au criminel rien ne
pouvait être statué sans l'assistance du prévôt, représentant
du prince ; qu'à lui seul était réservé de connaître des cas de
lèse-majesté, d'hérésie, de simonie et de sacrilège, et qu'au
magistrat le prévôt a double voix. Si cette dernière clause doit
s'étendre au point de vue de l'administration en général, il
semblerait que l'autorité des anciens neuf bourgeois qui com-
posaient le magistrat aurait dès ce moment été amoindrie, en
ce sens qu'autrefois le prévôt n'était au criminel conmie au
civil que président ou directeur des débats et qu'il n'avait pas
voix délibérative. Mais cet amoindrissement n'est qu'apparent :
les Morimont n'étant en jouissance que du domaine utile, ils
n'étaient pas au château les représentants du prince dans la
seigneurie. Après l'engagement, cette prérogative était revenue
au maître-bourgeois, et à ce titre il avait voix prépondérante
dans les affaires du gouvernement de la ville. Les franchises de
Belfort n'avaient donc subi aucune atteinte par l'engagement
fait aux Morimont; elles y avaient au contraire gagné le
schuttetat ou la prérogative, attachée au maître-bourgeois,
de représenter le prince dans l'administration de la haute
justice.
En 1564, une épidémie, que les annales nomment la peste,
fait de grands ravages à Belfort et aux environs.
En 1568, l'archiduc Ferdinand fait don d'une somme de trois
cents florins à la ville pour bâtir les halles.
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BBLPORT 79
est encore renouvelée par lui en 1581, et en 1589 il lui recon-
naît le droit de chasse qui lui était contesté par les Morimont,
aux officiers desquels il fait défense de molester les bourgeois
dans l'exercice de ce droit.
Enfin, notons, pour clore le XVP siècle, qu'en 1590 la
Régence d'Ensisheim établit au. château une garnison per-
manente.
XVir SIÈCLE
Dans les premières années de ce siècle nous ne trouvons
aucun fait particulier qui soit de nature à caractériser la vie
locale et l'état moral de la seigneurie. Cependant nous voyons
qu'au début de la guerre de trente ans la maison d'Autriche
installa au faubourg les religieux qui s'étaient donné la mission
de combattre la Réforme. Le comté de Montbéliard l'avait
adoptée depuis longtemps, et il y avait dans les villages con-
tigus à ce comté et dépendant de la seigneurie de Belfort,
beaucoup de familles désireuses de suivre le mouvement, à
Châtenois entr'autres et à Banvillars. Dans ce dernier village,
notamment, le seigneur usa de châtiments corporels pour
empêcher ses sujets de suivre l'exemple de leurs anciens
co-paroissiens de Brévillier. C'est, sans aucun doute, en vue
de préserver les populations de la seigneurie contre l'invasion
de l'idée nouvelle qu'en 1619 l'archiduc Léopold érigea, au
faubourg, le couvent des capucins converti aujourd'hui en
hôpital militaire.
On sait que la guerre ne tarda pas à s'allumer au sein de
l'Empire et que la politique française consista à appuyer au
dehors ceux qui, sous la bannière de la Réforme et de l'élec-
teur de Brandbourg, soutenaient la lutte contre le Saint-
Empire et la maison de Habsbourg- Autriche. Or, le territoire
de Belfort faisant partie du domaine allodial de cette maison,
devait surtout être défendu à ce titre d'abord, et ensuite au
point de vue stratégique. Aussi, le 8 octobre 1625, le baron de
Tilly, avec son armée de Croates, était-il arrivé à Belfort, s'y
était logé et avait réparti son armée dans les villages de la
seigneurie. Cette occupation, qui devait durer plusieurs années,
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80 BBLPORT.
fut marquée par une épidémie qui éclata au mois de juin 1628
et qui fit encore beaucoup de victimes dans le pays.
En 1632, au mois de novembre, le Kheingrave, Othon-Louis,
qui avait pris le commandement de Tannée suédoise après la
mort de Gustave-Adolphe, tué à Lutzen, arrive au territoire
de Belfort et s'approche de la ville. Le comte de Montbéliard
se tenait dans la neutralité. A l'approche des Suédois, les habi-
tants de Belfort se réfugient en grand nombre à Montbéliard
avec ce qu'ils pouvaient emporter de plus précieux; d'autres
gagnent Porrentruy et les jeunes hommes se sauvent par la
vallée de l'Ognon. Le 23 novembre Belfort était assiégé, et le
27 décembre la ville et le château se rendaient à discrétion.
La résistance avait duré trente-trois jours.
Pendant qu'une partie de l'armée suédoise était occupée aux
opérations du siège proprement dit, une autre partie ravageait
la campagne, renversait les châteaux-forts des environs ainsi
que les maisons religieuses.
Le 28 février 1633 Belfort et la seigneurie prêtent serment
de fidélité à l'autorité suédoise.
Au mois de novembre 1634, la garnison suédoise fut retirée
de Belfort et peu après la place fut réoccupée par des troupes
de l'empire. Le 30 janvier de l'année 1635, les Impériaux sont
bloqués dans Belfort par 8,000 hommes de troupes françaises
et 2,000 chevaux; mais l'investissement est de courte durée;
le duc de Lorraine étant accouru, les troupes françaises se
retirèrent. Le 11 mars, le Rheingrave Othon-Louis s'empara
de nouveau de la place et, au mois de mai, le chancelier
Oxenstiern, agissant au nom de la couronne de Suède, céda
Belfort et la seigneurie au comte de Montbéliard, en rembour-
sement de 30,000 florins, et des intérêts arriérés, que le comte
Frédéric avait prêtés à l'archiduc Léopold. La cession, négociée
à Frankfort par le chancelier Forstner de Montbéliard, fut,
quelques mois après, confirmée, au nom de la France, par le
maréchal de la Force.
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BELFORT 81
d'Alsace, 1856, p. 26-27). a Tandis que rarmée suédoise occupait
Belfort et les autres villes du territoire, les paysans de Rose-
mont, poussés à bout, se soulevèrent et bloquèrent Belfort. La
garnison ayant fait une sortie poussa jusqu'à Valdoie et s'em-
para d'un certain nombre de pièces de bétail. Mais elle fut
repoussée par les insurgés, accourus au bruit du tocsin et
conduits par Jean Neury de Vescemont et Richard Prévost de
Chaux. » Cet exploit donna lieu au chant populaire dont il est
question et dans lequel les Belfortains sont assez maltraités.
Les paysans reprirent leur butin sur le pont des Ainants, à
Valdoie.
Mais la cession faite au comte de Montbéliard demeura sans
effet, car Belfort ayant été réoccupé au nom de l'Empire,
Louis XIII fit don au comte de La Suze, l'un de ses généraux,
des mêmes terres qu'il s'agissait de reprendre à la maison
d'Autriche et à l'Empire. Jean de Werth qui, à la tête d'un
corps de cavalerie lorraine, était venu au secours de la place,
fut repoussé par deux compagnies suisses au service de la
France. Le duc de Lorraine" ne tarda pas à revenir avec des
forces plus importantes, mais il fut aussi refoulé par le mar-
quis de La Force, qui arriva au pays le 23 mars 1635. Une
nouvelle épidémie éclata en cette année et fit encore de nom-
breuses victimes.
L'année suivante Belfort, qui continuait à tenir pour l'Em-
pire, fut plus sérieusement menacé. Le comte de La Suze
s'était établi au pays de Montbéliard, où il s'était érigé gou-
verneur. Le 18 juin 1636 selon les uns, le 29, selon d'autres, il
mita exécution la dernière phase du plan d'attaque qu'il avait
conçu contre la ville et le château de Belfort. Pendant la nuit
il s'approcha de la porte de l'Horloge ou de France, y fit
appliquer une pièce explosible qui brisa la porte et livra pas-
sage à ses troupes. La ville fut brusquement occupée et, sans
perdre de temps, quatre pièces de canon furent installées pour
battre le château qui fut contraint à capituler. Le 29 du même
mois les troupes impériales évacuèrent la place qui, dès ce
moment, resta définitivement acquise à la France.
Le comte de La Suze prit ainsi possession des terres que
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8S BBLFOBT
Louis XIII lui avait accordées, fit réparer et renforcer le
château et les fortifications de Belfort, mais ne jugea pas à
propos d'en agir ainsi avec les autres places fortes, celle de
Délie notamment, qui avaient été détruites par l'armée
suédoise.
Dans les années suivantes, différents traités de surséance
d'armes et de neutralité intervinrent entre le comte et les
seigneuries de Montbéliard, les places de Belfort et de Délie
ainsi que l'abbaye de Lure d'une part et le comté de Bour-
gogne d'autre part Le 11 juillet 1644, pareil traité est renou-
velé à Mandeure pour une année, et le 10 avril 1645 pour
l'année suivante. Enfin, le 4 janvier 1646, les Suédois évacuent
le comté de Montbéliard et prennent leurs logements à Belfort,
Délie et autres lieux de la seigneurie.
Lorsqu'en 1648, le traité de paix mit fin à la guerre de trente
ans, le comte de La Suze était en possession des avantages
qu'il avait retirés de cette guerre. Il était établi à Belfort avec
sa femme, Henriette de Coligny, fille de Gaspard, seigneur de
Châtillon. Cette dame, que des poésies galantes ont rendue
célèbre, a laissé son nom à l'endroit où la petite rivière la
Dcmce s'échappe du rocher de Bermont, qui n'est plus connu
aujourd'hui que sous le nom de : Fontaine de La Suze.
En 1648, le comte de La Suze devint le beau-frère du comte
Georges de Montbéliard, et c'est à Belfort que se fit la première
démarche des fiançailles. La maréchale de Châtillon, mère de
la comtesse de La Suze, se trouvait à Belfort avec sa seconde
fille, Anne de Coligny. Sous prétexte de remplir auprès de la
maréchale une mission de M. de Turenne, Georges arriva à
Belfort le 27 janvier, et c'est dans l'entrevue qui eut lieu qu'il
promit le mariage à Anne, la belle-sœur du comte de La Suze.
Le comte Léopold de Montbéliard en informa de suite son
beau-frère, le duc Eberhard de Wurtemberg et, le 1" février,
Georges se trouvait déjà à Stuttgard pour annoncer lui-même
au chef de la famille sa vive inclination pour Mademoiselle de
Coligny, la promesse sacrée qu'il lui avait donnée et pour
solliciter le consentement du duc. Eberhard donna ce consen-
tement, le mariage eut lieu et le seigneur de Belfort se trouva
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BBLFORT 88'
ainsi le parent, par alliance, de la famille de Montbéliard à
laquelle la seigneurie avait, comme on Pa vu précédenmient,
appartenu jusqu'en 1332.
L'alliance du comte de La Suze avec Henriette de Coligny
ne fut pas heureuse, car la séparation des deux époux est
marquée par un acte caractéristique et qui porta la reine de
Suède à dire : que la comtesse abjura le protestantisme afin
de ne se trouver avec son mari ni dans ce monde ni dans
l'autre.
Faut-il voir dans les circonstances particulières où se trou-
vait le comte de La Suze, quant à la question religieuse et
quant à ses alliances, la cause de l'opposition qu'il fit à la
politique de Louis XIV, à l'intérieur, et du rôle qu'il essaya
de jouer dans la forteresse et les terres qu'il tenait de
Louis XIII?
Nous ne savons, mais dès les premières années qui suivirent
le traité de Munster, le comte de La Suze demeura fidèle à la
cause pour laquelle l'armée suédoise avait combattu de
concert avec l'armée française. Le 14 novembre 1651, il assista
au serment de fidélité que les populations du comté de Mont-
béliard prêtèrent à leur seigneur, le comte Léopold-Frédéric,
et déjà il s'était rangé dans le parti de la Fronde, décidé qu'il
était à résister, même par les armes, à Louis XIV, dans la
position qui lui avait été faite par le monarque précédent.
Aussi, dès la fin de l'année 1651, on entrevit que Belfort serait
l'objet d'un nouveau siège pour réduire à l'obéissance son
gouverneur. Le 18 janvier 1652, les habitants des environs de
Délie et de Belfort se réfugient en toute hâte à Montbéliard,
et l'émigration continua en février et mars, car malgré la
résistance que le comte de La Suze opposait, notamment
le 22 avril, à Cernay, au comte de Rosen, les campagnards
voyaient l'orage s'amonceler sur le pays ; à la fin du mois
d'octobre, Belfort commençait à être cerné par le maréchal
La Ferté qui avait mission de faire le siège de la forteresse.
Le 14 décembre, Louis XIV en donna avis au comte de Mont-
béliard et, le 16, tous ceux de Belfort à qui il fut permis de
sortir de la place se réfugièrent à Montbéliard où se trou-
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84 BELFORT
valent déjà beaucoup de personnes des environs, avec du blé
et du bétail en grande quantité.
Le 20 décembre, le siège fut formé et, dès le 23, les villages
occupés par les assiégeants étaient abandonnés et livrés à leur
discrétion. Le 3 janvier 1654, la première batterie contre le
château était faite, et le 22 janvier commencèrent les premiers
pourparlers d'accommodement entre l'assiégé et l'assiégeant,
pourparlers qui n'aboutirent pas. L'attaque et la défense conti-
nuèrent jusqu'au 13 février, jour auquel le château se rendit.
En mémoire de cet événement, il fut frappé à Paris une
médaille représentant l'Alsace et la Lorraine, avec cette
légende : Alsatiœ et Lotharingiœ quies. — Au bas : Belfortum
captum MDCLIV, Au mois d'avril, l'armée assiégeante quitte
Belfort où le comte Cari est établi gouverneur avec une gar-
nison de cent cinquante hommes.
C'est ainsi que le comte de La Suze fut évincé de ses terres
et que, par lettres patentes du mois de décembre 1659,
Louis XIV accorda au duc de Mazarin, son ministre, toutes
les terres patrimoniales de la maison d'Autriche qui devin-
rent un comté, avec Belfort pour chef-lieu et les armoiries
suivantes :
Uazur à trois jumelles d*or, (Voy. N° 1 des planches.)
Le passage de Turenne au pays, à la fin de Tannée 1674,
n'est guère marqué à Belfort que par les dépenses occasion-
nées à la ville pour charrois, pertes de voitures et de chevaux,
indemnités aux conducteurs, et salaire des individus qui ser-
virent de guides à ses troupes jusqu'à îa rencontre des Impé-
riaux au delà de Mulhouse et jusqu'à Turckheim, oli ils furent
battus en janvier 1675 et chassés définitivement de l'Alsace.
Le 3 juin 1 679, le marquis de Louvois, ministre de la guerre,
et Vauban se trouvaient à Belfort en vue d'arrêter le plan des
fortifications et de l'agrandissement de la ville. Ils donnèrent ce
jour là audience au magistrat de Montbéliard, accompagné
des députés de la Régence, qui venaient solliciter la levée du
séquestre mis sur les arsenaux de Montbéliard, de Blamont
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BELFORT 85
Peu de temps après la visite de Louvois et de Vauban, furent
commencés les travaux de fortification et d'agrandissement.
En 1699, la ville commença aussi à bâtir les casernes, qui
furent terminées en 1703.
En 1697, le chapitre et la ville de Belfort firent porter leurs
armoiries sur Tarmorial général de France.
Le chapitre : â!azur à tin Saint-Christophe d'or dans des
ondes d'argent^ chargé d'un Christ de carnation tenant un
monde d'or à la niain. (Voy. N** 2 des planches.)
L'image reproduite et qui a été relevée sur l'armoriai ne
correspond pas exactement à la description qui précède. Le
lecteur suppléera facilement la variante. Il faut remarquer
encore que le chapitre avait repris ou conservé la tradition
de Brace et que Saint-Denis, le premier patron de l'église,
s'efface devant Saint-Christophe, ou la tradition.
La ville : d'azur à une tour pavillonnée d'or, ajourée du
champj maçonnée de sahle^ girouettée d'argent et côtoyée d'unB
et â!un F d'or. (Voy. N° 3 des planches.)
XVIII* SIÈCLE
En vertu des lettres patentes dont il a été parlé, le comté
de Belfort passa aux descendants du duc de Mazarin, sans
distinction de sexe et, bien entendu, avec la réserve de la suze-
raineté du roi de France, à qui foi et hommage furent toujours
rendus. Ces héritiers se sont succédé dans l'ordre suivant :
Hortense de Mancini, nièce du cardinal et mariée au duc de
La Meilleraie ; Paul-Jules de Mazarin ; Louise-Jeanne de
Durefort-Duras, mariée au marquis de Villequier-d'Aumont;
Louise-Félicité-Victoire d'Aumont, mariée à Honoré-Maurice
Grimaldi, duc de Valentinois. Ce dernier était en jouissance
du comté quand la loi du 25 juillet 1791, révoquant la donation
de Louis XIV, fit retourner au domaine public toutes les terres
concédées au cardinal de Mazarin.
Remarquons, pour terminer cette notice, que, durant la
période fi:ançaise, Belfort-ville demeura en possession de ses
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86 BERMONT
avaient pas été spécialement concédés. Maintes fois, dans le
cours du XVIIP siècle, les héritiers du cardinal Mazarin et les
officiers du roi essayèrent de troubler la ville dans cette
jouissance; mais, sur les réclamations du magistrat, le roi, les
ministres et les intendants d'Alsace repoussèrent constamment
ces entreprises et la ville de Belfort conserva sa prépondé-
rance relative jusqu'à la Révolution qui la plaça, comme toutes
les autres localités, sous la protection et la règle du nouveau
droit commun.
En 1803, la population de Belfort était de 4,380 habitants.
Elle est de 9,886, d'après le recensement de 1876.
Bermont. — Nous lisons dans les titres anciens que nous
pouvons consulter deux indications concernant cette localité.
La première se trouve dans une charte du 5 janvier 1147, de
l'archevêque de Besançon, éniunérant les possessions du
prieuré de Lanthenaus, les lui confirmant, et parmi lesquelles
l'église de BeUemonte = Bermont; la seconde, dans une bulle
du pape Alexandre III, du 4 mai 1177, portant confirmation
des mêmes possessions en faveur dudit prieuré.
Ainsi, l'ancienne église romane, dont il ne reste plus que
certaines partie du chœur, existait déjà dans la première
moitié du XI* siècle. C'était un des beaux édifices religieux des
temps carolingiens.
De l'existence de l'église au XP siècle, on peut conclure
à l'existence du village à la même époque, sinon à sa pré-
existence. Des titres ou écrits moins anciens nous apprennent
qu'il faisait, avec d'autres, partie de la mairie de Châtenois.
Sous le rapport religieux, Bermont était et est resté chef-
lieu de paroisse, comprenant Botans, Dorans et Sévenans.
Cette paroifise dépendait du décanat de Granges.
Dans la deuxième édition de son Dictionnaire topographique,
M. Stoflfel cite un Claude et un Jean de Bermont qui existaient
en 1552.
Sous le rapport politique, Bermont suivit la fortune de la
mairie dont il dépendait (Voy. ChMenois) Au XVIP siècle,
ce village s'accrut d'une partie de la population et du terri-
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BESSONOOURT 87
toire d'une commune qui a disparu pendant la guerre de
trente ans. (Voy. Oye,) Une forêt communale a conservé le
nom du village qui a été détruit.
Au pied de la roche sur laquelle Bermont est assis, sourd
« un ruisseau d'une eau limpide que les habitants appellent
Fontaine de la 8uze. » (Voy. Bélfort, XVII'' siècle.)
Au commencement de ce siècle, Bermont avait 103 habi-
tants. Le dernier recensement lui en assigne 87.
Cette commune fait partie du canton de Belfort. Distance
légale, 7 kilomètres.
Bessoncourt. — L'existence de ce village au IX* siècle
est constatée par un diplôme de Louis-le-Débonnaire, donné
à Frankfort le 21 juin 823. Beyssingen = Bessoncourt y est
nommé comme faisant partie de la dotation attribuée à Maso,
fondateur de l'abbaye de Masevaux.
Bessoncourt était donc un village du duché d'Alsace, bien
avant la fondation des comtés de Montbéliard et de Ferrette.
Maso en fut d'abord investi, mais une partie de son territoire
devait revenir à la mairie et à la paroisse de Phatfans lors-
qu'elles seront établies, tandis que l'autre devait advenir à la
mairie de la Haute-Assise, lorsque le château de Belfort et
sa circonscription féodale auront été constitués. (Voy, Phaffans
et Belfort.)
Après avoir appartenu au comté de Montbéliard, de 1024 à
1332, Bessoncourt passa au comté de Ferrette et subit la
fortune politique de la prévôté de Belfort dont il faisait
partie. En 1347, Bessoncourt advint à Ursule de Ferrette, fille
de Jeanne de Montbéliard et d'Ulrich II, dernier comte de
Ferrette. Ursule était l'épouse de Hugues de Hohenherg =
Montfort qui, en 1350, céda Bessoncourt à son beau-lBrère
Albert, dit le Sage, duc d'Autriche et successeur de la maison
de Ferrette. Sous la domination de la maison d'Autriche, le
nom franc Beyssingen^ devenu Bessoncourt sous les premiers
comtes de Montbéliard, se convertit en celui de Bussingen =
Bessoncourt.
Bessoncourt avait alors sa chapelle, mais dépendait toujours
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88 BETHONVILLIERS
de la paroisse de Phafifans. En 1441, cette chapelle devint
église paroissiale, placée sous l'invocation de Sainte-Foi, et le
chapitre collégial de Thann en fut coUateur.
Quant à la commune, une partie demeura à la mairie de
Phafifans, tandis que l'autre partie resta acquise à la mairie
de la Haute- Assise. (Voy. les Notices.)
En 1500, on trouve Bessoncourt inféodé à la baronie de
Morimont.
Dans l'armoriai général de France, Bessoncourt a les armoi-
ries suivantes :
D'azur à trois couronnes d* or posées en pal, Pune sur Vautre.
(Voy. N*" 12 des planches.)
En 1803, la population de Bessoncourt était de 515 habi-
tants. Le recensement de 1876 lui en assigne 396.
Bessoncourt est du canton de Fontaine. Distance légale,
6 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton, et 6 kilomètres
jusqu'à Belfort.
Bethonvilliers. — Les indications historiques qu'il nous
a été possible de recueillir, concernant cette localité, nous la
représentent dans des conditions singulières : la partie assise
sur la rive gauche de la rivière Saint-Nicolas dépendait de la
seigneurie de Rougemont; l'autre partie, de la prévôté de
Belfort. Telle paraît avoir été sa situation au XI* siècle, c'est-
à-dire à la fondation du comté de Montbéliard-Ferrette.
Du XIIP au XVP siècle, nous trouvons deux indications qui
semblent confirmer cette donnée historique. Le l*'' décembre
1295, la dîme de Bethonvilliers-rive droite était un fief de
Henri de Delémont, gendre de Richard de Belfort." Ce fief lui
était advenu du chef de sa femme, au partage de la succession
de Richard. (Voy. Belfort) En 1579, la dîme de l'avoine à
Bethonvilliers-rive gauche était à l'abbaye de Masevaux.
Bethonvilliers-rive droite et Lagrange formaient une mairie
dépendante de la prévôté de Belfort, tandis queBethonvilliers-
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BORON — BOTANS «9
Bethonvilliers-rive gauche formait une annexe de la paroisse
de Saint-Germain ; Bethonvilliers-rive droite appartenait à la
paroisse de Phaflfans.
Sous la domination des comtes de Ferrette et des archiducs
d'Autriche, cette commune figure dans les titres sous le nom
de Bethwiler,
Au conmiencement de ce siècle, la population de Bethon-
villiers était de 142 habitants ; le recensement de 1872 lui en
assigne 187.
Bethonvilliers est du canton de Fontaine. Distance légale,
5 kilomètres ; elle est de 1 myriamètre jusqu'à Belfort.
Boron. — Les études et les recherches de M. A. Quiquerez
établissent qu'une voie romaine secondaire passait au terri-
toire de Boron. Cette voie se détachait, à Delle-Joncherey, de
la voie militaire de Mandeure au Rhin pour la relier à une
autre voie venant du versant oriental des Vosges.
Boron a toujours dépendu de la mairie et de la paroisse de
Grosne dont il a suivi la fortune politique jusqu'à la Révolu-
tion. Conséquemment son passé historique est étroitement lié
à celui de la mairie et de la paroisse. (Voy. Grosne.)
Après avoir construit l'église qui existe, Boron a été,
en 1861, distrait de son ancienne paroisse pour en former une
nouvelle à lui seul.
Au commencement de ce siècle, sa population était de
362 habitants. Le dernier recensement lui en reconnaît 304.
Boron est du canton de Délie. Distance légale, 6 kilomètres;
1 myriamètre 7 kilomètres jusqu'à Belfort.
Botans. — Il y a pénurie de renseignements historiques
concernant cette commune. En 1302, on la trouve notée dans
le contrat dont il est fait usage pour la notice d'Andelnans.
Botans a dépendu de la mairie de Cravanche et de celle de
Châtenois. Aucun document ne nous permet de fixer avec
exactitude l'époque à laquelle cette commune est passée d'une
mairie dans l'autre. Nous pensons toutefois que, dans les
premiers temps de l'Assise, elle dépendit avec Bavilliers de la
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90 BOURG — BOUROGNE
mairie de Cravanche; qu'en 1347, c'est-à-dire au partage de la
succession de Jeanne de Montbéliard, elle fut réunie à celle
de Châtenois par la marquise de Bade, Adélaïde, fille de Jeanne,
à qui elle était échue.
Botans a toujours dépendu de la prévôté de Belfort et de
la paroisse de Bermont. Le prieuré de Meroux y avait des
cens.
M. Stoflfel cite un Claude de Botans en 1552 et un Anthaimie
(Antoine? Antoinette?) de Botans en 1560.
La population de cette commune était de 131 habitants, en
1803 ; le recensement de 1876 lui en attribue 125.
Botans appartient au canton de Belfort. Distance légale,
6 kilomètres.
Bourg. — Nous manquons de titres spéciaux et d'indica-
tions directes qui puissent servir de base à une notice remon-
tant quelque peu dans le moyen-âge. Tout ce que l'on peut
dire, c'est que Bourg n'a cessé d'appartenir h la seigneurie de
Kosemont ; que cette localité dépendait de la mairie et de la
paroisse d'Etueffont; qu'elle avait une chapelle et qu'en 1441
elle fut ravagée par les Armagnacs ; qu'au siècle dernier, elle
fut distraite de son ancienne paroisse et réunie à celle
d'Anjoutey, dont la chapelle fut, en 1777, érigée en église
paroissiale.
Au commencement de ce siècle, Bourg comptait 104 habi-
tants; on y en a recensé 87 en 1876.
Bourg appartient au canton de Giromagny. Distance légale,
12 kilomètres. Il y a également 12 kilomètres de cette commune
à Belfort.
Bourogne. — Un tronçon de voie romaine, se détachant
de la voie militaire de Mandeure au Rhin et conduisant à
Bourogne, est. indiqué par M. Aug. Quiquerez dans sa Topo-
graphie du Jura oriental. On peut produire à l'appui de cette
indication la découverte faite à Bourogne, il y a quelques
années, d'antiquités romaines, parmi lesquelles les débris
d'une mosaïque dont quelques cubes sont conservés au musée
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BOUROGNE 91
de Colmar. Il y avait donc sur ce point du territoire de Belfort
un établissement romain quelconque et auquel la voie tracée
par M. Quiquerez conduisait.
A cet établissement succéda, sans doute, le casteldu moyen-
âge que Schœpflin comptait, au siècle dernier, au nombre des
châteaux détruits.
Les documents dont nous disposons laissent subsiter une
grande lacune entre le point de départ qui précède et le
moment où ils apparaissent rares et sans liaison. Les voici
dans leur ordre chronologique.
En 1222, le 19 mars, on trouve mention de l'église de Bou-
rogne dans une charte de Gérard de Rougemont, archevêque
de Besançon, qui dispose d'une partie des revenus de cette
église pour la fondation de son anniversaire dans la cathédrale
de Saint-Etienne de Besançon.
En 1303, les gens de la mairie de Bourogne payaient aux
landgraves de la Haute-Alsace une contribution annuelle,
s'élevant à 40 livres estevenantes au plus et à 15 livres au
moins. Le moulin de Bourogne livrait au même titre un cens
de 7 bichots de grain, et la maison d'habitation, une poule de
carnaval. Le seigneur avait la haute et basse justice dans le
village.
En 1313-1314, Vitalis, un des successeurs de Gérard de
Rougemont, donne à son église métropolitaine tous les revenus
de l'église de Bourogne; il décide que la desserte de cette
dernière sera confiée à un vicaire perpétuel qui aura pour
honoraires la moitié de tous les fruits et revenus ; que l'autre
moitié sera employée à- perpétuité aux distributions journa-
lières faites aux chanoines de Saint-Etienne.
En 1325, le 23 février, Richard de Morimont dispose en
faveur de son épouse, à titre de douaire, de son fief de Bou-
rogne, qu'il tient de Richard, comte de La Roche.
En 1333, les héritiers Levacile, de Bourogne, rendent foi et
hommage au marquis de Bade, en raison de ce qu'ils tiennent
en fief dans cette localité.
Le 12 août 1343, nous rencontrons un Jean de Bourogne au
nombre des chanoines du chapitre de Saint-Ursanne et, le
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92 BOUROGNE
23 août 1366, un Renaud de Bourogne parmi les témoins d'une
vente de biens censaux.
En 1347, Bourogne échoit à Ursule de Ferrette, comtesse de
Hohenberg, dans le partage de la succession de sa mère, Jeanne
de Montbéliard, veuve d'Ulrich de Ferrette, marquise de
Bade.
En 1350, Albert d'Autriche rachète Bourogne qui passe défi-
nitivement des mains de sa belle-sœur Ursule en celles de la
maison d'Autriche.
Dans son lUustrata, Schœpflin dit que Bourogne dépendait
du « Domaine de Délie »; que la moitié du village relevait des
Brinighoffen ; que son tribunal se composait de cinq asses-
seurs, délégués par la maison d'Autriche, de deux délégués
par les Brinighoflfen, et d'un nombre égal nommés par le maire
autrichien ou Langmeyer.
Pour donner aux points de repère qui précèdent un sens
plus général, il faut remonter les siècles et tirer des faits
principaux caractérisant le passé historique du territoire les
conclusions qu'ils nous paraissent comporter.
Une partie du ban de Bourogne fut probablement comprise
dans le rayon accordé, en 728, à l'abbaye de Murbach, par le
duc Eberhard d'Alsace ; Bourogne, rive gauche de la Bour-
beuse, était l'extrême limite ouest des terres dont cette abbaye
fut dotée. A la fondation du comté de Montbéliard, c'est-à-dire
en 1024, le castel du moyen-âge sortit des ruines de l'établis-
sement romain et fut placé à Bourogne-rive droite; il appartint
au comté de Montbéliard; en 1235, les landgraves de la Haute-
Alsace, étant rentrés en possession de la partie résignée à
l'empiï^e par l'abbaye de Murbach, y établirent leur mairie,
ayant à sa tête un langmeyer = maire seigneurial, représentant
le suzerain; en 1299, la partie de Bourogne située au comté
de Montbéliard fut assignée, par préciput, à Jeanne de Mont-
béliard, lorsqu'elle devint l'épouse d'Ulrich II, comte de Fer-
rette ; celui-ci ou ses successeurs ne tardèrent pas à inféoder
cette partie à la famille des Brinighoffen, leurs ministériaux,
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BOUROGNE 93
suzerains directs, les landgraves de la maison d'Autriche et,
quant au domaine utile d'une partie de la commune, aux
vassaux des comtes de Ferrette, les Brinighoflfen, tandis que
l'église et le domaine ecclésiastique relevaient de l'archevêché
de Besançon.
Quant à l'intervention du marquis de Bade, en 1333, elle
s'explique par le fait que Jeanne, devenue veuve du comte de
Ferrette, avait épousé en secondes noces ledit marquis de
Bade et que, Jeanne étant entrée, en 1333, en possession défi-
nitive de son douaire, c'est à son second mari que foi et
hommage durent être prêtés par les héritiers qui faisaient
reprise du fief. C'est vraisemblablement de cette famille
qu'étaient issus Jean et Renaud de Bourogne, dont il est fait
mention aux dates de 1343 et 1366.
L'organisation administrative et judiciaire, décrite par
Schœpflin, était assez singulière; l'exposé sommaire qui
précède permet de se rendre compte des causes qui l'avaient
successivement engendrée.
Sous cette administration, le nom de Bourogne figure
presque toujours dans les pièces sous la désignation de Bœll
ou Boringen.
Bourogne eut certainement beaucoup à soufifrir dans les
guerres fréquentes de comté à comté, de seigneur à seigneur
et, plus tard, dans les invasions d'Arnaud de Cervole et
d'Enguerrand de Cucy, puis par l'invasion suédoise et
l'occupation du pays, jusqu'après le traité de 1648, qui rendit
l'Alsace à la France. Son voisinage du comté de Montbéliard
lui valut même en 1676, au mois de septembre, la présence
assez prolongée de l'armée du général Duplessis-Pralin et de
Vaubrun, gouverneur d'Alsace, qui investissaient Montbéliard,
préludant ainsi à la réunion de ce comté à la France, cession
qui fut définitivement acquise en 1748, par la renonciation
que le duc de Wurtemberg donna à Versailles.
Il faut croire qu'après 1648, les Brinighoffen ou leurs ayants
droit conservèrent encore le fief dont ils étaient en possession
depuis plusieurs siècles; car quand, en 1697, l'armoriai général
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M BBAGE
de France commença à être établi, Bourogne, seigneurie, s'y
fit porter aux armes des BrinighoflFen:
D'argent à une pointe de gueules. (Voy. N° 4 des planches.)
Quant à la conmiunauté des habitants, elle prit les sui-
vantes :
D'azur à un mouton d'argent, surmonté de la lettre B d'or.
(Voy. N° 5 des planches.) *
Au commencement de ce siècle, Bourogne comptait 606 habi-
tants. Le recensement de 1876 lui en attribue 1025.
Bourogne appartient au canton de Délie. Distances légales,
1 myriamètre jusqu'au chef-lieu de canton et 1 myriamètre
2 kilomètres jusqu'à Belfort.
Brace. — Village détruit. — A l'endroit où ce village était
assis, avait existé à l'époque gallo-romaine une agglomération
d'habitants formant une station militaire, un village, peut-être
même une ville. On y a découvert, au commencement de ce
siècle, d'assez nombreuses substructions qui étaient les fonda-
tions d'édifices détruits et dont la tradition locale ne reflétait
pas le moindre souvenir. Mais, peu à peu, les monnaies nom-
breuses que l'on exhumait ont attiré l'attention des curieux;
et tandis que ces richesses historiques s'éparpillaient entre
des mains indiJBférentes, le sentiment public a fini par exprimer
la pensée que ces découvertes, dues au hasard, étaient la
preuve qu'anciennement il y avait eu sur ce sol un certain
nombre de maisons disparues.
La découverte de la villa d'Offemont, en 1841, est venu ren-
forcer le sentiment public à l'égard de Brace, et de nouvelles
découvertes de monnaies, de statuettes en bronze, de vases,
de fragments de poterie et une pierre sculptée représentant
un cavalier romain, ont porté l'opinion à admettre sans
conteste qu'en effet il y a eu à Brace, dans les anciens temps,
tout un système de constructions.
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BRAGE 95
OÙ elle se trouve aujourd'hui définitivement installée dans la
collection lapidaire.
A ces preuves, qui justifient l'opinion toute moderne à
l'endroit de l'existence d'un établissement gallo-romain sur
ce point, nous ajouterons qu'une route, une via vidnalis tout
au moins, devait le rattacher, au Sud : à la voie secondaire ou
transversale qui se détachait vers Dambenois de la grande
voie militaire de Mandeure au Ehin, se dirigeant vers Rouge-
mont par Vourvenans et Perouse, et au Nord: à la grande voie
longeant le pied de la montagne et conduisant à Langres ou
au pays des Lingons. En outre, il est hors de doute qu'une
voie semblable, ou au moins une via ruralis, mettait cet
établissement en communication avec la villa d'Offemont.
Ce point établi, on admettra avec nous que l'établissement
de Brace périt en même temps que la villa d'Offemont sous le
flot des invasions barbares à la fin du V* et dans le cours du
VP siècle.
Mais des découvertes toutes récentes nous portent à croire
qu'une partie des envahisseurs s'y fixa en utilisant les ruines
que la première irruption avait laissées debout ; de sorte que,
dans cette hypothèse, l'établissement gallo-romain aurait été
restauré, jusqu'à un certain point, dans les derniers temps des
invasions alémanes.
Les fouilles pratiquées en 1874 dans le périmètre de Brace,
pour extraire du sable, ont mis à découvert des ossements,
des objets en bronze et en fer, très oxydés. L'attention de
quelques archéologues fut appelée sur ce fait et des fouilles
spéciales ayant été faites, on retira des diverses sépultures
explorées une assez grande quantité d'objets identiques à ceux
que les premiers ouvriers avaient dispersés. Ces objets con-
sistent en bracelets, en boucles d'oreilles en bronze, en grains
de collier oîi l'ambre abonde, en vases de terre cuite, vitrifiés
ou émaUlés, en lames de fer de diverses dimensions, en boucles
et plaques de ceinturon damasquinées ou barbariquées, en
longues épées et en une hache ou francisque bien caractérisée.
Ces objets sont au musée de Belfort et la nécropole, dont une
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96 BRAGE
minime partie a été fouillée, en renferme sans doute encore
une très grande quantité. ^
Les exhumations ont donc produit des objets celtiques ou
gallo-romains, des armes barbares et burgondes et des armes
franques. Ces témoins et l'étendue de la nécropole tendent à
faire penser qu'avant ou après la victoire des Francs à Tolbiac,
une rencontre de ceux-ci avec les Alémans eut lieu à Brace
et que les victimes de la rencontre y furent enterrées. De sorte
que les restes du premier et le second établissement auraient
péri vers l'an 662 et qu'ils ne se seraient plus relevés de leurs
ruines, a-t-on pensé jusqu'à nos jours.
C'est une erreur : Brace sortit de bonne heure de ses cendres,
car au XIP siècle c'était une commune d'une certaine impor-
tance. Dans une charte du chevalier Otton d'Achenans, dont
la date, dit M. Ed. Tuefferd, est rigoureusement fixée entre
1165 et 1170, on trouve parmi les témoins WUlielmiœ viUims
BraceliSj Guillaume, maire de Brace.
En 1196, l'église de Brace appartenait à l'églige collégiale
de Montbéliard. Cela résulte d'une bulle du pape Célestin III,
portant confirmation des possessions de cette collégiale et
citant ladite église de Brace, ecclesia Bracelis, au nombre de
ses possessions.
Enfin, on 1223, Brace existait encore, car nous trouvons
Richard de Brace parmi les témoins d'une charte de l'arche-
vêque de Besançon, confirmant une donation des lieux de
Dalotte et Taillecourt, faite à l'abbaye de Lucelle par le comte
de Montbéliard.
Ainsi, nous pouvons conclure que le village ou le bourg de
Brace existait encore en 1223, puisque nous rencontrons, dans
le titre qui précède, soit son maire, soit son baneret, Richard
de Brace.
A quelle époque ce village ou ce bourg a-t-il disparu? c'est
ce que nous allons rechercher en examinant un point délicat
de l'histoire locale.
Depuis la constitution du comté de Ferrette, les deux
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BRAGE 97
des deux comtés. Au commencement du XIIP siècle , c'est-
à-dire à l'époque oîi nous rencontrons la dernière trace de
Brace (1223), Frédéric II, comte de Ferrette, était en hostilité
ouverte avec Eichard, comte de Montbéliard. Le sujet de ces
hostilités était les droits que Frédéric II revendiquait sur
Belfort, du chef de son aïeul paternel Frédéric I", comte de
Ferrette. Pour assurer la revendication, il occupait le château
de Montfortet, à l'époque où nous sommes, les hostilités
étaient ouvertes entre lui et Richard de Montbéliard qui lui
contestait ces droits. Cette querelle, et la guerre qui en fut la
suite, fut terminée en 1226 par un traité dû à la médiation du
beau-frère de Frédéric de Ferrette, Conrad d'Aurach, cardinal
de Sainte-Rufine, évêque de Porto et légat apostolique. Le
traité fut conclu le 15 mai 1226, à Grandvillars.
Il résulte de ce traité : V que Thierry, fils aîné de Richard,
comte de Montbéliard, épouserait dans deux ans Alix, fille de
Frédéric II de Ferrette; 2° que Frédéric donnerait 500 marcs
en dot à sa fille et, en garantie jusqu'au paiement intégral, la
prévôté de Traubach et l'avouerie de Lure; 3** qu'aussi long-
temps que Frédéric de Ferrette laissera subsister le château de
Montfort, il abandonnera à Richard de Montbéliard l'avouerie
de Délie, ou lui paiera 200 marcs pour conserver ledit château
de Montfort; 4° que, moyennant l'exécution de ces conventions,
Frédéric, comte de Ferrette, et avec le consentement de ses
fils Ulric et Louis, abandonne à Richard, comte de Mont-
béliard, toutes ses prétentions sur la forteresse de Belfort, de
telle sorte qu'il n'y ait plus de contestations à ce sujet. Le texte
de ce traité se trouve dans Schœpflin {AU. dvp., 1 1, p. 355).
Le château de Montfort fut démoli, car nous voyons que les
Ferrette étaient rentrés dans la possession de l'avouerie de
Délie, quelques années après le traité. (Voy. DeUe.)
Où était situé le château de Montfort? C'est ce qu'aucun
document n'indique. Dans une note de son histoire inédite des
comtes de Montbéliard, M. E. Tueffert dit: « qu'il était proba-
blement construit dans cet endroit situé au-dessus de Belfort,
où se trouvent des vestiges de murailles, appelés Pierre de la
Miotte.
7
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96 BBAGE
Nous partageons ce sentiment. On trouve à Belfort des
dessins représentant la Miotte avant sa transformation par
le colonel Bellonet. C'était tout simplement un pan de mur
que la main du démolisseur et le temps avaient respecté et
que l'on peut considérer comme une dernière miette du château
de Montfort élevé par les Ferrette en face du donjon de la
Roche, élevé par les Montbéliard.
Un rapprochement d'un autre genre semble venir à l'appui
de cette induction.
Dès leur arrivée au comté de Montbéliard-Ferrette, les
membres de cette famille se vouèrent à la fondation des
églises et des maisons religieuses. Saint-Morand d'Altkirch est
leur œuvre. La première chapelle dont le monastère prit la
place fut dédiée à SaintrChristophe et remonte vrais.embla-
blement à l'époque où Louis de Mousson, comte de Mont-
béliard-Ferrette, faisait du donjon d'Altkirch sa résidence de
prédilection. Entre les années 1048 et 1066, Hugo, abbé de
Cluny, s'y trouvait aussi avec le comte Louis, et c'est alors
que le monastère fut fondé, que la chapelle s'éleva et fut
placée sous l'invocation de SaintrCristophe. Les moines fran-
çais envoyés au pays des Rauraques, dont ils ne connaissaient
pas la langue, furent remplacés par SaintrMorand que l'on
fit venir des environs de Worms, et c'est de son apostolat que
le monastère prit le nom qu'il porte encore de nos jours.
Quant à Saint-Christophe, il demeura le patron de la vieille
église autour de laquelle la ville s'est formée. Or, l'église de
Brace était sous la même invocation, et nous inclinons à
penser que sa fondation est contemporaine de celle d'Altkirch
et qu'elle est due à la même initiative, à la même pensée ; de
sorte que, dans les premiers temps, l'égUse de Brace aurait
été sœur ou filiale d'Altkirch. Placée sous la même domination
temporelle et la même direction spirituelle, il existait entre
elles un lien étroit de parenté qui se relâcha quelque peu
lorsque le comté de Montbéliard-Ferrette fut divisé en deux
comtés distincts, c'est-à-dire en 1125.
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BREBOTTE 99
revendication par les armes et Brace, placé à égale distance
du château de Montfort et du château de la Roche, serait
devenu le point de rencontre de l'armée de Frédéric de
Ferrette avec celle de Richard de Montbéliard.
Ce serait alors dans ce conflit que Brace aurait de nouveau
été dévasté et que, plus tard, la chapelle de Saint-Cristophe,
placée au milieu du cimetière, se serait relevée sur les ruines
de la première pour demeurer, jusqu'aujourd'hui, le cimetière
du nouveau bourg qui s'est formé, dans le même temps, au
piçd et sous la protection du château de la Roche.
Ce qui est certain et demeure acquis, c'est qu'à partir
de 1223 le village ou le bourg de Brace ne se rencontre plus
dans les titres et que, dès 1226, il disparut pour se fondre dans
le bourg de pelfort en création.
Saint-Christophe demeura le patron du nouveau bourg
jusqu'en 1342, c'est-à-dire jusqu'au moment où une nouvelle
intervention princière lui aura substitué le patronage de Saint-
Denis et de la Vierge Marie. (Voy. Belfort)
Cependant un vague souvenir portera le chapitre à le
conserver sur le sceau de ses actes.
Ainsi s'explique ce que Schœpflin disait à ce sujet au siècle
dernier : « Une tradition incertaine veut que l'église de Saint-
Christophe, vulgairement appelée Brasse, ait été l'ancienne
église paroissiale. »
Brebotte. — Quand Ermentrude fonda le prieuré de
Froidefontaine, Brebotte fut compris dans la dotation affectée
à ce prieuré: on lit en effet le nom de Brebotte dans les
chartes de fondation et de dotation du 8 mars 1105.
Rien n'indique si, à cette époque reculée, Brebotte avait
ou non une église, voire même une chapelle, ni de quelleparoisse
et de quelle mairie ce hameau ou cette commune dépendait.
S'il est permis de juger par induction, nous dirons que, étant
compris avec Grosne et autres villages dans la charte de
dotation, Brebotte était alors de la paroisse et de la mairie de
Grosne.
Brebotte demeura vraisemblablement dans cette condition
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100 BBETAGNE
jusqu'à l'époque où Grosne et ses annexes furent incorporés
au comté de Ferrette.
Au milieu du XV' siècle, Brebotte avait un chapelain, car
nous le trouvons taxé à 2 marcs d'argent envers l'évêché de
Bâle dont il relevait.
C'est vraisemblablement à la même époque, 1441 à 1469,
que la chapelle fut détachée de son ancienne paroisse pour
être érigée en église paroissiale, filiale de celle de Jeune-Mon-
treux. Cette église fut placée sous l'invocation de Saint-Etienne,
premier martyr. Elle avait deux autels collatéraux, l'un dédié
à Saint-Nicolas avec une chapellenie fondée, l'autre à la vierge.
Le recteur ou curé de Jeune-Montreux était coUateur de
cette église.
Cet état de choses a duré jusqu'à la Révolution. A partir de
cette époque, l'église de Brebotte, assez pittoresquement située,
est demeurée veuve d'un curé à résidence et était desservie
par le curé de Jeune-Montreux. Erigée de nouveau en paroisse
en 18..., Brebotte est aujourd'hui dans la condition de toutes
les autres églises.
Sous la domination autrichienne le nom français de Bre-
botte est devenu le nom allemand de Bntderhach.
Au commencement de ce siècle Brebotte avait 273 habi-
tants ; il en a aujourd'hui 270 suivant le dernier recensement.
Brebotte appartient au canton de Délie, dont la distance
légale est de 1 myriamètre 1 kilomètre ; de cette commune à
l^elfort il y a 1 myriamètre 3 kilomètres.
Bretagne. — Ce village qui dépendait du domaine de
Montreux-Château, dont il est très rapproché, n'a pas d'his-
toire particulière. Son passé et son origine se rattachent à
l'histoire de son chef-lieu. (Voy. Montreux-Château.)
L'administration autrichienne a traduit le nom français en
celui de Brett.
Bretagne n'a pas d'église. Sa paroisse est Montreux-Château.
Au commencement de ce siècle il y avait 271 habitants ; le
dernier recensement en a compté 272.
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BRBYVAL — BUC — OHARMOIS 101
1 myriamètre 1 kilomètre; cette distance est de 1 myriamètre
4 kilomètres jusqu'à Belfort.
Breyval. — Non loin de Meroux se trouve une forêt qui
porte le nom de Breyvà = Breyval. C'est au milieu de cette
forêt qu'aurait, d'après la tradition, existé un château.
Ce château aurait été détruit en 1663 par l'armée suédoise
à la suite du soulèvement des campagnes autour de Belfort et
dans le reste du Sundgau. Selon toute vraisemblance la des-
truction dont il s'agit aurait suivi de près le massacre des
insurgés entre Danjoutin, le bois de la Perche et Vézelois où
une résistance suprême éloignai du village les Suédois qui
portèrent un peu plus loin les ravages de la guerre. (Voy.
Vézelois.)
Bue. — Ce village dont nous ne trouvons aucune mention
avant 1347, formait une mairie de la prévôté de Belfort, avec
une partie d'un village voisin, Mandrevillar qui est dans la
Haute-Saône. La population catholique de Mandrevillar était
encore au siècle dernier dans l'usage de fréquenter l'église de
Bue. L'autorité ecclésiastique l'avait toléré jusqu'alors. Sa
population, réduite jusqu'en 1347 à l'état de servage, fut affran-
chie par Adélaïde, marquise de Bade quand, à la mort de sa
mère, Bue lui échut dans le partage de la succession.
Sous la domination de la maison d'Autriche, le nom fran-
çais fut converti en celui de Birr.
En 1650 la mortalité avait été si grande dans ces parages
que l'église de cette commune manquait de curé. Le prévôt
du chapitre de Belfort desservit cette paroisse, en même
temps que celle d'Essert, qui se trouvait dans le même cas.
Au commencement de ce siècle Bue avait 118 habitants ; il
en compte aujourd'hui 171, accusés par le dernier recensement.
Bue appartient au canton de Belfort dont la distance légale
est de 6 kilomètres.
Char mois. — En 1105 ce village, voisin de Froidefontaine,
est compris dans la charte de dotation du prieuré.
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102 GHATENOIS
En 1317 on trouve déjà son nom français exprimé en alle-
mand par celui de ZamwiUer.
Charmois dépendait de la mairie de Froidefontaine et était
justiciable du prieuré pour la moyenne justice, et du maire
des archiducs d'Autriche pour les cas ressortissant à la justice
supérieure.
Dans des lettres d'investiture données en 1500 à Nicolas
Tuilier, Charmois est cité comme faisant partie de la baronnie
de Montjoie.
Au commencement de ce siècle on comptait 200 habitants
dans ce village ; le dernier recensement lui en attribue 204.
Charmois appartient au canton de Belfort. La distance légale
de cette commune à son chef-lieu de canton est de 1 myria-
mètre 1 kilomètre.
Châtenois. — Une charte du 5 janvier 1147 fournit la
mention la plus ancienne que nous rencontrions concernant
cette commune. Humbert, archevêque de Besançon, confirme
au prieuré de Lanthenans (Lanthène, au comté de Montbéliard)
les diverses possessions dont il est en jouissance. L'église
de Châtenois est désignée comme faisant partie de ces
possessions.
Que signifie au cas particulier l'église de Châtenois? C'était
sans doute le prieuré d'Augustins qui existait alors et qui
dépendait de celui de Lanthenans. Le prieuré de Châtenois
aurait donc constitué l'église paroissiale de cette commune et
d'autres du voisinage. Une bulle du pape Alexandre III,
du 4 mai 1177, ratifie la confirmation de l'archevêque et consé-
quemment la dépendance de l'église de Châtenois de celle de
Lanthenans et du diocèse de Besançon.
Nous n'avons aucune indication relative à la date de la
fondation du prieuré; mais ce qui précède permet d'afltener
que Châtenois-commune existait depuis bien longtemps avant
le XIP siècle, probablement • avec une chapelle qui fut le
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CHATENOIS 103
comté, le 15 mai 1282, Alard de CMtenois tenait ce village en
fief. Cet Alard est le premier des membres de la famille de
Châtenois dont les documents à notre disposition révèlent
l'existence.
En 1300, le prieur de Châtenois eut des difficultés avec
Jean-de-la-Roche, prieur de Lanthenans. Au mois de mai, ce
dernier fit arrêter le prieur de Châtenois et le fit conduii-e
dans ses prison^. Le seigneur séculier, Renaud de Bourgogne,
comte de MontbéUard, un vaillant homme cependant, paraît ne
pas être intervenu dans cette querelle, par la raison probable
que l'objet de la mésintelligence était du ressort de la juridic-
tion ecclésiastique. Ce sont les foudres de l'église qui frap-
pèrent d'abord le prieur de Lanthenans ; mais elles n'eurent
point la vertu de lui arracher son prisonnier. Il fallut, pour le
délivrer, l'intervention du chapitre métropolitain et un procès
en règle devant cette haute juridiction. Le prieur de Lanthe-
nans comparut et fut condamné à rendre son frère de Châte-
nois à la liberté et à payer 200 livres estevenantes, à titre de
dommages-intérêts, au seigneur séculier, le comte de Mont-
béUard. Le prieur de Châtenois fut rendu à sa paroisse au
mois d'avril 1301.
Au commencement du XIV* siècle, Châtenois était le chef-
lieu d'une mairie considérable du comté de Montbéliard. Cette
mairie se composait des communes de Châtenois, Bermont,
Oye, Villars-le-sec, Vourvenans, Brongniard, Dampierre-outre-
bois et Nommay. Deux de ces communes sont détruites, Oye
et Villars-le-sec; trois autres, Brongniard, Dampierre et
Nommay furent partiellement distraites de cette mairie, pour
être plus tard échangées contre des parties équivalentes de
trois autres communes, ainsi qu'on le verra plus loin.
Le 7 décembre 1333, Raoul Hess, marquis de Bade, époux
de Jeanne de Montbéliard, veuve d'Ulrich de Ferrette, se ren-
contre à Châtenois avec Henri de Montfaucon, comte de Mont-
béliard, son beau-frère, pour régler le partage de leurs poses-
sions et de leurs fiefs. C'est à la suite du règlement intervenu
dans cette entrevue que le fief de Vendelincourt demeura à
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104 GHATENOIS
Henri de Montfaucon, avec une partie des trois communes de
Brongniard, Dampierre et Nommay,
Cette mairie paraît avoir embrassé encore trois autres
communes, Bavilliers, Cravanche et Botans, qui dépendaient
dans le principe de la terre de Belfort, devenue possession de
Jeanne, en 1333. Elle aurait ainsi formé pendant à la grande
mairie de l'Assise qui embrassait les lieux de la rive gauche
de la Savoureuse jusqu'à Trétudans, tandis que la grande
mairie de Châtenois comprenait les lieux de la rive droite
formant « la justice des onze villes », citée pour la première
fois par M. Stoffel.
Mais en 1347, cette organisation dut subir quelque modifi-
cation à la suite du partage de la succession paternelle de
Jeanne de Montbéliard entre ses quatre filles. La partie
supérieure du château de Belfort, avec Bavilliers, Cravanche
et Botans, étant échue à Ursule, comtesse de Hohenberg, la
grande mairie de Châtenois dut être momentanément privée
de ces trois communes, dont elle aura toutefois repris posses-
sion en 1350-51, c'est-à-di^-e lorsque l'archiduc Albert d'Au-
triche, comte de Ferrette, eut racheté la part d'Ursule, sa
belle-sœur, pour l'incorporer définitivement au comté de
Ferrette et aux possessions antérieures de l'Autriche.
En 1386, le 27 février, nous rencontrons l'écuyer Gauthier
de Châtenois parmi les témoins d'un acte constituant le
douaire d'une Vergy, épouse d'un Montjoie. La famille de
Châtenois, dont nous avons rencontré un membre en 1282,
existait donc encore un siècle plus tard.
En 1435, le prieuré de Châtenois est distrait de la dépen-
dance du prieuré de Lanthenans et réuni à la collégiale de
Montbéliard. Cette réunion à la collégiale nous paraît avoir
duré jusqu'à la fin du XVI* siècle, et c'est aussi à cette époque
que le prieuré a été dissous et son église sécularisée. Le
premier curé fut Nicolas Miget, de 1584 à 1591; il eut pour
successeur Jean Bourquin, de 1591 à 1608. C'est sous le curé
Bourquin qu'intervint, en 1603, une déclaration de la régence
de Montbéliard à rencontre des particuliers de Châtenois
restés sujets du comté. Cette déclaration porte : qu'ils sont
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CHATENOIS 105
reconnus paroissiens de l'église de Dambenois et que c'est au
temple de cette commune qu'ils doivent assister au service
divin.
Au curé Bourquin succédèrent : en 1608 jusqu'en 1651,
Henri Joviat; Jean Joviat, de 1651 à 1658; Jacques Vaucler,
de 1658 à 1664; cinq curés dont on n'a pas conservé les noms,
excepté celui de Jean-Pierre Keller, de 1664 à 1678; Pierre
Arnoux, de 1678 à 1690; il fut spécialement chargé de la
desserte de Saint-Ambroise de Banvillars; Pierre Jacoutot, de
1690 à 1709; Jacques Anthoine, de 1710 à 1716; Hodelain,
de 1717 à 1730; Vaudry, de 1730 à 1743; et Jacques Petiot,
de 1744 à 1766.
De même que les comtes de Montbéliard avaient conservé
des droits à Châtenois, Dorans et Botans, les comtes de Fer-
rette, ou mieux la maison d'Autriche en avait conservés à
Brongnard, Dampierre-outre-bois et Nommay. Après le retour
de l'Alsace à la France, cette situation fut moditiée. Le 6 juin
1696, la duchesse de Mazarin, dame de Belfort, reçut du duc
de Wurtemberg ceux qui lui appartenaient dans les trois
communes de Châtenois, Dorans et Botans, en échange de
ceux que la duchesse possédait à Brongnard, Dampierre et
Nommay.
Quant aux agrandissements de la commune de Châtenois
par la disparition de deux villages voisins, voyez Oye et
Villars-le-sec.
Dans l'armoriai général de France, Châtenois se fit inscrire
aux armes suivantes :
D'azur à trais tours d'or, deux et une. (Voy. N° 13 des
planches.)
Dans les derniers temps, il y avait à Châtenois des hauts-
fourneaux qui étaient alimentés par le minerai en grains
recueilli sur les finages de Roppe, Chévremont, Perouse,
Andelnans, Vezelois, Leuppe et Danjoutin. Il en existait encore
dans la première moitié de ce siècle.
En 1803, Châtenois avait une population de 752 habitants ;
on y en compte 1020 d'après le dernier recensement.
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106 CHAUX
Châtenois appartient au canton de Belfort, dont la distance
légale est de 1 myriamètre.
Chaux. — L'existence de cette commune remonte certai-
nement à des temps bien antérieurs à la date où le premier
document écrit la fait apparaître; le portail de son église, dont
la vieille nef a disparu, suffirait pour le prouver. Le document
écrit auquel nous faisons allusion est une charte par laquelle
Bourcard de Sancey fait, en faveur de l'abbaye de Lucelle,
l'abandon d'un bien à Courtemautruy. Un Henri, curé de
Chaux, est au nombre des témoins de cette charte qui porte
la date de 1219. Or, le portail de l'église est certainement
d'un ou deux siècles antérieur. Il remonte probablement au
commencement du XI* siècle et, dans ce cas, il serait contem-
porain de la fondation de la seigneurie du Rosemont ou du
comté de Montbéliard-Ferrette (1024), si toutefois il ne
convient pas de le faire remonter à une date plus reculée,
c'est-à-dire au règne des derniers comtes du Sundgau et de
l'Elsgau.
Quoi qu'il en soit. Chaux fut de bonne heure une des plus
importantes localités de la seigneurie du Rosemont. Il était
chef-lieu qualifié de mairie du HautrRosemont ou du Val.
Cette mairie embrassait les communes de Chaux (chef-lieu), La
Chapelle-sous-Chaux, Eloie, Evette, Giromagny, Grosmagny,
Lepuix, Rougegoiîtte, Vescemont, Sermagny et Valdoie. Elle
était administrée par le représentant du comte de Montbéliard
ou le lieutenant du Rosemont.
Dès l'origine de la seigneurie. Chaux a été le siège de la
justice d'appel des sentences rendues, en matière civile, par
les basses-justices des localités composant la mairie. La justice
du château dominait ces deux degrés; elle connaissait des cas
criminels, et c'est au Rosemont que l'on exécutait les
sentences.
En 1333, Chaux passa, avec la seigneurie, au comté de Fer-
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CHAUX 107
Ferrette, épouse de l'archiduc Albert d'Autriche. (Voy, Bose-
mont)
C'est de cette époque que paraît dater la traduction du nom
français Chaux en celui de Tscha, dénomination que l'on peut
prendre pour être teutonne et qui a été conservée intacte
jusqu'à nos jours dans l'idiome populaire du pays.
En 1427, nous rencontrons encore le nom d'un curé ou d'un
vicaire de Chaux, c'est celui d'Etienne Rotent, qui figure
comme témoin dans une vente concernant des biens étrangers
à l'histoire de la contrée.
Chaux a eu beaucoup à souffrir à l'époque héroïque de la
féodalité et aussi dans les temps postérieurs, par exemple
pendant l'invasion suédoise. Un nom, celui de Richard
Prévost, doit à ce dernier épisode d'être arrivé jusqu'à
nous.
De 1632 à 1648, la contrée fut désolée par l'occupation de
l'armée du Nord. En 1634» les campagnes du Rosemont se
soulevèrent en même temps que celles des autres parties du
Sundgau. Richard Prévost paraît avoir été l'âme de l'action;
c'est chez lui que fut fixé le rendez-vous, et c'est lui qui prit
la bannière du soulèvement. On se réunit donc chez Richard
Prévost, et les insurgés tombèrent sur les Suédois, qui rava-
geaient la contrée et en emportaient de grandes dépouilles. Les
Suédois furent repoussés vers Belfort et on leur reprit tout le
butin qu'ils emportaient. Les insurgés étaient bien 15,000, dit
le chant populaire. Mais, parmi eux, il n'y avait aucun Belfor-
tain, car tous avaient fui aux premiers moments de l'invasion,
qui à Montbéliard, qui en d'autres lieux du pays de l'Ajoie.
C'est ce que le poète du Rosemont laisse deviner, si d'ailleurs
on n'avait d'autres preuves historiques du fait auquel il fait
allusion.
Les environs de Chaux possèdent d'assez nombreux étangs
et des cantons du nom de vaivre. Dans sa Franche-Comté à
V époque romaine^ M. Clerc trouve le nom de vaivre caracté-
ristique, en ce sens que vaivre est synonyme de vouivre,
animal fantastique de la mythologie romaine. Schœpflin fait
remarquer au contraire que ce mot semble indiquer l'existence
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108 CHAVANNE8-LE8-GRANDS
de viviers, d'étangs ou de lieux peuplés de vouivres, de ser-
pents ou de couleuvres.
Au commencement de ce siècle, il y avait à Chaux 509 habi-
tants; il y en a 616, d'après le dernier recensement.
Chaux appartient au canton de Giromagny. Il y a 4 kilo-
mètres de distance légale de cette commune au chef-lieu de
canton et 9 jusqu'à Belfort
GhavaiiBes-les-Grraiids. — Si l'on devait composer une
histoire pour les lieux qui n'en ont pas encore, on serait tenté
d'admettre que, dans les temps les plus reculés du moyen-âge,
il y avait, à l'endroit où cette commune était assise, une popu-
lation qui se logeait dans des cabanes; que ces chétives habi-
tations, comparées à celles qui existaient sur d'autres points
du voisinage, furent dans la suite désignées par le nom de
Cabannes-les-grandes, pour les distinguer des autres; d'où
leur serait resté le nom de Chavannes-les-grands, lorsqu'elles
eurent acquis un certain développement et qu'elles entrèrent
comme unité constitutive dans le domaine féodal.
Dès les premiers temps de ce régime, Cabannes-les-Grandes
ou Chavannes-les-Grands fit partie de la terre de Montreux
ou du domaine de Délie. Son passé historique se rattache ainsi
à celui du domaine dont il s'agit et aux notices duquel nous
renvoyons le lecteur.
A la fin du XIIP siècle, Chavannes-les-Grands avait déjà
acquis une certaine importance, car nous trouvons au nombre
des témoins d'une vente faite le 19 janvier 1291, par l'abbé
d'Œhlenberg au profit de l'abbaye de Lucelle, un Henri de
Chavannes et son fils. Pour figurer comme témoins dans un
acte de cette nature, Messieurs de Chavannes devaient certai-
nement être des personnages de la commune dont ils avaient
pris le nom.
Sous la domination des comtes de Ferrette et peut-être déjà
sous celle des comtes du Sundgau, le nom allemand de ce
village était Oross-Schaffnat.
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CHAVANNATTE — CHÊVREMONT 109
A la 'division des anciennes provinces en départements,
Chavannes-les-Grands fut rangé dans la circonscription canto-
nale de Dannemarie, Aujourd'hui, il est rattaché à celle de
Délie.
Au commencement de ce siècle, sa population était de
403 habitants. En 1876, on y en a recensé 459.
La distance légale de cette commune jusqu'à Belfort est
de 1 myriamètre 9 kilomètres.
Ghavannatte. — Ce qui vient d'être dit à propos de
Chavannes-les-Grands s'applique en partie à Ghavannatte.
Quoique proche voisine de la première commune, celle-ci
dépendait de la seigneurie de Florimont. (Voy. la notice.)
D'un autre côté, Ghavannatte dépendait de la paroisse de
Suarce.
En 1685, Ghavannatte devint un fief, dont le comte de
Reiset était investi. Cette famille a conservé le fief jusqu'à la
Révolution.
Gomme Chavannes-les-Grands, Ghavannatte appartenait au
canton de Dannemarie, et aujourd'hui il est rattaché au canton
de Délie.
Sa population était de 200 habitants en 1803, et en 1876 on
y en a recensé 174.
Distance légale jusqu'à Belfort, 2 myriamètres 1 kilomètre.
diévremont. — Ce village ayant été compris dans la
circonscription de l'Assise ou de la terre du château de Bel-
fort, on peut admettre qu'il existait bien avant la construction
de la forteresse. Dos indices historiques permettent de dire
que, dans ces temps reculés, Chévremont se composait de
chétives habitations à chacune desquelles était dévolue une
parcelle du sol qui devait plus tard former le village et son
ban. Comparativement à d'autres centres rudimentaires du
voisinage, Chévremont avait, au XI'' siècle déjà, une certaine
supériorité, car il fut tout d'abord le chef-lieu de mairie de
la Haute-Assise, conséquemment sous la dépendance du
château ou de la prévôté de Belfort.
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110 CHÊVREMONT
Mais il faut admettre qu'après le partage du ccfmté de
Montbéliard-Ferrette, c'est-à-dire après 1125, le premier
comte de Ferrette y avait conservé une plus grande somme
de droits que son frère de Montbéliard, puisque Chévremont-
mairie fut placé sous la dépendance des Ingelsod ou Angeot-
prévôté.
A la suite de ce premier arrangement de famille, les inféo-
dations commencèrent de part et d'autre et c'est ainsi que
Chévremont ne tarda pas à passer entres diverses mains,
laïques ou ecclésiastiques, relevant de différents seigneurs.
En 1105, apparaît déjà un Théodore de Chévremont, comme
témoin dans les actes de fondation et de dotation du prieuré
de Froidefontaine.
Le prieuré de Lanthenans y possédait le tiers de la dîme,
ainsi que cela résulte d'une bulle du pape Alexandre III, de
l'année 1177.
En 1235, nous rencontrons un Jean de Chévremont, comme
témoin dans une charte concernant le couvent de Saint-
Léonard de Bâle. -— 1235 est la date la plus reculée où l'on
trouve le nom de cette commune germanisé : Oeissenherg.
En 1303, un Pie/re de Bavans qui* tenait en fief, du comte
de Montbéliard, des biens à Chévremont, meurt sans laisser
d'héritiers. Un Matrel de Belfort s'adjuge le fief vacant. Mais
il paraît que cette main-mise fut de courte durée, car nous
découvrons que la même année le fief, consistant en 40 marcs
d'argent et un certain nombre d'hommes hypothéqués à Matrel
par Pierre de Bavans, fit retour au seigneur direct.
Le fait du partage de la succession de Renaud de Bourgogne,
comte de Montbéliard, qui s'accomplit en 1332-33, de celle de
sa fille Jeanne, qui eut lieu en 1347 et du rachat par Albert
d'Autriche, en 1350-51, de ce qui était advenu à Ursule,
comtesse de Hohenberg, domine aussi le passé historique de
Chévremont. (Voy. Belfort)
Quoique réuni au comté de Ferrette, les comtes de Mont-
béliard avaient encore des biens à Chévremont vers la fin du
XIV* siècle. C'est ainsi que, le 27 février 1386, nous rencon-
trons un Amédée de Saint- Aubin qui déclare tenir en fief, du
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COURCBLLES 111
comte de Montbéliard, six familles de Chévremont avec leurs
maix, plus cinq maix vacants que l'écuyer Girard de Chévre-
mont tenait de lui en sous-fief.
La contribution que Chévremont payait, au commencement
et à la fin du XIV* siècle, aux landgraves de la Haute-Alsace,
s'élevait à 100 livres au plus et à 60 au moins ; plus, sur deux
moulins, des cens en blé, avoine, méteil et une poule de
carnaval.
Au XV* siècle, l'église de Chévremont payait à l'évêché de
Bâle, dont elle dépendait, dix marcs par an; plus 4 sous
2 deniers de droit banal et 3 sous de droit cathédral.
L'église était placée sous l'invocation de la Sainte Croix.
Elle avait deux autels latéraux, dont l'un, dédié à Sainte-
Catherine, avec une chapellenie annexée à l'église de Phaffans
et dont, en dernier lieu, M. de Klinglin d'Essert avait la coUa-
ture; l'autre dédié à Sainte-Ursule et aux quatre mille vierges
et pourvu aussi d'une chapellenie à la coUature du curé.
Fontenelle faisait et fait encore partie de la paroisse de
Chévremont.
L'église actuelle a été bâtie en 1784 par Kléber, alors archi-
tecte à Belfort.
Dans l'armoriai général de France, les armoiries de Chévre-
mont sont :
TfazwTy à un chevron ^(yr, accompagné en pointe d'une mon-
tagne de six coupe'aux de même. (Voy. N° 15 des planches.)
En 1803, la population de cette commune était de 460 habi-
tants; elle est de 562 d'après le recensement de 1876.
Chévremont appartient au canton de Belfort. Distance légale,
6 kilomètres.
Gourcelles. — Nous avons vainement cherché des docu-
ments ou des indications se rapportant à l'origine de cette
commune. Nous ne pourrions que les déduire de ce que nous
disons plus loin concernant Florimont, commune voisine.
Située à proximité de la voie militaire de Mandeure au Rhin,
Courcelles fut aussi hantée par les Romains, sous la domination
desquels son nom aurait été Curtis-CeUa. On peut ajouter,
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113 COURCELLES
avec plus de certitude peut-être, qu'aux grandes invasions son
territoire fiit, comme presque toute l'ancienne Rauraice, foulé
par les Burgondes, dont on a récemment retrouvé des sépul-
tures. Ajoutons enfin que, dans cette commune, la tradition
a conservé le souvenir de grandes violences qui y auraient
été commises par les Suédois.
Arrivant aux indications puisées dans les documents écrits,
ce sont encore, comme pour Chévremont, les chartes de fonda-
tion et de dotation du prieuré de Froidefontaine qui donnent
la date historique la plus reculée concernant Courcelles. Un
Léonard de Courcelles figure comme témoin dans les deux
titres du 8 mars 1105.
Vers 1170, ce sont Pierre, maire de Courcelles, et son voisin
Jean de Courcelles, que nous rencontrons parmi les témoins
d'une donation en faveur de l'abbaye de Bellelay.
Au XIIP siècle, on trouve à Courcelles, désignée viUa
Corcellis, un Pierre et un Guillaume de Courcelles.
En 1291, le 19 janvier, le prévôt du couvent d'Œhlenberg
vend à l'abbé de Lucelle tous les biens, dépendances, hommes
et choses, que son couvent possédait à Courcelles et que le
chevalier Beschler tenait en fief. La vente est faite pour arra-
cher des mains dudit chevalier le fief et le couvent qu'il
opprimait.
En 1293, Ulrich, comte de Ferrette, absout les auteurs de
tous les actes, querelles et calomnies, qui peuvent atteindre
les religieux de Lucelle, à l'occasion de la dame Giselle de
Courcelles et de ses enfants.
En 1294, Jean et Henri de Gléresse reconnaissent avoir
vendu à l'abbaye de Lucelle les trois quarts de la dîme à lever
sur Courcelles.
En 1303, Courcelles payait une contribution landgravîale
de 16 livres au plus et de 10 au moins, indépendamment de
quelques menus cens sur diverses propriétés.
La même année, un champ situé entre la Foffière et le Bahy
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COURCEILLES 113
pour mort sur place. Bourquin fut condamné à faire amende
honorable, nu-pieds, le dimanche, devant l'église, et à être
banni de Tévêché. Bourquin n'accepta point la sentence, et
dès le lendemain il retourna sur le champ pour le labourer.
Le sire d'Asuel intervint, mais l'affaire ne fut terminée
qu'en 1315.
En 1311, le 13 septembre, Jean Gabelat de Courcelles vend
à l'abbaye de Bellelay le quart d'un pré indivis, l'abbaye pos-
sédant les trois autres quarts, achetés de Faviette de Lugné.
Richard, curé de Courcelles, que nous rencontrons souvent,
est témoin dans l'acte de vente.
Le 13 décembre de la même année, le même Gabelat vend
à la même abbaye un autre pré contigu à celui qu'elle possé-
dait. Le curé Richard est encore témoin.
En 1313, le 10 mars, le curé Richard est encore témoin dans
la vente passée, au profit de l'abbaye de Lucelle, par les frères
du couvent de Hagenbach, des propriétés que ce couvent
possédait à Le Puits.
En 1314, le 11 novembre, on trouve encore le curé Richard
comme témoin de l'amodiation d'une coUonge de Bellelay à
Buix.
En 1316, le 9 janvier, Richard est témoin dans une donation
au profit de l'abbaye de Lucelle, obtenue par l'entremise de
frère Anselme.
La même année, le 5 novembre, Richard est de nouveau
témoin dans un échange concernant Bellelay.
En 1318, au mois de juillet, le même curé est encore témoin
dans une donation au profit de Lucelle.
En 1322, le curé Richard est encore témoin dans une vente
faite à Huguenin de Boncourt, bourgeois de Florimont.
Enfin, en 1323, le 25 février, nous rencontrons pour la der-
nière fois le curé Richard comme témoin dans la vente feite
à l'abbaye de Bellelay, par Thiébaud de Réchésy, des terres
qu'il possédait à Joncherey.
Mais si l'agent Richard manque à l'abbaye de Bellelay, cela
ne signifie pas que l'abbaye ait cessé de faire des acquisitions,
des échanges, et de recevoir des donations. En effet :
8
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114 COURCELLES
En 1330, le 21 janvier, la veuve Seirlingat, née MaicMn, de
Courcelles, vend à l'abbaye de Bellelay quatre pièces de
terre.
En 1344, le 4 février, Voinet de Courcelles, prêtre, est
témoin dans la vente faite à l'abbaye de Bellelay d'une maison
située à Florimont, par Vernier fils, autrefois prévôt et châ-
telain de Florimont.
En 1346, Vuillaume de Courcelles est témoin dans le rôle
des coUonges de Bellelay à Montignez.
En 1347, le 11 janvier, Jehan de Courcelles, prêtre, est
témoin d'une vente faite dans le village de Villars-le-sec,
canton Fahy.
Et, le 25 du même mois, nous le trouvons encore conune
témoin d'une vente faite à Thiébaut de Rocour par des parti-
culiers de Saint-Ursanne.
En 1366, le 3 juin, c'est un Jean de Courcelles, curé de
Florimont, qui figure parmi les patrons et fondateurs de
l'autel de la confrérie Notre-Dame, dans l'église de Porrentruy.
En 1370, le 7 juillet, c'est Jean Oison qui est curé de Cour-
celles et qui, lui aussi, figure comme témoin dans un acte de
vente.
De la constitution communale, proprement dite, nous ne
trouvons aucune mention historique avant 1394. En cette
année, Courcelles était une mairie qui dépendait de la prévôté
de Florimont et de la seigneurie de Délie.
En continuant l'exposé chronologique des faits recueillis,
nous arrivons au 28 mai 1427, où nous rencontrons un Jean
Morel de Courcelles, qui hérite de Henri Quelain de Florimont,
tous les livres de ce dernier, sa robe de perse toute neuve, le
meilleur de ses « chapirons, un gros pot en métal et un pot
« d'étain à vin tenant une channe, et ce, purement pour Dieu
« et qu'il puisse mieux avoir la substance et être promu
(( es saints-ordres et qu'il soit tenu de prier pour l'ame de
luy ».
Enfin, en 1481, le 28 janvier, c'est un Valentin Clerc de
Courcelles que nous rencontrons au nombre des arbitres
chargés de vider le différend qui s'était élevé entre l'évêque
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COURTELEVANT 115
de Bâle et Farchiduc d'Autriche, au sujet de leurs droits res-
pectifs sur Boncourt.
En l'absence d'autres documents concernant l'existence et
le régime communal de Courcelles. c'est à ce que l'histoire
nous a laissé, à ce sujet, pour Florimont et Délie, dont Cour-
celles a successivement dépendu, qu'il faut renvoyer le
lecteur.
Au commencement de ce siècle, Courcelles avait 198 habi-
tants ; elle en a 205, d'après le dernier recensement.
Courcelles appartient au canton de Délie. Ce village est à
la distance légale de 8 kilomètres du chef-lieu de canton et de
2 myriamètres 8 kilomètres de Belfort.
Gourtelevant. — Ce qui vient d'être dit de l'origine de
Courcelles peut surtout s'appliquer à Courtelevant. La grande
voie militaire passait sur son territoire, et la station ou le
poste établi sur ce point aurait porté le nom de Curtis; après
la prise de possession du lieu par la langue romane, Curtis
(cour) aurait été augmenté de la terminaison levant (au
levant), pour indiquer la situation de ce poste ou de cette
cour, soit relativement à la forteresse de Florimont, soit
relativement à Curtis-cella ou Courcelles. Au siècle dernier,
on prétendait à Courtelevant, en se basant sur un souvenir
traditionnel, que l'église de cette commune était bien anté-
rieure à l'église Notre-Dame de Florimont.
Quant au passé politique de Courtelevant, il se confond avec
celui de la terre de Florimont. Nous renvoyons le lecteur à la
notice de cette localité.
Quant aux faits particuliers, ce sont, comme pour Courcelles,
les seules archives ecclésiastiques qui fournissent presque tous
les matériaux susceptibles de servir à l'histoire élémentaire
de nos communes dans cette partie du territoire de Belfort.
Ainsi nous trouvons le nom d'un Théodore de Courtelevant
dans une sentence arbitrale du 9 mai 1262, rendue en faveur
de l'abbaye de Bellelay; le nom de Pierre, curé de Courtele-
vant, dans une donation, du 4 novembre 1294, en faveur de la
même abbaye, et le même curé comme témoin dans une autre
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116 COURTELEVANT
donation faite le 15 octobre de la même année, à l'église de
Grandgourt, par Renaud et Guillaume de Délie.
A la lin du XIIP siècle, le nom de Courtelevant figure dans
les titres allemands sous celui de Herbsdorf.
En 1303, le landgrave de la Haute- Alsace percevait le quart
des cens de Courtelevant, lequel quart consistait en 9 bichots
de blé et 9 d'avoine.
De 1303 à 1313, nous rencontrons, comme témoin, le curé
de Courtelevant dans un assez grand nombre d'actes concer-
nant l'achat ou la donation de propriétés en faveur de l'abbaye
de Bellelay. Le principal de ces actes est du 13 mars 1313;
les frères du couvent de Hagenbach cèdent à ladite abbaye
tous les biens qu'ils possèdent à Le Puits.
Le 14 novembre 1347, réapparaît la petite noblesse locale
dans la personne de l'écuyer Petermann de Courtelevant, qui
est témoin dans l'acte d'amodiation d'une terre située à
Réchésy et qui appartenait à l'abbaye de Bellellay.
Après le nom du noble, celui d'un chapelain, puis celui d'une
bienfaitrice de l'endroit : le 9 mars 1357, un nommé Vernat
était chapelain de l'autel Notre-Dame de Courtelelevant; le
17 juillet 1363, Bellias, fille de feu Villemin de Courtelevant,
donne une rente à Notre-Dame de Porrentruy.
Ainsi, l'église de Courtelevant avait au XIV^ siècle un autel
dédié à Notre-Dame, avec une chapellenie dont Vernat fut l'un
des bénéficiaires.
Le 1" décembre 1429, Jean-Henri de Courtelevant est
témoin dans la reprise d'un fief. Ce Jean-Henri était probable-
ment un descendant de l'écuyer Petermann, d'où l'on pourrait
conclure que cette famille n'était pas éteinte au XV* siècle.
En 1441, l'église de Courtelevant payait annuellement à
l'église de Bâle 6 sous de droit cathédral. Elle appartenait au
décanat de l'Ajoie.
Notons encore, à la date du 3 décembre 1454, deux anciens
noms d'habitants de Courtelevant : Jeannette, femme de Jean
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CRAVANCHE 117
La population de cette commune était de 278 habitants en
1803; elle est de 295, d'après le recensement de 1876.
Courtelevant fait partie du canton de Délie. Distance légale,
7 kilomètres ; 2 myriamètires 7 kilomètres jusqu'à Belfort.
Gravanclie. — On a cherché le Oramatim de l'itinéraire
d'Antonin à l'endroit où est Cravanche. La science n'a jusqu'à
présent pas admis cette opinion; elle se tient à celle de
Schœpflin et autres qui laissent Gramatum à l'endroit où
l'itinéraire le place, c'est-à-dire entre Mandeure et Oberlarg,
sur la voie militaire qui, de Lyon, arrivait à Mandeure, et se
dirigeait de là, en suivant le versant septentrional du Jura, à
Augtista Eauracorum sur le bord du Rhin, au-dessus de Bâle.
Or, Cravanche est à 15 kilomètres au moins vers le nord de
cette voie, dont le tracé est aujourd'hui assez exactement
reconnu. Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter davantage à l'opi-
nion que Cravanche serait assis sur les ruines de l'ancien
Gramatum.
Cependant, les récentes découvertes d'antiquités romaines
entre Belfort et Cravanche portent à admettre que le sol de
cette commune fut aussi hanté par la civilisation romaine. Sa
proximité de Brace et d'Ofmont, des voies de Banvillars à
Bavilliers et Danjoutin, de Vourvenans à Brace et plus loin,
les substructions découvertes par M. le docteur Corbis à la
Combe-la-Dame de Cravanche même, les fragments de tuileaux
à rebords et de poterie fine que l'on remarque encore à la sur-
face du sol qui environne ces substructions, donnent de la
probabilité au sentiment que la commune moderne a pour
origine un établissement, peut-être un centre de population
gallo-romaine, qui aurait aussi été ravagé par le flot des
invasions barbares.
D'un autre côté, Schœpflin dit, en citant Gramatum et
d'autres noms parmi lesquels Cravanche peut être classé, que
ces noms séquanais dérivent de l'idiome celtique et dénotent
une origine gauloise et non romaine. Si l'on ajoute à ces
diverses indications les découvertes récentes faites à la
caverne du Mont^dont l'entrée est à la Combe-la-Dame même,
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118 CROIX
on aura un ensemble d'indices, de points de repère conver-
gents vers une première conclusion, à savoir : l'origine de
Cravanche remonte à une haute antiquité.
Cravanche fut chef-lieu de mairie relevant, dès les premiers
temps, de la prévôté de Belfort ; Bavilliers dépendait de cette
mairie; mais, en 1347, Cravanche, étant advenu à Adélaïde,
marquise de Bade, dans le partage de la succession de sa mère,
paraît avoir été réuni à la mairie de Châtenois ou à la justice
des onze villes. Adélaïde s'empressa d'affranchir les serfs
qu'elle possédait dans cette petite commune.
Mais, au XV* siècle, une partie de la population était encore
dans la servitude, comme d'ailleurs en beaucoup d'autres loca-
lités. Le fait suivant le prouve.
Jean de Courroux venait d'épouser la fille de Jean de Bon-
court. Il avait reçu en dot 300 florins « de bon or en comptant
15 sous de bons este venants par florin ». En garantie de la dot
dont il s'agit, Jean de Courroux hypothèque « les hommes qu'il
possède à Cravanche et Valdoie ». L'acte est du 31 mai 1409.
Cravanche avait son château féodal. Il était près du village.
Schœpflin le cite parmi ceux qui avaient disparu dans la
« période germanique ».
Au commencement de ce siècle, Cravanche avait 140 habi-
tants; le dernier recensement y en a trouvé 205.
Cravanche appartient au canton de Belfort. Distance légale,
4 kilomètres.
Croix. — Si l'on doit s'en rapporter à la légende, la com-
mune de Croix devrait son nom et son origine au martyr de
Saint Dizier. Au VIP siècle (670-675), le lieu oîi la commune
est établie n'aurait été qu'un endroit désert, couvert de brous-
sailles et traversé par un chemin raviné. C'est en cet endroit
que Saint Dizier et ses compagnons auraient été aâsassinés et
dépouillés. Nous nous bornons à extraire de la légende le
passage qui concerne Croix, et renvoyons, pour le surplus, à la
notice de Saint-Dizier.
« Mais auparavant (avant de quitter l'oratoire de Saint-
Martin), il (Saint Dizier) avait dit à beaucoup de fidèles qui
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CROIX 119
l'ont entendu : « chers frères, si vous apprenez quelque part
« que des pèlerins ont été tués, ayez soin de les enterrer dans
« l'oratoire de Saint-Martin. »
« Lorsqu'ils (Dizier, Regenfroi et Willibert) furent arrivés
en cet endroit (lieu de la passion), Dizier prit une baguette
flexible et, l'ayant pliée en croix, il se prosterna et ordonna à
ses compagnons de se prosterner aussi.
« Après la mort de Dizier, cette baguette devint un arbre
vigoureux ; et moi (le légendaire) et beaucoup d'autres, nous
l'avons vu debout et pendant de longues années, environ
quatre-vingts ans ou plus. C'est de là que la commune a pris
son nom. »
Si l'histoire ne doit pas mettre en doute le fait de l'assassinat
et le lieu où il a été commis, on peut dire que l'agglomération
qui a pris le nom de Croix n'existait pas encore vers la fin du
VIII* siècle ; mais il y avait certainement sur ces premières
hauteurs du Jura une population éparse et encore attachée
aux croyances du passé. Le premier missionnaire paya de sa
vie la première tentative d'évangélisation directe, et l'événe-
ment porta ses fruits. La tradition veut qu'une chapelle ait
été élevée sur ce point, que l'une de ses portes ait été teinte
du sang du martyr et qu'au pied de l'élévation où ce premier
édifice chrétien avait été bâti, le village se soit peu à peu
formé par l'agglomération des néophytes qui le fréquentaient.
Abandonnant la légende pour arriver à l'histoire nous nous
trouvons en face d'une lacune de six siècles ; car le premier
document historique que nous rencontrons est de 1232. En
cette année, les habitants de la commune de Croix abandonnent
à l'abbaye de Lucelle la jouissance des pâturages de leur ban
pour y faire brouter les moutons de l'abbaye pendant vingt-
huit années. En retour de ce sacrifice, l'abbaye s'oblige à
réparer, dans cet espace de temps, l'église de Croix qui tom-
bait en ruines.
Ce titre prouve donc que Croix avait une église depuis un
temps indéterminé, et que ce temps remonte à plusieurs siècles
peut-être, puisqu'elle tombait en ruines en l'année 1232.
Ulrich, comte de Ferrette, confirma la convention, mais il
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130 CROIX
prolongea de neuf années le terme fixé pour la jouissance du
pâturage et la réparation de l'église.
Ainsi la vieille église, démolie en 1852, était le berceau du
christianisme à Croix et, en même temps, l'œuvre réparatrice
des moines de Lueelle au XIIP siècle, ainsi que le prix des
sacrifices de la communauté. L'église dont il ne reste plus
aujourd'hui que l'emplacement, couvert de menus débris de
démolition, remonterait au IX* siècle, si l'on prend pour l'église
l'endroit ad crucem, cité par Grandidier.
Sous le rapport politique. Croix fut, dès ses premiers temps,
une dépendance de Saint-Dizier et une possession de l'abbaye
de Murbach, à l'extrémité sud du duché d'Alsace. Croix suivit
la fortune de la mairie et du domaine dont il .dépendait. Son
passé se confond donc avec l'histoire du domaine de Délie et
de la mairie de Saint-Dizier. (Voy. Délie et Saint-Dizier.)
Croix eut de bonne heure sa famille de basse noblesse ou
de ministériaux. Nous trouvons en effet parmi les témoins de
l'acte de 1232, cité précédemment, un Gauthier, un Cunon et
un Werner de Croix; en 1241, le 17 janvier, un Thierry et un
Walther ou Gauthier de Croix, également comme témoins dans
deux chartes dont l'objet est étranger à l'histoire de cette
conmiune.
En 1274, au mois d'avril, les droits que l'abbaye de Murbach
possédait à Croix sont vendus par cette abbaye à Thierry III,
comte de Montbéliard.
En 1303, l'église de Croix contribuait avec celle de Délie au
paiement annuel d'une contribution landgraviale de 30 marcs
d'argent.
En 1326, un Huguenin de Saint-Dizier était possessionné
à Croix; le 28 février, il vend à un chanoine de Saint-
Hypolite une partie de ses biens et, le 27 février 1330, une
autre partie à l'abbaye de Bellelay.
Dans les titres allemands le nom du village de Croix est
Krutz.
En 1803, il y avait à Croix 204 habitants; en 1876, on y en a
recensé 303.
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CUNELIÊRE — DANJOUTIN 121
Croix appartient au canton de Délie. Distance légale, 9 kilo-
mètres; 3 myriamètres 1 kilomètre jusqu'à Belfort.
Gunelière. — Cette petite commune est de celles qui ne
fourniraient par elles-mêmes aucune indication historique sur
leur existence, si elles n'avaient appartenu à un domaine
du moyen-âge. Cunelière paraît n'avoir été d'abord qu'un
hameau dépendant de la commune de Montreux-Château, qui
est sa paroisse.
Les titres allemands lui donnent le nom de Lœffeldorf,
Cunelière faisait partie du domaine de Montreux, dont
l'aperçu historique lui est conséquemment commun. Quand,
en 1458, le domaine fut divisé entre les deux branches de la
famille de Montreux, Cunelière advint à la branche aînée,
c'est-à-dire à Frédéric, fils de Jean, pour arriver en dernier
lieu, au commencement du XVII' siècle, aux Reinach-Fousse-
magne. (Voy. Montreux-Château.)
Au commencement de ce siècle, Cunelière avait 110 habi-
tants; on y en a recensé 127 en 1876.
Cunelière appartient au canton de Fontaine. Distance légale,
4 kilomètres; 1 myriamètre 2 kilomètres jusqu'à Belfort.
Danjoutin. — Le lieu où cette commune a pris naissance
et s'est développée porte des traces de son occupation à
l'époque gallo-romaine. La partie haute, ou mieux la partie
orientale du village est encore désignée sous le nom de la ville,
et tout un canton de prés contigus, au sud de cette partie,
porte le nom Aeprés de la ville. Cela sufl&rait pour autoriser à
conclure qu'à l'époque romaine, il y avait à proximité un
établissement quelconque auquel le nom de villa, velle ou ville
est resté.
En 1840, on a en effet découvert, au sud-est du coteau sur
lequel est situé le quartier la ville, des substructions auxquelles
on a d'abord attribué une haute antiquité. Dans les récents
travaux de terrassements exécutés pour la construction de la
voie ferrée de Belfort à Délie, on a de nouveau rencontré ces
substructions dont on a recueilli quelques fragments, entre
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122 DANJOUTIN
autres des enduits portant des restes de peinture ou de déco-
ration semblables à ceux que l'on voit au musée de Colmar
sur des fragments de même nature, provenant de la villa
d'Offemont. Quelques-uns de ces restes sont au musée de
Belfort ; un plus grand nombre dans la collection d'un ama-
teur, M. Kessler fils.
A la limite ouest du quartier la viUe, se trouvait une cha-
pelle dédiée à Saint-Tiburce. Elle a subsisté jusqu'aux pre-
mières années de ce siècle. Son emplacement est encore
aujourd'hui le lieu traditionnel d'une station pour la procession
des Rogations et des autres jours de grandes fêtes religieuses.
Plus loin, à l'ouest et de l'autre côté de la Savoureuse,
sourd, au pied d'une roche, une source d'eau vive qui porte
le nom de Fontaine Saint-Tiburce. Elle est fréquentée par les
personnes dont les enfants sont affectés de dépérissement et
par les grandes personnes atteintes de maladie des membres.
Deux voies romaines aboutissaient nécessairement au quar-
tier la ville : celle dont un tronçon a été reconnu à Vourve-
nans, Trétudans et Sévenans ; puis celle dont un tronçon a
aussi été reconnu près de Banvillars, se dirigeant vers le
castellum de Bavilliers et, de là, vers le quartier la ville^ en
contournant la roche de la fontaine Saint-Tiburce.
Ces indications permettent de conclure que le quartier la
ville fut le berceau de la conmiune moderne et que la chapelle
Saint-Tiburce, martyr du IIP siècle, fut le premier temple
chrétien du village naissant, aux temps qui ont immédiatement
précédé ou suivi les grandes invasions barbares.
Mais quel est le Dominas Justinm qui a donné son nom à
Danjoutin, et à quelle époque cette transformation s'est-elle
accomplie ?
Si l'on devait s'en tenir à un fait consacré par la tradition
locale, ce serait Saint-Just, archevêque de Lyon, qui vécut
au IV" siècle, et sous l'invocation duquel la nouvelle église,
édifiée après les invasions ou à la restauration du culte, aurait
été placée. Nous avons bien au pays d'autres évêques du
même nom, à la vie desquels il paraîtrait plus naturel de
rattacher l'histoire de Danjoutin et de sa nouvelle église; ce
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DANJOUTIN 123
sont : Justinien, premier évêque des Rauraques, au commen-
cement du IV* siècle, et Saint-Juste ou Justin, successeur de
Saint-Amand, premier évêque de Strasbourg. Quoi qu'il en soit
de cette question, que nous ne voulons pas approfondir ici, il
ne demeure pas moins évident que le nom de cette commune
lui vient du patron de son église, et qu'il peut dériver indiffé-
remment de domirms Justinus et de domus Jicstini.
Dans les premiers temps de l'Assise du château de Belfort,
Danjoutin devint le chef-lieu de la mairie de l'Assise-sur-l'eau.
Elle comprenait Danjoutin, Andelnans, Sévenans, Leupe,
Moval, Trétudans et Dorans. Il est vraisemblable que la
paroisse avait la même circonscription.
En 1299, Danjoutin et ses dépendances furent compris dans
Papanage, par préciput, de Jeanne de Montbéliard, mariée à
Ulrich II, comte de Ferrette; en 1333, Danjoutin lui fut défini-
tivement acquis par le partage de la succession de son père;
en 1347, Danjoutin advint à la fille de Jeanne, Adélaïde,
marquise de Bade, qui conserva jusqu'à sa mort cette part de
la succession maternelle. Elle fut ensuite définitivement
réunie au comté de Ferrette et au domaine de la maison
d'Autriche. D'ailleurs, le passé de cette mairie se confond dans
l'histoire de la prévôté dont elle dépendait. (Voy. Belfort)
Dans l'armoriai de France, Danjoutin a les armes suivantes :
D'or à deux loups d'azur passant, Vun sur Vautre. (Voy.
NM6 des planches.)
Vers la fin de 1793, Marc-David Lavie, né à Montbéliard et
élu député à la Constituante pour le baillage de Belfort, est
mort à Danjoutin, où il avait acheté un petit domaine.
Le finage de la commune fournissait autrefois du minerai
en grains aux hauts-fourneaux de Belfort et de Châtenois.
En 1803, la population de cette commune était de 400 habi-
tants; elle est aujourd'hui de 1199, d'après le recensement
de 1876.
Danjoutin appartient au canton de Belfort. Distance légale,
3 kilomètres.
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134 DELLE
Délie. — Malgré l'absence de recherches archéologiques
sur le périmètre de la ville de Délie, il ne peut y avoir aucun
embarras à constater que cette localité existait à l'époque
gallo-romaine. Elle portait le nom de Datira dont, après
diverses corruptions successives, telles qneDadila^Dadmriedj
Daile, Diele, Tatinriet, Tannenriet, Delà, sont dérivés les
noms français et allemand de nos jours : DeUe et Tatenried.
Délie devait même avoir une certaine importance, car elle
était située à la bifurcation ou au point de jonction de deux
routes principales : la route militaire de Mandeure au Rhin et la
voie qui, en remontant le cours de l'AUaine, conduisait les
légions à Porrentruy et plus loin. La terre remuée pour
l'agrandissement de la gare a mis à découvert des objets qui
viennent à l'appui de cette indication stratégique et des obser-
vations faites précédemment par M. A. Quiquerez.
Que devient le Datira gallo-romain, à partir de la fin du
IV* siècle jusqu'au commencement du VHP, où nous allons
tantôt le retrouver ? Il subit, comme toutes les localités du
territoire, la violence des invasions et, après avoir fait partie
pendant près de quatre-vingts ans du duché d'Alemanie, sous
le gouvernement des envahisseurs, il devint, vers 662, une
dépendance du duché d'Alsace, désormais propriété allodiale
des ducs issus des premiers rois qui fondèrent la monarchie
française. Les Francs se substituèrent donc aux Alémans qui
occupaient le duché, et c'est d'un descendant du premier duc,
Athic-Etichon-Adalrich, que va nous être transmise la première
mention historique du moyen-âge concernant l'ancien Datira
gallo-romain.
En 728, le comte Eberhard, fils d'Adalbert, duc d'Alsace,
donna, avec le consentement de son épouse Emeltrude et de
son frère le comte de Luitfrid, au monastère de Murbach qu'il
venait de fonder, la « villa Datira » avec l'église où reposait
le corps de Saint-Dizier et les dépendances de cette église,
situés in 'pago Alsegaugensi, c'est-à-dire au duché d'Alsace,
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DELLE 1%
diplôme par lequel il confirme à l'abbaye de Murbach ses pos-
sessions de Délie. C'est dans ce diplôme que Datira devient
Dadila.
Comme possession ecclésiastique, il fallait à ce domaine un
avoué laïque, et nous rencontrons, au commencement du
XIIP siècle, un comte de Ferrette, Frédéric II, qui exerçait
l'avouerie, au nom de l'abbé de Murbach. Il faut croire que
l'exercice de cette charge donna naissance à une guerre entre
Frédéric II, comte de Ferrette, et Richard, comte de Montbé-
liard. Nous trouvons en effet, à la date du 15 mai 1226, un
traité de paix conclu entre ces deux comtes et duquel il
résulte : que l'avouerie passe à Richard de Montbéliard et
que, pour la récupérer, Frédéric de Ferrette paiera à Richard
200 marcs d'argent ou détruira son château de Montfort.
Où était situé le château dont il s'agit et dont l'histoire n'a
conservé aucune trace que celle résultant du traité? (Voy.
à ce sujet Brace.)
Montfort ayant disparu, on peut conclure que les 200 marcs
ne furent point payés à Richard et que l'avouerie de Délie
revint à Frédéric après la démolition du château.
Six ans après ce traité de paix, c'est-à-dire en 1232, l'abbé
de Murbach, Hugon, offrit en fief direct à Henri VII, roi des
Romains, fils de l'empereur Frédéric II, la viUob de Délie dans
toute son intégrité et la juridiction qu'y exerçait l'abbaye, à la
condition que la moitié des revenus et redevances serait
conservée à Murbach, et que le roi Henri construirait dans
le même lieu une ville fortifiée qui ne pourrait jamais être
aliénée, soit à titre d'inféodation, de collation, de vente ou
d'oblation.
Après 1333, Thierry III, dit le Grand-Baron, comte de Mont-
béliard, excommunié à l'occasion de ses entreprises sur
l'abbaye de Lure, dépendante de Murbach, se précipita sur
Délie, où l'on a vu que Murbach était aussi possessionnée ;
il brûla et pilla quelques villages. Il rentrait dans ses domaines
avec un butin considérable lorsque, irrités de ces dilapidations,
les paysans fondirent sur lui, dispersèrent ses troupes et s'em-
parèrent de sa personne qui fut livrée à l'évêque de Srasbourg,
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126 DELLE
Berthold de Bucheck. Thierry ne recouvra sa liberté qu'après
avoir signé un traité avec l'abbé de Murbach et fourni des
otages en garantie de l'exécution du traité.
En 1235, intervint un arrangement entre le comte de Fer-
rette et l'abbé de Murbach, en vertu duquel le comte aban-
donna à l'abbaye toutes les prétentions qu'il pouvait avoir sur
Délie.
C'est de cette époque, 1232 à 1235, que date la forteresse ou
le château de Délie. Dans ces temps de violences féodales, les
populations de la campagne se réfugièrent souvent à l'ombre
du château. Elles quittaient ainsi des terres qui appartenaient
à divers seigneurs, et notamment à l'évêque deBâle. Cela leur
causait un préjudice auquel nous verrons bientôt les seigneurs
essayer de remédier, en rivant le plus étroitement possible les
serfs à la terre sur laquelle ils étaient nés.
En 1245, au mois d'avril, l'abbaye de Murbach « engage à
Guillaume de Eoppe son domaine de Délie pour 20 livres este-
venantes * ». Cette laconique indication semblerait indiquer
qu'il s'agit du domaine tout entier de Délie et dépendances ;
mais il importe de rappeler qu'en 1232, l'abbaye ne s'était
réservé que la moitié des revenus et redevances et que, dès
lors, il ne peut s'agir que de cette partie du domaine utile,
dans l'engagement dont il vient d'être question. D'ailleurs, on
verra tantôt que l'abbaye rédima l'engagement et aliéna
complètement ce qui lui restait de la donation du comte
Eberhard en 728.
En 1274, au mois d'avril, Berthold de Steinbrunn, abbé de
Murbach, vend à titre de fief, à Thierry III, comte de Mont-
béliard, — le Grand-Baron, — pour 450 marcs d'argent, le
domaine de Délie ainsi que tous les droits et possessions que
lui et son église avaient à Bethoncourt, Sainte-Suzanne, Mont-
bonton, Croix, Essert, Saint-Dizier et Lebetain. L'engagement
fait à Guillaume de Roppe avait donc été racheté.
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DELLE 127
Les termes généraux de ce contrat semblent indiquer encore
qu'il s'agit du domaine tout entier du château de Délie ou de
la seigneurie, tandis qu'en tenant compte des indications qui
ont précédé, il ne s'agit évidemment que de ce qui était resté
à l'abbaye après l'oblation faite à titre de fief direct, en 1232,
à Henri VIII, roi des Romains, auquel et aux successeurs
duquel la meilleure partie du domaine utile et la souveraineté
sont certainement demeurées acquises.
La vente dont il est question répond en outre à une remarque
de Shœpflin, qui dit que l'on ignore comment l'abbaye de
Murbach a perdu la propriété du domaine de Délie. Elle a
restitué cette propriété à, l'Empire, ou au roi des Romains, le
futur empereur, et ce qu'elle s'était réservé, elle l'a vendu au
Grand-Baron, comte de Montbéliard, qui se trouvera ainsi
substitué pour la suite aux droits de l'abbaye.
Cette remarque est d'ailleurs confirmée par le fait suivant
qu'il importe, pour l'intelligence des faits, de conserver et de
placer à son rang chronologique.
Quand Renaud de Bourgogne eut épousé Guillaumette de
Neufchâtel, arrière-petite-fille de Thierry III — le Grand-
Baron, — comte de Montbéliard, Thierry donna à, Renaud, qu'il
avait choisi pour successeur, la baronie et la seigneurie de
Montbéliard, à l'exception de Porrentruy, Milandre, Blamont
et l'advocatie de Délie, dont Thierry se réserva la libre
disposition.
Or, il est sensible qu'en considération de la situation infé-
rieure de Thierry relativement à ses possessions au domaine
de Délie, relevant directement de l'Empire, il ne dut pas en
disposer de la même façon qu'il disposait du comté de Mont-
béliard en faveur de Renaud, son successeur de prédilection.
La charte à laquelle nous faisons allusion est du 15 mai 1282.
Cette réserve de Thierry en faveur de ses droits à Délie,
Milandre et Porrentruy, devint d'ailleurs, de la part de Renaud
de Bourgogne, le sujet d'entreprises guerrières qui ne rentrent
pas dans le cadre de notre sujet, mais qui devaient amener
l'empereur Rodolphe de Habsbourg dans cette partie de
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128 DELLE
l'Elsgau et enfin la réduction des comtes de Montbéliard,
jusque là souverains, à l'état de vassaux de Tempire.
En 1284, le 22 avril, l'empereur Rodolphe de Habsbourg qui
avait pris la défense de l'évêque de Bâle, suzerain de TAjoie
et du Sundgau, déclare qu'aucun homme appartenant à l'église
de Bâle ne peut obtenir le droit de citoyen dans la ville de
Délie, excepté les hommes inféodés à ladite église qui ne
peuvent être privés de ce droit par l'assemblée des citoyens.
On comprend qu'il s'agissait des serfs de la campagne qui,
pour se soustraire aux ravages des guerres de la féodalité,
cherchaient un refuge à l'ombre de la forteresse élevée
depuis 1232 ; et il va de soi que J'exception concernait les
hommes libres et les vassaux de l'évêque.
On voit, d'après ce qui précède, qu'à partir de la fondation
du duché d'Alsace, vers le milieu du VIP siècle (662), Délie
n'a jamais cessé de former un domaine particulier, dont
l'abbaye de Murbach a joui pendant une certaine période
(de 728 à 1232), époque à laquelle le domaine est revenu à
l'autorité dont il émanait.
Mais, avant de passer à une autre période des destinées du
domaine, ou au XIV* siècle, jetons un coup d'oeil sur quelques
figures d'une noblesse secondaire dont nous trouvons d'ailleurs
des similaires dans la plupart de nos communes du territoire.
C'est en 1219 que nous rencontrons les premiers membres
de la famille de Délie : ce sont les chevaliers Otton et Guillaume,
son neveu, qui figurent conmie témoins dans une charte pour
l'abbaye de Lucelle; en 1232, c'est encore Otton et Cunon, son
frère, dans une pièce du même genre; en 1254, dans une charte
du 2 juillet, ce sont les chevaliers Henri et Pierre que nous
rencontrons ; en 1262, dans une charte du 9 mai, ce sont les
chevaliers Jacques et Hugues de Délie; le 2 juin 1272, ce sont
Agnès, fournie de Jean de Morimont, fille de Henri de Délie, et
Pierre de Délie, oncle d'Agnès ou frère de Henri; en 1279,
c'est le chevalier Eenaud de Délie, un Hugo et un Poinzaz,
frères de Renaud; enfin, le 15 octobre 1295, c'est encore
Renaud et un autre frère, Guillaume de Délie, qui ferment la
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DELLE 129
nomenclature de cette famille que nous découvrons dans le
cours du XIIP siècle.
Nous entrons dans le XIV* siècle, en donnant quelques indi-
cations sur les revenus et les redevances que les landgraves
de la Haute-Alsace tiraient, en 1303, de leur domaine de Délie.
L'urbaire de Courcelles porte un cens de... (le chiffre n'est pas
indiqué). On donne aussi à Courcelles pour la contribution
landgraviale un quartaut de seigle et un quartaut d'avoine, qui
reviennent au maire (de Délie?). La seigneurie perçoit aussi le
quart des amendes de justice.
Dans le ban de Courtelevant, la seigneurie possède le quart
de la dîme, lequel rapporte neuf boisseaux de seigle et neuf
boisseaux d'avoine.
La cour de Délie possède treize tenures (hueben). Les nobles
de Délie déclarent que trois de ces tenures rapportent dix
quartauts de seigle, vingt-huit d'avoine et 12 livres 17 sous
estevenants.
Il y a aussi douze chenevières (binviss), dont huit font partie
des fiefs, comme les nobles le déclarent. Les quatre autres
contribuent pour 6 sous estevenants à, la contribution géné-
rale. Les cours (coUonges) dans la ville contribuent pour
10 sous dans la même contribution, et le curé pour 13 sous
10 deniers et un quartaut d'avoine. On reconnaît dans la ville
que celui qui entre dans une cour, d'où qu'il vienne, s'il la
garde jusqu'au mois de février suivant son entrée, en devient
légitime tenancier, et qu'il doit payer au colon qui la tenait
avant lui 13 sols estevenants.
L'urbaire de Faverois contribue pour quatre quartauts
d'avoine et 30 sols estevenants.
L'urbaire des villages de Joncherey (Haut et Bas. Voy. Jon-
cherey) contribue pour deux quartauts d'avoine.
Les urbaires deBoncourt et de Thiancourt y contribuent pour
dix-neuf quartauts d'avoine.
Les biens que possèdent Jean de la Thor (de la Porte) et
Rodolphe Grugner y contribuent pour un quartaut d'avoine.
Il y a aussi un emplacement de moulin qui paie 5 sols.
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130 DELLE
Chaque tenancier (colon) doit donner la plus belle tête de
bétail, quand il meurt.
Ainsi rhomme libre, le colon, était encore main-mortable au
commencement du XIV^ siècle, dans le domaine de Délie.
D'autres rôles de même date, 1303, nous donnent un aperçu
de ce qui était payé aux seigneurs, les ducs d'Autriche : de
Courcelles, 48 sous estevenants de contribution annuelle, huit
poules, dix quartauts de méteil par le moulin, quatre de blé et
quatre d'avoine ; par le village, 16 livres estevenantes et au
moins dix sur trois journaux de champs et 5 sous pour un demi.
Pour le landgraviat, un quartaut d'avoine et un de blé. Le
quart restait au seigneur. La moitié de la contribution de
Réchesy. Dans la cour de Délie, les droits du seigneur sur les
biens et les hommes tributaires du château; de même pour
Courcelles, Courtelevant, Faverois, Joncherey, Saint-Dizier,
Croix, Montbouton, Fesche-l'église, Villars-le-sec, Lebetain,
Bourogne, Chévremont et Essert.
En 1319, le duc Albert d'Autriche, landgrave de la Haute-
Alsace, épouse Jeannette, fille du comte Ulrich de Ferrette et
et de Jeanne de Montbéliard. Albert est élu roi des Romains
et conséquemment désigné pour succéder à l'empereur Fré-
déric, son frère aîné. Léopold, frère cadet des deux premiers,
succède à Albert dans le landgraviat et, en considération du
mariage de celui-ci avec Jeannette de Ferrette, Léopold lui
accorde le château et la ville de Délie, qui deviennent ainsi
la garantie du douaire de Jeannette, et en même temps il
confère à Ulrich, comte de Ferrette, le domaine à titre de fief
avec droit de transmission à ses héritiers des deux sexes.
L'année suivante, le comte de Montbéliard cède à l'empereur
Frédéric les droits qu'il avait acquis en 1274 de l'abbé de
Murbach, Berthold de Steinbrunn. La même année, c'est-à-
dire en 1320, l'empereur Frédéric confirme les dispositions
relatées et, à partir de ce moment. Délie et toutes ses dépen-
dances appartiennent au comte de Ferrette, à titre de fief de
la maison d'Autriche, transmissible à ses héritiers des deux
sexes.
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Montbéliard, entre en jouissance du fief; elle ne tarde pas à
convoler en secondes noces avec Raoul Hess, marquis de
Bade, et en 1324, le 17 mars, Jeanne remet la ville et le château
de Délie à son gendre Albert d'Autriche, moyennant 2,000 marcs
d'argent à payer à Ursule de Ferrette, sœur cadette de Jean-
nette et belle-sœur d'Albert.
C'est de cette époque que l'on peut considérer comme formé
i ce que Schœpflin appelle le plus souvent le domaine et quel-
[quefois la seigneurie de Délie, composée alors de Délie, Flori-
lont, Montreux-Ciiâteau et des dépendances de chacun de ces
iomaines, dont le château de Délie était, depuis 1232, le chef-
ieu féodal.
Nous touchons à une date qui apportera un changement de
luelque importance à la condition politique de la seigneurie.
Relevant directement de la maison d'Autriche, elle va passer,
1332, sous la domination seigneuriale du château de Belfort,
même temps que le fief de Grandvillars et le sous-fief de
lorvillars.
La seigneurie de Belfort ayant passé du comté de Mont-
pliard au comté de Ferrette par le partage de la succession
comte de Montbéliard (voy. Belfort)^ Délie, domaine ou
Mgneurie, devient un district de la seigneurie dont le château
Belfort seront désormais le chef-lieu féodal. En exécution
ce partage, Regnauld de Délie rend foi et hommage au
larquis de Bade, mari en secondes noces de Jeanne de Mont-
béliard, veuve d'Ulrich, comte de Ferrette, et à laquelle
idviennent définitivement en partage la seigneurie de Belfort
ce que la maison de Montbéliard avait possédé à Délie ;
[l'acte de foi et hommage est de 1333.
Ainsi le domaine de Délie formait un district de la seigneurie
de Belfort, mais le domaine n'avait pas moins conservé, comme
auparavant, son administration spéciale et ses institutions
particulières; seulement ce domaine nous paraît, depuis cette
époque, avoir ressorti plus étroitement qu'aux trente années
précédentes du tribunal du château de Belfort.
Sous le gouvernement de la maison d'Autriche, le château
de Délie était la résidence d'un juge-châtelain relevant, comme
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132 DELLE
on vient de le voir, du château de Belfort La famille de Délie
fournit naturellement le juge ou le châtelain dont il est ques-
tion. A l'époque où nous sommes arrivé, un rôle nous permet
de constater que cette famille tenait en fief, à Délie, toute la
juridiction et la pêche dans l'Alaine, plus quatre forêts appar-
tenant au château; les avoines à recevoir des églises de Délie,
Saint-Dizier et Montbouton; en hommes, les individus établis
sur les terres et les possessions héréditaires du château.
De leur prévôté dépendaient : V la mairie comprenant
Saint-Dizier, Croix, Fesche-l'église, Villars-le-sec, Lebetain,
Montbouton et Beaucourt (une partie de ces deux dernières
communes appartenait cependant à la seigneurie de Blamont,
comté de Montbéliard) ; 2° la mairie de Réchesy; 3° la mairie
deFaverois; 4° celle de Bourpgne, moins la partie inféodée
aux Brinighoflfen; 5** celle de Joncherey; 6° celle de Froidefon-
taine et Gharmois; 7** celle de Grosne, Recouvrance, Boron et
Villescot; et 8** celle de Grandvillars moins la partie relevant
du comte de Montbéliard.
Il paraît que des difiScultés s'élevèrent assez fréquemment
entre les archiducs et l'évêque de Bâle au sujet des serfs qu'ils
possédaient les uns dans leur domaine de Délie et l'autr.e dans
des villages contigus au domaine; nous rencontrons en effet,
le 30 juillet 1339, un traité par lequel ils conviennent de
laisser réciproquement à leurs sujets la liberté de passer
des possessions de l'un dans celles de l'autre, sans qu'ils
puissent pour ce fait être recherchés ou inquiétés par le
seigneur.
C'est vers cette époque encore, 1351, que l'archiduc
Rodolphe, fils d'Albert, accorde à ses bourgeois de Délie un
complément de franchises et confirme celles qu'ils avaient
obtenues de ses ancêtres.
Toute contestation est jugée par le prévôt (Schultheiss), et
les juges doivent être choisis parmi les bourgeois.
Tout bourgeois peut être admis à, témoigner en justice dès
l'âge de douze ans;
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DELLE 133
Les enfants de condition libre, âgés de quinze ans, dont le
père et la mère sont encore vivants, peuvent acquérir ou
aliéner des biens de tout genre ;
Quiconque a encouru la disgrâce du prince peut rester en
sûreté dans la ville pendant trois semaines et trois jours,
c'est-à-dire qu'il ne peut y être arrêté avant ce délai;
La ville a le droit de mort sur les meurtriers et de confisca-
tion de leurs biens;
Elle peut accorder le droit de bourgeoisie à tous ceux qui
se présentent, même aux sujets des seigneurs, s'ils ne sont pas
réclamés dans l'année;
Les bourgeois de Délie ne peuvent être jugés que par
le tribunal de la ville, excepté dans les causes de mariage et
d'usure;
Les magistrats peuvent faire des lois pour la police et le bon
gouvernement de la cité.
En sollicitant de l'empereur la confirmation des privilèges
de Délie, l'archiduc Rodolphe dit que ces franchises et privi-
lèges sont au fond semblables à ceux de la ville de Colmar du
15 février 1293. On sait que c'est aussi sur ces lettres d'affran-
chissement que furent calquées celles de Porrentruy.
Il faut croire que le lien qui attachait le serf à la terre
commençait à se détendre vers la fin du XIV** siècle, car nous
rencontrons, sous la date du 22 janvier 1361, un nouveau
traité conclu entre l'évêque de Bâle et les archiducs d'Au-
triche, Rodolphe, Frédéric, Albert et Léopold, pour régler la
question de l'émigration. Les deux parties reconnaissent à
leurs sujets le droit d'émigrer de l'une dans l'autre des seigneu-
ries, c'est-à-dire du Sundgau au pays de Délie et de ce dernier
dans le Sundgau. Mais les droits respectifs des seigneurs pour
ce qui peut être dû par les sujets au moment de leur départ,
pour les biens délaissés, demeurent réservés. Le 7 mars sui-
vant, l'archiduc Rodolphe donne à son bailli de Délie les ordres
nécessaires pour l'exécution du traité. Ce bailli était alors
Henri de Masevaux. En 1393, c'était Jean d'Altenach.
Délie avait alors une existence politique bien constituée, et
nous allons voir cette ville intervenir dans un de ces actes du
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134 DELLB
moyen-âge qui associent une localité aux grands faits de la
vie politique de ce temps-là.
Le 17 octobre 1366, Ulmann de Ferrette, bailli de la Haute-
Alsace (Landvogt), représente la ville de Délie dans l'alliance
conclue entre les seigneurs et les villes pour maintenir la paix
publique au pays, depuis l'Isle-sur-le-Doubs et Lure jusqu'au
Rhin et depuis le Hauenstein jusqu'à Seltz. Mais nous ne retrou-
verons plus Délie en aussi noble compagnie.
Nous aurons épuisé nos documents du XIV^ siècle, concer-
nant Délie, quand nous aurons consacré aux nobles de cette
ville la mention que nous avons accordée à leurs devanciers
pour le Xlir siècle.
En 1302, le 25 mars, nous trouvons le chevalier Hugo de
Délie, marié à une dame de Vercel; en 1313, le même, témoin
dans un acte de vente; en 1313, Renaud de Délie, chevalier et
châtelain de Florimont, où nous le rencontrons encore en 1333 ;
en 1316, le 27 mai, Hugo et Renaud qui scellent un acte de
vente; en 1326, le 28 février, Jean de Délie, écuyer de Metz,
dans une vente au profit d'un chanoine de Saint-Hypolite;
en 1330, le 27 février, le même Jean, écuyer, dit de Metz; il
était en partie justicier de Délie; vers 1331, nous trouvons un
Jean-Ulrich de Délie, qui tenait à Delémont un tief de l'évêché
de Bâle, un Guillaume et un Richard qui tenaient des archi-
ducs divers fiefs à Délie, Saint-Dizier et Lebetain; un Henri,
un Guillaume et un Jean, dit Malrage, qui tenaient du comte
de Montfort des fiefs à Florimont, Bretten et Angeot; en 1333,
les 1" et 2 juin, l'écuyer Jean de Délie, dit de Metz, qui signe
l'acte de vente du château de Vouhay; en 1342, le 16 mai,
c'est Henri de Délie, fils de Hugo, qui vend une propriété et,
parmi les témoins, un Jean-Henri de Délie, dit La Truffe; ce
dernier encore, le 20 mai; il avait épousé la fille de Richard,
dit Vaidrel, de Porrentruy; en 1344, le 30 décembre, nous
retrouvons Jean, dit Malrage, et Jean-Henri, écuyers; puis
Henri de Délie, doyen d'Ajoie et recteur de Mandeure; en 1347,
le 11 janvier, nous retrouvons encore Jean-Henri; en 1356,
le 5 février, nous faisons connaissance avec l'écuyer Jean
Malreiget, qui rachète des biens et des hommes engagés par
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BELLE 135
son oncle Jean Malrage; en 1357, le 25 juin, un nouvel écuyer
de Délie, Jean, dit Managez, qui tient un fief de Chatel-
Vouhay; en 1363,1e 22 avril, Guillaume de Délie est retenu
comme héritier de douaires, dans le cas oii ceux de ses parents
qui bénéficient des douaires n'auraient pas d'enfants; en 1365,
le 4 mars, Jean, dit Malrage, fonde son anniversaire; en 1384,
le 9 juin, les biens de Malrage, à Ornans et ailleurs, sont
vendus à Etienne, comte de Montbéliard; en 1388, le 31 dé-
cembre, Jean Lailey, écuyer de Délie, est témoin dans la
reprise du fief par Jean-Ulrich ; en 1390, le 27 janvier, Richard
de Délie, dit de Metz^ écuyer, donne à ses enfants, issus de
« sa demoiselle », Jeannette de Frahier, tous ses biens à
Villars-le-sec; en 1395, le 15 septembre, nous rencontrons
Catherine, fille de l'écuyer Jean Lailey de Délie et femme de
Renaud de Vendlincourt; enfin, en 1399, le 15 septembre, nous
trouvons encore le même Jean Lailey de Délie, écuyer,
comme témoin dans une transaction concernant la dîme de
Cœuve.
On voit que pendant le XIV* siècle la famille de Délie s'est
assez notablement agrandie. Cette famille avait ses armes : un
éai de sabUj une croix et dix-huit billettes d'argent.
Pour clore ce siècle, notons encore quelques noms moins en
relief, mais qu'il est également bon de conserver.
En 1302, le 20 janvier, nous trouvons, comme témoin dans
une sentence arbitrale, Jean clerims de Délie, c'est-à-dire
curé de Délie; en 1349, le 29 juin, un Cuenin de Miserez
(Meziré), grand vernier de Délie, et Jean, fils de l'Ambourg
(maire, maître-bourgeois) ; en 1365, le 3 juin, Jehannenat
Verge, père, bourgeois de Délie, qui possédait la coUature de
l'autel de la confrérie de Notre-Dame, dans l'église de Por-
rentruy; enfin, en 1377, le 17 juin, Nicolas, curé de Délie, et,
en 1390, le 27 janvier, Jean Farmel, vicaire.
Nous n'avons pour le XV* siècle que la plus maigre provi-
sion de matériaux. Nous les analysons rapidement.
En 1402, le 26 septembre, nous constatons la mort de l'un
des membres de la famille de Délie, Jean-Thiebaut, fils de
Jean-Ulrich, qui tenait en fief le château de Soyères et que sa
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136 DELLB
mort laisse vacant Thiébaut de Neuf-Chatel confère ce fief à
Thiébaut de Blamont. En 1403,1e 4 juillet, Henri de Délie nous
apparaît comme témoin d'un acte concernant Monjoie; en 1405,
le 29 septembre, c'est Pierre, curé de Délie, que nous rencon-
trons comme « discret témoin » dans la quittance d'une somme
de 10 livres payée par le chapitre de Saint-Ursanne au lieu et
place de la chaudière et du surplis que le chapitre devait
livrer à l'archevêque de Besançon. On devait pouvoir cuire un
bœuf entier dans la chaudière. Une chaudière de cette capacité
devait coûter beaucoup d'argent et le chapitre marchandait
Il en fut quitte pour 10 livres, dont Pierre, curé de Délie,
donna quittance valable, Pierre étant en même temps notaire
de la cour de Besançon. En 1425, le 24 décembre, nous trou-
vons le nom du châtelain de Délie : c'était Ludemann de
Euedesohr. En 1437, le 26 août, nous rencontrons un Robert
Oudriat, demeurant à Délie, et, en 1438, l'écuyer Thiébaut de
Vendlincourt, qui est aussi fixé à Délie et qui est reçu dans
la confrérie de Saint-Michel, de Porrentruy. En 1454, nous
constatons que, le 3 septembre, le curé Pierre était remplacé
par le curé Fingerlin, également notaire; il y était encore
le 2 février 1466.
En 1474, lorsque Charles-le-Téméraire menaçait le Sundgau,
les Badois, unis aux Autrichiens pour repousser leur ennemi,
envoyèrent des secours à la ville de Délie; ce qui n'empêcha
pas 5,000 Bourguignons d'entrer dans Délie, de piller la ville et
d'aller plus loin, après avoir ravagé encore quatre villages
voisins, et emmenant avec eux gens, bêtes, meubles, en un mot
tout ce qui pouvait leur convenir. L'entrée à Délie eut lieu
le 18 août, et Knebel, qui nous fournit ce renseignement, ne
dit pas quels sont les quatre villages qui furent ravagés.
Le 23 septembre suivant, 300 Badois se dirigent vers Délie
pour escorter ceux que Délie avait d'abord envoyés au secours
de Bâle contre Hagenbach. Ces Badois racontent, à leur
retour, comment ils ont été empêchés de tomber sur les soldats
pillards du Bourguignon, leurs chefs s'y étant toujours
opposés. En 1481, le 28 janvier, des arbitres se réunissent à
Pelle pour régler les difficultés survenues entre l'archiduc
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DELLE 137
d'Autriche et l'évêque de Bâle, au sujet de leurs droits respec-
tifs sur Boncourt. Jean Cardinal, Jean Roy, Jean Truchay,
Pierre. Platot, Petitjean Guy on et Jean Chapuis, de Délie,
furent les arbitres de l'archiduc. Nous trouvons encore un
Henri-Quelave Gailet de Délie comme témoin dans une charte
d'investiture d'un fief. Enfin, en 1495, Messire Faivre était
curé de Délie.
Le magistrat se composait alors de cinq membres présidés
par un bailli. SchvMheiss^ Burgermeister und Bath — le prévôt
ou bailli, le maire et le conseil.
Au XVI^ siècle (1511), Jean de Tavannes était seigneur de
Délie. Il était colonel d'un corps de lansquenets (Landsknecht)
au service de François I". Il n'eut qu'une fille qui avait
épousé, en 1504, Jean de Saulx en Bourgogne.
Cette indication ferait supposer que la famille de Délie était
alors ou en disgrâce ou éteinte. Nous manquons de documents
à cet égard.
Au XVIP siècle. Délie va subir le sort commun. Tandis
qu'une partie de l'armée suédoise assiégeait Belfort, l'autre
partie parcourait les campagnes, ruinait les monastères ainsi
que les châteaux. Au mois de décembre 1632, celui de Délie
ainsi que la ville, tomba au pouvoir des Suédois. Le château
fut ruiné de fond en comble. Construit de 1232 à 1235 (?) et
ruiné en 1632-1633, il avait ainsi existé pendant quatre siècles
entiers.
Ce château était placé sur le rocher; il était orné de trois
tours et dominait la ville. C'est à peine, disait Schœpflin au
siècle dernier, si l'on en découvre encore aujourd'hui des
traces. Schœpflin dit encore, qu'il fut détruit en 1674, par
Turenne, c'est-à-dire par l'armée française. Cette allégation est
erronée et il est bon d'en décharger la mémoire du grand
homme de guerre.
Quand, le 15 juillet 1636, Délie et ce qui restait du château
se furent rendus au comte de La Suze, Louis XIII nomma
seigneur de Délie le fils du comte, Gaspard de (Champagne,
comte de La Suze, marquis de Normanville. Le nouveau
seigneur ne crut pas que Délie valût la peine d'être réparé.
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138 DENNEY
Le château fut démantelé et abandonné. Ce n'est donc pas
Turenne qui Ta fait détruire trente et quelques années après
1636, c'est-à-dire en 1674.
Délie eut encore à souffrir quand Belfort et la seigneurie
eurent, par le fait du gouverneur, le comte de La Suze, pris
fait et cause pour le prince de Condé ou le parti de la Fronde.
Le pays fut occupé par l'armée du roi, sous le commandement
du maréchal La Ferté, qui assiégea Belfort et l'arracha des
mains du comte de La Suze, pour le remettre sous l'autorité
du roi. A l'approche de cette armée, la population de Délie
chercha un refuge en Suisse et à Montbéliard. Aux mois de
janvier et février 1652, tout avait fui; mais, dès le mois de
mars, tous aussi avaient pu rentrer et vivre paisibles dans
leurs foyers.
Réunie définitivement à la France, la ville de Délie devint
le chef-lieu d'un baillage de la subdélégation de Belfort et fut
inscrite dans l'armoriai général de France aux armes sui-
vantes :
Uor à neuf tiges de joncs étêtées et appointées en pointe de
simple. (Voy. N° 17 des planches.)
Au commencement de ce siècle, Délie avait une population
de 714 habitants; le dernier recensement lui en attribue 1,491.
Délie est chef-lieu de canton ; il est à une distance légale de
Belfort, de 2 myriamètres 2 kilomètres.
Denney. — On a cru trouver dans la vie de Saint-Prix,
au VIP siècle, une désignation de Denney. Nous pensons que
dans ces temps reculés Denney n'avait pas d'existence parti-
culière ; qu'il pouvait y avoir, qu'il y avait probablement quel-
ques cabanes isolées sur son finage moderne, en un mot que
les premiers rudiments de la future commune peuvent être
reconnus dans les cabanes, champs et prés signalés dans une
charte de 792 relative à la marche de Roppe.
Le territoire de Denney était en effet compris dans cette
circonscription dont le passé historique se confond avec celui
du chef-lieu de la marche et de la paroisse primitive. (Voy.
Eoppe et Phaffmis.)
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DORANS -- EGUENIGXJE 139
Denney est désigné dans les titres allemands sous le nom
de Duringen,
Les Roppach, parmi lesquels Jean-Ulrich de Denney, en 1665,
Pierre de Denney, en 1535, ceux de Denney, en 1608, ont
conservé des possessions et des droits à Denney jusqu'à la
Révolution. La dernière descendante de cette famille les a
apportés en dot à son mari, François-Christophe de Klinglin,
préteur de Strasbourg. On y trouve encore aujourd'hui une
maison qui avait appartenu au préteur et qui lui servait pro-
bablement de résidence quand il venait à Denney. Cette
maison a encore, à l'intérieur, quelques traces de son ancienne
splendeur.
En 1804, Denney avait une population de 225 habitants ; il
y en a 231, d'après le recensement de 1872.
Denney appartient au canton de Fontaine. Distance légale,
7 kilomètres; jusqu'à Belfort,^5 kilomètres.
Dorans. — Nous ne rencontrons aucun titre qui concerne
directement cette localité. Elle est citée, en 1302, dans une
vente dont il est parlé à la notice d'Andelnans. Dorans suivit
la fortune politique du centre administratif dont il dépendait,
c'est-à-dire de la mairie de l'Assise-sur-l'eau et de la prévôté.
(Voy. Danjoutin et Belfort)
Dorans eut aussi sa petite noblesse; messire Guy de Dorans,
en 1432, et messire Pierre, en 1635, sont cités par M; Stoffel.
Le premier avait fondé son anniversaire à l'église de Belfort,
dont le chapitre avait des cens dans cette commune.
En 1803, il y avait 233 habitants dans cette commune.
En 1876, pn y en a recensé 286.
Dorans est du canton de Belfort. Distance légale, 7 kilo-
mètres.
Eguenigue. — Un Valto de Eglinga figure comme témoin
dans une donation faite, en 1136, à l'abbaye de Lucelle, par
Gérard de Nouo Castro et son épouse, fille d'Otton et d'Adé-
laïde de Mandeure. Dans les titres allemands, Eguenigue figure
sous le nom ^'Eglinge% von Egligen, et cette désignation a
porté M. Trouillat à appliquer à Eglingen, près d'Altkirch, le
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140 ELOYE
témoin Valto que nous retenons, à bon droit pensons-nous,
pour Eguenigue. C'était aussi l'opinion de M. Stoffel dans la
première édition de son dictionnaire; dans la seconde, c'est le
contraire, et nous n'apercevons pas ce qui a pu motiver le
changement. La donation portait sur un manse situé à Damp-
joux, au pays de Montbéliard, et tous les autres témoins sont,
comme Valto d'Eguenigue, de l'Ajoie ou de ses confins.
Eguenigue était compris dans l'ancienne marche de Roppe.
En 1136, ce village aurait déjà été formé et le seigneur de
Roppe y aurait eu un représentant, un ministériel, Valto, qui
en aurait pris le nom.
Dans la suite, Eguenigue suivit nécessairement la fortune
des centres dont il dépendait. (Voy. Boppe et Phaffans.)
En 1803, Eguenigue avait 246 habitants; on y en a recensé
227 en 1876.
Ce village appartient au canton de Fontaine. Distance
légale, 6 kilomètres; elle est de 8 kilomètres jusqu'à Belfort.
Eloye. — Petite commune dont le territoire fut compris,
au commencement du XP siècle^ dans la seigneurie du Rose-
mont et la mairie d'Evette. Il serait d'ailleurs difficile de dire
le temps où cette petite agglomération prit assez d'importance
pour entrer comme un hameau dépendant de ladite mairie.
M. Stoffel ne le trouve dénommé qu'en 1347, dans le fonds du
chapitre de Belfort, créé en 1342, et qui y percevait des dîmes.
Il ajoute qu'Eloye dépendit d'abord de la mairie d'Evette, et
plus tard de celle du Haut-Rosemont. (Voy. Evette.)
Ces indications, que nous croyons conformes à la vérité
historique, permettent de prévoir qu'après l'année 1024, Eloye
fut donné à la mairie d'Evette, et qu'après 1347, Evette ayant
été incorporé dans la mairie du Haut-Rosemont, Eloye subit
le même sort. Ces deux dates sont celles de la constitution de
la seigneurie et de son accession au domaine héréditaire de
la maison d'Autriche.
Au reste, Eloye n'a tenu qu'une place bien effacée dans
l'histoire de la seigneurie et nous ne découvrons rien de parti-
culier à ajouter à ce qui précède.
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ESOHÊNE . 141
Au commencement de ce siècle, cette commune avait
153 habitants; on y en a recensé 173 en 1876.
Eloye fait partie du canton de Giromagny. Distance légale,
9 kilomètres, et 8 jusqu'à Belfort.
Eschêne. — Que pouvait être la localité d'Eschêne, appelée
de Quercuhus dans la charte du 8 mars 1105, pour la dotation
du prieuré de Froidefontaine? Probablement quelques cabanes
au milieu d'une forêt de grands chênes. La charte avait en vue
la forêt, plutôt que les cabanes qui pouvaient alors exister sur
le bord du marais appelé aujourd'hui la Bourbeuse. Autrage,
hameau dépendant d'Eschêne, n'est pas désigné, mais il est
évident qu'il est compris dans les chênes que la donation avait
en vue. Avec le temps, la forêt s'est peu à peu éclaircie et, au
commencement de ce siècle, il ne restait plus que de rares
sujets de l'espèce qui avait été jadis l'objet de la vénération
ou du culte des premiers habitants de la contrée.
Il en restait un cependant, et c'est ce vénérable témoin des
âges passés qui justifiera la courte disgression à laquelle nous
nous livrons.
Le mythe du chêne appartient aux temps antérieurs au
christianisme. La vénération pour cet arbre était grande
quand apparurent au pays les premiers apôtres du christia-
nisme. La légende et la tradition nous en ont conservé la
preuve et, sans nous écarter beaucoup du cadre de notre
exploration, nous en trouvons un exemple dans le chêne de
Saint-Fromont, à Bonfol. Saint-Fromont, compagnon de Saint-
Ursanne, était un honmie robuste; il lança, dit la légende, son
bâton de chêne vers la droite, et le bâton alla choir à trois
lieues de son point de départ, y prit racine et donna un gros
arbre dont il ne reste plus qu'un tronc poudreux à l'extrémité
du village de Bonfol, lequel est encore réputé indestructible
et respecté au même titre que la mémoire de Saint-Fromont.
Cette légende a ses racines au VIP siècle. Si, de notre temps,
elle conserve encore sa valeur mystique, on comprendra qu'à
son origine elle devait avoir un degré de parenté très proche
avec ridée que les populations celto-gauloises avaient du chêne,
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142 ESCHÊNK
même sous la domination romaine, qui ne parvint jamais à
détacher entièrement de la religion druidique les Celtes du
pays.
Proscrits et persécutés depuis la conquête des Gaules, les
Druides tinrent secrètement leurs assemblées la nuit et dans
les forêts écartées. Plus tard, les prêtres chrétiens discrédi-
tèrent, à leur tour, ces assemblées et les qualifièrent de réu-
nions diaboliques. Les sectateurs furent ensuite accusés de
magie, et ces accusations contribuèrent à accréditer les récits
fantastiques de sorcellerie et des réunions du sabbat. Les
réunions druidiques que le christianisme combattait n'ont pas
moins persisté à avoir lieu, car on en trouve la preuve dans
les lois forestales de Pévêché de Bâle du siècle dernier (1755),
contenant des prohibitions formelles à cet égard, et spécia-
lement dans les forêts de Pévêché, ainsi que M. Aug. Quiquerez
le prouve.
De nos jours, le gui sacré du culte druidique est devenu le nid
de la genauche^ de la sorcière, et le culte chrétien poursuit ce
reste des croyances reculées en substituant la vierge au tronc
du chêne, qui ne cessera de produire le gui sacré ; mais c'est
Notre-Dame-du-Chêne qui règne aujourd'hui à sa place.
Les découvertes archéologiques que l'on fait aujourd'hui au
sein des forêts, au sommet des collines et même dans les
vallons, mettent souvent au jour des débris auxquels on est
embarassé d'assigner une date certaine. Il ne paraîtra pas
invraisemblable que quelques-uns ne soient que des sépultures
des temps druidiques, dans les mystérieux refuges de l'ancienne
croyance des premiers peuples. Ceux de nos concitoyens du
territoire dont le souvenir peut encore se reporter au commen-
cement de ce siècle se feront, plus facilement que d'autres,
une idée de ce que devaient être ces forêts de chênes, par les
superbes et nombreux échantillons qui ombrageaient encore
au commencement de ce siècle, les pâquis et les terrains vagues
de beaucoup de communes du territoire. Tout a disparu, il y a
environ cinquante ans, et cela nous ramène aux chênes qui
ont donné leur nom au village dont nous devons dire quelques
mots.
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ESOHÊNE 143
Eschêne, hameau rudimentaire, de même qu'Autrage, exis-
tait donc déjà en 1105, puisque la comtesse de Montbéliard et
ses deux fils, dont Frédéric sera vingt ans plus tard le premier
comte de Ferrette, donnèrent la forêt au prieuré de Froide-
fontaine. De quermhus (ès-chênes).
Frédéric étant donc devenu comte de Ferrette, en 1125,
divisa, ou trouva son comté divisé en seigneuries, parmi les-
quelles celle de Rougemont étendait sa limite sud jusque dans
la forêt de chênes dont il est question. Un de ces chênes mar-
quait cette limite. Il était désigné sous le nom de chêne
fourchu. On le trouve encore ainsi nommé dans un règlement
colonger, du XIV* siècle, de cette seigneurie. (Voy. Rouge-
mont.)
En même temps que le hameau d'Eschêne-Autrage prenait
une certaine consistance, Novillars se fondait sous la protec-
tion du comte Frédéric et l'impulsion des bénédictins de
Valdieu, dont le couvent avait été doté de cette partie voisine
de l'ancienne forêt de qiiercubus. Le Chêne-fourchu était aussi
la limite du ban de la nouvelle création dotée, elle aussi, d'une
église, avec Eschêne-Autrage comme annexe de la paroisse.
Jusque-là, c'est le curé de Grosne qui avait donné les soins de
son ministère aux habitants disséminés sur cette partie du
territoire, et dont la chapelle de Piticors (Petit-Croix) avait
été le premier lieu de réunion du culte naissant.
Eschêne et Autrage furent en même temps compris dans la
mairie dont le nouveau village (Novillars) était devenu le
chef-lieu.
En 1478, Eschêne et Autrage, qui forment aujourd'hui une
seule commune, étaient inféodés à Frédéric de Montreux et à
ses héritiers. Environ un siècle plus tard, Eschêne-Autrage
avait fait retour au seigneur direct, l'archiduc d'Autriche.
Dans les titres allemands, le nom de cette commune est
ainsi traduit : Zur Eichen.
Quant au chêne-fourchu, il a des droits à sa notice parti-
culière.
Il était né et il est mort sur un terrain communal d'Eschêne.
La tradition populaire faisait remonter son existence aux
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144 ESGHÊNB
temps les plus reculés de notre histoire. A travers les âges,
un pieux sentiment Pavait préservé contre les injures de
l'homme et de l'administration. Sa renommée était grande, car
on venait de tous les points de l'Alsace visiter cet incompa-
rable géant, très vigoureux encore, malgré les siècles qui
s'étaient écoulés depuis sa naissance. Le sentiment public
semblait devoir le protéger jusqu'au moment de sa mort natu-
relle. Mais, hélas! il vint un instant où l'aveuglement auto-
ritaire fut assez fort pour braver le respect public, et le géant
fut condamné à mort. Le jour de l'exécution fut fixé.
C'était le 19 mars 1858. Le maire d'Eschêne d'alors voulut,
aidé d'un jeune garçon, être lui-même l'exécuteur. C'était
pour cet homme, au rapport des habitants de la commune, un
honneur de jeter à terre un être qui avait eu la chance de
braver les siècles, tandis que des centaines de maires avaient
mordu la poussière sous son ombrage. L'exécuteur et son aide
travaillèrent pendant de longues semaines avant d'arriver au
bout de leur triste tâche. Mais, enfin, le géant tomba et, quand
il fut à terre, les fossoyeurs dressèrent un acte de décès, auquel
nous empruntons les détails qui vont suivre.
« Chêne monstre d'Autbage-Esghênè, en Alsaoe, près Belfort,
surnommé le sans-parehi
t Cinq mètres de diamètre, à la base d'abattement (c'est-à-dire à
1 m. 50 c. au moins du sol). Hauteur de la première bille, 8 mètres.
— Toute la longueur de l'arbre est de 19 mètres. »
Après avoir été abattu, il fut vendu à l'enchère et adjugé au
prix de 400 fr.; puis revendu au prix de 600 fr. par le premier
adjudicataire. A cette occasion, le deuxième acquéreur publia
une notice commerciale et un dessin qui indiquent les vraies
dimensions du chêne.
« La bille (le tronc) a 8 mètres de hauteur, et l'arbre entier
19 m. 40 cent. Il cube approximativement 48 mètres carrés,
dont 36 de bois sain. Le poids de la première bille, dit-il encore,
sur 8 mètres de longueur, est de 20 à 24 mille kilogrammes. »
Une notice, publiée dans un journal d'Alsace, ajoute d'autres
renseignements encore à ceux qui précèdent
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ËSSERT 145
« Des connaisseurs font remonter l'origine de ce phénomène
du règne végétal aux temps druidiques Une des grosses
branches avait 5 mètres de circonférence; une autre, 3 m. 50.
Les mêmes branches on donné 40 stères de bois façonné, et la
bille promettait 126 stères de bois marchand. La cavité de son
tronc était de 2 mètres environ. »
Enfin, cette notice ajoute encore :
« Cet arbre géant offre une grande analogie avec le chêne
d'AUonville (Seine-Inférieure), qui a 14 m. 28 de circonfé-
rence et dont la cavité a été transformée en chapelle
en 1696. »
C'est à l'ombre du chêne que la commune est née ; c'est le
chêne qui lui a donné son nom, et c'est la commune qui l'a
immolé. Il convient donc d'en consacrer le souvenir dans
cette notice.
Au commencement de ce siècle, Eschêne avait une popu-
lation de 172 habitants; le dernier recensement y en a
trouvé 105.
Eschêne appartient au canton de Belfort; distance légale :
1 myriamètre 1 kilomètre.
Essert. — Nos auteurs sont d'accord pour faire dériver
du défrichement d'une forêt l'origine et le nom de cette loca-
lité. Exarus = Essarts = Essert^ telle est la filiation linguis-
tique sur laquelle se base cette opinion.
Ainsi, le territoire d'Essert aurait été couvert d'une forêt,
que les habitants du voisinage auraient peu à peu défrichée
pour y élever des habitations qui ont fini par former le
hameau, puis le village d'Essert.
Ce hameau ou ce village se trouva compris dans la mairie
d'Evette. Il fit partie de cette mairie jusqu'en 1347, époque à
laquelle celle-ci fut absorbée dans la mairie du Haut-Rose-
mont. (Voy. Evette.)
Les nobles de Grammont possédaient ce village en fief de la
mouvance des comtes de Montbéliard. Quand le domaine direct
d'Essert eut passé, en 1347, au comté de Ferrette et à la
maison d'Autriche, les Grammont ne demeurèrent pas moins
10
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146 ESSEBT
investis du fief, et ce sont eux qui tirent édifier, sur un promon-
toire au sud du village, le château dont on voit encore aujour-
d'hui les ruines. Ils conservèrent le fief et le château jusqu'en
1566, époque à laquelle ils les vendirent aux comtes d'Ortem-
bourg, coganerbes de Roppe, et ceux-ci les conservèrent à
titre de fief de la maison d'Autriche, jusqu'à ce que l'empereur
Ferdinand eut affranchi de toute redevance féodale Gabriel
d'Ortembourg. Il advint ensuite, à titre d'alleu, aux Roppach,
dont Marie-Louise, dernière fille de François-Conrad de
Roppach, l'apporta en dot à son mari, François-Christophe de
Klinglin, préteur de Strasbourg.
Dans les titres allemands, Essert est appelé Schert, qu'il ne
faut pas confondre avec un village du même nom dont il est
parlé ci-après.
La population d'Essert était de 488 habitants en 1803. On y
en a recensé 577 en 1876.
Essert appartient au canton de Belfort. Distance légale,
4 kilomètres.
Essert. — Village détruit — L'abbaye de Murbach avait
encore, au XIII* siècle, des droits et des possessions dans
cette localité, car nous voyons qu'au mois d'avril 1274, elles
passent, avec ce qui lui restait du domaine de Délie, au comte
Thierry III de Montbéliard. On peut donc conclure de ce fait
que cet endroit était compris dans la donation faite en 728 à
ladite abbaye, par le duc Eberhard d'Alsace.
De cet ancien village il ne reste plus, dit M. Stoflfel, que la
ferme de Saint-André, près de Florimont.
La chapelle de Saint- André servait d'église à ce village. Elle
existait déjà en 1274, car le même auteur la trouve citée à
cette date, et encore en 1303, 1483, 1491 et 1623.
A quelle époque a disparu le village ? C'est ce que les docu-
ments à notre disposition ne nous permettent pas d'établir.
Mais nous pouvons reconnaître qu'en 1303, il existait encore,
car il est inscrit au rôle de la prévôté de Délie pour le droit
dû aux Landgraves de la Haute- Alsace ; de même, en 1344 et
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ETUEFFONT-HATJT . 147
1347, OÙ nous rencontrons un Vernier de Délie qui était curé
à Essert.
En allemand, ce village était appelé Schert
Sa destruction peut être attribuée aux guerres ou aux épidé-
mies qui l'auront dépeuplé.
Etueffont-Bas. — Nous ne trouvons rien à retenir qui se
rattache particulièrement à cette localité. Elle faisait partie
de la mairie et de la paroisse d'Etueflfont-Haut. Ce qui est; dit
plus loin pour cette dernière commune s'applique donc en
partie à Etueffont-Bas, que M. Stoffel ne trouve cité qu'à
partir de 1579 jusqu'en 1783 dans des rôles et autres pièces
concernant le comté de Ferrette et la seigneurie de Belfort.
Cette conmiune y figure sous le nom allemand de Nieder-
Stauffen.
En 1803, sa population était de 191 habitants; le recense-
ment ^e 1876 lui en attribue 275.
Etueiïbnt-Bas appartient au canton de Giromagny. Distances
légales : 9 kilomètres, jusqu'à Giromagny; 1 myriamètre 3 kilo-
mètres, jusqu'à Belfort.
EtuefFont-Haut. — Situé aux contins des seigneuries du
Rosemont et de Rougemont, le territoire de cette commune
paraît n'avoir, dans les premier temps, fait partie d'aucune de
ces deux seigneuries. La plus ancienne mention que nous en
découvrons, dans un titre, est du 13 février 1188. Elle se trouve
dans une bulle du pape Clément III, qui confirme au monas-
tère de Grandgourt les biens qu'il possède, et parmi lesquels
sont nommés un pré et deux manses situés à Etuefifont-Haut
et qui avaient été donnés au monastère par Richard de Lebe-
tain. Un siècle se passe sans que nous retrouvions trace de
cette localité, et c'est Saint-Nicolas-des-Bois qui la fait réap-
paraître. En 1260, Hugues de Buix avait, à Etueffont-Haut,
deux maix de terre à la possession desquels les moines de
Saint-Nicolas élevaient des prétentions; Hugues dut céder et,
le 25 juin de la même année, il signa un acte par lequel il
abandonna à Saint-Nicolas sa propriété.
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148 ETUBFFONT-HAUT
En 1296, le 26 mai, Thîébaut, comte de Ferrette, donne à
l'abbaye de Lucelle le droit de patronage de Téglise d'EtueflPont-
Haut, et l'évêque de Bâle confirme cette donation.
Il résulte donc de ces titres qu'EtueflPont-Haut existait
comme agglomération à la fin du XII* siècle, et qu'à la fin du
siècle suivant cette agglomération avait son église.
Le 24 août 1316, le successeur de Thiébaut, Ulrich II, comte
de Ferrette, confirme la donation faite à l'abbaye de Lucelle,
du ^oit de patronage de l'église d'Etueffont, et, le 23 juin 1333,
la veuve d'Ulrich, Jeanne de Montbéliard, confirme à son
tour le même droit à ladite abbaye, confirmation que celle-ci
a encore la précaution de faire corroborer, la même année,
par Albert d'Autriche, qui avait épousé Jeannette, la fille
aînée de Jeanne et d'Ulrich, et qui, en sa qualité de gendre
d'Ulrich, avait succédé aux premiers comtes de Ferrette.
En 1337, le 21 juin, Jean de Munsingen, évêque de Bâle,
convertit en annexion à l'abbaye de Lucelle le patronage de
l'église d'Etueffont-Haut qui avait été donné à ladite abbay^
en 1296; de sorte qu'à dater de cette année, la paroisse,
composée des mêmes communes que la mairie, releva de
l'église de Lucelle.
L'église d'Etueffont était alors placée sous l'invocation de
Saint-Valbert, abbé, et ses deux autels- latéraux étaient
dédiés: l'un, à la Vierge, avec une confrérie du Scapulaire;
l'autre, à Saint-Sébastien.
Albert ayant pris possession du comté, avait érigé Etueffont-
Haut en chef-lieu de mairie, dont EtuefFont-Bas, Anjoutey,
Petit-Magny, Bourg et La Madeleine firent partie. En 1354, il
réunit cette mairie à la seigneurie du Rosemont.
Un Jean Textor de Saint-Ursanne était, le 31 mai 1412,
vicaire de l'église d'Etueffont. Il est ainsi qualifié parce que
l'église était une annexe de celle de Lucelle. Ce Textor
désirait arriver à lia cure de Phaffans. L'abbé de Lucelle
lui délivra, à la date aui précède, une charte oui lui assurait
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EVETTE 149
Bâle 7 marcs d'argent, 3 sous, 10 deniers de droit de banalité
et 3 sous de droit cathédral.
L'abbaye de Masevaux avait la dtme de l'avoine.
Dans les titres allemands, cette commune prend le nom
^'Oher-Stauffen.
Après le retour de l'Alsace à la France, elle fut inscrite
aux armes suivantes dans l'armoriai général:
Uazur à deux chevrons de sable. (Voy. N"" 18 des planches.)
En 1803, sa population était de 566 habitants; elle est de 817,
d'après le recensement de 1876.
EtuefFont-Haut appartient au canton de Giromagny. Distance
légale, 9 kilomètres; 1 myriamètre 4 kilomètres jusqu'à
Belfort.
Evette. — Sous le premier comte de Montbéliard, c'est-
à-dire en 1024, Evette nous paraît n'avoir été qu'un petit nombre
d'habitations disséminées sur un sol marécageux. Aux XP
et XIP siècles, d'autres habitations s'élevèrent à côté des
précédentes, de manière à former des groupes, des hameaux,
situés entre l'étang Malsaulcy et la montagne Salbert Ces
hameaux furent d'abord désignés sous le nom de Les Evettes
(Haut et Bas-Evette).
Au XI? ou au XIIP siècle, les Evettes avaient acquis une
consistance assez grande pour faire considérer l'ensemble
comme un village d'une certaine importance, car cet ensemble
devint le chef-lieu d'une mairie dont dépendaient d'autres
centres naissants ou renaissants : Valdoye, Eloye, Forchelon
et Essert.
Ces centres sont connus, excepté Forchelon, dont nous
n'avons point retrouvé trace.
A son origine, la mairie d'Evette était donc dépendante du
comté de Montbéliard, mais distincte de la seigneurie du
Rosemont.
Au XIIP siècle, l'église ou l'évêché de Bâle avait à Evette
des droits dont aucun document ne nous indique l'origine; on
ne s'écartera pas beaucoup de la vérité en la faisant remonter
aux premiers temps de la soumission, à l'église de Bâle, des
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150 EVETTE
comtes de Ferrette, issus de la maison de Montbéliard ; mais,
le 3 avril 1284, le comte Renaud dut reconnaître qu'il tenait
en fief, de Téglise de Bâle, la dîme d'Evette. Renaud ayant
donné, en 1299, Jeanne, sa fille aînée, en mariage à Ulrich II,
comte de Ferrette, renonça, le 29 septembre 1300, au fief dont
il est question, qui fit retour à l'égUse de Bâle pour en investir
son vassal, le comte Ulrich.
Cette circonstance explique, jusqu'à un certain point, la
situation particulière de la mairie d'Evette entre les deux
mairies du Haut et du Bas-Rosemont, formant la seigneurie
ainsi coupée en deux parts, dont Evette-mairie faisait la
séparation.
Cet état de choses dura jusqu'en 1347, c'est-à-dire jusqu'au
partage de la succession de Jeanne de Montbéliard. Le 26 août
de cette année, la seigneurie du Rosemont échut à sa fille
Jeannette, qui avait épousé l'archiduc Albert d'Autriche,
devenu comte de Ferrette à la mort d'Ulrich, son beau-
père. La mairie d'Evette, qui appartenait déjà à Ferrette
depuis la renonciation de Renaud de Montbéliard, fut alors
réunie à la mairie du Haut-Rosemont. Ainsi s'expliquent
les locutions vagues, plus tard et anciennement^ employées, à
propos de cette mairie, par Schœpflin dans son Ulustrata^ et
par M. Stofifel dans la deuxième édition de son Dictionnaire
topographique.
Dans les titres allemands, Evette figure sous le nom de
Weites = Pâturages.
A partir du moment de l'absorbtion de cette mairie, son
passé se confond dans l'histoire de la seigneurie du Rosemont.
L'église d'Evette, qui était sans doute la paroisse de l'an-
cienne mairie, était placée sous l'invocation de Saint-Claude
et dépendait du décanat de Granges.
Au commencement de ce siècle, on comptait 354 habitants
dans cette commune ; on y en a recensé 494 en 1876*
Evette appartient au canton de Giromagny. Distances
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FAVEROIS 151
Faverois. — Il reste encore à découvrir des traces maté-
rielles de la grande voie militaire de Mandeure au Rhin, qui
a dû traverser le ban de Faverois à Tépoque gallo-romaine.
On ne peut qu'appeler sur ce point l'attention des amis de
l'histoire de nos villages et des gens du pays.
Le ruisseau qui traverse Faverois et qui se jette dans la
Coeuvatte marqua, en 728, la limite des terres données à
l'abbaye de Murbach par le duc Eberhard d'Alsace; de sorte
que les maisons de Faverois qui s'établirent à l'ouest ou sur
la rive gauche du ruisseau appartinrent à l'abbaye, tandis que
celles qui s'élevèrent à l'est ou sur la rive droite demeurèrent
au comté du Sundgau.
A partir de cette époque, l'histoire de Faverois se lie à celle
du comté du Sundgau, qui deviendra comté de Ferrette, et à
celle du domaine de Délie. (Voy. Florimont et Délie.)
Pendant les trois ou quatre siècles qui suivirent la donation
de 728, Faverois demeura sans doute un village peu impor-
tant. Mais au XIV* siècle il avait déjà son église, car nous ren-
controns son curé, Guillaume, qui est témoin dans un acte du
11 novembre 1314, portant amodiation d'une coUonge qui
appartenait à l'abbaye de Bellelay. En 1323, le 25 février, c'est
Pierre, curé de Faverois, qui est témoin dans une vente, faite
à la même abbaye par Thiébaut de Réchésy, de ses terres de
Joncherey; en 1332, le 20 janvier, t'est Hugues, ditBusy, curé
de Faverois, qui est témoin dans un acte du même genre, au
profit de la même abbaye; enfin, en 1466, UUat, de Délie, était
curé de Faverois.
L'église de Faverois était sous l'invocation de Saint-Urs ;
elle dépendait du décanat de l'Ajoie.
Au XVIP siècle, Faverois continuait à dépendre des deux
seigneuries dont le ruisseau marquait la limite. En 1667, celle
de Délie y comptait seize sujets, et celle de Florimont, six;
soit en tout vingt-deux sujets ou serfs, qui étaient probablement
• chefe de famille. Il est présumable que l'église y en avait aussi,
mais nous manquons de documents à cet égard.
La tradition locale veut que Faverois ait été en partie
détruit par l'armée suédoise. Bien qu'aucune pièce ne permette
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152 fêche-l'église
de préciser les dégâts que ce village eut à subir, le fait dont
le souvenir s'est conservé par la tradition ne paraît pas
invraisemblable, puisque des localités voisines, Florimont et
Courcelles, eui^ent beaucoup à souffrir en cette occasion.
Dans les derniers temps, Faverois était une mairie relevant
du château de Délie.
En 1803, la population de cette commune était de 410 habi-
tants; on y en a recensé 374 en 1876.
Faverois appartient au canton de Délie. Distances légales :
4 kilomètres, jusqu'à Délie; 2 myriamètres 3 kilomètres, jus-
qu'à Belfort.
Fêche-l'Eglise. — Dans l'état des revenus et prestations
dont jouissaient, en 1303, les ducs d'Autriche, landgraves de
la Haute-Alsace, nous trouvons la commune de Fêche-l'Eglise
citée pour un manse qui payait 8 sous et trois quartauts
d'avoine. C'est la mention la plus ancienne que nous trouvons
de cette localité. Dans ce titre en langue allemande, Fêche est
ainsi désigné : Dorfze Witz.
Fêche-l'Eglise dépendait, dit M. Stoffel, en partie de la
mairie de Saint-Dizier et en partie de la seigneurie de Flori-
mont. En 1667, la première y comptait onze sujets et la
seconde, quatre. Il n'est pas présumable que ces quinze serfs
aient formé toute la population de la commune; d'autres
appartenaient au château de Délie. Aucun document ne nous
permet d'en fixer le nombre, mais diverses pièces antérieures
à 1667 font mention des droits et des possessions dudit château
à Fêche-l'Eglîse.
Fêche-l'Eglise avait ses nobles de troisième ordre, relevant
de la famille de Délie. En 1333, c'est un Maurice de Fesche
qui intervient dans la renonciation de Béatrix de Vouhay,
femme de Jean de Montreux, à l'héritage de sa famille, les sires
de Vouhay, et à la suite des écuyers Jean de Délie, dit de Metz,
et Jean, dit Malrage, son frère; en 1481, c'est un Girard
Rouhat de Fêche qui témoigne en faveur du duc d'Autriche
dans le différend entre ce dernier et l'évêque de Bâle au sujet
de leurs prétentions réciproques sur Boncourt.
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FÊCHE-MOULIN — FELON 153
Les comtes de Montbéliaxd avaient eux aussi des droits et
des possessions dans cette commune. Cela résulte de l'inspec-
tion que le comte y fit exercer, le 7 septembre 1448, par son
surintendant et les commissaires de la Régence. « Tous ceux
de Fêche, est-il dit dans le rapport, sont ivrognes et tiennent
des paillardes dans leurs maisons. » Il ne s'agit peut-être que
des sujets qui appartenaient au comte.
Ces possessions multiples s'expliquent par la situation de
Fêche à la frontière des deux comtés de Ferrette et de Mont-
béliard; mais il ne paraît pas moins certain que ce village
dépendait de la seule mairie de Saint-Dizier, laquelle, à son
tour, relevait des archiducs d'Autriche ou du château de
Délie. (Voy. Saint-Dizier et Délie.)
L'église de Fêche était du décanat de l'Ajoie et du diocèse
de Bâle. Elle était sous l'invocation de Saint- Valère.
Au commencement de ce siècle, Fêche-l'Eglise avait une
population de 158 habitants; on y en a trouvé 486 a»u dernier
recensement.
Fêche fait aujourd'hui partie du canton de Délie, dont elle
est à la distance légale de 4 kilomètres. Il y a, de cette com-
mune à Belfort, 2 myriamètres 2 kilomètres.
Fêdie-Moulin. — Village détruit et qui existait encore
au XVP siècle, entre Fêche-l'Eglise et Badevel. — Au ban de
Fêche-Moulin, dit M. Stoffel dans la deuxième édition de son
Dictionnaire topographique de la Haute-Alsace. Village nommé
Fêche-Moulin, qui a disparu par suite des guerres, avec son
existence territoriale sur la Fêchotte, ses droits et sa juridic-
tion relevant de la seigneurie de Délie et du château de
Belfort.
Il suflSt d'avoir indiqué que ce village existait encore au
XVP siècle (1520) pour que l'on doive conclure que sa destruc-
tion est contemporaine de celle d'autres villages, que l'on sait
avoir péri au temps de l'invasion suédoise.
Félon. — Nous ne trouvons trace historique de cette com-
mune qu'au commencement du XIIP siècle. Elle dépendait
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154 FLORIMONT
alors de la seigneurie de Rougemont et était le siège d'une
famille qui en prit le nom. Un Arnold et un Gauthier de Félon
sont cités dans les Habsburgiaca de Guilliman, à la date de
1227. Félon existait donc en 1227. Nous soupçonnons qu'il en
était déjà ainsi en 1096, c'est-à-dire à l'époque où le comte
provincial Otton II, dont la seigneurie de Bothenberg = Rouge-
mont dépendait, devint comte de Habsbourg. Félon, le fief et
la famille de Félon, dont on rencontre, en 1227, des membres
attachés à la fortune des Habsbourg, remonteraient ainsi au
XP siècle.
En 1235, un Otton de Félon figure comme témoin, entre
Cunon de Delémont et Maître Jean de Chévremont, dans un
acte concernant le couvent de Saint-Léonard, de Bâle, et un
échevin de Pfeffingen. En 1241, on rencontre encore le même
Otton, dans un traité de paix conclu, le 17 janvier, entre le
comte de Froburg = Montjoie et Henri de Kienberg. En 1252,
ce sont Gauthier, Hermann et Arnold de Félon, probablement
les fils d'Otton, qui sont cités dans les Habsburgiaca.
Dans le livre de vie de Lucelle, deux livres, sur la dîme de
Félon, sont attribuées à l'abbaye par Pierre, curé d'Angeot,
pour la fondation de son anniversaire. La donation de cette
dîme est du 5 juillet 1350.
La dîme de l'avoine, à Félon, appartenait à l'abbaye de
Masevaux.
L'église de Félon fut érigée après 1752 ; elle était filiale de
celle d'Angeot et sous l'invocation de Saint- Antoine. Elle avait
deux autels latéraux, dont l'un consacré au Sacré-Cœur et
l'autre à la Vierge. Le couvent de Schœnensteinbach était coUa-
teur de cette église, qui dépendait du décanat de Masevaux.
En 1803, Félon avait 227 habitants; on y en a trouvé 217 au.
recensement de 1876.
Félon est du canton de Fontaine. Distances légales : 8 kilo-
mètres, jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 3 kilomètres jusqu'à
Belfort.
Florimont. — Il est incontesté qu'au sommet de la colline
sur laquelle s'élèvera tantôt le château féodal de Florimont,
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FLORTMONT 155
il avait existé, sous la domination romaine, une vigie, un poste
militaire ou un castellum. C'est en effet à proximité de cette
élévation que passait la grande voie Agrippa, de Lyon, par
Mandeure, à Augusta-Rauracorum.
Les Rauraques, population celtique, étaient établis jusque
dans cette partie du territoire, et ils avaient donné à la colline
le nom de Blumemberg. Les Romains ont traduit ce nom par
celui de Floris-mons, et les Francs, ensuite, par celui de Flori-
mont. La colline a donc donné son nom au bourg dont nous
essayons d'esquisser l'histoire.
Tout ce que la civilisation gallo-romaine avait édifié sur ce
point a dû subir les ravages des diverses invasions barbares
du V^ au VIP siècle. Quand, vers la fin du VIP (après 662),
les Francs eurent vaincu les Alémans et établi le duché
d'Alsace, Florimont se trouva compris dans ce duché, sous la
protection duquel l'ancien burg gallo-romain va se relever de
ses ruines.
La terre de Florimont restera pendant trois siècles dans la
situation première qui lui fut faite dans le duché. Elle ne fut
pas comprise dans la donation du domaine de Délie, en 728, à
l'abbaye de Murbach ; elle demeura sous la dépendance directe
des descendants du duc Adalrich, les comtes du Sundgau, puis
des comtes de Montbéliard-Ferrette, dont le premier apparaît,
en 1024, dans la personne de Louis III, comte de Montbéliard,
de Pont-à-Mousson et de Ferrette, tué en 1027 au mont Saint-
Vanne de Verdun. Elle ne changea pas de condition sous ses
successeurs : Louis IV, en 1027; Thierry P', en 1074; Louis V,
en 1096, et Thierry II, en 1125.
Dans le cours de cette dernière année, les possessions de
Thierry II furent partagées entre ses trois fils. Frédéric eut
le comté de Ferrette, dont la terre de Florimont fit partie,
tandis que ses deux autres fils eurent : Thierry III, le comté
de Montbéliard, et Renaud, dit le Borgne, le comté de Bar-
le-Duc.
C'est vraisemblablement dans le cours du XIP siècle, c'est-
à-dire après la constitution du comté de Ferrette, que le châ-
teau de Florimont s'éleva sur les ruines du castellum
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156 FLOBIMONT
gallo-romain. Ce qui est certain, c'est qu'il existait en 1243,
ainsi que le prouve un écusson qui portait cette date et les
armes de Ferrette' ; ce qui est non moins certain, c'est qu'au
XIP siècle le burg avait déjà reconquis un certain développe-
ment, et qu'au siècle suivant la terre de Florimont elle-même
avait aussi acquis une consistance suffisante pour devenir
l'apanage particulier de l'un des membres de la famille de
Ferrette.
Le premier membre de cette famille que nous rencontrons
en possession de cette terre est Louis, fils d'Ulrich P'. Il est
nommé le chevalier Louis, dans une transaction intervenue,
le 7 décembre 1264, entre l'abbé de Bellelay et un Pierre, dit
Silline. Le maire de Florimont, Verner, est également désigné
dans ce document. En 1272, c'est un Jean de Blumenberg que
M. Stoffel rencontre dans un titre concernant Fribourg en
Brisgau.
Un accord entre l'évêque de Bâle et Thiébaut, comte de
Ferrette, du mois de mai 1281, au sujet de leurs prétentions
réciproques sur Florimont et Porrentruy, nous apprend enfin
que le seigneur de Florimont était alors Ulrich de Blumen-
berg, neveu de Thiébaut et fils de Louis, et que sa mère était
une Rapolstein =:Ribaupierre =Ribauvillé. Le seigneur Ulrich
était mineur et fils unique; sa mère administrait la seigneurie
en son nom.
En présence de ce seul héritier direct, l'évêque de Bâle
prévoyait une vacance par suite de la mort de l'enfant mineur,
et il voulut prendre ses précautions pour sauvegarder et
agrandir les possessions de son église dans la terre de Flori-
mont Le comte Thiébaut de Ferrette, oncle de l'enfant, dut
avoir les mêmes craintes et dut se précautionner aussi contre
l'éventualité prévue par l'évêque de Bâle. Ces prévisions don-
nèrent lieu à la convention qui intervint entre Henri d'Isny,
évêque de Bâle, et Thiébaut, comte de Ferrette. Il fut stipulé :
1"* Que si, dans les cinq années qui suivraient la convention du
^ Cet écusson a été conservé jusqu'au siècle dernier; il a disparu
depuis, et on n'en a plus retrouvé trace.
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PLOMMOKT 157
mois de mai 1281, la dame de Rapolstein, veuve de Louis de
Blumenberg, vendait à l'évêque sa part de la terre de Flori-
mont, ledit évêque laisserait la moitié de cette part au comte
Thiébaut de Ferrette, avec le château, les gens qui étaient
dans la ville, quels qu'ils soient, ainsi que les biens allodiaux
ou d'héritage; 2° Que s'il arrivait que la part d'Ulrich, mineur,
fût dévolue à sa mère, de façon que l'évêque dût acheter le
tout de celle-ci, ledit évêque en laisserait la moitié au comte
de Ferrette.
Or, ce ne fut pas l'évêque qui acheta la part de la veuve de
Louis de Blumenberg, mais bien le comte Thiébaut qui en
devint acquéreur la même année 1281 ; de sorte que la terre
de Florimont resta à la maison de Ferrette. L'évêque dut se
contenter des droits et des possessions qui appartenaient à
son église et renoncer, momentanément, à les agrandir au
détriment de la famille de Ferrette.
Cet arrangement de famille avait froissé l'évêché qui, dès ce
moment, ne cessa de susciter des difficultés au comte de Fer-
rette. Après vingt-huit années de luttes sans cesse renais-
santes, le comte y mit fin, au mois de février 1309, en concé-
dant à l'église de Bâle, dont il les reprendrait en fief, l'oblation
du château et de la ville de Florimont, qui lui appartenaient à
titre héréditaire.
C'est ainsi que la terre de Florimont tomba dans la vassalité
de l'évêché de Bâle et, chose qui n'a rien de surprenant, l'obla-
tion dut être motivée sur le désir que les serfs avaient de
passer de la suzeraineté du comte de Ferrette sous celle de
l'évêché de Bâle.
Thiébaut de Ferrette avait pour épouse, en secondes noces
Marguerite de Blanckenberg ■= Blamont. Marguerite donna, le
4 février 1309, une charte ratifiant l'oblation. Mais comme la
terre de Florimont lui avait été assignée en douaire par le
comte Thiébaut, elle s'en réserva l'usufruit ou le domaine
utile, dans le cas où son mari viendrait à mourir avant elle,
ce qui eut lieu peu de temps après, Thiébaut étant mort
en 1310.
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158 FLORIMONT
Il est difficile d'établir la part du domaine utile qui revenait
à chacun des maîtres de la terre de Florimont, au XIV** siècle
et dans les siècles suivants. Il faut se borner à consigner ici
les indications que divers documents donnent à cet égard.
Les Blumenberg-Ferrette avaient en entier le bourg de
Florimont, entouré de tours, de murs, de fossés, et le château.
Ils avaient les cinq sixièmes de Faverois ; le dernier sixième
était au château de Délie. Courcelles tout entier était aux
Blumenberg ; de même de Suarce, de Chavannatte, de Lepuits
et de Normanvillars, ancien village dont il ne reste plus que
le nom, et diverses fermes disséminées sur le sol" qui formait
son territoire. Un tiers de Vellescot appartenait encore au
château de Florimont; les deux autres tiers étaient à celui de
Délie; un sixième de Grosne, Boron et Réchésy; les cinq autres
sixièmes étaient au château de Délie. Les Blumenberg avaient
encore un bien considérable à Pfetterhausen, canton de Fer-
rette, et un autre à Beurnevesin, Suisse.
Quant à la part de l'église de Bâle, nous n'avons aucun
document qui permette de la préciser. Elle consistait sans
doute dans les biens, droits et revenus, que l'évêché devait
posséder en propre; d'un autre côté, deux abbayes du voisi-
nage, celles de Lucelle et de Bellelay, étaient aussi opulem-
ment possessionnées sur la terre de Florimont; l'église Notre-
Dame de Florimont, à laquelle nous consacrons plus loin une
notice, ainsi qu'à la chapelle Saint-Georges; les églises de
Courtelevant, Faverois, Courcelles et Suarce avaient, elles
aussi, leurs domaines particuliers. Cet ensemble de possessions
ecclésiastiques, relevant toutes de l'évêché de Bâle, constituait
un faisceau de domination féodale assez fort pour contraindre,
comme on l'a vu, le seigneur direct à se ranger dans la vassa-
lité de l'église ou de l'évêché de Bâle.
En 1313, nous trouvons un Guillaume de Florimont qui pré-
sida, le 30 mars, la cour de justice devant laquelle les frères
Augustins, de Hagenbach, vendirent à l'abbaye de Bellelay les
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PLORIMONT 159
«
En 1321, Renaud de Délie était châtelain de Florimont. Il
fit partie d'une commission arbitrale chargée de vider une
constestation concernant certains biens situés à Lepuits, et
c'est la sentence rendue qui nous révèle sa qualité de châ-
telain de Florimont. On verra plus loin que Renaud fut enterré
dans l'église Notre-Dame, à côté de Félicité de Granges^ son
épouse.
Il serait difficile de dire avec certitude en quelle année de
ce siècle la terre de Florimont devint féodalement dépendante
du château de Délie, ou une annexe de son domaine. Cepen-
dant on ne s'écartera pas beaucoup de la réalité en fixant
cette annexion à l'année 1324. C'est en effet l'année dans
lafluelle Albert II, archiduc d'Autriche, succéda à son beau-
père dans le comté de Ferrette. Afin de ne pas laisser éteindre
sa race, Albert avait quitté l'épiscopat pour épouser Jeannette
de Ferrette, et de cette union sortirent les continuateurs de
la maison d'Autriche. Or, le domaine de Délie appartenait à
cette maison dont Albert était, lorsqu'il se maria, l'unique et
dernier rejeton mâle. En succédant, par ce mariage, au dernier
comte de Ferrette, la terre de Florimont tomba, avec le comté,
dans les mains de la maison d'Autriche, à laquelle le domaine
de Délie appartenait depuis 1232. Il est vraisemblable que,
pour lui donner plus d'importance encore qu'il n'en avait eu,
Albert aura mis la terre de Florimont sous la dépendance du
château patrimonial, en la joignant au domaine de Délie.
En 1339, le 30 juillet, l'archiduc Albert et Jean Senn de
Munsingen, évêque de Bâle, concluent un second accord,
concernant les sujets de leurs possessions réciproques qui
passaient des terres de l'un dans celles de l'autre. Ces émi-
grations donnaient lieu à de fréquentes contestations entre
les officiers des deux seigneurs. Pour prévenir ces difficultés,
l'évêque et l'archiduc s'interdirent réciproquement la recher-
che des émigrants, à moins que la fuite n'ait eu pour cause
un méfait punissable par la justice du seigneur dont le sujet
dépendait.
En 1344, le bourg de Florimont avait acquis un développe-
ment qui nous est révélé par une vente faite, le 4 février, à
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160 PLORIMONT
l'abbaye de Bellelay. Vernier fils, de Besançon, autrefois
prévôt et châtelain de Florimont, vend à l'abbaye dont il
s'agit sa maison située au grand bourg, entre les fossés du
petit bourg et la maison d'un particulier de Montignez. Le
bourg primitif s'était donc accru d'une partie qui* était dési-
gnée sous le nom de Grand Bourg.
Le 26 août 1347, la terre de Florimont échut en partage à
Marguerite, marquise de Bade. Marguerite était la sœur uté-
rine de Jeannette, femme d'Albert d'Autriche. Leur mère,
Jeanne de Montbéliard, après la mort de son premier mari,
Ulrich II, comte de Ferrette, avait épousé en secondes noces
Raoul de Hesse, marquis de Bade, et Marguerite était issue
de ce second mariage. Au partage de la succession de Jeann!^,
la terre de Florimont, avec la seigneurie d'Héricourt, échut à
sa fille Marguerite, qui devint ainsi dame de Florimont et
d'Héricourt.
Albert étant mort le 20 juillet 1358, ses quatre fils, Rodolphe,
Frédéric, Albert et Léopold, reprirent collectivement, le 22
janvier 1361, la terre de Florimont en fief de l'évêque de Bâle
et au titre de landgraves de la Haute- Alsace. Le 7 mars sui-
vant, Marguerite, marquise de Bade, qui était en possession
de cette terre par droit successoral, invita son bailli à tenir
la main à l'exécution de la convention du 30 juillet 1339,
concernant les sujets de l'évêque qui passeraient dans sa terre
et réciproquement.
Le 15 septembre de la même année, Marguerite prit des
dispositions testamentaires, en vertu desquelles la terre de
Florimont passa, avec la seigneurie d'Héricourt, à sa fille
Marguerite, épouse de Godefroi de Linange. Elle institua
exécuteurs testamentaires les chevaliers Henri de Délie,
Guillaume de Grandvillars et le prêtre Guillaume de Bavilliers.
Henri de Délie était fils de Renaud et de Félicité de Granges.
En 1390, la terre de Florimont était engagée à Bernard,
comte de THîerstein. Cela résulte d'un document concernant
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PLORIMONT 161
Entre les années 1450 et 1459, l'empereur donna à Flori-
mont le droit de tenir deux foires par an et un marché par
semaine.
En 1486, la terre de Florimont était tenue en engagement
des archiducs d'Autriche, moyennant 9707 florins, par Marcard
2jum Stein = de la Roche.
Dix ans plus tard, en 1496, c'est Bernard de Reinach, gendre
de Marcard, qui était en possession de la terre engagée. Le
document qui nous donne cette date est une pierre tombale
dont il sera fait mention plus loin.
En 1511, un diplôme de l'empereur Maximilien, daté d'En-
sisheim, le 4 février, confirma au bourg de Florimont le droit
de tenir annuellement deux foires, l'une à la Toussaint, l'autre
le mardi après Pâques, ainsi qu'un marché par semaine, et
d'ériger une tribune pour la mercerie. Ce diplôme lui accorda
encore le droit de débit du sel pour tous les villages dépen-
dant de ladite terre ou de son bailliage. Le diplôme rappelle
la concession de Sigismond, dont le titre avait péri dans un
incendie.
En 1520, nous rencontrons, comme seigneur engagiste,
Melchior de Reinach, qui avait succédé h son père, Bernard.
Melchior mourut vers l'an 1542, laissant trois fils, Jacques,
Jean-Henri et Jean-Thiébaut. Melchior avait aussi sa pierre
tombale dans l'église Notre-Dame, dont il sera parlé plus
loin.
L'aîné des fils de Melchior, Jacques de Reinach, succéda à
son père ; mais il paraît que ses deux frères, Jean-Henri et
Jean-Thiébaut, conservèrent leurs parts dans le domaine utile.
Jacques demeura en possession du fief engagé jusqu'en 1560,
époque à laquelle il fut retiré des mains de la famille de
Reinach par l'empereur Ferdinand P', pour passer dans celles
des barons de Bolwiller.
Nicolas, baron de Bolwiller, remboursa aux Reinach les
9707 florins qui avaient été le prix de l'engagement. Nicolas
paraît avoir tenu la terre jusqu'en 1604, en participation avec
son frère, Jean, pour le domaine utile.
11
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162 JLORIMONT
En 1583, conséquemment sous le baron Nicolas, un incendie
se déclare au château et le détruit en grande partie. La cha-
pelle de Saint-Georges, qui y était établie, fut transférée la
même année dans l'église Notre-Dame. Les dégâts causés par
l'incendie furent réparés, car on verra plus tard la forteresse
rasée par l'armée suédoise.
Rodolphe, baron de Bolwiller et de Wattwiller, seigneur de
Masevaux et gouverneur d'Alsace, succéda à Nicolas et
mourut en 1616. Rodolphe était le dernier rejeton mâle de
cette maison. Son héritage échut à son gendre, Jean-Ernest
Fugger.
Jean-Ernest Fugger, baron de Kirchberg et Weissenhorn,
de Bolwiller et Wattwiller, seigneur de Masevaux et Mindel-
heim, chevalier de l'ordre de Saint- Jacques-de-l'Epée, conseiller
de l'empereur et son chambellan, succéda donc à son beau-
père dans le fief de Florimont. Il vivait encore en 1629, car il
assista à l'intronisation de son cousin, Jean-Henri d'Ôstein,
élu évêque de Bâle la même année. Il faut admettre que Jean-
Ernest avait disposé du fief en faveur des suivants, que nous
trouvons en possession dès 1628.
Otton-Henri et Christophe-Rodolphe Fugger, frères, tenaient
en effet, en l'année indiquée ci-dessus, le fief de Florimont.
Ils en jouirent en commun jusqu'en 1632. En cette année, il
fut confisqué à l'occasion de la guerre et, sur l'ordre du roi
de France, retiré de leurs mains par l'intendant d'Alsace,
Poncet de la Rivière.
L'armée suédoise, qui occupait le pays, rasa la forteresse
qui depuis ne s'est plus relevée.
La terre de Florimont passa alors entre les mains de Volmar
de Rosen, dit le Furieux, gentilhomme suédois, allié à la famille
de Grand-Roppe et maître de camp de cavalerie. Il en jouit
pendant quelque temps, en vertu d'un brevet de 1647; mais,
peu après, il fut tué à Bade, en Suisse, par le major de son
régiment, à qui il avait donné un soufflet
En 1648, après le traité de Westphalie, Otton-Henri et
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PLORIMONT 163
guerre. Ils en jouirent en commun comme auparavant ; mais
il paraît que Otton-Henri mourut avant 1672, car l'acte de
retrait, du 20 août de cette année, est signé par Christophe-
Rodolphe seul et ne contient aucune mention de son frère,
Otton-Henri, qui avait partagé l'investiture en 1648.
Le 20 août 1672, Gaspard Barbaud, seigneur de Grandvillars,
de Thiancourt et de Morvillars, acquit de Louis XIV la terre
dont il s'agit, avec faculté de rachat. Le prix de l'engagement
était alors arrivé à 16000 florins. Dix ans après, l'engagement
est racheté et.
En 1682, Jacques de la Grange, conseiller d'Etat, intendant
d'Alsace, en jouit pendant deux années.
En 1684, Gaspard Barbaud s'étant accommodé avec M. de
la Grange, rentra en possession de la terre de Florimont et
en jouit jusqu'à sa mort, arrivée en 1694.
Etienne, son fils aîné, lui succéda et mourut en 1702.
A la mort d'Etienne, dont les affaires étaient en très mau-
vais état, la terre de Florimont passa dans les mains de son
gendre, Abraham Le Comte, lieutenant-colonel des régiments
suisses de Greder et de Monin. Il en jouit, lui et sa femme, à
titre d'achat à réméré ou d'engagement, jusqu'en 1714.
En cette année, Léopold Barbaud, fils d'Etienne et beau-
frère de Le Comte, retira l'engagement dont il demeura en
possession jusqu'à sa mort, arrivée en 1724.
Son fils unique, Jean-Gaspard Barbaud, lui succéda en cette
année, à titre d'héritier direct. Ce Jean-Gaspard et ses descen-
dants demeurèrent en possession de cette terre jusqu'à la
Révolution.
A cette époque, elle ne comprenait plus que les villages de
Courcelles, Courtelevant, Le Puix et Chavannatte. Le surplus
paraît être revenu aux ministériaux, dont la famille avait pris
le nom des dynastes de Ferrette.
Après avoir restitué aux seigneurs la place qu'ils ont
occupée dans le passé de la terre de Florimont, il ne saurait
être déplacé d'accorder une mention aux infimes dont on ren-
contre les noms dans les titres consultés.
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164 FLORIMONT
Dans une vente du 9 septembre 1303, nous trouvons comme
témoins : un Huriot, dit Orepinet, un Jean, dit Maiadrerie, un
Huguenin et un Henri, manants de Florimont En 1317, un
Willemez, bourgeois; en 1322 et 1324, un Huguenin de Bon-
court, bourgeois de Florimont; en K38, unWilhelmin fils;
en 1240, un Werner, procurator, c'est-à-dire intendant du
prieuré de Froidefontaine, h Florimont, lequel Werner est
fort maltraité par des bourgeois de Cernay et perd l'épée dont
il s'était servi contre des porcs qui causaient des dégâts sur
une propriété du prieuré; en 1346, un Mercheant et un Kathe-
Un; en 1353, un Clavin, fils de Belin; en 1357, un Wuillemin,
fils de Paisquel, et unBourkard; en 1363, un Jean Oyson; en
1388, un Jean Frickat, de Suarce, qui demeurait à Flori-
mont; en 1427, un Henri, dit Quelain; et en 1481, un Michel
et un Jean Nicole,
ÉGLISE NOTRE-DAME
La tradition rapporte que, dans les temps reculés, l'église
de Florimont, placée sous l'invocation de Notre-Dame, était
filiale de l'église préexistante de Courtelevant, qui avait le
même vocable. Un seul et même curé desservait alors les deux
églises.
Le fait dont la tradition a gardé le souvenir n'a rien d'in-
vraisemblable. Courtelevant-village aurait ainsi existé avant
le bourg de Florimont; Courtelevant aurait eu son église quand
le donjon féodal s'élevait au sommet du Blumenberg, puis le
bourg, s'étant organisé sous l'égide du château, aurait été
doté d'une chapelle dépendante de l'église de Courtelevant.
Le bourg a grandi, sa chapelle est devenue, si elle n'a été rem-
placée par elle, l'ancienne église, que nous ne rencontrons
qualifiée d'église paroissiale qu'en 1647. L'édifice fut réparé
en 1735. Il se composait d'un chœur, d'une nef, de bas-côtés
et d'une tour. Il a été démoli en 1863.
Quelques-uns des personnages dont il est question précé-
demment y furent enterrés. Nous les indiquons dans leur ordre
chronologique.
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FLORIMONT 165
1328
Félicitas de Orages uxor Dni Benaldi de Délie militisque
ohiit feria sexta ante festum beati Michaelis arcmigeli anno
DniMCCCXVIlL
Cette inscription était taillée en lettres onciales au pourtour
d'une dalle de près de six pieds de longueur, sur trois de lar-
geur, et représentant Félicité couchée de son long, sculptée
en bosse, les bras croisés, la tête reposant sur un coussin et
légèrement penchée à droite, du côté de la tombe de Renaud,
son époux. Aux quatre coins de la tombe, des écussons char-
gés, le premier et le quatrième, des armoiries de la maison de
Délie, d'argent, à la croix d'azur cantonnée de vingt bUlettes de
même, deux et une dans chaque quartier. Les deuxième et
troisième écussons, aux armoiries de la maison de Granges,
dont nous ignorons les émaux, mais portant une croix en
sautoir.
Une pierre de même grandeur était placée à droite de la pré-
cédente. Elle n'avait aucune inscription, mais les armoiries
qu'elle portait étaient celles de la maison de Délie, ce qui indi-
quait suffisamment que c'était le tombeau de Renaud de Délie,
mari de Félicité de Granges, Renaud était également sculpté
en bosse, la tête inclinée du côté de son épouse, casque en
tête, la main droite appuyée sur sa poitrine et la gauche sur
son écusson. Son épée, engagée dans un ceinturon, reposait à
côté de lui et à sa droite. Renaud mourut plusieurs années
après Félicité. Il vivait encore en 1333. (Voy. Délie.) Ces deux
tombes étaient placées dans l'un des bas-côtés de l'église,
celui de l'Epître.
1496
Au chœur se trouvaient les épitaphes suivantes :
Hie ligen her Bernhardtdin von Binach ritter Kinder etlich
den Gottgenod 1496.
L'inscription était taillée en gros caractères, sur une pierre
bleuâtre de cina nîeds de loner et deux nieds huit Douces de
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166 FLORIMONT
annes des Reinach : â!or au lion rampant de gueules chape-
ronné d'azur.
1520
Hie ligendt Melchiors von Binach Kinder etlich den Oott
genod 1520.
La pierre portant cette inscription était à côté de la précé-
dente et portait au milieu le même écusson des Reinach, can-
tonné aux quatre coins par les armoiries du père et de la
mère de Melchior et celles du père et de la mère de sa
femme.
1590
t Ci GIT VENERABLE PSONE MeSSIRE JeAN GrANDRICHARD
PBRE JADI CURE DE FlORIMONT, TREPASSA LE 14 DE SPTÊBRE
L'AN 1590.
Sur le milieu de la pierre était sculpté un écusson chargé
d'un calice surmonté d'une hostie autour de laquelle se trou-
vaient les initiales du curé J. G. R, — Au-dessus de l'écusson,
le vœu ordinaire : Requiescat in page,
1601
Sepultura nobilis scutife. Domini Adam Camt ab Hertz-
berg doni pro partie bologni^ qui du vixit non minimû
deçus meruit obiit 9 junt ano 1601.
Aux quatre coins de la dalle dont le milieu portait cette
inscription, se trouvaient des écussons aux armes de Camy,
de Bolschwitz, gentilhomme de Silésie, et des Waldner de
Freundstein. Cette pierre était immédiatement au-dessus de
celle des enfants de Bernard de Reinach.
A côté, une pierre aux mêmes armoiries, mais sans aucune
inscription.
Quant aux mots : Domini pro partœ Bologniœ, ils ne peuvent
se traduire que de cette façon : Coseigneur de Bourogne. Les
Camy avaient sans doute succédé aux archiducs d'Autriche,
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FLORIMONT . 167
En ce qui concerne les desservants et curés de Notre-Dame,
nous ne connaissons les noms que d'un très petit nombre :
Pierre, dit Lechtnude, en 1302, 1303, 1313,1314, 1316 et 1332;
Jean de Granges, en 1341 et 1347; il était peut-être le frère de
Félicité, épouse de Renaud de Délie. En 1365 et 1366, c'est
Jean de Courcelles, et en 1590, Jean Grandrichard, dont le
monument funéraire signalé plus haut nous révèle la fonction
curiale. Ajoutons à cette courte nomenclature le nom de Bour-
kard de Montignez, chapelain de l'autel Sainte-Catherine,
dans l'église Notre-Dame de Florimont, en 1353.
SAINT-GEORGES DTJ CHATEAU.
Le château eut sa chapelle particulière dès les premiers
temps de sa construction. Quand le château eut été incendié,
en 1583, Saint-Georges fut réuni à Notre-Dame, les droits du
seigneur réservés. Cette chapellenie a subsisté jusqu'à la Révo-
lution. Nous n'en connaissons les chapelains qu'à partir de la
fin du XVI* siècle. Ce sont :
A la coUature de Nicolas et Jea% barons de Bolwiller :
P Pierre Choulet, institué le..., mort en 1581 ;
2° Jacques Girardin, clerc, institué le 23 janvier 1582, mort
en 1583, année de l'incendie;
3° Jean Girardin, institué le 17 novembre de la même
année ;
A la collature des archiducs d'Autriche :
4° Pierre Fusier, de Délie, institué le 5 janvier 1590, mort
en 1598;
5° Richard Marion, institué le 25 avril 1598, mort en 1605;
6° Etienne Gravier, de Porrentruy, sous-diacre, institué le
25 octobre 1605, mort en 1620;
7' Pierre Vignette, de Délie, prêtre, institué le 31 mai 1620,
mort en Ï647 ;
A la collature de Volmar de Bosen:
&" Jean-Baptiste Vernerey, prêtre, institué la première fois
le 20 mai 1647, par le colonel Volmar de Rosen, et la seconde
fois, le 9 février 1651, par le comte Gaspard de La Suze qui.
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168 • FLORIMONT
comme on sait, s'était emparé de Belfort et de toute la
seigneurie, qu'il voulut conserver après s'être déclaré pour la
Fronde. En 1653, Vernerey résigna purement et simplement
la chapellenie de Saint-Georges;
A la collature de Oaspardj comte de La Svze :
9** Robert-Alexandre du Bouget, clerc, institué le 12 sep-
tembre 1653, mort en....;
A la nomination directe de V archevêché de Besançon :
l(f François Ladoubart, prêtre, institué le 3 septembre
1667, mort en 1704.
Cette nomination eut lieu par droit de dévolution, faute par
le seigneur d'y avoir pourvu à temps ;
A la collature de M. Le Comte:
IV JuUen Relange, institué le 5 octobre 1704.
Ce droit fiit contesté à M. Le Comte par le duc de Mazarin,
et le Conseil souverain d'Alsace reçut, le 8 juin 1707, l'oppo-
sition, sauf aux seigneurs de Florimont à se pourvoir au péti-
toire dont l'action leur était réservée. L'action n'eut pas
d'autre suite;
A la coUature du duc de Mazarin:
12"* Jean-Henri de Boug, clerc du diocèse de Besançon,
institué le 19 novembre 1704.
Ce chapelain est le dernier que nous font connaître diverses
pièces appartenant aux archives de MontbéUard, et qui nous
ont fourni, en outre, beaucoup de renseignements utilisés dans
cette notice.
Entre les années 1697 et 1704, Etienne Barbaud ou son
gendre, Abraham Le Comte, fit inscrire sur l'armoriai général
de France la seigneurie de Florimont, aux armes suivantes :
Coupé d'argent et de gueules, à quatre fleurs de lys de Vun
en Vautre. (Voy. N° 7 des planches.)
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FONTAINE • IW
Florimont appartient au canton de Délie. Distances légales :
jusqu'à Délie, 7 kilomètres; jusqu'à Belfort, 2 myriamètres
6 kilomètres.
Fontaine. — On a appliqué à cette commune une charte
du 1*^' novembre 1040, par laquelle l'archevêque de Besançon
donnait à l'abbaye de Baume-les-Dames Altar de Fontanis
(l'autel ou l'église de Fontaine). La donation dont il s'agit
concerne l'église de Fontaine, dans l'arrondissement de Mont-
béliard. Ce point de départ fait donc défaut aux recherches
qui nous occupent
C'est à l'histoire du fief de Montreux, dont notre Fontaine a
toujours fait partie, qu'il faut recourir, et l'on ne peut remon-
ter, avec quelque certitude, au delà de la première moitié du
XIP siècle. Nous pensons qu'à cette époque le Fontaine em-
bryonnaire qui a pu, qui a dû préexister, prit de la consis-
tance et devint de bonne heure un des villages les plus impor-
tants du fief. Fontaine appartenait aux premiers chefs de la
famille des Montreux, et c'est au sort du fief que l'histoire de
ce village est étroitement liée. (Voy. Montreux-Château.)
A la mort de Jean de Montreux, arrivée en 1458, Fontaine
échut en partage à Antoine, fils cadet de Jean. Quelques
années plus tard, Antoine prit parti pour Charles-le-Téméraire
contre l'archiduc Sigismond, dans la guerre qui s'alluma au
pays, à propos de l'engagement des terres antérieures de la
maison d'Autriche. (Voy. Belfort.) Après la défaite du Bour-
guignon, l'archiduc Sigismond retira le bourg de Fontaine à
son vassal, Antoine de Montreux, et le conféra, en 1475, à
Jean Kuttin qui le céda, en 1490, à Gaspard de Morimont. Les
Morimont le revendirent, en 1528, au comte Ernest de Fugger ;
mais la guerre empêcha celui-ci d'en payer le prix et d'en
prendre possession. Alors, le baron de Polheim, gendre du
dernier baron de Morimont, se substitua au comte de Fugger,
et conserva Fontaine, au titre de bénéfice royal, jusqu'après
le traité de Ryswick. A la paix de 1648, Fontaine étant tombé
dans le domaine du roi passa, comme tous les biens de la
maison d'Autriche, au duché de Mazarin.
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170 FONTENELLE
Dans les titres allemands, Fontaine est désigné sous le nom
de Brunn.
Aucun document ne nous permet de direTépoque à laquelle
Fontaine fut doté d'une église. Nous voyons seulement qu'à la
dernière division de l'évêché de Bâle, dont l'église faisait
partie, elle passa, vers la lin du XV" siècle, du décanat du
Sundgau dans le décanat de Masevaux, de nouvelle création;
que cette église était filiale de celle de Jeune-Montreux et
sous l'invocation de la Sainte-Croix, avec deux autels latéraux
dédiés à Saint-Roc et à la Vierge; qu'il y avait une confrérie
de la mort; que le recteur de Jeune-Montreux était coUateur
de cette église, et qu'à la fin du siècle dernier (1777), le droit
de collature avait passé au comte de Reinach-Grandvelle,
chanoine de Saint-Claude.
Dans l'armoriai général de France, la communauté de Fon-
taine a les armes suivantes :
De salle à une fontaine d'argent (Voy. N° 19 des planches.)
A la division politique de la France par la loi des 20-22 dé-
cembre 1790, Fontaine fut érigé en chef-lieu de canton du
district de Belfort. Sa population était de 273 habitants en
1803, et, au recensement de 1876, on y en a compté 359.
La distance légale de cette commune jusqu'à Belfort est de
1 myriamètre 2 kilomètres.
Fontenelle. — Cette petite commune paraît avoir eu,
pendant tout le moyen-âge, un sort assez singulier; elle était
une enclave de la mairie de la Haute- Assise, et tandis que ses
voisines étaient comprises dans une organisation collective
plus ou moins étendue, Fontenelle, ancien alleu qui avait été
donné en fief oblat au landgraviat de la Haute-Alsace, a
continué à appartenir, dit Schœpflin, à divers seigneurs, qui
relevaient, à partir du XIV* siècle, de la seigneurie de Belfort.
D'après les recherches de M. Stoflfel, le plus ancien docu-
ment où il est fait mention de cette commune remonte à
l'année 1458.
A la Révolution, Fontenelle appartenait à un bourgeois de
Belfort, Bisantzer (Besançon), qui s'en était rendu acquéreur;
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FOUSSEMAGNE 171
ce qui prouve que, sous le régime français comme sous le
régime autrichien, Fontenelle a conservé l'autonomie qui lui
avait été laissée depuis les premiers temps de la féodalité.
L'organisation nouvelle de la France, après 1789, lit dispa-
raître la situation antérieure de cette commune. Elle fut
placée dans le canton de Belfort; de sorte que, en réalité, ce
fut l'Etat qui se substitua aux minuscules seigneurs dont elle
avait jusqu'alors dépendu.
Au commencement de ce siècle, Fontenelle comptait 65 habi-
tants; le dernier recensement lui en attribue 103.
Fontenelle fait partie du canton de Belfort La distance
légale de cette commune au chef-lieu de canton eSt de 9 kilo-
mètres.
Foussemagne — L'histoire de cette commune est liée à
celle de Montreux-Château, chef-lieu du fief dont Foussemagne
a toujours fait partie. (Voy. Montreux-Château.)
En 1458, Foussemagne advint à la branche cadette de la
famille de Montreux, qui s'est éteinte au XVP siècle. Un
Henri de Reinach succéda aux Montreux et ses descendants
formèrent trois branches, dont une fut les Reinach-Fousse-
magne. A partir de ce moment, Foussemagne devint chef-lieu
du fief de Montreux et les Reinach en firent leur résidence.
Dans les titres allemands, le nom français de Foussemagne
fut traduit par celui de Fuchsmeng.
Après le retour de l'Alsace à la France, le fief prit le titre
de seigneurie et les Reinach-Foussemagne, qui avaient leur
blason spécial, firent inscrire dans l'armoriai général de
France les armes suivantes pour la seigneurie :
De gueules à un aigle à deux têtes d'argent^ hecqué et membre
d'or. (Voy. N° 8 des planches.)
De même que Montreux-Château était déchu de son ancien
rang de chef-lieu du fief au profit de Foussemagiie, de même
aussi Foussemagne devait, en 1790, déchoir de la supériorité
que ses derniers seigneurs lui avaient donnée.
A la nouvelle organisation du territoire, Fontaine, qui avait
successivement dépendu de Montreux et de Foussemagne, fut
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172 FRAIS — PROIDBFONTAINE
érigé en chef-lieu du canton dont Foussemagne fait aujour-
d'hui partie.
Au commencent de ce siècle, sa population était de 342 habi-
tants; elle est aujourd'hui de 526, d'après le dernier recen-
sement.
Distances légales : de Foussemagne à Fontaine, 4 kilomètres;
h Belfort, 1 myriamètre 3 kilomètres.
Frais. — Comme la précédente, cette commune cessa de
faire partie du fief de Montreux, mais à l'inverse de Fousse-
magne elle échut, en 1458, à la branche aînée, représentée par
Frédéric dé Montreux, qui obtint de l'archiduc Sigismond la
faculté de transmettre à ses filles sa part du fief. Une de ses
filles, mariée à Louis de Reinach, forma la branche des
Reinach-Montreux, h laquelle Frais échut en 1458, comme
nous le disons plus haut. Cette branche des Reinach-Montreux
s'étant éteinte, l'empereur Ferdinand P' y substitua, en 1560,
un Henri de Reinach qui devint la branche des Reinach-
Foussemagne, à laquelle Frais appartint jusqu'à la Révo-
lution.
Dans les titres allemands, cette commune est désignée sous
le nom de Fress.
Au commencement de ce siècle, la population de Frais était
de 151 habitants; le dernier recensement y en a compté 150.
Froidefontaiiie. — S'il est vrai qu'au fond de toute
légende il y a un fait historique h dégager, c'est à cette source
qu'il faut demander les premières informations historiques
concernant Froidefontaine.
La légende rapporte que Saint-Maimbœuf était Ecossais;
qu'il parcourait le monde pour enseigner le christianisme aux
peuples qu'il visitait; qu'arrivé à Dampierre, il passa une
partie de la journée en prières dans l'église de ce lieu; que,
s'étant mis en route vers le Nord, il rencontra des hérétiques,
les arrêta et leur prêcha l'Evangile; que ces hérétiques, le
voyant bien vêtu, crurent qu'il avait beaucoup d'argent; que
d'ailleurs, irrités de ce qu'il professait une autre croyance que
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FROIDEPONTAINE 173
la leur, ils le tuèrent à coups de couteau et de bâton; que
Salnt-Maimbœuf fut enterré à l'endroit même où il avait
souffert le martyre, propè frigidam fontem^ près d'une fon-
taine d'eau vive où fut plus tard érigé le prieuré de Froide-
fontaine.
La légende dit encore que, bientôt après le martyre, le bruit
des miracles qui s'opéraient sur la tombe de Saint-Maimbœuf,
près de la fontaine, éveilla l'attention des habitants de la
contrée et que les reliques du saint furent transférées à Dam-
pierre, entre les années 895 et 920.
En 920, le ban de Froidefontaine faisait partie du comté du
Sundgau. En 1024, il fut compris dans le comté de Montbéliard-
Ferrette, sous Louis de Mousson, et continua à faire partie de
ce comté sous Thierry P', fils et successeur de Louis, qui
régna de 1070 à 1104. Thierry avait épousé, en 1075, Ermen-
trude, fille de Guillaume II, comte de Bourgogne. De ce
mariage étaient issus deux fils : Thierry et Frédéric.
Jl est hors de doute qu'à la mort de Thierry I", en 1104, le
martyre de SaintrMaimbœuf était devenu l'objet d'un culte
dans l'esprit des populations de la contrée. Ce qui le prouve,
c'est la consécration que la veuve de Thierry I", la comtesse
Ermentrude, va lui donner.
En 1105, Ermentrude et ses deux fils donnent à l'abbaye de
Cluny le manse ou la cour qu'ils possèdent, et qui est appelé
Frigidits Fons (Froidefontaine), avec les biens qui en dépen-
dent, les hommes, les terres cultivées ou non cultivées, les
prés, pâturages, forêts, chemins, étangs, cours d'eau et tous
les droits quelconques attachés à ces biens allodiaux. La dona-
tion est affectée à l'usage des moines que l'abbé de Cluny,
représenté par le prieur de Morteau, instituera à Froide-
fontaine, sous la règle de Saint-Benoît. La donation ou charte
de fondation est du 8 mars.
Le même jour, Ermentrude, préoccupée du salut de son âme,
de la rémission de ses fautes, de celles de ses enfants, de ses
parents, de ses ascendants et descendants, signe une seconde
charte portant donation, au couvent qu'elle venait de fonder,
de l'église de Grosne, Recouvrance, Normanvillars, Boron,
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174 PROIDEPONTAINE
Vellescot, Brebotte, Eschêne et de la chapelle de Petit-Croix,
avec les droits qui lui appartiennent sur les hommes, colons,
biens, terres, possessions, forêts, dîmes, moulins, et autres
droits généralement quelconques qui peuvent lui appartenir
dans cette paroisse. Ermentrude ne réserve dans cette dota-
tion, pour elle et les comtes de Montbéliard-Ferrette qui lui
succéderont, que l'avocatie perpétuelle du couvent. Ses fils,
Thierry et Frédéric, ratifient la dotation.
C'est ainsi que Froidefontaine, avec la paroisse ou l'église
de Grosne devinrent, à partir du commencement du XII*" siècle,
un domaine féodal essentiellement ecclésiastique.
En 1105, les fils d'Ermentrude, Thierry et Frédéric, gouver-
nèrent en commun le comté et exercèrent indivisément l'avo-
catie sur le couvent à la fondation duquel ils avaient participé.
En 1125, les deux frères se partagèrent la succession pater-
nelle; Thierry eut, à titre d'atné, le comté de Montbéliard,
tandis que Frédéric eut le comté de Ferrette, dont il fut ainsi
le premier dynaste sous le titre de Frédéric I". L'avocatie du
couvent de Froidefontaine resta vraisemblablement au comte
de Montbéliard.
En 1144, le couvent était en plein exercice, car nous trou-
vons en cette année le nom de son prieur Richard, parmi les
témoins de la charte de fondation du monastère de Feldbach,
entre Altkirch et Ferrette.
Comme toutes les fondations religieuses du temps, le prieuré
de Froidefontaine, fort convenablement doté par ses fonda-
teurs, s'enrichit au moyen d'acquisitions et surtout de fonda-
tions pieuses dont il fut le bénéficiaire. Il avait des possessions
dans diverses parties de la Haute-Alsace, et, s'il n'atteignit
jamais le degré d'opulence que certaines abbayes du voisinage
réalisèrent avec le concours des églises dont elles avaient la
coUature, le prieuré de Froidefontaine fut un des plus riches
du territoire.
L'avocatie de cette maison devint, en 1303, sinon l'objet
d'une revendication, le sujet d'un doute sur la question dé
savoir à qui, des comtes de Montbéliard ou de Ferrette, elle
devait alors appartenir. En l'absence de documents sur le sens
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FROIDEPONTAINE 175
précis de ce doute ou de cette revendication, il faut en cher-
cher l'origine dans les faits contemporains.
En 1299, un comte de Ferrette, Ulrich II, avait épousé une
comtesse de Montbéliard, Jeanne, qui lui avait apporté en
dot une partie du territoire de Belfort, dont il ne devait toute-
fois entrer en jouissance qu'après la mort de son beau-père,
le comte de Montbéliard. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce
que, dès 1303, Ulrich eût réclamé ou possédé l'avocatie du
prieuré conmie faisant partie de la dot de Jeanne. Quoi qu'il en
soit, c'est à partir de 1303 que Froidefontaine apparaît dans
les titres sous le nom allemand de KaUenbrunn.
Ulrich étant mort en 1324, son gendre, Albert II, archiduc
d'Autriche et landgrave de la Haute- Alsace, lui succéda dans
le comté de Ferrette. C'est vraisemblablement à cette époque
qu'Albert institua, à côté du prieuré, la mairie à laquelle la
haute justice appartint, tandis que la justice inférieure resta
au prieuré. Charmois fut rendu dépendant de cette mairie.
Un diflérend, survenu en 1340, entre le prieur de Froide-
fontaine et l'abbé de Lieu-Croissant, près de l'Isle-sur-le-
Doubs, prouve qu'à cette époque l'avouerie du prieuré était
exercée, pour le comte de Ferrette, par son châtelain de Flori-
mont. Le prieur et l'abbé se contestaient réciproquement une
vigne située à Wattwiller. Le châtelain, Verner de Florimont,
captura un certain nombre de porcs appartenant à des bour-
geois de Cernay, et qui étaient en liberté dans la vigne en
litige. Mais Verner se heurta à une résistance vigoureuse de
la part des propriétaires du bétail; il fut maltraité et perdit
son épée dans la lutte. Des arbitres furent nommés et ils adju-
gèrent la vigne au prieuré de Froidefontaine, à la condition
que Verner n'élèverait aucune réclamation à rencontre de
ceux qui lui avaient résisté, ni au sujet de l'épée qu'il avait
perdue.
En 1411, l'église paroissiale était sous l'invocation de Saint-
Pierre et de Saint-Paul. Un des autels latéraux leur était
dédié; l'autre l'était à l'Assomption. Quant au maître-autel, il
était veuf de dédicace et n'avait que le tabernacle.
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176 PROIDBPONTAINE
Quel est le sens qu'il convient de donner à ce renseigne-
ment, émané des archives de l'évêché de Bâle ? Le maître-
autel était-il encore, au XV* siècle, la représentation du
sacrarnim, c'est-à-dire du sarcophage du saint sous l'invoca-
tion duquel l'église était placée? Dans ce cas, le saint de
Froidefontaine ne peut être que l'Ecossais Maimbœuf de la
légende. Son corps ayant été transféré d'abord à Dampierre,
puis à l'église du château de Montbéliard, il est difficile de ne
pas admettre que l'église primitive de Froidefontaine fût
placée sous son invocation et que le maître-autel de 1441,
muni d'un tabernacle, ne fût que la continuation de l'état
originaire de cette église. De l'évêché de Bâle, le corps de
Saint-Maimbœuf avait passé dans l'évêché de Besançon ; mais
l'évêché de Bâle avait gardé le souvenir du fait, et en conser-
vant à son maître-autel son état primitif, son veuvage de
dédicace, il consacrait traditionnellement le martyre du saint,
à l'endroit même où la légende rapporte qu'il a eu lieu.
En la même année 1441, le prieuré de Froidefontaine fut
exonéré de la taxe de 40 marcs qu'il payait annuellement à
l'évêché.
Le XVP siècle ne nous fournit rien de particulier concer-
nant la commune et le prieuré. Cependant, il est probable que
ce fut pour la maison religieuse une époque de souflfrance et
de ruine. Comme les autres monastères de la contrée, elle eut
à subir la colère et les violences du soulèvement des paysans,
mais elle ne périt point dans cette épreuve, car, au commen-
cement du siècle suivant elle existait encore, pour tomber, il
est vrai, dans la dépendance d'une institution bien différente
de l'ordre de Cluny.
En 1621, l'archiduc Léopold donna le prieuré aux jésuites
d'Ensisheim. Mais la guerre de Trente- Ans était allumée, et,
en 1632, au mois de décembre, pendant qu'une partie de
l'armée suédoise assiégeait Belfort, une autre partie ravageait
les châteaux et les monastères. Le prieuré fut ruiné de fond
en comble.
Au rétablissement de la paix, c'est-à-dire après 1648, les
jésuites d'Ensisheim rentrèrent en possession des droits et
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PROIDEVAL 177
des revenus du prieuré, et les conservèrent jusqu'à la suppres-
sion de la célèbre Compagnie, en 1756, époque à laquelle
Louis XIV les conféra au collège royal de Colmar, qui en
bénéficia jusqu'à la Révolution. Vendus comme biens natio-
naux, les bâtiments qui existaient et les biens du prieuré
devinrent des propriétés particulières.
En 1803, la population de Froidefontaine était de 385 habi-
tants ; le recensement de 1876 y en a trouvé 282.
Froidefontaine appartient au canton de Délie. Distances
légales: 1 myriamètre jusqu'à Délie; 1 myriamètre 2 kilo-
mètres jusqu'à Belfort.
Froideval. — Le vallon qui porte ce nom fait partie du
territoire d'Andelnans. Il est appelé Frigida vaïle dans les
titres latins et Kaltenthaïl dans les titres allemands.
Les titres auxquels il est fait allusion concernent une
maison religieuse qui fut fondée au fond de ce vallon dans le
cours du XIV* siècle. Elle dépendait de la commanderie des
chanoines réguliers de Saint-Antoine de Vienne, établie à
Issenheim, et dont elle était un préceptorat. L'église de Froi-
deval existait déjà en 1350, car elle est citée dans un urbaire
de Belfort de cette année. En 1453, Froideval fut renouvelé,
dit Schœpflin, par la libéralité de l'archiduc Sigismond. C'est
vraisemblablement à partir de cette époque que Froideval fut
à son tour qualifié du titre de conunanderie.
Froideval avait alors acquis une certaine importance, car il
s'y tenait chaque année, le P' mai et le dimanche suivant, une
sorte de marché qui était fréquenté par les populations du
voisinage et, comme Froideval était partie intégrante de la
mairie de l'Assise-sur-l'eau, le maire de Danjoutin avait la
police du marché. Il s'y rendait assisté de quatre notables de
la mairie, et la commanderie leur servait une réfection
convenable.
Au mois de décembre 1632, Froideval fut ruiné de fond en
comble par l'armée suédoise qui occupait le pays et assiégeait
Belfort. Une statue de Saint-Antoine, provenant de la comman-
derie, est aujourd'hui réfugiée dans l'église de Danjoutin.
12
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178 GIROliAGNY
Froideval n'est plus qu'une ferme et un but de promenade
peu fréquenté; il est à 5 kilomètres de Belfort.
Giromagny. — Si l'on doit tenir compte des recherches
de M. Aug. Quiquerez, concernant la sidérurgie pratiquée par
les Celtes sur les sommets du Jura et le versant alsacien, on
est porté à croire que le versant méridional de l'ancienne
Vosge, notamment le fond de la vallée d'Oye = Savoureuse,
recèle aussi des vestiges d'un travail du même genre dans les
temps les plus reculés. Mais, en l'absence de preuves sembla-
bles à celles qui sont produites par M. Quiquerez, ce senti-
ment ne peut avoir d'autre base que l'induction par analogie.
Cependant, il est hors de doute que cette partie du terri-
toire de Belfort a été le berceau d'une industrie sidérurgique
rudimentaire longtemps avant que les travaux des mines, pro-
prement dites, fussent soumis à l'organisation révélée par les
documents écrits; il est hors de doute que l'exploitation, de
plus en plus régulière, favorisa l'agglomération des habitants
disséminés et donna naissance aux villages dont nous recher-
chons l'origine et dont nous essayons d'esquisser l'histoire.
Dans ces temps lointains, l'agglomération qui prit le nom
de Giromagny = habitation, demeure de Giro, paraît être de
date plus récente que celles de Rougegoutte et de Chaux,
car ces deux localités furent, l'une et l'autre, choisies de pré-
férence par les premiers seigneurs, pour être le siège de
l'administration et de la justice seigneuriale de la contrée.
A la création de la seigneurie de Rosemont, 1024, le hameau
de Giromagny aurait ainsi été une annexe de Rougegoutte,
siège de la basse justice dont les appels étaient portés devant
la justice seigneuriale de Chaux.
Comme centre plus rapproché que Rougegoutte du rayon
boisé et montagneux dans lequel les populations éparses se
livraient à la recherche des métaux, le hameau acquit peu à
peu de l'importance. De là ce souvenir traditionnel que Giro-
magny doit son origine et son développement aux mines du
fond de la vallée.
Son accroissement paraît avoir été lent pendant la période
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GIKOMAGNY 179
de sa dépendance du comté de Montbéliard, qui dura plus de
trois siècles, 1024 à 1332. En 1347, la seigneurie passa au
comté de Ferrette et à la maison d'Autriche. Les mines furent
alors l'objet d'une sollicitude plus grande qu'auparavant ; une
direction plus intelligente fut imprimée aux travaux. C'est à
cette date qu'il convient peut-être de faire remonter la prépon-
dérance que Giromagny devait conquérir sur Rougegoutte,
dont il n'avait cependant pas encore cessé de dépendre, quant
à l'administration de la basse justice.
Au siècle suivant, l'exploitation des mines avait pris un
développement tel, que les archiducs durent lui donner un
règlement et des droits particuliers. Une ordonnance de 1462,
confirmée et amplifiée par des ordonnances postérieures,
confia à l'agent supérieur la surveillance spéciale des travaux
et des mineurs; elle institua en outre le Bergerichter, c'est-à-
dire le tribunal ou le juge des mines, qui eut à connaître, en
dehors de tous autres officiers de la seigneurie, des affaires
relatives aux personnes attachées au service et aux travaux
des mines. Quoique participant toujours à la vie générale de
la seigneurie, Giromagny eut dès ce moment une vie particu-
lière, dont le développement sera désormais subordonné à la
prospérité de l'exploitation. Aux ressources que les forêts
seigneuriales et une nombreuse population ouvrière offraient
à celle-ci, vint s'ajouter une force nouvelle, la poudre, dont
l'emploi dans les galeries eut lieu dès le XV* siècle.
Les galeries qui existaient au XV* siècle portaient les noms
de : 1. Le Cougle; 2. La Galroube; 3. Saint-Daniel; 4. Saint-
Nicolas; 5. Saint-Paul; 6. Saint- André; 7. Sainte-Barbe;
8. Saint-Georges; 9. Saint-Pierre. De grands progrès avaient
été réalisés dans leur exploitation, toujours régie par l'ordon-
nance de 1462.
Au XVI* siècle, une émigration de mineurs saxons vient se
fixer aux gisements de Giromagny. Elle ouvre de nouvelles
galeries auxquelles elle donne les noms de : 1. Pfenningthurn;
2. Seelig; 3. Schlucht; 4. Tischgrund; 5 Scheerschmitt, et
6. Kelschaft.
Ce nouvel élément donna naissance à de nouveaux intérêts,
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180 OmOMAGNY
auxquels de nouvelles ordonnances devaient donner satisfac-
tion. Elles intervinrent en 1560 et 1562. La dernière se com-
pose de vingt-quatre articles qui ont pour but de régler et de
protéger les droits et les intérêts de tous. Giromagny a alors
cessé d'être un simple village, car il est qualifié dans cette
ordonnance du titre de viUe, ayant, outre son service et sa
justice des mines, une administration et une justice civiles,
comme les plus anciennes communes de la seigneurie.
« Tant que nos pays, dit M. Henri Bardy, furent fiefs de
l'archiduché d'Autriche, les mines de Giromagny furent exploi-
tées avec soin et intelligence. Des canaux, actuellement h
moitié comblés, conduisaient les eaux à grande distance, le
long de la montagne, dans de vastes étangs qui alimentaient
les moteurs de la fonderie. De grands déblais se rencontrent
et témoignent de l'activité qui régna pendant ces temps, sur
lesquels nous manquons de documents détaillés. »
L'exploitation organisée par les archiducs, et qui était une
grande source de revenus pour la seigneurie, continua à pros-
pérer jusqu'aux événements qui devaient la compromettre et,
finalement, amener l'interruption des travaux. En 1633, la
vallée fut occupée par l'armée suédoise et les mines commen-
cèrent à chômer. Peu après, les travaux furent interrompus
pour être repris en des temps plus favorables.
C'est dans ces temps de crise que vinrent, en 1643, s'établir
à Giromagny des moines du tiers ordre de Saint-François.
Leur couvent fiit placé sous la dépendance de la maison
Picpus, de Paris.
En vertu du traité de paix de 1648, les mines devinrent la
propriété de Louis XIV qui, par lettres patentes de 1659, les
donna, avec le pays, au cardinal de Mazarin; mais il paraît
qu'en ce qui regarde les mines, le donataire devait obtenir des
lettres de confirmation. Il paraît, en outre, qu'elles ne lui furent
jamais accordées et que les mines demeurèrent dans l'abandon
jusqu'au commencement du XVIII* siècle.
De 1700 à 1709, Paul-Jules de Mazarin les fit valoir pour
son compte, et M. Henri Bardy constate, au vu d'états arrêtés
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GmOMAGNY 181
par le duc lui-même, qu'elles ont produit annuellement un
bénéfice net d'environ 40,000 francs.
En 1716, elles furent données à bail à diverses compagnies
qui ne les exploitèrent pas et qui furent cause de leur aban-
don jusqu'en 1732.
En cette année, une société anglaise, la Société Floid, passa
un traité avec le duc pour la reprise des travaux, et en 1733,
le 13 octobre, Louis XIV confirma la concession; mais cette
concession devint onéreuse et, en 1740, Sauer entra dans la
Société et prit la direction des travaux. En 1745, un Saxon,
Kœchler, lui succéda, et quand, au mois d'août, Gensanne vint
les inspecter, il les trouva en bon état, car, d'après lui, les
mines produisaient alors 100 marcs d'argent par mois.
Malgré cet état, en apparence prospère, la compagnie
anglaise y renonça. La même année 1745, Gensanne et Dela-
hauque les exploitèrent pour le compte de la nièce de Mazarin,
mademoiselle de Duras, jusqu'en 1747. Avant l'expiration de
ces deux années, elles furent afi'ermées à Joachim Huvelain jus-
qu'au 1" juillet 1756. En 1755, un traité en assura la conces-
sion à Jaussand jusqu'au mois de juillet 1772, et, le 25 mars
1773, la duchesse de Mazarin les donna à bail, pour trente
années, à Dufraîsse, sous la garantie de Patu-Deshautschamps
et de Millin-Duperreux. Mais ce traité fut résilié définitive-
ment le 18 février 1781, et le lendemain un nouveau traité fut
passé, aux mêmes conditions que le précédent, au profit de
Maugellier et de Millin-Duperreux. Ces derniers ne tardèrent
pas à abandonner l'exploitation et, en 1783, le duc de Valen-
tinois la fit continuer pour son compte jusqu'en 1791, époque
à laquelle les mines devinrent propriété de l'Etat.
Le gouvernement républicain songea un instant à établir
une école nationale des usines à Giromagny. Une visite fut
faite par une Commission dont Charles Nodier faisait partie,
mais le projet fut oublié ou abandonné et les mines eurent le
même sort.
A la fin du siècle dernier, Giromagny avait acquis une
importance prépondérante sur toutes les localités de l'an-
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183 GBANDVHiLABS
cienne seigneurie. Elle prit les armoiries suivantes, inscrites
dans l'armoriai général de France :
U argent à trois tours de giteules, pavillonnées de même et
girouettées d'or^ rangées sur une terrasse de même. (Voy. N** 20
des planches.)
A la nouvelle organisation des provinces en départements,
Giromagny devint chef-lieu de canton.
En 1803, sa population était de 1533 habitants. Le dernier
recensement lui en attribue 3156.
La distance légale de Giromagny à Belfort est de 13 kilo-
mètres.
Grandvillars. — Diverses découvertes, signalées il y a
environ trente ans par M. l'abbé Courant, tendent à établir que,
de même qu'à Délie, il y avait à l'endroit où Grandvillars est
assis un poste militaire ou un village gallo-romain. Ces décou-
vertes consistaient en substructions très anciennes, en débris
de tuileaux, de poteries, et en monnaies romaines. La voie mili-
taire de Mandeure au Rhin passait non loin de cet endroit, et c'est
à Granvillars que Danville et Grandidier ont placé le Qramatum
de l'itinéraire d'Antonin. Si cette opinion est combattue par
des écrivains plus modernes, il ne convient pas moins de la
retenir à l'appui de cette notice. Schœpflin dit que Granvillars
faisait encore partie du pays occupé par les Rauraques.
C'était vraisemblablement l'extrême limite ouest du territoire
où cette peuplade celtique était établie.
Plus tard, cette localité fut comprise dans la division alé-
mane de l'Elsgau et du duché d'Alsace. Quand, au XP siècle,
Louis de Mousson prit possession du comté de Montbéliard-
Ferrette, elle devint partie intégrante de ce comté et de bonne
heure, avec Thiancourt et Morvillars, centre d'un fief de la
mouvance des comtes.
Le prieuré de Lanthenans y possédait, au XIP siècle, les
chapelles de Sainte-Marie et de Saint-Ursanne. C'est ce que
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GRANDVILLARS 188
alors cessé de dépendre du prieuré de Lanthenans, car, le
19 mars 1222, Gérard de Rougemont, archevêque de Besançon,
donna cette église, avec tous ses revenus, à celle de Saint-
Etienne de Besançon, pour fonder l'anniversaire à célébrer
par les chanoines pour le repos de son âme.
Granvillars paraît avoir, déjà à cette époque, acquis une
certaine importance comparativement aux localités voisines.
Cette bourgade fut le terrain, neutre en quelque sorte, que
Conrad d'Aurach choisit, le 15 mai 1226, pour négocier le
traité de paix entre le comte de Montbéliard et le comte de
Ferrette, qui se faisaient la guerre au sujet de leurs préten-
tions réciproques sur Belfort. (Voy. Bracc)
Le comte de Ferrette, Ulrich I", avait conservé des droits
à Granvillars et il faut croire que le traité de 1226 fut suivi de
négociations qui avaient pour but d'écarter désormais toute
cause de nouveaux conflits entre les deux familles. Par une
charte du mois de mars 1236, UMch P' céda à son beau-frère
Thierry III, comte de Montbéliard, diverses possessions limi-
trophes^ parmi lesquelles celles qui lui appartenaient à Grand-
viUars. Le bourg étant ainsi tout entier aux comtes de Mont-
béliard fut, peu après, inféodé à une famille qui en prit le
nom.
Le premier membre de cette famille que nous rencontrons
dans les titres est le chevalier Henri de Grandvillars qui, au
plaid tenu le 4 septembre 1282 sous les tilleuls de Courgenay,
est choisi par le comte de Montbéliard pour le représenter, au
château de Porrentruy ou ailleurs, dans les négociations ayant
pour but de mettre d'accord le comte et l'évêque de Bâle sur
les diverses questions qui les divisaient.
Le fief de Grandvillars était au nombre de ces questions.
Les comtes de Ferrette, étant vassaux de l'église de Bâle,
n'avaient pu céder au comte de Montbéliard leurs possessions
de Grandvillars sans la participation ou le consentement de
l'évêque, qui entendait réserver ses droits quant à la vassalité
de ce fief. Le comte de Montbéliard, Renaud de Bourgogne,
n'était pas d'humeur à plier devant cette prétention. Cette
cause fut, en même temps que d'autres du même genre, portée
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184 GRÂNDVILLABS
devant le Mail de Courgenay et, comme on ne put tomber
d'accord, l'évêque et le comte nommèrent des arbitres pour
régler ces difficultés dans des conférences qui devaient se
tenir au château de Porrentruy. Ils s'engagèrent réciproque-
ment à se soumettre à la décision des arbitres dont la mission,
la procédure et les pouvoirs furent rigoureusement réglés par
le compromis.
Cet arbitrage n'était, à vrai dire, qu'un moyen dilatoire, les
parties étant résolues à l'avance à ne se faire aucune conces-
sion. Le comte Renaud s'empara brusquement de Porrentruy,
qu'il revendiquait. L'empereur, Rodolphe de Habsbourg,
accourut au secours de l'évoque, força le comte Renaud à
évacuer Porrentruj , qui fut rendu à l'évêque, puis, descendant
la vallée de l'AUaine, il vint, par Délie et Grandvillars, assié-
ger Renaud dans sa forteresse de Montbéliard. Le comte ne
tarda pas à se soumettre à l'empereur et à se déclarer vassal
de l'Empire.
Le 3 avril 1284, Renaud reconnut que le fief de Grandvillars,
sauf la maison de Henri, relevait de l'évêché de Bâle.
La maison de Henri de Grandvillars, qui est l'objet de l'ex-
ception, continua à relever du comte de Montbéliard dont
Henri demeurait le vassal, tandis que pour le surplus du fief
la guerre l'avait rendu vassal de l'évêque. La maison dont il
s'agit ne tarda point à être fortifiée et à devenir ainsi le
château de Grandvillars dont il sera fait mention plus loin.
En 1320, Grandvillars est entouré de murs et muni de
portes.
Renaud étant mort en 1321, sa succession fut partagée entre
ses enfants. Jeanne, sa fille puînée, avait épousé le comte
Ulrich de Ferrette et le fief de Grandvillars lui était advenu
dans le partage. Cela résulte d'une déclaration du 3 mai 1332,
émanée de Henri de Montfaucon, qui avait succédé au comte
de Montbéliard dont il avait épousé la fille aînée, Ursule,
sœur de Jeanne. Henri déclare, en effet, que le fief de Henri
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GBÀKDVILLÂBS 185
Eq 1333, Henri de Grandyillars rendit foi et hommage de
son fief audit marquis de Bade.
En 1342, il rendit également foi et hommage à Henri de
Montfaucon, comte de Montbéliard, pour la partie réservée du
fief.
Le marquis de Bade étant mort, et Jeanne ayant épousé en
troisièmes noces le comte de Katzenellenbogen, partagea sa
succession paternelle entre ses quatre filles, dont deux issues
de son premier mariage et deux du second. Ce partage eut
lieu le 26 août 1347 et le fief de Grandvillars échut à Ursule,
seconde fille du premier lit.
Henri de Grandvillars devait être mort en 1366, car nous
trouvons Guillaume de Grandvillars, probablement son fils,
qui lui avait succédé et qui, le 15 septembre, est nommé exé-
cuteur testamentaire de Marguerite, marquise de Bade, dame
de Florimont et d'Héricourt. Marguerite était la fille cadette
de Jeanne et de Raoul Hesse.
On rencontre Guillaume de Grandvillars en diverses cir-
constances jusqu'en 1387 : le 28 mars 1373, dans une constitu-
tion de rentes par l'évêque de Bâle au profit de Jean d'Eptin-
gen; le 8 décembre 1375, dans l'avis qu'il donne au Conseil de
Bâle de la présence au pays des bandes d'Enguerrand, sire de
Coucy, se disposant à marcher sur Bâle dans le courant de la
semaine; le 8 février 1382, dans l'acte de vente qu'il passe,
pour cent florins d'or, d'une rente sur son moulin de Grand-
villars au profit de l'abbaye de Lucelle; et enfin, le 2 novembre
1387, dans une reprise du fief de la forteresse de Beurnevesin,
où il figure comme témoin.
A Guillaume avait succédé Thiébaut de Grandvillars. Il est
témoin, le 11 novembre 1395, dans l'acte de prestation de ser-
ment de Thiébaut IV de Neuf-Châtel, postulé pour évêque de
Bâle; le 13 novembre 1397, il figure encore comme témoin,
pour le mari, dans l'acte de mariage de Henriette, comtesse
de Montbéliard, avec Eberhard, le jeune, comte de Wur-
temberg.
Le XV*» siècle presque tout entier s'écoule sans que nous
trouvions de faits particuliers à noter. Nous constatons seule-
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186 GBANDVILLARS
ment qu'au mois de mars 1444, les Armagnacs s'étaient empa-
rés de Grandvillars et qu'ils y séjournèrent pendant un mois
et trois jours. « On frémit d'horreur, dit M. Tuetey, en son-
geant que dans ce seul eniroit cinquante petits enfants
(kinddin) périrent. »
Au siècle suivant, c'est-à-dire en 1520, un Jean de Grand-
villars était en possession du fief et, après lui, nous ne rencon-
trons plus que sa veuve, dame Anastasie, qui, le 8 avril 1584,
est marraine de la tille de Michel de Novarupt et de Marie de
Recourt. Anastasie donne son prénom à sa filleule. Cette dame
est encore mentionnée dans deux actes de vente du 20 août
1592, avec sa fille qui avait épousé Claude de Tavanne, dit
Macabre.
Anastasie et Jean laissaient encore un fils, Jean, qui posséda
le fief dans les premières années du XVIP siècle. Walter
d'Andlau le posséda après lui pour l'avoir acheté, moins Mor-
villars, de la maison d'Autriche ; mais, en 1670, Louis XIV le
lui retira, parce que le prix d'achat n'avait pas été payé. Le
fief fut alors vendu pour trente mille florins à Nicolas Barbaud
d'Héricourt. Le fils de ce dernier ayant contracté des dettes,
le domaine fut revendu aux Basinier, qui possédaient déjà
Morvillars, et qui le conservèrent jusqu'à la Révolution.
Les Basinier firent inscrire sur l'armoriai général de France
la bourgade de Grandvillars, ou plutôt leur fief, Grandvillars,
Thiancourt et Morvillars, aux armes suivantes :
D'azur à trois écussons d'argent, écartelé aussi éHazur à un
coq dior, crêté^ becqué, barbé et membre de gueules, (Voy. N** 6
des planches.)
Après 1648, ces trois localités formèrent une mairie du bail-
lage de Délie, avec Grandvillars pour chef-lieu.
Schœpflin dit qu'au siècle dernier il restait encore du châ-
teau de Grandvillars une tour en bon état de conservation. ,
Au commencement de ce siècle, Grandvillars avait une popu-
lation de 761 habitants; on y en a compté 2,272 au Recensement
de 1876.
Grandvillars appartient aujourd'hui au canton de Délie,
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GROSMAGNY — GROSNE 187
dont il est à la distance légale de 5 kilomètres; cette distance
est de 1 myriamètre 7 kilomètres jusqu'à Belfort
Grosmagny. — Le passé de Grosmagny se confond dans
l'histoire de la seigneurie du Rosemont. La mention la plus
ancienne que l'on rencontre de cette localité, dans les titres,
est de 1347. Le 26 août, elle advint à Jeannette de Ferrette,
épouse de l'archiduc Albert d'Autriche, dans le partage de la
succession de sa mère, Jeanne de Montbéliard, comtesse de
Ferrette. (Voy. Bosemont)
Grosmagny, sous la dépendance des comtes de Montbéliard
et sous celle des comtes de Ferrette, ne cessa de faire partie
de la mairie du Haut-Rosemont.
Sous les Ferrette, son nom français fut converti en celui de
Oro88'Menglatt.
Après son retour à la France, la communauté prit les armes
suivantes :
D'azur à trois flèches d/or^ ferrées d'argent, posées en pal et
en sautoir, liées de gueules. (Voy. N° 21 des planches.)
En 1803, la population de Grosmagny était de 551 habitants.
On y en a recensé 646 en 1876.
Grosmagny appartient au canton de Giromagny. Distances
légales : 6 kilomères jusqu'au chef-lieu de canton ; 1 myria-
mètre 2 kilomètres jusqu'à Belfort.
Grosne — Il existe au sud de cette localité une élévation
qui porte le nom de Oa= mont = hauteur. Ce crâ est bordé à
l'est par une vie = via, chemin creux, et à la naissance de ce
chemin, vers le sud, se trouvait, il y a quelque vingt ans,
perché sur le point culminant, une misérable cabane qui domi-
nait le chemin. La cabane portait le nom de Tschelatt = châ-
telet et était habitée par un cultivateur de quatrième ordre,
du nom de sa cabane. La cabane et la famille ont disparu.
A environ quatre cents mètres plus au sud du châtelet se
trouve, dans un vallon, un étang qui existe depuis un temps
immémorial et qui a toujours porté le nom d'étang de la Velle
= villa = ville.
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188 OROSHB
Ces indications, dépouillées de toute couleur poétique, por-
teront peut-être beaucoup de lecteurs à penser qu'aux temps
celtiques et gallo-romains, une population d'une certaine den-
sité vivait sur ce point du territoire.
Cette population aurait échappé à une destruction totale,
à la suite des invasions, et quand, en 662, le duché d'Alsace
fut fondé, elle aurait été comprise in fine Dadarinse, c'est-à-
dire dans le domaine de Délie.
En 728, le comte Eberhard donna ce domaine à l'abbaye de
Murbach. C'est sans doute de cette époque que date une réor-
ganisation de cette localité et la construction de sa première
église. Grosne étant alors l'agglomération la plus importante,
on adjoignit à sa mairie et à sa paroisse tous les hameaux du
voisinage, à cinq kilomètres à la ronde; à leur tour, ces
hameaux se développèrent et quand, en 1024, Grosne et sa
circonscription furent englobés dans la formation du comté de
MontbéUard-Ferrette, ce petit domaine avait déjà acquis une
certaine consistance.
En 1105, la mairie et la paroisse embrassaient sept villages
voisins, outre Grosne, dont l'église était le centre ; c'étaient
Grosne, Normanvillars, Boron, Vellescot, Recouvrance, Bre-
botte, Eschêne et la chapelle dite Petit-Croix.
Il ne nous semble pas possible d'admettre, avec Trouillat,
que Normanvillars, désigné dans le titre dont il sera question,
soit le village de Novillard. Nomanvilare était un village qui a
disparu et qui était situé entre les finages de Faverois et de
Boron d'une part, et d'autre part entre ceux de Vellescot,
Suarce et Joncherey. Plusieurs fermes, disséminées sur le
ban de l'ancien village, forment aujourd'hui un domaine
auquel le nom de Normanvillars est resté. Trouillat suppose
encore que la chapelle désignée sous le nom de PUicors, dans
le même titre, pourrait être Beaucourt. M. Stoffel démontre
que Trouillat a mal lu ce titre qui porte Piticors =Vetit Creux
= Petit-Croix. M. Stoffel est dans le vrai, ainsi que ce sera
démontré.
Le 8 mars 1106, Ermentrude, veuve de Thierry P', comte de
MontbéUard-Ferrette, donne, avec le consentement de ses
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GR08NE 189
fils Frédéric et Thierry, au prieuré de Froidefontaine, toute
la paroisse de Grosne avec ses hommes, ses colons, les biens,
les terres, possessions, forêts, dîmes, moulins et généralement
tous les droits et usages qui lui appartenaient dans les villages
nommés plus haut.
Des indices qui n'ont rien de décisif nous font pourtant
penser que la paroisse dépendait alors de l'évêché de Besan-
çon. Nous sommes encore porté à croire que le domaine, qui
n'appartenait pas à l'église proprement dite, demeura à l'ab-
baye de Murbach.
£n 1125, le comté ayant été divisé entre les deux fils d'Er-
mentrude, le prieuré de Froidefontaine et sa paroisse de
Grosne advinrent à Frédéric, premier comte de Ferrette. C'est
seulement alors, si nos inductions sont exactes, que le prieuré
et la paroisse relevèrent de l'évêché de Bâle.
En 1170, nous rencontrons un Huton, curé de Grosne, qui
est témoin dans un acte passé au profit de l'abbaye de
Bellelay.
En 1235, Murbach ayant donné en fief direct, au roi des
Romains, une partie de ses possessions in fine Dadarinse, il
est possible que ses biens de Grosne aient fait partie du fief
et qu'ils soient ainsi advenus au domaine de Délie.
En 1303, nous trouvons désignée dans un titre la villa de
Grosne. Le seigneur de GUers y avait des fiefs qui étaient
vacants, car il est dit dans le titre qu'il n'en avait pas fait la
reprise. Sont-ils restés vacants? Cela n'est pas probable. Il est
au contraire presque certain que, des mains du sire de Gliers,
ils passèrent en celles d'un sieur Villermin de Grosne qui, les
1" et 2 juin 1333, figure avec divers « damoiseaux » parmi les
témoins d'un acte passé devant l'écuyer Jean de Délie, dit de
Metz, qui avait la justice féodale de Délie. Ce Villermin se
rencontre encore le 2 août de la même année, qualifié d'an-
cien maire de Grosne, parmi les témoins d'une vente au profit
de l'abbaye de Lucelle.
Le 8 mai 1337, le curé de Grosne, Richard Savaigeat, est
témoin dans une vente faite par un bourgeois de Florimont à
Guillaume de Bremoncourt
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190 GROSNE
En 1345, nous trouvons un Heinzinus de Grosne, remplis-
sant une charge dans la maison de l'évêque de Bâle.
En 1366, le 15 janvier, c'est un Jean de Grosne qui est
témoin dans la concession faite par l'évêque aux gens de
Petit-Bâle, pour faciliter la fortification de cette partie de la
ville.
Au XV' siècle, nous lisons que l'église était placée sous l'in- .
vocation de l'apôtre Saint-Paul; que ses deux autels latéraux
étaient dédiés : l'un à la Vierge avec une confrérie du Rosaire,
l'autre à Saint-Nicolas avec une confrérie du Mont-Carmel ;
à cet autel était annexée une chapellenie dont les revenus
étaient réunis à la paroisse de Petit-Croix, avec obligation au
curé d'y célébrer douze messes par an.
Cette obligation imposée au curé est, sans aucun doute, la
consécration du lien qui attachait, en 1105, à la paroisse de
Grosne, la chapelle reconnue par M. Stoffel.
Il va de soi que le prieuré de Froidefontaine était toujours
collateur de l'église et que les curés Huton et Savaigeat, nom-
més précédemment, ainsi que leurs prédécesseurs depuis 1105,
et leurs successeurs, étaient institués par le prieuré.
En 1441, l'église de Grosne payait annuellement à l'évêché
de Bâle 14 marcs et 3 sous de droit cathédral.
Quant au domaine indépendant de l'église, la branche des
Ferrette-Blumenberg percevait, au XV' siècle, un sixième des
revenus ; les cinq autres sixièmes étaient au seigneur direct
ou au château de Délie.
Cette situation dura jusqu'en 1454. Le 17 décembre de cette
année, Grosne fut engagé par l'archiduc Albert, à titre de fief
héréditaire, à Thierry de Tullières, sire de Montjoie; en 1476,
Sigismond en investit le comte d'Eberstein; mais en 1500,
Nicolas Tullières obtint de nouvelles lettres d'investiture,
avec transmissibilité aux femmes de cette famille. Grosne
resta un fief de Montjoie jusqu'en 1630, ainsi que cela résulte
d'une pièce dont M. Talion nous fournit copie.
Les Montjoie avaient encore d'autres fiefs à Heimersdorf et
Hirsingue. La perception des revenus de ces fiefs partiels
occasionnait de fréquentes diflScultés entre les oflSciers du
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JONCHEREY 191
seigneur direct et ceux des Montjoie. Pour obvier à ces incon-
vénients, Montjoie proposa, en 1627, dQ donner, en échange de
ce qui restait à l'archiduc à Heimersdorfl et Hirsingue, ce
qu'il tenait en fief héréditaire à Grosne et Eschêne-Autrage.
Après enquêtes, estimations et avis de la Régence d'Ensisheim,
l'échange fut conclu en 1630.
Le prieuré de Froidefontaine conserva ses possessions et
ses droits dans la paroisse de Grosne jusqu'en 1621. En cette
année, le bénéfice passa aux jésuites d'Ensisheim, qui en
jouirent jusqu'ep 1764 ; il fut conféré en cette année au collège
royal de Colmar, qui le conserva jusqu'à la Révolution.
Il reste à Grosne une ou deux traces visibles des domina-
tions seigneuriales dont il vient d'être parlé. Ce sont: une
maison située au nord du village, fortement construite, une
sorte de tour carrée, avec un appendice ayant quelques carac-
tères d'une construction de la Renaissance; et la maison
curiale, vraisemblablement contemporaine de l'église actuelle,
qui formait probablement, avec une maison voisine de la cure,
la dernière cour dominicale du prieuré de Froidefontaine ou
des jésuites d'Ensisheim.
En 1803, la population de Grosne était de 309 habitants. On
y en a recensé 239 en 1876.
Grosne est du canton de Délie. Distances légales : 9 kilo-
mètres jusqu'à Délie ; 1 myriamètre 5 kilomètres jusqu'à
Belfort.
Joncherey. — Les études de M. Aug. Quiquerez établis-
sent qu'une voie romaine secondaire, se détachant de la voie
principale de Mandeure au Rhin, traversait, dans la direction
du nord, le ban actuel de Joncherey. M. Quiquerez en suit les
traces jusqu'à Vellescot. Ce sont jusqu'à présent les seules
indications que l'on possède, pour l'époque gallo-romaine, sur
cette localité.
En 728, ce territoire fut compris dans la donation faite par
le comte Eberhard à l'abbaye de Murbach. Les habitations qui
existaient alors sur ce point dépendaient vraisemblablement
de la villa Datira = Délie. En 962, elles formaient déjà un ou
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192 JONOHBRET
deux hameaux d'une certaine importance, car, dans une charte
de cette année, Joncherey séparait conmie un alleu des comtes
du Sundgau, descendant comme Eberhard du premier duc
d'Alsace. Dans une charte du 29 juillet 1290, par laquelle le
chevalier Bourcart de Porrentruy donne à sa femme les biens
qu'il possède en diverses localités, on trouve la viUa de Jon-
cherey, seu banno Juncherye inferiori, c'est-à dire au ban de
Joncherey-Bas, d'oîi il faut conclure que Joncherey-Haut exis-
tait également. La disposition moderne de ce village porte
encore la trace de la disposition ancienne et l'on peut dire,
sans risquer de se tromper, que la partie est de ce village
était Joncherey-Haut, et la partie ouest Joncherey-Bas.
Nous pensons qu'il faut faire remonter à l'année 1232 la
constitution de Joncherey en une mairie qui dépendait du
domaine de Délie. Cette date est celle où l'abbaye de Murbach
offrit au roi des Romains, en fief direct, la villa de Délie, pour
être convertie en ville fortifiée. C'est encore de cette époque
que l'on peut faire dater la traduction du nom de Joncherey
en celui de Ountscherac, que l'on trouve dans les titres
allemands.
L'urbaire de Joncherey, de 1303, constate que la commune
payait alors pour sa contribution landgraviale, et annuelle-
ment, deux quartauts d'avoine et six sous estevenants.
Un titre de 1360 prouve que le ban de Joncherey était
compris dans l'étendue territoriale où le seigneur évêque de
Bâle exerçait le droit régalien de chasse. Dans le plaid tenu en
cette année sous les tilleuls de Bure, la. vie = via = chemin
de Joncherey est nommée dans l'itinéraire où le prince avait le
droit de requérir le premier attelage qu'il apercevait aux
champs, pour conduire à la forteresse la plus rapprochée le
produit de sa chasse.
Recueillons le seul nom d'une ancienne famille de Joncherey
que nous rencontrons dans ce siècle : c'est celui d'un Jean de
Joncherey, dit Méra. Jeannette, sa femme, aliène les terres
qu'elle possédait à Bure. Méra est le nom d'un hameau qui
dépend de la commune de Buix.
Joncherey suivit ^'ailleurs le sort politique qui était réservé
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LACHAPELLE-SOUS-CHAUX 193
à la ville fortifiée de Délie, dont il ne cessa de dépendre, au
point de vue féodal et au point de vue religieux. Dans les titres
ultérieurs du château de Délie, Joncherey-Haut et Joncherey-
Bas devinrent : Grand et Petit-Joncherey.
En 1803, la population de cette commune était de 336 habi-
tants ; le recensement de 1876 y en a trouvé 447.
Joncherey appartient au canton de Délie. Distances légales :
3 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 2 myriamètres jus-
qu'à Belfort.
Lachapelle-sous-Ghaux. — Au X* siècle, cette localité
était un hameau pourvu d'une chapelle qui lui a donné son
nom. Le hameau était une annexe de Chaux. En 1024, il fut
compris dans la seigneurie du Rosemont. Il resta au comté de
Montbéliard quand Ferre\te en fut détaché pour former, en
1125, un comté spécial. Lachapelle se développa insensible-
ment soud la domination des comtes de Montbéliard, et quand,
en 1332, ce hameau fut dévolu à Jeanne de Montbéliard, mar-
quise de Bade, il avait déjà acquis une importance qui le
plaçait au niveau des villages voisins. Il fut aloi*s désigné, dans
les titres allemands, sous le nom de Capelen.
En 1347, il advint en partage à Jeannette, fille de Jeanne et
épouse de l'archiduc Albert II d'Autriche. A partir de cette
année, il fit donc partie des biens de la maison d'Autriche ou
de l'Autriche antérieure. Les titres le désignèrent alors sous
le nom de KappeUscha = Lachapelle-sous-Chaux, pour le dis-
tinguer de Lachapelle-sous-Rougemont qui déjà, depuis près
de trois siècles, appartenait aux comtes de Ferrette et aux
archiducs d'Autriche, leurs successeurs.
Le passé de cette commune est d'ailleurs étroitement lié à
celui de la seigneurie et de la mairie de Chaux. (Voy. Bose-
mont.)
En 1590, la chapelle fut incorporée au chapitre de Belfort.
Elle faisait partie du décanat de Grange et était placée sous
l'invocation de Saint-Vincent.
Après 1648, Lachapelle-sous-Chaux tomba dans le domaine
13
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194 LACHAPELLE-SOUS-ROUGEMONT
du duc de Mazarin et de ses successeurs, dont le village
dépendit jusqu'à la Révolution.
Les armoiries suivantes lui sont attribuées dans l'armoriai
de France :
De sable à une aigle âlor (aux ailes éployées). (Voy. N** 14
des planches.)
En 1803, la population de cette commune était de 404 habi-
tants; on y en a recensé 545 en 1876.
Lachapelle-sous-Chaux appartient au canton de Giromagny.
Distances légales : 5 kilomètres jusqu'à Giromagny ; 9 kilo-
mètres jusqu'à Belfort.
Lachapelle-sous-Rougemont. — C'est évidemment
une chapelle établie sur ce point du territoire, aux premiers
temps de la propagation du christianisme dans la contrée, qui
a donné naissance à la commune moderne et qui lui a aussi
donné son nom. Il est présumable que cette chapelle fut
contemporaine du rétablissement de l'ancienne forteresse
gallo-romaine de Rougemont et qu'elle existait déjà au com-
mencement du IX* siècle, c'est-à-dire quand le duché d'Alsace
fut divisé en comtés du Nordgau et du Sundgau. Lachapelle
appartint au dernier. Autour de cette chapelle se groupèrent
quelques habitations qui, au XIIP siècle, firent désigner, dans
un titre du comte de Ferrette, cette localité sous le nom de
villa de la chapelle, qui capella nuncupatur. Cette villa était
alors un fief de la seigneurie de Rougemont. Un Jean de
capella, figurant comme témoin dans un échange de biens entre
l'abbaye de Murbach et le monastère de Hegen, conclu en
1214, est peut-être le gentilhomme qui était alors investi du
fief de la villa. En 1234, Thierry, comte de Ferrette et seigneur
de Rougemont, donna l'église de ladite villa au prieuré de
Saint-Nicolas-des-Bois. Celui-ci possédait Sope, qui venait
d'être dépeuplé par la peste; il n'en restait plus rien, car les
terres de ce village étaient demeurées sans culture. Le
seigneur dédommagea le prieuré en lui donnant la chapelle
ou l'église de la villa.
Ainsi, au commencement du XIIP siècle, Lachapelle, qui
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LACHAPELLE-SOUS-ROUGEMONT 195
depuis 1125 appartenait au comté de Ferrette, se trouva consti-
tuer un fief laïque et un fief ecclésiastique de la seigneurie
de Rougemont et de la mouvance des comtes de Ferrette.
Il faut penser que plusieurs gentilshommes furent simulta-
nément investis d'une partie du fief laïque, car nous consta-
tons que, le P"* décembre 1295, Henri de Delémont, gendre de
Richard de Belfort, reprit en fief cinq sous-censaux qu'il avait
hérités à Lachapelle de la succession de son beau-père.
En 1441, la chapelle primitive, qui appartenait à Saint-
Nicolas-des-Bois, se trouvait érigée en vicariat.
Quant au fief laïque, il avait continué, pendant le XIV*'
siècle, à appartenir par moitié à deux familles, dont une seule
nous est connue : celle des Laubegasse, à laquelle succédèrent
pendant cent trente-deux ans les Stœren, qui se sont éteints
au commencement du XVIP siècle.
Quant à l'autre moitié, l'archiduc Sigismond en investit, en
1485, les Wessemberg avec Jean de Hirtzbach, dont les Wes-
semberg héritèrent en 1500.
Au siècle dernier, les Wessemberg et les Reinach possé-
daient en commun cette localité.
Quant au fief ecclésiastique, le prieuré de Saint-Nicolas-
des-Bois le conserva jusqu'à la destruction du couvent, en
1630. Peu de temps après, le bénéfice fut attribué au recteur
du collège des jésuites d'Ensisheim, puis, en 1777, au collège
royal de Colmar.
L'ancienne église était sous l'invocation de Saint-Vincent.
Elle avait deux autels latéraux, dont l'un dédié à Saint-Jean-
Baptiste, l'autre à Saint-Nicolas. Elle fit d'abord partie du
décanat du Sundgau et ensuite du décanat de Masevaux, lors-
qu'il fut créé, au XV^ siècle.
Dans les titres allemands, Lachapelle est désigné sous le
nom de Capplen, Cappel hey Botenberg.
En 1803, la population de cette commune était de 290 habi-
tants ; on y en a recensé 764 en 1876.
Lachapelle appartient au canton de Fontaine. Distances
légales : 7 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 1 myria-
mètre 5 kilomètres jusqu'à Belfort.
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196 LAGOLONGB — LAGRAN6E
Lacolonge. — Le nom de cette petite commune trahit son
origine. C'était d'abord une ferme, un moulin sur lequel un
colon fut établi à une époque indéterminée et peut-être très
lointaine. Cette colonge faisait partie de l'ancienne marche de
Roppe et du territoire de Phaffans. Autour de ce premier
noyau se sont peu à peu groupées quelques habitations, qui, à
la longue, sont devenues assez nombreuses pour faire ériger
la colonge du moyen-âge en commune, à laquelle le nom pri-
mitif est resté.
Lacolonge faisait partie de la mairie et de la paroisse de
Phaflfans. (Voy. Phaffans.)
Le peu d'importance de cet endroit n'a laissé, dans les
monuments écrits, de traces de son existence que vers la fin
du XVP siècle. M. Stoffel ne l'a en effet rencontré qu'en 1573,
1577, 1694, 1696 et 1754, aux archives du Haut-Bhin, dans une
notice manuscrite et diverses pièces concernant la seigneurie
de Belfort.
En 1803, la population de ce village était de 172 habitants.
On y en a recensé 85 en 1876.
Lacolonge appartient au canton de Fontaine. Distances
légales: 4 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre jusqu'à
Belfort.
Lagrange. — Ce qui est dit pour Lacolonge, quant à
l'origine de l'agglomération, s'applique également à Lagrange.
M. Stoffel ne rencontre cette localité qu'en 1566 dans les
comptes du prieuré de Saint-Nicolas qui y avait des rede-
vances. Elle dépendait de la mairie de Bethonvilliers, consé-
quemment son passé historique se confond dans celui de la
mairie. (Voy. Bethonvilliers),
En 1803, la population de ce village était de 100 habitants.
On y en a recensé 132 en 1872.
Laffranee appartient au canton de Fontaine. Distances
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LA MADELEINE 197
La Madeleine. — L'endroit oîi cette commune est assise
fut compris, en 1093, dans la dotation du prieuré de Saint-
Nicolas-des-Bois; y existait-il antérieurement un édifice reli-
gieux ou bien la chapelle désignée plus tard dans les titres
fut-elle construite par les soins des premiers moines de Saint-
Nicolas? C'est ce qu'aucun document ne permet de préciser.
Quoi qu'il en soit, la chapelle dont 11 s'agit paraît avoir été le
premier noyau de la commune moderne. Dédiée à Sainte-
Marie-Madeleine, elle a laissé ce nom à la commune, ainsi
qu'à une petite rivière dont la source est au nord du lieu où
la chapelle fut construite.
Schœpflin dit, dans son lUustrata, qu'il y avait auprès de la
chapelle un couvent de bénédictines dépendant du prieuré.
Cette affirmation, à l'appui de laquelle on ne trouve aucun
titre dans sa Diplomatica^ explique le nom de Val des Anges
que l'on rencontre au XIV* siècle et plus tard dans les titres
concernant ce point culminant de la vallée oîi le couvent de
Saint-Nicolas était établi.
C'est donc autour de la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine
que des habitations se sont groupées, à partir des XP, XIP
et XIIP siècles, et ont ainsi formé la petite agglomération
désignée dans un urbaire de Belfort de 1350 sous le nom de
chapellenie de Sainte-Marie-Madeleine, au Val des Anges
puis, sous le nom de waid = pâturages, dans les comptes de
la seigneurie de 1577, et enfin, sous celui de la chapelle de
Madame Sainte-Marie-Madeleine es hruders = des hermites,
séant en la montagne derrière Estneffonds^ dans les titres de
1604, concernant des dîmes novales.
Les indications qui précèdent permettent de conclure que,
dans la dépendance du prieuré de Saint-Nicolas, La Madeleine
ne prit que peu de développement; que le couvent dont
Schœpflin parle n'exista pas longtemps et que la chapellenie
ne tarda point à devenir un simple hermitage.
Quand la seigneurie du Bosemont fut advenue à la maison
d'Autriche, La Madeleine dépendit de la mairie et de la
paroisse d'Etueffond-Bas. Ce hameau fut, après 1777, détaché
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198 LARIVIÉRE — LIBBTAIN
de la paroisse d'Etueffond, pour être rattaché à celle d'An-
joutey qui venait d'être érigée.
La Révolution en a fait une commune indépendante. Elle
avait, en 1803, une population de 138 habitants ; on y en a
recensé 148 en 1876.
La Madeleine appartient au canton de Giromagny. Distances
légales: 1 myriamètre jusqu'au chef-lieu de canton; 1 myria-
mètre 8 kilomètres jusqu'à Belfort.
Larivière. — L'histoire de cette localité se confond dans
celle d'Angeot. Les titres qui en font mention sont de dates
relativement récentes, ce qui tend à prouver que Larivière
n'a pas occupé une place marquante dans la prévôté dont
Angeot fut le chef-lieu.
Comme la plupart de nos villages, Larivière n'était, dans
les premiers temps de la féodalité, qu'un hameau de la dépen-
dance d'Angeot. A une époque indéterminée, ce hameau fut
doté d'une chapelle placée sous l'invocation de Saint-Quirin.
En 1441, cette chapelle était pourvue d'un chapelain, qui
payait une taxe d'un marc à l'évêché de Bâle. Il faut penser
qu'à cette époque la chapelle primitive avait été agrandie, car
elle avait alors deux autels latéraux, dont l'un dédié à Saint-
Etienne et l'autre à la Vierge, avec une confrérie du Saint
Scapulaire. Néanmoins, en 1590, elle constituait encore une
chapellenie dont la coUature appartenait au couvent de
Schœnensteinbach.
Larivière continua à dépendre de la mairie d'Angeot jus-
qu'à la Révolution, qui lui conféra son individualité com-
munale.
En 1803, la population de Larivière était de 202 habitants;
le recensement de 1876 lui en attribue 222.
Cette commune fait partie du canton de Fontaine. Distances
légales : 2 kilomètres jusqu'à Fontaine, et 1 myriamètre
3 kilomètres jusqu'à Belfort.
Lebetain. — Le territoire de cette localité fut compris.
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LEBETAIN 199
à la dotation de l'abbaye de Murbach. Lebetain se composait
vraisemblablement, à cette époque, de quelques habitations
disséminées sur les deux versants et dans le fond du vallon
oîi le village moderne est assis. Il nous paraît s'être développé
en même temps que Saint-Dizier, dont il n'a cessé d'être une
dépendance, quant à la mairie, et une annexe, quant à la
paroisse. (Voy. Saint-Dizier.)
En 1150, le hameau devait déjà avoir une certaine consi-
stance, car on rencontre un Bourcard de Lebetain qui fonde
son anniversaire en donnant au monastère de Belchamp des
biens qu'il possédait à Reclère, au pays de Porrentruy. Cette
personnalité peut, jusqu'à un certain point, faire penser que
Lebetain était alors un fief relevant de Murbach et dont Bour-
card était investi.
Murbach ayant, en 1232, donné -en fief direct au roi des
Romains Délie et ses dépendances, dont Lebetain faisait
partie, s'était néanmoins réservé la moitié des revenus. Au
mois d'avril 1274, l'abbaye vendit au comte de Montbéliard,
Thierry III, les biens et les droits qui lui étaient restés à
Lebetain.
Au siècle suivant, toute la propriété de Lebetain était
revenue aux archiducs d'Autriche, landgraves de la Haute-
Alsace. Dans les titres de ce siècle, Lebetain est désigné par
le nom allemand de LiehthaL
En 1303, l'église de Saint-Dizier levait annuellement, pour
la contribution landgraviale, trois sous sur trois jardins qu'elle
possédait à Lebetain.
L'abbaye de Bellelay y avait également des possessions. Le
27 février 1330, elle y acquiert, moyennant cent sous esteve-
nants, de nouvelles terres, qui appartenaient à Henri, dit
Berbéls.
La famille de Délie était alors investie du fief de Lebetain,
relevant des archiducs d'Autriche. Vers 1331, Henri de Délie
y percevait la dîme.
Dans les temps qui suivirent, comme dans les temps qui
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dOO LEPUITS
En 1803, cette commune avait 195 habitants ; on y en a
recensé 293 en 1876.
Lebetain fait partie du canton de Délie. Distances légales :
3 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 2 myriamètres
5 kilomètres jusqu'à Belfort
Lepuits. — Canton de Délie. — La grande voie militaire
de Lyon au Rhin, ou de Mandeure à AugiLsta-Bavâracorum,
passait sur le territoire de Lepuits. On en rencontre encore
des restes au lieu dit le champ Mouton. Cette circonstance
permet de supposer que, là aussi, il y a eu une station ou un
poste militaire romain avec un pifieus = puits, dont le village
moderne aura pris la place et le nom.
Dès les premiers temps de la féodalité, ce village fit partie
de la terre de Florimont et, dès 1125, du comté de Ferrette.
Il était alors désigné sous le nom allemand de Sod.
Diverses maisons religieuses y avaient les plus importantes
propriétés de l'endroit. En 1206, c'est l'abbaye de Belchamp
qui cède à celle de Bellelay les terres qu'elle y possédait.
En 1290, le 11 avril, ce sont les moines d'Altkirch (Saint-
Morand) qui donnent à la même abbaye les propriétés qu'ils
avaient in villa et hanno^ dicta ad Pideum, et qui leur rappor-
taient un cens de trois sous, quatre émines de seigle et quatre
d'avoine, en échange d'un cens de deux sous que Bellelay avait
auprès d'Altkirch et d'une soulte de sept livres courantes,
payées aux moines d'Altkirch. En 1313, le 30 mars, ce sont les
frères augustins de Hagenbach qui vendent encore à Bellelay,
pour cinquante livres estevenantes, les biens de toute nature
qu'ils possédaient in banno et co^finio vUle de Puteo, c'est-à-
dire au ban et aux contins du ban du village de Lepuits. Enfin
en 1321, la même abbaye était déjà en possession du quart du
ban qui avait appartenu aux sires de Morimont; de sorte que,
suivant une sentence arbitrale du 9 mai de la même année,
Bellelay était en possession des trois quarts du ban, le quart
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LEPUIX 201
Jean de Lepuits, dit BacquereiXj et son oncle Vauthier de
Suarce, qui reprennent en inféodation temporaire tout ce
qu'ils tenaient précédemment des biens de l'abbaye à Lepuits,
et pour lesquels ils paient annuellement à ladite abbaye
12 quaressons d'avoine, mesure de Florimont, 4 chapons et
40 sous de monnaie coursable au marché de Florimont.
Les indications qui précèdent permettront au lecteur de se
faire une idée de l'origine de Lepuits et de la condition de sa
population pendant le moyen-âge. Son passé historique se lie
d'ailleurs à celui de la terre dont il dépendait. (Voy. Flori-
mont)
En 1803, la population de cette commune était de 200 habi-
tants. On y en a recensé 373 en 1876.
Lepuits appartient au canton de Délie. Distances légales :
1 myriamètre jusqu'à Délie , et 2 myriamètres 5 kilomètres
jusqu'à Belfort.
Lepuix. — Canton de Oiromagny. — L'existence de cette
localité, comme agglomération communale, ne paraît pas
remonter à des temps reculés. On est même porté à croire
qu'elle ne va pas au delà de l'époque où l'exploitation des
mines prit un développement quelque peu régulier, c'est-à-
dire au cours de la dernière moitié du XIV* siècle, ou à l'in-
corporation de la seigneurie du Rosemont au comté de Fer-
rette et au domaine de la maison d'Autriche. (Voy. Rosemont
et Oiromagny.)
Cependant il ne paraît pas douteux que, déjà en 1024, il y
ait eu sur ce point quelques habitations, voire même un
hameau dépendant de la mairie du Haut-Rosemont et de la
paroisse de Chaux. Ce qui tend à le prouver, c'est que la pre-
mière chapelle dont le hameau fut doté fut une annexe de la
vieille église de Chaux et que beaucoup plus tard la chapelle,
convertie en église, sous, l'invocation de la Nativité de la
Vierge, demeura filiale de celle de l'ancienne paroisse. En
1590, elle est encore ainsi désignée dans les archives de la
seigneurie de Belfort. Elle faisait partie du décanat de
Granges.
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202 LEUPE
M. StoflFel trouve , dans les archives du chapitre de Belfort,
en 1347, cette localité désignée sous le nom de villa de FtUeo.
Le 26 août de la même année, elle est aussi nommée parmi les
villages qui échurent à Jeannette de Ferrette, épouse de
l'archiduc d'Autriche Albert II, dans le partage de la succes-
sion de sa mère, Jeanne de Montbéliard. Lepuix avait donc,
à cette époque, acquis une consistance particulière qui le
plaçait au même rang que les autres villages de la seigneurie.
L'exploitation des mines favorisa son développement. Des
mineurs saxons s'y fixèrent aussi au XVI** siècle et ouvrirent,
sur son ban, un nouveau puits ou une nouvelle galerie à
laquelle ils donnèrent le nom de Ffenning-Thurn. C'est d'ail-
leurs à Lepuix que la fonderie des mines de la vallée fut éta-
blie. On y voyait naguère encore les ruines du bâtiment prin-
cipal, appelé le château des mines.
Dans la suite, Lepuix subit le sort que le temps et les événe-
ments apportèrent dans les conditions faites à toutes les
localités de la même seigneurie.
En 1803, Lepuix avait une population de 1074 habitants ; on
y en a recensé 1995 en 1876.
Cette commune appartient au canton de Giromagny. Dis-
tances légales : 2 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton;
1 myriamètre 5 kilomètres jusqu'à Belfort.
Leupe. — Cet endroit est un hameau qui dépend de la
commune de Sévenans. Au moyen-âge il comptait pour quelque
chose, car on le trouve cité en 1347 parmi les localités échues
à Jeannette, comtesse de Ferrette et archiduchesse d'Autriche,
dans le partage de la succession de sa mère.
Leupe dépendait alors de la mairie de l'Assise-sur-l'eau. Au
siècle dernier, on exploitait encore sur les champs de cette
locq,lité la mine en grains qui alimentait les hauts-fourneaux
de Belfort et de Châtenois.
Leupe dépend du canton de Belfort. Distance légale, 8 kilo-
mètres.
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LEVAL d08
Levai. — Cette localité a toujours dépendu de la seigneurie
de Rougemont. Son passé historique se confond dans celui de
cette dernière commune. (Voy. Boitgemont.)
La plus ancienne mention que M. Soffel rencontre de Levai
ne remonte qu'à Tannée 1502. Dos Thaï est son nom dans les
titres allemands.
Si l'on doit s'en tenir aux informations que nous fournissent
les documents historiques, l'origine de cette commune daterait
seulement du moyen-âge et son organisation communale ne
serait pas antérieure à 1532. Un règlement signé de Jean-
Henri deBreiten-Landenberg ne saurait être antérieur à cette
année. C'est en eflfet à cette date que ce personnage quitta la
Suisse, pour cause de religion, et se réfugia en Alsace oîi il
fut investi du fief de Levai. Le règlement qu'il donna résume
sans doute les franchises dont le hameau jouissait depuis un
temps inmiémorial. Il fut complété en 1618 et renouvelé en
1708, de sorte que l'on peut conclure que Levai vécut sous
cette loi communale jusqu'à la Révolution.
Le règlement dont il s'agit est, de toute certitude, issu du
droit colonger. Nous le résumons dans cette notice, ne fût-ce
que pour donner au lecteur une idée de la situation juridique
et administrative d'une commune affranchie, au commence-
ment de l'époque connue sous le nom de la Renaissance :
1. Quand les bourgeois sont ensemble (assemblés) et deman-
dent quelques choses, le plus doit emporter le moins et les
autres (la minorité) doivent suivre ce qu'est de raison.
2. Quand les jurés (juges élus par les bourgeois) comman-
deront les bourgeois ensemble et un ne se trouve doit estre
amendable de trois à ladite communauté, sinon (à moins
que) qu'il ne monstre occasions (excuses) raisonnables.
3. Quand la communauté sera commandée ensemble pour
aller lever une maison (charrier les pierres et les bois?) et un
ne se trouve doit estre amendable à ladite communauté d'une
livre cinq sous.
4. Tous les bourgeois trouvant quelqu'un prenant baire
(haie, clôture ?) ou les coupant, doivent rapporter (dénoncer).
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20i LEYAL
et celui qui sera trouvé sera amendable à ladite communauté
de quinze sous.
5. Tous ceux qui seront trouvés cueillant fruit sur les bois
du communal, soit cerises ou autres fruits, seront amendables
de dix sous à ladite communauté, et tous bourgeois doivent
les accuser.
6. Tous ceux qui seront pris en la Creuse le Badaire (nom
d'un canton) coupant bois, soit en cette ou autre creuse
(dépression de terrain, combe) seront amendables à la commu-
nauté de quinze sous. Et les coupans par le pied doit estre
chastié par le seigneur ou ses officiers, et doivent rapporter
tous les bourgeois de la communauté.
7. A été réglé que tous ceux qui feront faute de boucher
(réparer la clôture) après la Saint-George, sur le communal,
seront amendables de trois sous tous les jours (par jour de
retard).
8. Celui qui fera faute de se trouver es corvées pour refaire
les vies (chemins de défruitement) et chemins ou autre chose
sera pour trois sous d'amende.
9. A esté réglé que tous les bœufs qui passeront deux ans
ne se devront chasser devant le berger, et des deux der-
niers quarts d'an. Ceux qui auront des bœufs davantage que
leur charrue doivent payer deux bœufs pour une vache, et
aussi les autres que chasseront ces deux bœufs quart d'an
nommez cy devant. Mais les bœufs qui tireront ne les pourront
contraindre de les chasser.
10. Quand les banvoyes (bangards) trouveront bestes en
faisant dommage, les doivent rapporter es jurés et les jurés
doivent reconquester ladite amende et y défaillant la doivent
payer eux-mêmes.
11. Quand un hls de bourgeois jurera bourgeois, doit estre
pour le profit du communal cinq sous et non plus.
12. Quand il y voudrait venir un étranger bourgeois, doivent
attendre lesdits bourgeois, qu'il ait convenu d'avec le seigneur
et doivent prendre d'une livre moins que ledit seigneur.
13. Un berger qui plaidera (la garde du) le bétail et le lais-
sera devant le dernier quart d'an, doit à la communauté de
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LEVAL 905
brésie (dédit) quatre livres, sinon qu'il n'aye bonne et raison-
nable excuse.
14. Celui qui mettra le varay (verrat) à la Saint-Michel et
qui fera faute sera amendable tous les jours (de retard) de
trois sous d'amende.
15. Celui qui héberge un étranger plus de deux nuits doit
estre pour dix sous d'amende au communal, et s'il héberge
plus de deux nuits cela doit être rapporté au seigneur qui les
châtiera.
16. Quand les jurés commanderont les bourgeois de venir
devant le seigneur, celui qui fera faute sera chastié par ladite
communauté de quinze sous pour la première fois, et la
seconde au chastoy (châtiment) du seigneur officier.
17. Un qui rompera le Rupt (détournera le ruisseau), lesdits
bourgeois le doivent rapporter audit seigneur et les chastiera.
Et si sont les pescheurs cito^ cito le tout pesché, le doivent
refaire vitement et bien conune il estoit. — Jean-Henri de
Braiten-Landenberg.
Les noms des sept jurés qui furent élus par la conmiunauté
à la suite de ce statut méritent d'être conservés dans l'histoire
de cette commune ; ce sont : Servois, Rossât, Jean-Guillaume
Bellequippe, Nicolas Choffin, Conrad Scheuquelin et Clauderez
Droz.
En 1618, la communauté ajouta quelques articles à la consti-
tution qui précède ; elle décida : V que chaque bourgeois
paierait cinq sous par an pour « le gage des pauvres, les
héberger et les mener hors du village » ; 2** ceux qui n'auront
point de porc doivent payer pour un les quatre quarts d'an
(par trimestre) ; S"" celui qui doit mettre (fournir) le taureau,
le doit mettre à la Saint-Martin, à peine de chacune tournay
trois sous d'amende : 4** a esté conclu par les jurés et
messieurs les sept, et par le reste de la communauté, voyant
que cette règle a esté faite par les vieux par cy-devant, qu'un
qui fera faute de tonnayer son bétail, quand le tour luy vient,
doit estre amendable de vingt-cinq sous à la communauté ;
5*^ a esté réglé qu'une personne qui sera pris es soys (?) doit
estre amendable.
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5W6 MENONCOURT
Le titre est suivi des redevances payées à la communauté
pour chésal, vergers, prés, champs, chènevières et jardins,
par d'anciennes familles qui^e sont perpétuées et dont il est
bon de consigner les noms dans cette notice. Ce sont : les
Chaignat, Montavon, Clavey, Mathey, Voisin, Chrestien,
Devaux, Lau, Mang, Chevillât, Guenin, Ferney et Frossard,
tous illettrés, excepté les deux derniers.
En 1803, la population de cette commune était de 268 habi-
tants ; on y en a recensé 321 en 1876.
Levai faisait partie du canton de Masevaux; il est rattaché
aujourd'hui au canton de Fontaine. Distances légales: 1 myria-
mètre jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 8 kilomètres jusqu'à
Belfort.
Menoncourt. — Cette localité, dont l'origine remonte au
temps oîi tous les villages compris dans l'ancienne marche de
Boppe se sont formés, fit constamment partie de la mairie et
de la paroisse de Phaffans. Elle ne paraît avoir joué aucun
rôle particulier dans le passé de son ancienne mairie et de sa
paroisse. (Voy. Phaffans.)
Menoncourt est désigné dans les titres allemands sous le
nom de Miningen.
En 1347, ce village échut à Ursule de Ferrette, dans le par-
tage de la succession de sa mère, Jeanne de Montbéliard.
Ursule était mariée à Hugues de Hohenberg ou Montfort, qui
conserva pendant quatre années l'héritage de sa femme. Le
2 juin 1351, Ursule et son mari renoncèrent à cet héritage au
profit de leur beau-frère l'archiduc Albert d'Autriche, moyen-
nant une somme d'argent sur laquelle il était encore dû
3000 florins en 1359. Menoncourt fut ainsi incorporé, à partir
du 2 juin 1351, au domaine de la maison d'Autriche, et tomba
dans le domaine du duc de Mazarin en 1648.
En 1803, cette commune avait 241 habitants; on y en a
recensé 290 en 1876.
Menoncourt fait partie du canton de Fontaine. Distances
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MEROUX 307
Meroux. — L'absence d'observations directes et de
recherches spéciales, la pénurie de documents qui en est la
conséquence, rendent difficiles les études concernant l'origine
des villages du territoire. Ainsi, relativement à Meroux, est-
ce un couvent dont la tradition a conservé un souvenir fort
confus, qui a donné naissance au village, ou bien est-ce une
agglomération préexistante qui a déterminé la fondation du
couvent? Tel est le problème qui se pose et qu'aucune indi-
cation historique ne nous permet de résoudre dans un sens
plutôt que dans l'autre.
En 1210, le couvent existait déjà. Nous en trouvons la preuve
dans une charte de Frédéric II, comte de Ferrette, qui donne
à l'abbaye de Lieu-Croissant, près de l'Isle-sur-le-Doubs, un
fief sur le territoire de Soultz, pour la dédommager du préju-
judice qu'il lui avait causé. B..., prieur de Meroux, figure
comme témoin de cette charte, qui fut donnée à Cernay.
Ainsi, en 1210, le couvent de Meroux existait déjà. Des titres
postérieurs nous apprennent que c'était un couvent de béné-
dictins et que son église était placée sous l'invocation de
Saint-Nicolas.
Relevait-il de l'abbaye de Cluny, comme ceux d'Altkirch, de
Morteau, de Froidefontaine et de Valdieu, qui étaient aussi
des monastères de bénédictins? Aucun document ne nous
permet de l'affirmer. Cependant, ces maisons étant consacrées
au même ordre monastique, il est vraisemblable qu'elles étaient
dans la dépendance de la même maison-mère. Dans ce cas, on
est amené à penser que la fondation du prieuré de Meroux est
due à l'un des premiers comtes de Montbéliard, à Louis de
Mousson peut-être, qui commença à régner en 1024 et qui,
en organisant son comté en seigneuries, favorisa en même
temps la fondation des maisons religieuses, dans le but d'en
faire les auxiliaires de son règne et de la civilisation du
pays.
La fondation de Saint-Nicolas de Meroux remonterait ainsi,
sinon au XP siècle, du moins au XIP ; il était, dans tous les
cas, en plein exercice, au commencement du XIIP, puisque
son prieur figure, à ce titre, comme témoin de la charte dont
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308 MESIRÊ
il vient d'être fait mention. Une autre titre, du 22 avril 1328,
constate que ledit prieuré de Meroux possédait des colonges
à Bonfol, dont dépendaient huit journaux de terres dissémi-
nées sur le finage.
Sous les comtes de Montbéliard, Meroux forma une mairie
avec Vezelois, de la dépendance de la seigneurie du Rosemont.
Cette dépendance continua à subsister quand la seigneurie
fut advenue à la maison d'Autriche.
Meroux fut alors désigné dans les titres allemands sous le
nom de Mœrlingen.
En 1441, le prieuré de Saint-Nicolas de Meroux fut réuni
au chapitre de la collégiale de Belfort.
Il n'est pas probable que ce prieuré ait échappé aux vio-
lences du soulèvement des paysans, en 1525 ; cependant il ne
périt point en cette occasion, car il était encore debout au
siècle suivant; mais, à la fin de 1632 ou au commencement
de 1633, il fut ravagé par l'armée suédoise qui assiégeait Belfort
et il ne se releva plus.
On n'a conservé dans la commune aucune indication précise
de son emplacement. On prétend que l'église du prieuré était
sur le cimetière actuel et qu'une maison du voisinage de
ce cimetière, incendiée en 1871, était une dépendance du
couvent.
Après 1648, Meroux fit inscrire sur l'armoriai général de
France les armes suivantes, pour la communauté :
jyazwr^ à trois pommes de pin fcPorJj deux et une. (Voy.
N*" 22 des planches.)
En 1803, Meroux avait une population de 421 habitants ; on
y en a recensé 641 en 1876.
Cette commune appartient au canton de Belfort. Distance
légale, 6 kilomètres.
Mesiré. — Cette localité faisait partie du fief de Grand-
villars, dans l'histoire duquel la sienne se confond. Elle
demeura au comté de Montbéliard depuis la fondation de ce
comté jusqu'au milieu du XIV* siècle, époque à laquelle on la
voit apparaître dans les titres que nous pouvons consulter.
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MONTBOUTON 200
En 1317, une dîme de Mesiré était revendiquée à la fois par
Tabbaye de Moutiers-Grandval et Henri de Porrentruy ; une
sentence arbitrale du 24 mars l'adjugea à l'abbaye. M. Stoffel
constate qu'en la même année 1317, Mesiré figure dans un
rôle de la seigneurie de Belfort. Ces deux mentions sont, jus-
qu'à présent, les plus anciennes que l'on a rencontrées dans
les titres concernant la commune.
En 1333, Mesiré advint à Jeanne de Montbéliard, comtesse
de Ferrette et marquise de Bade, dans le partage de la succes-
sion de son père, Renaud de Bourgogne, comte de Montbé-
liard. Foi et hommage furent rendus la même année au mar-
quis de Bade, pour le fief de Mesiré, par la dame qui en était
alors investie.
En 1347, il échut à Jeannette, fille de Jeanne, dans le par-
tage de la succession de cette dernière. Jeannette était l'épouse
de l'archiduc d'Autriche Albert II, qui avait succédé au comte
de Ferrette. De^ cette année date donc la distraction de Mesiré
du comté de Montbéliard, pour passer au comté de Ferrette
et au domaine de la maison d'Autriche.
Dans les titres allemands de cette époque Mesiré est désigné
sous le nom de Miserach.
Quant aux temps qui suivirent, nous ne saurions que répéter
ce qui a été dit relativement au fief dont Mesiré faisait partie.
(Voy. Grandvillars.)
En 1803, la population de Mesiré était de 287 habitants; on
y en a recensé 744 en 1876.
Mesiré fait partie du canton de Délie. Distances légales :
1 myriamètre jusqu'à Délie; 1 myriamètre 6 kilomètres jus-
qu'à Belfort.
Montbouton. — Hameau ou commune, Montbouton fit
partie, dans les temps reculés, du domaine de Délie, de la
mairie et de la paroisse de Saint-Dizier. L'abbaye de Murbach
y avait des biens et des droits qu'elle conserva depuis 728
jusqu'en 1235. En cette année, elle les donna en fief direct au
roi des Romains et se réserva la moitié des revenus. En 1274,
au mois d'avril, elle vendit, à titre de fief, ce qui lui restait à
14
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210 MONTREUX'CHATEAU
Montbouton, au comte de Montbéliaxd, ITiierry III, le Grand-
Baron.
En 1303, Montbouton est déjà qualifié de village dans Tétat
des revenus et prestations dont jouissaient, dans différentes
localités, les ducs d'Autriche, landgraves de la Haute-Alsace.
Le village leur payait annuellement 24 sous de contribution
landgraviale. Montbouton avait aussi déjà sa chapelle et son
vicaire, relevant sans doute de l'église de Saint-Dizier. Le
vicaire est en effet inscrit au même rôle pour une contribu-
tion annuelle de 12 sous au plus, de 2 pfennings au moins
et de 2 quartauts d'avoine.
En 1331, Henri de Délie était investi du fief de Montbouton,
consistant dans les terres des archiducs d'Autriche et les
hommes qui étaient établis sur ces terres. En 1333, un Henri
de Montbouton était bailli de Délie.
Quant à la chapelle, un prêtre nommé Jean la desservait
en 1327; en 1404, c'était Girard Chîquet et, en 1466, Jean
Perisot. Les noms de ces vicaires sont relevés parmi les
témoins d'actes dont l'objet est étranger aux recherches qui
nous occupent
M. Stoffel constate, d'après les actes du chapitre de Belfort,
qu'en 1627 l'église de Montbouton était encore un vicariat
Elle dépendait du décanat de l'Ajoie et était sous l'invocation
de Saint-Léger, ce qui permet, jusqu'à un certain point, de
conclure que la chapelle devait son origine à l'abbaye de Mur-
bach, donnant à un édifice religieux, situé à l'extrémité de ses
possessions du sud, le même patron qu'à l'église primitive de
Guebwiller.
En 1803, la population de Montbouton était de 173 habi-
tants. Le recensement de 1876 y en a compté 527.
Montbouton fait partie du canton de Délie. Distances
légales : 9 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton ; 2 myria-
mètres 5 kilomètres jusqu'à Belfort
Montreux - Château. — Un diplôme de l'empereur
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MONTREUX-CHATEAU 211
à cette date et nous apprend que son église, dédiée à Sainte-
Marie, appartenait alors à l'abbaye d'Andlau.
Une charte de Mathilde de Dagsbourg, donnée vers l'an
1094, nous apprend aussi que l'abbaye de Woffenheim (Sainte-
Croix-en-plaine) avait des biens à Montreux,
Ainsi Montreux existait au X* siècle et avait son église,
d'oîi l'on peut conclure que l'agglomération avait déjà une
certaine importance.
Quel fut son sort au siècle suivant? Aucun document ne
nous l'apprend. Il est à présumer que les deux abbayes dont
il est question conservèrent leurs possessions, les agrandirent
même, et que la situation de Montreux resta ce qu'elle était
auparavant, c'est-à-dire le domaine des ducs d'Alsace avec
les deux maisons religieuses en participation.
Au XIP siècle, la situation change. Schœpflin dit que le
domaine de Montreux était un fief du château de Délie.
M. StoflFel affirme, tout aussi laconiquement, que c'était un
fief du comté de Ferrette. La contradiction est brusque, mais
elle n'est qu'apparente. L'une et l'autre affirmation sont vraies.
Seulement, le fief de Délie ne peut remonter à une date plus
reculée que la construction du château, de même que le fief
du comté de Ferrette ne peut remonter à une date plus reculée
que la constitution du comté. Or, le comté de Ferrette se
constitua en 1125 et le château de Délie ne remonte pas au
delà de 1232; de sorte que l'on peut conclure que le fief de
Montreux-Château releva d'abord des comtes de Ferrette et
ensuite du château de Délie ou des ducs d'Autriche qui succé-
dèrent aux comtes de Ferrette.
Le château de Montreux a dû être construit dans la pre-
mière moitié du XII* siècle, c'est-à-dire immédiatement après
la constitution du comté de Ferrette et l'inféodation du
domaine au premier membre de la famille de Montreux, dont
le nom nous est jusqu'à présent demeuré inconnu.
Le château fut élevé au sud et à proximité de l'église; il fut
entouré d'une haute muraille et deux portes, dit M. Henri
Bardy, y donnaient accès. La principale était défendue par
deux tours, l'autre n'était qu'une poterne en face de l'église;
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^2 MONTRSnX-GHATEAU
un fossé entourait le tout jusqu'au marais sur le bord duquel
le château était élevé.
Dès ce moment Montreux constitua le bourg qui prit le nom
de Montreux-Château. Cette transformation dut s'opérer dans
l'intervalle compris entre l'année 1125 et Tannée 1170. Nous
tirons cette conclusion du fait qu'avant la constitution du
comté de Ferrette, en 1125, le château n'existait pas et qu'en
1170 Montreux-Château ou le bourg avait acquis une certaine
importance, car il avait son maire {villims), appelé Albert
dont nous rencontrons le nom parmi les témoins d'une dona-
tion de Raimbaud de Spébach en faveur de l'abbaye de
Bellelay.
Le nom allemand de Munsterol figure dans tous les titres
que nous venons de citer.
A partir de ce moment, l'histoire de Montreux-Château n'est
autre que celle de ses seigneurs.
La seigneurie comprenait : Montreux-Château, Montreux-
Vieux, Montreux-Jeune, Chavannes-sur-l'Etang, Grùn au
Valdieu, Chavannes-les-Grands, Bretagne, Foussemagne, Fon-
taine, Cunelière, et, plus tard, Magny, Romagny et Lutran.
Cette seigneurie relevait naturellement du comté de Fer-
rette, dont elle faisait partie.
Le premier des ministériaux des Ferrette à Montreux ou
des seigneurs de Montreux-Château que nous rencontrons est
le chevalier Werner de Montreux.
En 1188, il est témoin dans une charte de l'évêque de Bâle
concernant le monastère de Lieu-Croissant.
En 1194, Hugo de Montreux était chanoine de l'église de
Bâle.
En 1241, Henri de Montreux est témoin dans une transac-
tion conclue entre Hermann de Montjoie et Henri de
Kienberg.
En 1281, au mois de mai, Werner de Montreux est arbitre
dans une composition entre l'évêque de Bâle, Henri d'Isny, et
Thiébaut, comte de Ferrette, au sujet de leurs prétentions
réciproques sur Florimont.
En 1291, Otton de Montreux est qualifié sire ou seigneur de
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MONTREUX-GHATEÂ.U ^8
Montreux. Il figure aussi comme témoin dans une vente faite
par le prévôt d'Œlenberg à l'abbaye de Lucelle et est qualifié
de bourgeois de Cernay. La vente est du 19 janvier.
Au XIIP siècle, dame Louise de Montreux meurt au couvent
d'Unterlinden de Colmar.
En 1320, le 28 novembre, nous trouvons un Werner de
Montreux, qualifié chanoine de l'église de Saint-Amarin.
En 1333, Fery de Montreux était investi dé ce fief. Il rend
foi et hommage au marquis de Bade, époux de Jeanne de
Montbéliard, veuve d'Ulrich II, comte de Ferrette, et de
laquelle le fief de Montreux relevait, après la mort d'Ulrich.
En 1333, les P' et 2 juin, Robert de Montreux est témoin
dans une vente que l'épouse de Jean de Montreux-le-Vieux
fait à son frère Ulrich de Châtel-Vouhay.
En 1347, le 26 août, le fief de Montreux échoit en partage à
Ursule de Ferrette, comtesse de Hohenberg = Montfort. Le
fief était alors tenu par Jean de Montreux, fils de Guillaume.
En 1350, Albert d'Autriche, époux de Jeannette de Ferrette,
sœur d'Ursule, rachète de celle-ci tout ce qu'elle avait hérité
et conséquemment le domaine de Montreux. C'est de cette
année ou de l'année suivante que date la dépendance du fief
de Montreux du château de Délie, relevant directement de
l'Empire et possession allodiale de la maison d'Autriche.
En 1351, Jean de Montreux était en possession du fief.
Le 24 juUlet de la même année, il est qualifié de baron de
Montreux et donne en fief héréditaire à un bourgeois de Bâle
le village de Willer, près Saint^Léger, ainsi que deux autres
qui n'existent plus.
En 1354 et 1360, Antoine et Jean de Montreux étaient reli-
gieux au couvent des franciscains de Thann.
En 1386, le 9 juillet, Frédéric, seigneur de Montreux, est au
nombre des gentilshommes alsaciens qui périssent à la bataille
de Sempach.
En 1397, le 3 novembre, Robert représente le seigneur de
Montreux comme témoin dans le contrat de mariage d'Hen-
riette de Montbéliard avec Eberhard, duc de Wurtemberg.
En 1444, Jean de Montreux écrivit, le 20 mars, au magistrat
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214 MONTREUX-CHATBAU
de Strasbourg, une lettre qui atteste que les Armagnacs com-
mirent de grandes cruautés dans cette commune, relevant de
la maison d'Autriche.
En 1453, Georges, bâtard de Jean de Montreux, est institué
prévôt de Belfort, par Albert-le-Prodigue, archiduc d'Au-
triche.
En 1455, Jean de Montreux est délégué avec d'^autres, par
l'archiduc Albert, pour lever des contributions en argent dans
le pays.
En 1458, Jean de Montreux meurt en laissant deux fils, qui
se partagent le fief. L'aîné, Frédéric, eut Cunelières, Frais,
Chavanne-sur-l'Etang, Chavannes-les-Grands, Lutran, Magny,
Romagny et Grtine au Valdieu.
Le cadet, Antoine, eut Foussemagne, Montreux-Vieux,
Montreux-Jeune, Bretagne et Fontaine.
Quant à Montreux-Château, il demeura en commun entre
les deux branches.
En 1474, l'archiduc Sigismond reprend possession des terres
landgraviales et Antoine de Montreux, branche cadette, qui
avait pris parti pour Charles-le-Téméraire contre Sigismond,
est dépossédé de son fief.
En 1475, Frédéric de Montreux, chef de la branche aînée,
n'ayant pas d'enfants mâles, obtint de l'archiduc Sigismond la
transmission du fief à ses tilles et leurs descendants. Il en
avait trois, mariées à Etienne de Saint^Loup, Christophe de
Hadstatt et Louis de Reinach.
En 1478, Eschêne et Autrage sont inféodés à Frédéric et à
ses successeurs.
En 1490, Frédéric de Montreux meurt et ses trois gendres
sont co-investis de son fief.
En 1498, Conrad de Morimont et Pierre de Bollwiller sont
co-investis du fief dont Antoine de Montreux avait été dépos-
sédé en 1474.
En 1519, Etienne de Saint^Loup meurt sans enfants.
En 1549, Guido de Montreux, le dernier de sa race, dut
mettre en possession de la moitié de son domaine Nicolas
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MONTREUX-CHATEAU 215
Perrenot de Grandvelle, moyennant finance et sur l'ordre de
l'empereur Ferdinand I". De là les Montreux-Grandvelle.
C'est avec Guido que s'éteint la famille des Montreux.
En 1585, la race des Hadstatt s'éteint et tout le domaine de
Frédéric devait revenir aux enfants de Louis de Reinach-
Montreux.
Mais dès 1560, Ferdinand I" avait substitué une autre
branche des Reinach à celle de Louis de Reinach-Montreux,
la branche de Henri, dont les descendants formèrent à leur
tour trois branches : celle des Reinach-Foussemagne, Munt-
zingen et Hirtzbach. Les deux premières possédèrent en
commun les parties vacantes du fief.
A l'extinction des Morimont, des Bollwiller et des Grand-
velle, au commencement du XVIP siècle, les Reinach-Fousse-
magne achetèrent les parties qu'ils avaient possédées, et c'est
ainsi que tout le domaine se trouva définitivement entre leurs
mains.
Quant à la lignée de Louis de Reinach-Montreux, dépossédée
dès 1560, elle s'éteignit en 1704 dans la personne de Philippe-
Charles de Reinach-Montreux, capitaine au régiment d'Alsace.
La première église de Montreux, apparue au X* siècle et
dédiée à Sainte-Marie, avait sans doute fait place à un édifice
que nous trouvons au XV* siècle, sous l'invocation de Saint-
Jacques-le-majeur, avec trois autels latéraux dédiés, l'un à
Saint-Nicolas avec une confrérie du Saint Nom de Jésus , le
second à Saint-Georges avec une chapellenie, et le troisième
à Sainte-Catherine, également avec une chapellenie.
Après le retour de l'Alsace à la France, la communauté se
fit inscrire aux armes suivantes dans l'armoriai général :
Uazwr à un château d'or^ sur U7ie terrasse de sinople. (Voy.
N^ 23 des planches.)
On voit apparaître à cette époque la famille Reiset, qui
fournit de père en fils et jusqu'à la Révolution, oîi nous trou
vous un Genty qui leur avait succédé, les baillis de Montreux-
Château.
En 1803, la population de cette commune était de 249 habi-
tants; on y en a recensé 595 en 1876.
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216 MOBVILLABS
Montreux-CMteau appartient au canton de Fontaine. Dis-
tances légales : 7 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre
4 kilomètres jusqu'à Belfort
Morvillars. — L'histoire de Morvillars est liée à celle de
Grandvillars et de Délie. La première mention spéciale que
l'on rencontre de cette localité est du 19 mars 1222. Gérard
de Rougemont, archevêque de Besançon, donne à son église
métropolitaine, pour la fondation de son anniversaire, l'église
de Morvillars.
Quant au domaine laïque, il appartenait à cette époque au
comté de Montbéliard et faisait partie du iief de Grandvillars.
Il fut détaché de ce comté en 1332, et appartint à Jeanne de
Montbéliard, comtesse de Ferrette, puis marquise de Bade, à
laquelle il fut attribué dans le partage de la succession de son
père, Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard. En 1333,
le sire de Morvillars rendit, en effet, foi et hommage de son
fief à Raoul Hesse, marquis de Bade et second mari de
Jeanne.
Le nom que les titres allemands donnèrent 'à cette localité
est celui de : Welsch-MorschvnUer.
En 1347, le 26 août, Morvillars échut à Jeannette, fille aînée
de Jeanne. Jeannette avait épousé Albert II, archiduc d'Au-
triche et successeur des comtes de Ferrette. Morvillars se
trouva ainsi détaché définitivement du comté de Montbéliard
et incorporé au comté de Ferrette ainsi qu'au domaine de la
maison d'Autriche. C'est de cette époque aussi que date sa
dépendance du château de Délie qui appartenait, depuis 1232,
au domaine de la maison d'Autriche, à titre de fief relevant
de l'Empire.
Morvillars eut son sire et son château particuliers; ils
constituaient une dépendance du fief de Grandvillars et eurent
le même sort dans les temps qui suivirent. Au siècle dernier,
Morvillars était la propriété des Basinier, qui le conservèrent
jusqu'à la Révolution. Une élégante maison d'habitation s'élève
aujourd'hui sur les ruines de l'ancien château.
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MOVAL — NORMANVILLARS 217
En 1803, la population de Morvillars était de 331 habitants;
on y en a recensé 672 en 1876.
Cette commune appartient au canton de Délie. Distances
légales : 8 kilomètres jusqu'à Délie; 1 myriamètre 5 kilo-
mètres jusqu'à Belfort.
Moval. — Nous n'avons sur cette localité que les brèves
indications fournies d'abord par Schœpflin et ensuite par
M. Stoffel. Moval, d'après Schœpflin, n'avait qu'une bien mince
importance au siècle dernier ; c'était plutôt des fermes qu'un
village. Ces fermes faisaient partie de la mairie de VAssise-
sur-Veau. M. Stoffel trouve un Jean de Moval en 1430 dans le
registre de la fondation d'anniversaires du chapitre de Belfort;
il constate en outre que ledit chapitre et le prieuré de Meroux
y avaient des cens.
La population de Moval était de 66 habitants en 1803;
on y en recensé 86 en 1876.
Moval appartient au canton de Belfort. Distance légale,
8 kilomètres.
Normanvillars. — Ancien village qui nous paraît avoir
disparu dans le cours du XV*» siècle. La charte de dotation du
prieuré de Froidefontaine constate qu'il existait au commen-
cement du XIP siècle et qu'il faisait partie de la mairie et de
la paroisse de Grosne. Son ban était limité au nord par ceux
de Suarce et de Vellescot, au sud par celui de Joncherey, à
l'est par ceux de Faverois et de Florimont, et à l'ouest par
ceux de Vellescot et de Boron. Le ban de cet ancien village
est resté jusqu'à nos jours une enclave distincte, connue sous
le nom de domaine de Normanvillars. Il a continué, jusqu'au
commencement de ce siècle, à appartenir aux descendants des
derniers ministériaux des dynastes de Ferrette, dont un des
derniers alliés, M. de Salomon, a sa tombe au nord de l'église
de Grosne. Ce domaine se compose d'un certain nombre de
fermes, disséminées sur l'étendue de l'ancien ban du village
et qui sont devenues des propriétés particulières.
M. Trouillat attribue à Novillard la désignation de ce village
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218 NOVILLARD
qui se trouve dans la charte de dotation du prieuré de Froide-
fontaine. C'est évidemment une erreur. La dernière mention
de cette localité se lit dans un urbaire du prieuré de
Froidefontaine, du XV* siècle. Elle y est désignée sous le titre
de : colonges de Normanvillars. Il règne au pays, sur la dispa-
rition du village primitif, une légende qui nous paraît n'avoir
aucune teinte de vraisemblance. Nous n'en faisons mention
que pour mémoire : un eJBfondrement du sol aurait englouti le
village. Or, aucune partie de l'étendue du domaine ne nous
paraît présenter des traces d'un semblable cataclysme.
(Voy. Orosne.)
Novillard. — Le territoire sur lequel cette commune est
assise formait, sous les comtes du Sundgau, l'extrême limite
sud de la seigneurie de Rougemont. Le chêne fourchu de la
forêt de Qaercubus, désignée dans la dotation du prieuré de
Froidefontaine, marquait cette limite. Il y avait probablement
sur ce point quelques huttes, quelques chétives habitations
disséminées, mais elles ne formaient encore aucune agglomé-
ration particulière.
Quand le premier comte de Ferrette eut pris possession de
son héritage paternel, dont la seigneurie de Rougemont faisait
partie, il songea à favoriser le développement des ressources
de son comté. Les maisons religieuses étaient alors un des
plus puissants auxiliaires des dynastes. Aussi, Frédéric I" ne
tarda point à fonder le couvent des bénédictins de Valdieu et
à comprendre dans sa dotation le sol, les huttes et les habi-
tants de l'extrémité sud de la seigneurie de Botenherg =
Rougemont. Ce qu'il avait fait en 1105 pour le lieu du martyr
de Saint-Maimbœuf, de concert avec sa mère et son frère
Thierry, il le fit pour Valdieu et le canton du chêne-fourchu
après 1125, c'est-à-dire lorsqu'il eut pris possession de son
comté de Ferrette.
M. Trouillat commet une erreur dans l'interprétation de la
charte de 1105, oîi il voit Novillard dans le Normanno-ViUario
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NOVILLABD 219
Après la fondation du monastère de Valdieu, le premier
soin des bénédictins fut d'ériger une église, au nord du chêne-
fourchu, et le premier soin du comte fut de leur concéder le
droit de coUature. L'église fut placée sous l'invocation de
Saint-Julien, et les habitations éparses ne tardèrent pas à se
grouper autour de ce premier édifice du culte nouveau.
M. Stoffel constate qu'en 1251, l'église dont il s'agit est
désignée : in parochia de Neueuiller, dans un urbaire du
prieuré de Froidefontaine. Neueuiller = village neuf = No vil-
lard existait donc en 1251, et Eschêne-Autrage relevait de sa
paroisse, de même que Rechotte qui, au temporel, appartenait,
avec Eschêne-Autrage, au prieuré de Froidefontaine.
Novillard devint alors le chef-lieu d'une mairie de la
seigneurie de Rougemont et de la prévôté d'Angeot. Comme
dépendance de la seigneurie de Rougemont et de la prévôté
d'Angeot, toutes les phases de l'histoire politique de cette
seigneurie deviennent ainsi communes à la mairie de
Novillard.
Au point de vue spirituel, Novillard continua à dépendre
du monastère de Valdieu. En 1441, le liber marcarum de
Tévêché de Bâle signale un recteur et un vicaire de la paroisse
de Novillard, qui payaient annuellement à l'évêché une contri-
bution de six marcs. En 1663, l'église de Novillard fut attri-
buée aux jésuites d'Ensisheim, et en 1776 au collège royal de
Colmar.
Quant au domaine laïque, il échut, après 1648, au duc de
Mazarin et à ses successeurs, qui le possédèrent jusqu'à la
Révolution.
Après le retour de l'Alsace à la France, la communauté de
Novillard prit les armoiries suivantes, inscrites dans l'armoriai
général de France :
Uaziir à un arbre arraché d'or. (Voy. N° 24 des planches.)
On retrouve dans ces armoiries une allusion évidente au
chêne-fourchu marquant la limite de l'ancienne seigneurie.
En 1803, la population de Novillard était de 171 habitants.
On y 'en a recensé 187 en 1876.
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290 OFFEMONT
Novîllard appartient au canton de Belfort. Distance légale,
1 myriamètre 1 kilomètre.
Offemont. — Les ruines découvertes à Offemont en 1841
établissent péremptoirement que ce point du territoire fut
habité sous les Romains, et que ceux-ci y avaient créé une
villa ou un poste colonger d'une certaine importance. Les
objets provenant de ces ruines forment, au musée de Cohnar,
une collection intéressante pour Tétude de l'époque gallo-
romaine. La poterie fine, les grandes tuiles à rebords, les
tuyaux de chauffage, la ferronnerie et les médailles y sont
représentés par de beaux échantillons; vingt et quelques
exemplaires de monnaies en bronze aux effigies d'Auguste,
de Caligula, d'Antonin, d'Adrien, de Trajan, de Gallien, de
Maximin, de Tetriçus, de Decentius, de Salonin, de Valérien,
de Constantin et de Claude II, jalonnent sur ces ruines le
temps qui s'est écoulé du P' siècle jusqu'à la fin du IV% c'est-
à-dire jusqu'à la veille des grandes invasions barbares qui
détruisirent de fond en comble tout ce que la civilisation
romaine avait édifié au pays.
Le poste ou mieux la villa romaine avec ses colonges devait
être en communication, par des chemins secondaires, avec
Bracel = Brace, d'une part, et d'autre part avec les colonges
de la via petrosa de nos anciens auteurs, ou de Perouse, dont
l'origine remonterait également aux temps les plus lointains
de notre histoire.
Si, partant d'Offemont, le lecteur veut bien faire le trajet
de cette commune à Perouse, en se dirigeant vers le point où
la forêt des Bromonts et celle de la Miotte se rejoignent, il
reconnaîtra d'abord au milieu des champs une excavation du
chemin de défruitement et qui présente, sur environ deux
cents mètres de longueur, tous les caractères des anciens che-
mins celtiques observés avec tant de précision par M. Auguste
Quiquerez jusqu'aux confins du territoire de Belfort. Il fera
encore la même observation aux abords de la jonction des
deux forêts dont il est question, et il reconnaîtra volontiers
qu'au point de jonction même, la roche a été attaquée par la
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OFFEMONT 331
main de Phomme pour adoucir le passage. Ce chemin se diri-
geait ensuite jusqu'à la via petrosa, au-dessus de Perouse. Il
est encore fréquenté de nos jours par quelques piétons et sert
au défruitement des propriétés qui le bordent.
Les anciens titres ont d'ailleurs conservé des traces de sa
très grande ancienneté. M. Stofifel le trouve, en 1347, désigné,
avec le canton qu'il traverse, sous le nom de Vailx, puis de
Valx, Vaulx, et enfin Pertux = Pertuis.
Quant à la voie qui devait relier la villa colongère à Brace,
nous n'en apercevons plus aucune trace, mais la proximité de
ces deux anciennes localités suflBtpour faire admettre qu'elles
furent nécessairement en communication par une voie d'une
importance secondaire peut-être, et à tout le moins par une
via vidnalis.
La colonie d'Oflfemont, détruite par les barbares, paraît ne
s'être relevée que tardivement. Nous n'en trouvons aucune
mention sous le règne des Montbéliard-Ferrette, c'est-à-dire
de 1024 à 1125. Quoique contigu à la seigneurie du Rosemont,
Oflfemont n'en fit jamais partie, alors que des localités situées
plus au sud, Vezelois et Meroux, en formèrent une mairie.
De 1125 jusqu'en 1332, c'est-à-dire pendant le règne des
comtes de Ferrette, jusqu'à l'avènement de la maison d'Au-
triche, on ne trouve non plus aucune mention de cette localité,
dont le ban paraît cependant avoir fait partie du comté. Mais
Oflemont devait alors exister, car nous touchons au terme oh
les titres vont le révéler. Cette localité consistait probable-
ment en quelques fermes issues des anciennes colonges gallo-
romaines et restées, pendant des siècles d'une laborieuse
résurrection, attachées aux colonges congénères de Petrosa=
Perouse, de l'époque gallo-romaine.
En 1324, Offemont était donc compris dans la part qui
advint définitivement, en 1332, à la comtesse de Ferrette,
Jeanne de Montbéliard, dans le partage de la succession de
son père; et lorsqu'on 1347 la succession de Jeanne fut par-
tagée entre ses quatre filles , Offemont échut à Ursule,
mariée au comte de Hohenberg ou Montfort. Offemont formait
alors une mairie avec Perouse. En 1350, Ursule et son mari
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222 OFFEMONT
vendirent à leur beau-frère, Albert d'Autriche, leur héritage
maternel, et de cette époque date l'annexion définitive d'Offe-
mont au comté de Ferrette et au domaine patrimonial de la
maison d'Autriche.
Sous cette domination, Ofifemont paraît s'être développé
assez notablement et, chose digne de remarque, le lien originel
entre Ofifemont et Perouse se dessina plus vigoureusement
qu'auparavant. Offemont demeura attaché à la mairie dont
Perouse fut le chef-lieu. M. Stofifel relève dans les comptes de
la seigneurie de Belfort, de 1427, la définition suivante :
Meygerthum Offemundt imd Fhetterhusen ; c'est-à-dire :
Mairie d'Ofifemont et de Perouse. Telle était au XY^ siècle, et
telle est demeurée jusqu'en 1648, la condition politique de la
commune d'Ofifemont.
Sa situation au point de vue spirituel se déduit facilement
de ce qui précède. La mairie et la paroisse étaient alors, sinon
une seule et même chose, du moins une seule et même cir-
conscription. Ofifemont dépendit constamment de l'église de
Perouse, qui ne fut d'abord qu'une chapelle, puis une église
filiale de celle de Phafifans. Cependant Ofifemont finit par être
aussi doté d'une chapelle, à une époque que les documents ne
nous permettent pas de préciser. Le desservant de Perouse
vint ofi&cier dans la chapelle, qui était une annexe de son
église; cette chapelle était dédiée à Saint- Augustin. Plus
tard, le chapitre de Belfort revendiqua ce soin, car, lors de
sa fondation, en 1342, par la comtesse de Katzenellenbogen,
il avait été doté de quelques cens à percevoir à Ofifemont.
L'église de Perouse finit par être privée de fait de son
ancienne annexe et fut remplacée par l'église de Belfort,
dont un prêtre desservit la chapelle d'Ofifemont. Cette situa-
tion dura jusqu'en..., époque à laquelle la chapelle fut érigée
en église paroissiale.
En 1803, la population d'Ofifemont était de 325 habitants ;
on y en a recensé 537 en 1876.
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OYE — PEROUSE 223
Oye. — Ce village était situé entre Bermont et Châtenois.
Au XIP siècle, le prieuré de Lanthenans y avait des posses-
sions. Cela résulte d'une charte du 5 janvier 1147, par laquelle
Humbert, archevêque de Besançon, confirme audit prieuré ses
possessions, parmi lesquelles une pièce de terre à Oye.
En 1347, Oye est encore cité comme étant échu à Jeannette
de Ferrette, archiduchesse d'Autriche, dans le partage de la
succession de sa mère. (Voy. Châtenois.)
En 1633, tandis qu'une partie de l'armée suédoise assiégeait
Belfort, l'autre ravageait les campagnes et détruisit Oye en
remontant la vallée. (Voy. Vezelois.)
Oye ne s'est plus relevé; il s'est fondu avec Châtenois et
Bermont. Une forêt porte encore le nom du village détruit, et
une ancienne fontaine, au nord de Châtenois, rappelle le lieu
où le village était assis.
Perouse. — On rencontre, dans les anciens documents
historiques et dans les recherches modernes, des indications
auxquelles nous voudrions demander quelques lumières, sans
nous livrer à une réfutation des opinions divergentes.
M. Clerc et M. de Golbery démontrent qu'une voie romaine
passait de Vourvenans par Perouse et continuait sa course
vers Rougemont. Selon M. Coste, le nom de Perouse serait
dérivé de viapetrosa, de la voie pierreuse qui passait à l'en-
droit où le village est établi et qui, de là, jetait deux branches,
dont l'une se dirigeait vers Offemont, tandis que l'autre se
prolongeait dans la direction de Rougemont.
Le 12 février de l'année 730, le comte Eberhard donne h
l'abbaye de Murbach, qu'il avait fondée en 728, basilica =
l'église fondée en l'honneur de Sainte-Marie in loco nuncupante
Petrosa = Perouse, in pago alsadns = au duché d'Alsace.
Ces indications permettront peut-être de conclure qu'il s'agit
réellement de Perouse et qu'ainsi cette localité devrait son
origine à une colonie fondée sur la via petrosa de Vépoque
gallo-romaine.
D'autres indications non moins concluantes, quoiqu'enta-
chées d'une certaine confusion, se présentent pour les époques
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234 PBROUSE
gallo-franque et germaine. Dans les titres allemands, le nom
de Perouse est souvent écrit comme celui de Pfetterhaitsen,
du canton de Ferrette. Nous essayons de faire la part de
Fheterhausen = Perouse, devenu au XI« siècle, pensons-nous,
chef-lieu d'une mairie de la seigneurie de Belfort.
En 1241, Bourcart d'Asuel résigne, pour des motifs de
pauvreté, curtem = la colonge qu'il tenait en fief de l'évêque
de Bâle à Fheterhausm = Perouse.
Le P' décembre 1295, Henri de Delémont, écuyer et gendre
de Richard de Belfort, reprend en fief du comte de Montbé-
liard différents biens et redevances, parmi lesquels 4 sous
censaux et deux bichots d'avoine dûs annuellement par
« Jeannet de Per'ouse » sur la terre ou la colonge qu'il
occupe.
Le 9 septembre 1305, Thiébaut d'Asuel résigne un fief qu'il
possédait in villa ^eu territorio de Pheterosa = dans le
village ou le territoire de Perouse, et qui consistait en un
manse de terre occupé par Robert et Martin, dits les bergers,
et que Bourcart d'Asuel, entre les mains duquel le fief est
résigné, assigne en douaire = Morgengaben à Annelat, sa
femme légitime.
En 1343, le 16 février, un rôle des colonges appartenant au
sire de Valengin est rédigé au plaid tenu h Miécourt. Les
colonges de « Perouse » sont désignées dans ce rôle ; on est
porté à croire qu'il s'agit bien de Perouse près Belfort, et non
de Pheterhausen qui, cependant, est plus rapproché que
Perouse de la mairie colongère de Miécourt. Il semble qu'il
ne saurait y avoir de doute à cet égard; le château de Valengin
relevant des comtes de Montbéliard, les colonges de Perouse
auraient continué à faire partie des fiefs de la mouvance du
comté. Si cette interprétation est conforme à la vérité, les
colonges de Perouse auraient été soumises à la loi colongère
de la mairie dont il s'agit. Il n'est donc pas sans intérêt de
citer ici quelques-unes des conditions qui liaient les colons à
leur seigneur.
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PEROUSE 2185
Dans le cas où il faudrait un nouveau maire, il appartient
aux colongers de l'élire et de le présenter au seigneur.
Le maire a droit, de la part du seigneur, à une robe qui
peut coûter 60 sous, parce que le maire a charge de recevoir
pour le seigneur tout ce qui est dû par les colongers.
Le maire doit tenir le plaid toutes les fois qu'il en est besoin
et qu'il en est requis selon les usages. Les petites amendes
sont pour lui.
Les veuves ne sont pas tenues d'assister au plaid général.
Le colonger peut vendre sa colonge, les droits du seigneur
réservés.
Si le seigneur veut y venir, le maire des colongers doit aller
à sa rencontre, tenir l'étrier, le recevoir honorablement et lui
remettre en main un bâton blanc, signe de l'autorité seigneu-
riale.
Ainsi à Perouse, comme d'ailleurs dans les autres localités,
le colon était un homme libre, un afifranchi. Mais, à côté des
colons, il y avait des habitants d'une condition inférieure, des
chavanniers, qui s'étaient bâti des cabanes sur des terres
inoccupées, c'est-à-dire des serfs qui dépendaient plus parti-
culièrement du seigneur direct, le comte du Sundgau avant
1024, le comte de Montbéliard de 1024 à 1125, et le comte de
Ferrette de 1125 jusqu'à l'époque qui sera indiquée ci-après.
Ces deux classes d'habitants sont désignées dans les titres
analysés plus haut, et ce que nous en disons sufl&t pour per-
mettre au lecteur de se faire une idée de la manière dont la
plupart de nos villages se sont formés à travers les âges.
Abstraction faite de la mairie colongère inféodée au sire de
Valengin, Perouse forma de bonne heure, avec Offemont, une
mairie de la seigneurie de Belfort. En 1333, elle échut à Jeanne
de Montbéliard, comtesse de Ferrette, dans le partage de la
succession de son père. En 1347, dans le partage de la succes-
sion de Jeanne, elle fut départie par le sort à sa tille Ursule,
comtesse de Hohenberg == Montfort, qui la conserva jusqu'en
1350. En cette année, Ursule vendit son héritage à son beau-
frère Albert II, duc d'Autriche et successeur des comtes de
Ferrette.
15
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éSsb PBTrroRoix
Gomme beaucoup d'autres communes du pays, Perouse fut
dès ce moment incorporé au domaine de la maison d'Autriche,
pour passer, trois siècles plus tard, en 1659, au duché de
Mazarin, dont la commune fit partie jusqu'à la Révolution.
On a vu, relativement au spirituel, apparaître en 730, à
Perouse, une basilique dédiée à Sainte-Marie. Nous n'en
retrouvons de trace qu'au XVP siècle ; elle était alors sous
l'invocation de Saint-Mathieu. Cette église était filiale de celle
de Phafifans. Le curé était tenu d'y venir célébrer le service
divin les dimanches et fêtes, alternativement En 1774, elle fut
érigée en vicariat perpétuel. L'abbaye de Lucelle en avait la
coUature, pour la première fois, et ensuite l'évêque de Bâle,
suivant le droit ordinaire.
Après le retour de l'Alsace à la France, la communauté
de Perouse se fit porter sur l'armoriai général aux armes
suivantes :
De salle, à un lion â!or. (Voy. N° 11 des planches.)
En 1803, la population de cette commune était de 370 habi-
tants ; on y en a recensé 481 en 1876.
Perouse appartient au canton de Belfort. Distance légale,
3 kilomètres.
Petitcroix. — Une croix, une chapelle, élevées avant le
XIP siècle, sur cette partie boisée et alors presque déserte
du territoire furent l'origine de Petitcroix et lui ont donné le
nom qu'il porte.
En 1105, la chapelle était encore isolée; elle dépendait de
la paroisse de Grosne et fut comprise dans la donation faite,
le 8 mars, par la comtesse de Montbéliard et ses fils pour la
fondation du prieuré de Froidefontaine.
Des habitations ne tardèrent pas à s'élever à proximité de
la chapelle. Richard de Belfort favorisa ce commencement
d'a^lomération qui fut rattaché à la mairie de la Haute-
Assise. En 1295, il y percevait dix sous censaux, et à sa mort
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PETITE-FONTAINE 287
blissement d'habitations à proximité de la chapelle et sur des
terres comprises dans son domaine. Il arriva ainsi que Tagglo-
mération se composa de deux communautés ayant chacune
son seigneur distinct. Les deux réunies formèrent la grande
communauté.
Quant à la chapelle appartenant au prieuré de Froidefon-
taine, elle conserva son ancien caractère et fut desservie par
les soins du prieuré. Au XV* siècle, elle nous apparaît comme
paroissiale, sous l'invocation de la Nativité de la Sainte-
Vierge, avec un seul autel dédié à la Vierge et une confrérie
du Rosaire. La coUature appartenait au prieuré ; il la conserva
jusqu'en 1773; elle passa ensuite au collège royal *de Colmar
qui en bénéficia jusqu'à la Révolution.
En 1803, la population de Petitcroix était de 280 habitants;
on y en a recensé 293 en 1876.
Cette commune appartient au canton de Fontaine. Distances
légales: 6 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre jusqu'à
Belfort.
Petite-Fontaine. -— La voie romaine qui reliait Délie à
Rougemont par Grandvillars, Bourogne, Angeot et La Chapelle
a aussi laissé à Petite-Fontaine des traces qui ont été recon-
nues. Mais on ne saurait en conclure que l'origine du village
remonte à cette époque. Cependant on pourrait justifier ce
sentiment en se basant sur d'assez nombreuses analogies
prises au territoire même.
Petite-Fontaine a toujours dépendu de la seigneurie de
Rougemont. M. Stofifel trouve cette localité désignée sous le
nom de Parvits putem, dans une pièce de 1347 concernant
une redevance appartenant au chapitre de Belfort, et sous le
nom de EMn-Brimn dans des titres moins anciens.
Cette conmiune ne paraît d'ailleurs avoir pris aucun rang
spécial dans la vie de la seigneurie. Jusqu'à la fin du siècle
dernier, elle dépendit du baillage de Masevaux, puis du canton
du même nom.
En 1803, on y a compté 201 habitants ; on y en a recensé
214 en 1876.
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SS38 PBTIT-MAGNY ■— PHAPFANS
Petite-Fontaine est rattaché au canton de Fontaine. Dis-
tances légales : 8 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre
6 kilomètres jusqu'à Belfort.
Petit-Magny. — La formation de cette commune paraît
ne pas remonter à une grande antiquité. M; StoflFel ne la
trouve désignée dans les archives qu'à partir de 1427. Elle
dépendait de la mairie d'Etueffont-Bas, conséquemment de la
seigneurie de Rosemont.
Le nom de Ghial maigny^ sous lequel cette localité est
inscrite en 1427 dans les comptes de la seigneurie, fait penser
que ce n'était alors qu'un corps de bien, un manse, une ferme,
appartenant à un célibataire, un Qnal, c'est-à-dire à un beau
et bon parti. Telle est en effet la signification de GFml dans le
patois du pays.
D'autres habitations furent élevées au même lieu et, en
1577, l'ancien nom disparaît pour faire place dans les titres
au nom de Petit-Magny.
Nous ne rencontrons du reste rien autre à noter, sinon que
le chapitre de Belfort avait des cens à Petit-Magny, et que
l'abbaye de Masevaux y avait encore la dîme de l'avoine au
XVP siècle.
En 1803, la population de Petit-Magny était de 200 habi-
tants. Ou y en a recensé 256 en 1876.
Cette commune appartient au canton de Giromagny. Dis-
tances légales : 7 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton;
1 myriamètre 3 kilomètres jusqu'à Belfort.
Phaffans. — Un échange conclu à Guebwiller le VIII des
calendes de novembre 792, constate que sur les terres, champs,
prés, pâturages, marais et cours d'eau du pagiis Pefferauga^
ou du territoire de Phaffans, il y avait des cases, des huttes
ou des chaumières, dont une valait une demi-livre et toutes
ensemble une livre; que ce territoire était compris in marca
Eoàbach, ou la marche de Roppe; qu'il appartenait à Reginger,
ainsi que la forêt; que Reginger donne ce territoire, la forêt
exceptée, au monastère de Murbach, dont Agilmar était prévôt,
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PHAFFANS 2SS9
et qu'en échange Agilmar donne à Reginger toutes les terres,
grandes et petites, que le monastère possédait dans la marche
de Zillisheim et de Flachslanden.
Ainsi se trouve accusé ou décrit, dès les premières années
du règne de Charlemagne, l'embryon de la future commune
de Phaffans. .
Une légende, recueillie par M. Talion et publiée dans la
Bévue d'Alsace, paraît se rapporter à ces temps reculés de
l'histoire locale.
« Un seigneur de Rougemont, s'étant égaré dans une vaste
forêt où il chassait les bêtes fauves, erra longtemps sans pou-
voir retrouver son chemin; il attribuait à une cause surnatu-
relle l'impuissance où il était de sortir de cette solitude. Il
finit enfin par découvrir un point d'orientation, une fontaine
à laquelle les bêtes fauves venaient se désaltérer. Sorti de sa
détresse, il fit le vœu d'ériger une chapelle auprès de cette
fontaine, qui existe encore aujourd'hui et qui est connue sous
le nom de Thierbrunn, »
Si, comme on peut le penser, la chapelle remonte au temps
où l'abbaye de Murbach prit possession du pagits, l'aventure
légendaire pourrait s'appliquer à Reginger, qui avait conservé
la forêt et qui aurait ainsi fait construire la chapelle destinée
à devenir l'église paroissiale de toute la marche.
Le pagîis et la marca révélés par l'échange de 792 dépen-
daient du duché d'Alsace fondé en 662; quand le duché fut
divisé en Norc^au et en Sundgau, la marche et le pagus furent
compris dans le Sundgau et placés sous la domination des
comtes qui se succédèrent.
En 1024, ils font partie du comté de Montbéliard-Ferrette,
dont Louis de Mousson venait de prendre possession; en 1125,
ils restent au comté de Ferrette, qui venait d'être créé par
suite du partage de la succession de Thierry I". La marche
forma alors la limite ouest du comté de Ferrette et de l'évêché
de Bâle.
Dans le cours des XP et XIP siècles, les huttes, les chau-
mières s'étaient rapprochées et le même travail d'aggloméra-
tion s'était accompli sur d'autres points de l'ancienne marche.
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2B0 PHAFFAMB
Le nom barbare de Peffera/uga se convertit, sons les comtes
de Montbéliard, en celui de Fafen (pron. FaSems), et sous les
comtes de Ferrettte en celui de JPfeffingen. Grâce à sa cha-
pelle et peut-être aussi à sa position plus centrale, Phaffans
était devenu la localité la plus importante de la marche, et par
cela même le chef-lieu des autres agglomérations qui s'y étaient
formées; de sorte qu'aux premiers temps de Torganisation
féodale, toutes ces agglomérations relevèrent de la seigneurie
de Roi^emont quant au temporel, et de Tévêché de Bâle quant
au spirituel. C'étaient : Phaffans, chef-lieu de mairie et de
paroisse; Bethonvilliers-rive droite, Lacolonge, Menoncourt,
Eguenigue, Eoppe, Yetrigne, Denney et la partie de Besson-
court située au nord du chemin qui le traversait de Test à
Touest. La parochia = paroisse devint, dans le langage du
pays La Baroche, nom qu'elle porte encore aujourd'hui.
Une bulle d'Alexandre III, de 1168, constate que le monas-
tère de Saint-Âlban, de Bâle, y avait des possessions que
Albert de Phaffans et ses frères lui contestaient; c'étaient
des habitations, ou mieux casiUes, des chaumières. Le pape
enjoint à l'évêque de veiller à l'exécution de l'exconmiunica-
tion lancée contre les spoliateurs.
Bien que l'ancienne marche appartînt alors aux comtes de
Ferrette, les comtes de Montbéliard n'y avaient pas moins
conservé un quart de la dîme, en ce sens que chaque qua-
trième année ils la percevaient toute entière, tandis que pen-
dant les trois autres années elle revenait aux comtes de Fer-
rette, qui déjà étaient devenus, pour certaines parties de leur
comté, vassaux de l'évêque de Bâle. Le 3 avril 1284, Renaud
de Bourgogne, comte de Montbéliard, dut reconnaître qu'il
tenait en fief de l'évêque de Bâle la dîme dont il est question;
cette reconnaissance fut la suite de la soumission imposée à
Renaud, l'année précédente, par l'empereur Rodolphe de
Habsbourg, accouru au secours de l'évêque à qui Renaud
contestait le Porrentruy et d'autres possessions.
Le 26 mai 1296, Thiébaut, comte de Ferrette, donne à
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PHAFFANS 231
était alors recteur de cette église ; il mourut en 1298. Le 26
juin de la même année, et malgré la donation de 1296, l'abbé
de Lucelle dut, pour cette fois encore, abandonner au comte
Thiébaut le droit de pourvoir au remplacement de Hugo. Le
27 juin, il présenta à l'évèque un jeune clerc, Jean Schwab,
instituteur à Bâle, qui fut agréé, et le 5 avril 1299, le pape
Boniface III confirma au nouveau recteur les biens et revenus
attachés à son église.
Le 29 septembre de l'année 1300, le comte de Montbéliard,
Renaud de Bourgogne, dut, à la suite de conventions inter-
venues entre lui et l'évèque de Bâle, renoncer à la dîme de
Phafifans que l'on a vue, en 1284, lui appartenir chaque qua-
trième année.
Des indications recueillies jusqu'à présent on peut conclure
qu'à la fin du XIIP siècle, les éléments qui constituaient l'an-
cienne marche avaient, du IX* au XIIP siècle, acquis une
consistance relativement considérable, tant au point de vue
spirituel qu'au point de vue civil ou temporel. La chapelle
était devenue église paroissiale, et pour l'avenir sa direction,
ainsi que le bénéfice qui devait en résulter, allaient appar-
tenir à l'abbaye de Lucelle, c'est-à-dire à l'une des plus opu-
lentes du comté. Au point de vue civil, les agglomérations ou
les villages s'étaient formés ; les populations avaient su, elles
aussi, se créer une petite autonomie et arracher à la féodalité
naissante des droits fondés sur des usages précédents. Plus
tard, ces usages et ces droits furent codifiés, quelquefois mal-
gré les seigneurs et finalement avec leur consentement et sous
leur protection. Ainsi en arriva-t-il pour le ^pagus Pefferauga
de la marca Roabach et ses congénères de la même circon-
scription, dont nous retrouvons au XIV siècle les statuts
renouvelés des siècles précédents. M. Véron-Réville en a
publié le texte dans ses essais sur les anciennes juridictions
d'Alsace. Renouvelés le dimanche avant la Saint-Jean, 1344,
ils forment un code que nous ne pouvons reproduire dans cette
notice, mais dont il importe d'indiquer quelques traits
généraux.
Les Prud'hommes = boni homines des capitulaires =
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2aSS PHÀFFANS
Schosffen des Germains = Echevins des Français recon-
naissent :
Que la haute et basse justice appartiennent au seigneur de
Bougemont; que les amendes se montant à 30 schillings lui
appartiennent et que celles au-dessous reviennent au seigneur
dont le justiciable relève;
Que le seigneur étant le protecteur de toute la paroisse
= marca, c'est à lui qu'appartient le droit d'appel aux armes
pour protéger ses sujets contre toute violence ou capture (par
un seigneur étranger ou voisin), et que les amendes obtenues
(en réparation) appartiennent audit seigneur de Rougemont;
Que celui qui frappe à coups de couteau ou autre arme,
dans le village de Phafifans, à quelque seigneur il puisse appar-
tenir, encourra l'amende de 10 livres au profit du seigneur de
Rougemont. Si (le condamné) appartient à un autre seigneur
et s'il est disgracié par celui-ci pour cause de la condamnation
dont il est frappé, le disgracié doit être en sûreté à Phaffans
pendant un an et un jour, protégé par le seigneur de Rouge-
mont contre toute violence, et chaque mois le seigneur de
Rougemont devra chercher à le réconcilier avec son seigneur.
S'il n'y parvient pas au bout de l'année, il le fera escorter
pendant un jour et une nuit, de quelque côté que le disgracié
voudra aller.
Les habitants et sujets de la marca = mairie = paroisse
ont le droit et la liberté de se marier sous quel seigneur ils
voudront, ainsi que cela s'est pratiqué « jusqu'ici » (c'estrà-
dire de temps immémorial).
L'étranger qui s'établit dans la marche peut y demeurer
un an et un jour sans choisir son seigneur. S'il ne l'a pas
choisi à la fin de l'année, il sera de droit sujet du seigneur de
Rougemont.
Les enfants ou sujets de la marche seuls peuvent êtres juges
ou membres de la justice.
Une fois par an, le mardi appelé le mardi des serments, les
droits ci-dessus doivent être reconnus.
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PHAFFÂNS 233
(difficultés) dans la paroisse, à quelque seigneur qu'il appar-
tienne.
D n'y a point de droit de main-morte ou servitude dans
toute la paroisse. L'un hérite l'autre jusqu'au neuvième degré
de parenté.
Quand on conduit un prisonnier qui veut passer par le ban,
il sera loisible à ses conducteurs de le faire juger sur le lieu,
et le seigneur doit les garantir contre la force et la violence.
Personne ne doit se pourvoir devant une autre justice que
celle de la paroisse ; mais quiconque n'y peut obtenir justice
doit se pourvoir devant le seigneur de Rougemont.
Du consentement du seigneur, les Prud'hommes doivent
choisir treize hommes des villages de la paroisse pour visiter
les poids et mesures et prononcer l'amende contre les contre-
venants, à la majorité de dix voix. Phaffans en élit 2, Besson-
court 3, Denney 2, Vetrigne 1, Roppe 2, Eguenigue 1, et
Menoncourt 2.
Telle était en résumé la constitution à laquelle tous les
habitants de la mairie étaient soumis, à l'exception toutefois
de ceux établis sur le chezal ou terrain à bâtir situé derrière
l'église de Phaffans, que le comte de Ferrette avait donné à
un sieur Franconis sur lequel et les sujets duquel nous man-
quons d'informations.
Cette paroisse, dit Schœpflin, doit être considérée sous le
double point de vue ecclésiastique et séculier. Le premier,
ajoute-t-il, était le plus étendu : il est quelques bourgs qui
reconnaissent le curé, mais non la juridiction de Phaffans.
Puis il cite comme reconnaissant la juridiction de cette
paroisse toutes les communes de la mairie.
Cette donnée historique est confuse, mais elle s'explique.
Au temps indéterminé que Schœpflin avait en vue, les bourgs
qui reconnaissaient le curé de Phaffans, mais non la juridic-
tion de la mairie, étaient : Saint-Germain, qui appartenait à
la seigneurie de Rougemont, mais qui avait une chapelle des-
servie par l'église de Phaffans ; Bethonvilliers, dont la rive
gauche appartenait aussi à Rougemont, mais qui n'avait pas
de chapelle et qui fréquentait celle de la paroisse de Phaffans;
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234 PHAFFANS
Perouse, qui appartenait à la seigneurie de Belfort, mais qui
avait une chapelle desservie par le recteur de Phaffans. Les
populations reconnaissaient le curé, mais ne reconnaissaient
pas la juridiction de la mairie, par la raison qu'elles apparte-
naient : les deux premières, à la juridiction de Bougemont, et
la dernière, avec Ofiemont, à la juridiction du château de
Belfort.
On a vu qu'en 1296 le comte Thiébaut de Ferrette avait
donné la coUature de l'église à l'abbaye de Lucelle. A chaque
succession d'un suzerain à l'autre, le monastère eut soin de
se faire renouveler et confirmer ce droit de patronage. Ainsi,
en 1316, le 24 août, parle comte Ulrich II; en 1330, le 19 juin,
par le pape Jean XXII, qui prononça en même temps l'an-
nexion de l'église à l'abbaye; en 1331, le 9 mars, par Jean de
Chalon, administrateur de l'évêché de Bâle, qui confirme
l'annexion; en 1333, le 23 juin, par Jeanne de Montbéliard,
veuve d'Ulrich et marquise de Bade ; le 12 novembre suivant,
par l'archiduc Albert II d'Autriche, comte de Ferrette et
gendre de Jeanne, marquise de Bade, et ainsi de suite par
leurs successeurs.
Le puissant patronage de l'église et son incorporation cano-
nique à la maison religieuse qui avait ce patronage donnèrent
à l'église elle-même et au rectorat une importance considé-
rable. Le rectorat était fort recherché; c'est ainsi que le
31 mai 1412, nous voyons Conrad Holtzacker, abbé de Lucelle,
promettre ce rectorat à Jean Textor de Saint-Ursanne. Ce
Textor était vicaire de l'église d'EtueflFond et payait 4 florins
par an à l'abbaye de Lucelle. Textor désirait mieux que le
rectorat dont il était pourvu, et Holtzacker lui promit le rec-
torat de Phaffans si, à sa vacance, ledit Textor était encore
vicaire à Etueffond.
Quant à l'église ou au recteur, les documents nous appren-
nent qu'en 1441 il payait annuellement à l'évêché de Bâle,
par l'intermédiaire de son patron, l'abbé de Lucelle, 17 marcs,
plus 8 sous 8 deniers sur les droits de banalité, plus 6 sous de
droit cathédral.
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RÉGHÉSY 235
tion. Il y avait plusieurs autels latéraux. Le premier, dédié à
Saint-Nicolas, fondé par la cure et les paroissiens, qui en
avaient la coUature; le deuxième, dédié à Sainte-Catherine,
fondé par les sires de Roppe qui en avaient la coUature:
en 1777, ce droit était exercé par M. de Klinglin, sire d'Essert;
le troisième, dédié à Saint-Michel, fondé par Henri Reuche,
de Roppe, chapelain de Sainte-Catherine avant 1712; ses
parents en avaient la coUature; et le quatrième, dédié à
Saint-Biaise, dans une chapelle servant de sépulture à la
famille Reinach-Roppe.
La fondation de ces autels, à chacun desquels un prêtre
était attaché, s'expUque par la desserte, dans les anciens
temps, des chapelles de Saint-Germain, de Perouse et même
d'Offemont, indépendamment de la chapelle affectée spéciale-
ment à la sépulture des derniers seigneurs de l'ancienne
marche.
Dans le cours des XV% XVP et XVIP siècles, Phaffans subit
les épreuves communes, ne fut ménagé ni par les Armagnacs,
en mars 1444, ni par les Suédois, en 1632; mais U n'y a aucun
fait particuUer à relever, et si sa vieille organisation dut subir
quelques modifications, si, par exemple, les sires de Roppe
furent investis de la juridiction en 1500, si des engagements
partiels, si des rachats eurent lieu à différentes époques, il n'en
est pas moins vrai que l'ensemble de l'ancienne organisation
conserva à ce domaine un cachet particuUer qui s'est per-
pétué jusqu'à la Révolution, Nous renvoyons d'ailleurs, pour
plus amples développements, aux notices particuUères de
Rougemont et Roppe.
Phaffans avait, en 1803, une population de 263 habitants ;
au recensement de 1876, on y en a compté 232.
Phaffans appartient au canton de Fontaine. Distances
légales : 6 kilomètres jusqu'à Fontaine, et 8 kUomètres jus-
qu'à Belfort.
Réchésy. — M. Aug. Quiquerez étabUt que la route
romaine, aUant de Vendelimont à Courtelevant se joindre à
la grande voie mUitaire de Mandeure au Rhin, passait à
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296 BÉOHÉSY
Réchésy et que le canton sous voivre jalonne cette ancienne
route. Il n'y a, à notre connaissance, aucune autre découverte
permettant de conclure que, comme ailleurs, l'origine de ce
village remonte à un établissement quelconque qui aurait
existé en cet endroit à l'époque gallo-romaine. Des recherches
et des observations ultérieures le prouveront peut-être un
jour.
Par sa situation géographique, Réchésy fit, dès les premiers
temps du comté de Ferrette, partie de la terre de Florimont.
La notice concernant cette terre est donc commune au village
de Réchésy. (Voy. Florimont)
En 1291, Réchésy avait son église et son curé, ses nobles et,
conséquemment, son château. Cela est attesté par une charte
du 6 janvier, par laquelle le chevalier. Humbert de Réchésy
donne, du consentement de sa femme Agnès et de son fils
Thiébaut, au monastère de Grangourt, vingt sous censaux
assignés sur les chaumières, jardins, chenevières, prés, pâtu-
rages et forêts qu'il possédait à Boncourt et à Joncherey.
Cette donation est revêtue du sceau de Pierre, curé de
Réchésy.
En 1299, on trouve ce même curé comme doyen du décanat
de l'Ajoie.
Dans les titres allemands de cette époque, le nom de cette
commune est exprimé par ceux de Rœschlach et Bœschlis.
En 1303, Réchésy payait, avec six autres communes étran-
gères au territoire de Belfort, une censé annuelle de 63 livres
bâloises au plus et 23 au moins de contribution landgraviale.
Cette indication prouve que Réchésy formait une mairie.
Elle était probablement aussi ancienne que l'église. Elle releva
d'abord de la prévôté ou du château de Florimont et elle
advint au domaine de Délie à l'époque où le château de Flori-
mont fut placé dans la dépendance de celui de Délie.
En 1308, l'église de Réchésy était un vicariat dont le doyen,
Pierre, que nous avons rencontré précédemment, était le
vicaire perpétuel. Cela résulte d'un acte du mois de novembre,
par lequel une Perrette et une Helviz, dite Mawre, et son fils,
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KÊGHÉSY 237
sur le ban de Kéchésy, que ledit Pierre avait donnée, pour la
fondation de son anniversaire, à l'abbaye de Bellelay. Cette
abbaye possédait d'ailleurs beaucoup de biens à Réchésy, soit
par suite de donation, soit par acquisition. C'est ainsi que nous
la rencontrons dans divers actes des années 1321, 1323, 1329
et plus tard encore, continuant à agrandir les richesses qui
firent de cette maison une des plus puissantes de l'Ajoie.
En 1323, le 25 février, c'est l'écuyer Thiébaut de Réchésy
qui lui vend toutes les terres qu'il tenait à Joncherey, de son
père Humbert, dont il a été question en 1291.
En 1347, le fief de Réchésy était retenu par Thuring de
Ramstein. Au partage de la succession de Jeanne de Mont-
béliard, comtesse de Ferrette, Réchésy échut à sa fille Jean-
nette, archiduchesse d'Autriche, et c'est à elle que Thuring
de Ramstein rendit foi et hommage dudit fief.
Au siècle suivant, le 28 mai 1427, nous rencontrons le nom
de l'un des curés de Réchésy; il s'appelait Broquart Quoichat.
Ce nom nous est révélé par le testament d'un nommé Henri,
dit Quelain, de Florimont.
En 1441, l'église est signalée comme étant placée sous l'in-
vocation de Notre-Dame de l'Assomption. Elle y demeure
jusqu'en 1754 ; en 1792, elle était sous celle de Saint-Jean-
Baptiste.
Il y avait une chapellenie sous l'invocation des Trois-Rois.
Les habitants en avaient la coUature. Celle de l'église appar-
tenait aux archiducs d'Autriche qui la conservèrent jus-
qu'en 1648. Le duc de Mazarin et ses héritiers succédèrent
aux archiducs jusqu'en 1792.
La communauté de Réchésy est inscrite aux armes suivantes
sur l'armoriai général de France :
If azur, à une fleur de lys cPor, couronnée de même. (Voy.
N^ 25 des planches.)
Réchésy avait en 1803 une population de 700 habitants. Au
recensement de 1876 on y en a compté 909.
Réchésy appartient au canton de Délie. Distances légales :
1 myriamètre jusqu'à Délie; 3 myriamètres jusqu'à Belfort.
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338 RECHOTTE — REOOUVRANCE
Rechotte. — Pour dégager quelque lumière sur Torigine
de cette localité, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux
notices sur Froidefontaine, Eschêne-Autrage et Novillard.
Selon nous, Rechotte n'avait pas encore d'existence parti-
culière au conunencement du XIP siècle. Les cabanes, les
chaumières, qui pouvaient se trouver alors sur l'emplacement
du village actuel, étaient comprises dans la désignation géné-
rale de QuermbiLs du titre de 1105, constituant la dotation du
prieuré de Froidefontaine. Ces cabanes auraient donc appar-
tenu audit prieuré avec la forêt qui les recelait. Selon nous,
Rechotte aurait conquis son autonomie en même temps que
Neuf-village = Novillard se fondait.
Les recherches de M. Stoffel constatent qu'en 1345, Rechotte
était en possession de cette autonomie ; mais c'est le nom de
Bichefontaine qui est donné à la localité dans le document qui
la concerne. En 1347, c'est-à-dire deux années plus tard,
l'urbaire de Froidefontaine la désigne sous celui de Rechiote,
et c'est le nom qu'elle a conservé. Ce rapprochement semble
prouver que seulement alors le village se dégageait des limbes
de la forêt où il avait pris naissance.
Le prieuré de Froidefontaine y avait conservé des droits ;
mais, après la fondation de Novillard, Rechotte, dont le ban
est contigu, devint une annexe de la nouvelle mairie et de la
nouvelle paroisse créées par le comte de Ferrette et le prieuré
de Valdieu. Le passé historique de cette annexe se confond
ainsi dans celui de la mairie et de la paroisse dont il
dépendait.
Erigé en mairie à la Révolution, Rechotte avait en 1803 une
population de 60 habitants; on y en a recensé 77 en 1876.
Rechotte appartient au canton de Belfort. Distance légale,
1 myriamètre 1 kilomètre.
Recouvrance. — Cette petite agglomération existait déjà
en 1105, car elle est nommée dans la charte de dotation du
prieuré de Froidefontaine, parmi les localités qui furent attri-
buées au prieuré. Elle dépendait de la mairie et de la paroisse
de Grosne, dont elle partagea le sort historique. (Voy. Orosne.)
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REPPE 239
En 1454, le 17 décembre, ce village fut conféré par Albert,
archiduc d'Autriche, avec toutes ses appartenances, gens et
biens, en fief héréditaire à Thierry de Tullières, sire de Mont-
joie. Un des successeurs de ce personnage fit élever, au fond
du vallon, un petit château-fort entouré de fossés. Il fut
détruit à une époque qu'aucun document ne nous permet de
préciser. La ruine a conservé, dans la mémoire des anciens de
la contrée, le nom de Motte de Becotwrance.
Recouvrance avait en 1803 une population de 92 habitants;
on y en a recensé 94 en 1876.
Fait partie du canton de Délie. Distances légales : 1 myria-
mètre 1 kilomètre jusqu'à Délie ; 1 myriamètre 2 kilomètres
jusqu'à Belfort
Reppe. — Dès le XIIP siècle, Reppe fit partie de la
seigneurie de Thann. Il dépendait alors de la prévôté de Trau-
bach et formait à lui seul une des quatre mairies de cette pré-
vôté. Reppe était à l'extrémité sud-ouest de la seigneurie dont
il faisait limite vers Belfort. Reppe est connu dans les titres
allemands sous le nom de Rispach.
En 1331, Henri de Délie et Guillaume son frère étaient en
possession de la dîme de Reppe, pour l'avoir acquise du comte
de Montfort et en avoir été investis par l'archiduc d'Au-
triche.
En 1333, Jeanne de Montbéliard, veuve d'Ulrich II de Fer-
rette, s'étant réservée, à titre de douaire, la prévôté de Trau-
bach, Reppe fut naturellement compris dans la réserve. Reppe
resta dans cette situation jusqu'au 26 août 1347, c'est-à-dire
jusqu'au partage de la succession de Jeanne entre ses filles. En
vertu de ce partage, Reppe retourna à l'archiduc Albert II,
époux de Jeannette, fille de Jeanne.
Nous ne saurions dire si la famille de Délie resta en posses-
sion du fief après le partage dont il s'agit. Mais au commence-
ment du XVP siècle, les Schutz le possédaient et, après leur
extinction, il advint à Walther de Schwendi, auquel succéda,
en 1651, Benoit Glutz de Soleure et, en 1677, Jean Beat Wille-
mann; en 1690, Wolfgang de Schœnbeck; en 1728, M. de Cor-
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240 REPPE
beron, président du Conseil souverain d'Alsace; et enfin, en
1731, la famille Clebsattel, à titre de fief masculin. Notons qu'à
la réunion de l'Alsace à la France, la maison d'Autriche avait
affranchi le fief de toute redevance féodale.
Le monastère de Saint-Ulrich avait des colons à Reppe.
C'est d'eux qu'il est traité dans un règlement colonger du
17 novembre 1481. Le cardinal Granvelle était alors abbé
commendataire du couvent. Ce règlement est publié par
M. Hanauer dans ses Constitutions des campagnes d'Alsace.
Nous en donnons ci-après un résumé qui permettra au lecteur
de se faire une idée de la situation des calons de Reppe à la
fin du XVP siècle-
Le seigneur tenait le plaid annuel le dimanche avant la Saint-
Martin et, s'il était nécessaire, les deux dimanches suivants,
le faucon sur le poing et ses chiens. Si en venant au plaid il
prenait du gibier, il devait servir au repas du prieur et de ses
colongers, qui dînaient avec lui.
Le maire devait prévenir les colongers huit jours à l'avance
et tous étaient tenus de comparoir au plaid, sous peine d'une
amende de trois sous. L'amende n'était pas due si le colonger
n'avait pas été prévenu.
Le prieur percevait la dîme sur toute la terre qui lui devait
un cens.
Les colongers lui devaient sur leurs terres, prés, champs,
bois et raigiers (broussailles), cinquante sous bâlois, le sou
valant douze deniers, plus onze poules et vingt-deux boisseaux
d'avoine légère, le tout payable à la Saint-Martin.
Au décès d'un colonger, le droit mortuaire était dû au
prieur et devait être levé au sortir de l'église, par le maire,
assisté d'un colonger. Le maire faisait choix de deux bêtes sur
quatre jambes et désignait celle qui devait constituer le droit
mortuaire. Si la bête valait plus de dix sous, cinq revenaient
aux colongers, les autres au seigneur. Mais si la bête ne valait
pas plus de dix sous, les colongers n'avaient rien.
Au temps de la glandée, le prieur pouvait envoyer six porcs
dans les forêts de Reppe. S'il lui fallait du bois pour construire
une étable, il y prenait celui qui était nécessaire. Quand il
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REPPE 241
construisait à Saint-Ulrich, il avait droit à six pièces de
bois.
Aucun autre seigneur que le prieur n'avait rien à connaître
en quelque manière que ce fût, et l'on ne pouvait plaider autre
part que devant le maire et les-colongers, au nombre de sept.
Quand les plaideurs étaient conciliés selon les bonnes cou-
tumes, le maire percevait douze deniers et les colongers
chacun six. Si les parties ne pouvaient être conciliées, le maire
les assignait pardevant lui et les colongers; il percevait trois
sous, et les prud'hommes (jurés) un quartal de vin. Les sept
jurés étaient juges des frais incombant aux terres du prieur.
Son maire devait les payer et signifier à ses colongers la part
qu'ils devaient fournir.
Les veuves ou autres, qui ne pouvaient porter colonge, ne
pouvaient prendre d'avoué qu'avec le consentement du prieur,
pour ses terres, et l'avoué ne pouvait être choisi que parmi les
colongers payant le droit du maire et des colongers. Tous les
actes devaient se faire devant la justice du prieur et non
devant celle du maire et des colongers.
S'il arrivait que les colongers du prieur vendissent les héri-
tages, soit maisons, champs, prés, chènevières ou jardins,
celui qui achetait ne pouvait en prendre possession qu'au bout
d'un an et un jour, des mains du maire qui prélevait pour son
droit douze deniers, et le prieur une amende qui ne pouvait
être au-dessus de trois sous.
Si le prieur faisait saisir la terre du colon qui n'avait pas
payé le cens à la Saint-Martin, il devait lui donner un délai
de sept jours et sept nuits pour aller à Saint-Ulrich s'arranger
avec lui. Celui qui achetait la terre devait aussi lui accorder
le même délai avant d'entrer en possession.
Le colonger, à qui on réclamait une redevance plus forte que
celle qu'il croyait devoir, avait le droit d'aller à Saint-Ulrich
jurer sur l'autel qu'il ne devait pas autant et, après avoir
déclaré ce qu'il devait, on ne pouvait pas lui réclamer davan-
tage. Toutefois, la censé due au prieur ne pouvait être amoin-
drie, et la différence était répartie sur les autres colongers du
couvent.
16
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342 REPPE — RIERVESCEMONT
Si un colonger du prieuré commettait un méfait comportant
la peine de mort et s'il parvenait à se sauver à Saint-Ulrich,
il était franc pendant trois jours aux frais du prieuré ; si, après
ces trois jours, il parvenait à mettre le pied hors du cloître et
à y rentrer, il y était franc peûdant six semaines; s'il pouvait
ensuite mettre le pied hors de la franchise et y rentrer, il y
était franc pendant un an et un jour, mais à ses frais et
dépens. Si, durant ce temps, il demandait à être conduit hors
de la franchise, le prieur devait le faire conduire pendant une
nuit et un jour par celui des quatre chemins que le coupable
avait choisi ; et, s'il requérait la vente de ses biens, le prieur
devait les faire vendre par son maire et lui envoyer l'argent
là oU il se trouvait, le tout aux frais et dépens du fugitif.
Il serait intéressant de pouvoir mettre, en regard du règle-
ment colonger ecclésiastique de Reppe, la constitution de la
commune à la même époque, ou, si l'on veut, de la colonge
laïque qui, elle aussi, avait sa justice particulière et son maire,
dépendant de la seigneurie de Thann et de la prévôté de Trau-
bach. N'en trouvant de trace nulle part, nous devons nous
borner à ce qui précède. Cependant il ne serait pas illogique
de présumer que cette constitution fût la même que celle du
chef-lieu de la prévôté; mais nous ne la possédons pas
davantage.
Quant à l'église de Reppe, elle était filiale de celle d'Angeot
Elle était sous l'invocation de Saint-Biaise, évêque et martyr.
Après 1762, elle fut érigée en vicariat perpétuel. Le couvent
de Schœnensteinbach en avait la coUature. Deux autels laté-
raux étaient dédiés, l'un à Saint-Eloi, l'autre à la Vierge. La
construction actuelle date de 1777.
En 1803, Reppe avait une population de 313 habitants; on y
en a recensé 316 en 1876.
Reppe appartient au canton de Fontaine. Distances légales :
2 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 3 kilomètres
jusqu'à Belfort.
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ROMAGNY 243
paraissent, avec d'autres maisons éparses, avoir formé, au
XVIIP siècle, la commune de Riervescemont. Auparavant, ces
éléments disséminés faisaient partie de Vescemont, et le mot
Bier = derrière explique leur situation topographique, relati-
vement au village dont ils dépendaient précédemment.
Pour les temps antérieurs, ce qui est dit plus loin à propos
de Vescemont s'applique donc à Riervescemont.
En 1803, la population de cette commune était de 220 habi-
tants; on y en a recensé 187 en 1876.
Riervescemont appartient au canton de Giromagny. Dis-
tances légales : 6 kilomètres jusqu'à Giromagny ; 1 myria-
mètre 7 kilomètres jusqu'à Belfort..
Romagny. — Les noms allemands donnés à ce village et
le nom français qui lui est conservé semblent comporter, à
l'endroit de son origine, une interprétation qu'il ne faut pas
pas craindre de livrer aux recherches et à la critique des
personnes qui s'occupent de notre histoire locale.
Dans un obituaire du couvent à'Unterlinden, du XIV^ siècle,
M. StoflFel découvre une Anna de Eschon. Eschon serait notre
Romagny. Dans des pièces de procédure du XVP siècle, le
même auteur retrouve la même localité désignée sous le nom
d'Esche. Dans des comptes de Saint-Nicolas-des-bois du même
siècle, elle apparaît sous la désignation de Welschenesch. Pos-
térieurement, c'est sous une corruption significative, Welschen-
nest, du nom primitif qu'elle est désignée dans les titres. Enfin
c'est seulement en 1692 qu'on la rencontre sous le nom qu'elle
porte de nos jours, Rommaingny.
Esche = Asche = cendre implique l'idée d'un village qui
aurait été incendié et qui, après avoir été reconstruit, aurait
conservé dans les titres allemands le nom de Esche. Situé aux
confins du territoire où les populations de langue différente
sont juxtaposées, la population allemande aura continué à lui
donner ce nom et, plus tard, elle lui aura appliqué le qualifi-
catif Wehch, pour le distinguer d'un autre Esche, dépendant
également de l'évêché de Bâle et situé sur la Birse, au-dessous
du château d'Angenstein.
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244 ROPPE
L'hypothèse de l'existence, dans les premiers temps de la
féodalité, d'une agglomération quelconque, d'un hameau ou
même d'un manse, au lieu où le village moderne est assis, n'a
rien d'invraisemblable. Il aurait péri dans les guerres qui
signalèrent la division du comté de Montbéliard-Ferrette en
deux comtés distints. Mais le sol resta acquis au comté de
Ferrette, et le hameau, s'étant relevé sur les cendres des
constructions pré-existantes, aurait pris le nom de Esche =
Asche, rappelant ainsi l'événement qui l'aurait fait disparaître.
Esche fit alors partie de la seigneurie de Rougemont, et,
comme il était peuplé d'une population de langue française, il
fut désigné par le nom de Welschen-Esch, comme il est dit
plus haut, et enfin par celui de Wehchennest, trahissant la
haine que les guertes avaient engendrée entre les populations
de langue différente.
Le nom allemand resta à ce village pendant toute la durée
du moyen-âge, et il ne prit le nom français qu'après le traité
de 1648 et son incorporation, avec toute la seigneurie, au
duché de Mazarin.
Romagny avait, en 1803, une population de 245 habitants; on
y en a recensé 272 en 1876.
Cette commune appartenait au canton de Masevaux; elle
est aujourd'hui rattachée au canton de Fontaine. Distances
légales: 1 myriamètre jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 3 kilo-
mètres jusqu'à Belfort.
Roppe. — Une charte de l'année 792 nous révèle l'exis-
tence de Roppe comme chef-lieu d'un district, ou mieux d'une
marche des temps barbares, et, chose assez curieuse, les Umites
de cette marche se retrouvent exactement dans l'ancienne
paroisse de Phaffans. (Voy. Phaffans,)
Roppe est ensuite cité dans une charte du 15 juin 797, par
laquelle Angelram, évêque de Metz, dispose de la villa de
Roppe en faveur du monastère de Saint-Nabor (canton de
PAcVlo^Tn^
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BOPPE 245
Agilmar du titre de 792. Il était en 792 abbé de Murbach, et
en 797 évêque de Metz.
Il résulte de la combinaison de ces deux titres que l'an-
cienne marche de Roppe fut comprise dans la dotation de
l'abbaye de Murbach, faite en 728, par le duc d'Alsace,
Eberhard. (Voy. Délie.)
La dotation dont il s'agit n'implique pas la possession exclu-
sive de toute la marche par l'abbaye de Murbach. Celle-ci
avait bien disposé de la villa de Roppe en faveur de Saint-
Nabor, mais la villa n'était pas tout ce qui pouvait dépendre
de son territoire. Un diplôme de Louis-le-Débonnaire, donné
le 21 juin 823, en son palais de Franckfort, nous apprend en
effet que l'abbaye de Masevaux avait aussi des biens ou des
droits à Roppe.
Les documents nous laissent dans l'ignorance des faits spé-
ciaux concernant Roppe jusqu'au XIIP siècle, où apparaît la
famille noble de Roppe. C'est dans cet intervalle que fut
construit le château féodal, dont il ne reste plus que le sou-
venir et un débris de la dernière construction sur l'emplace-
ment qu'il occupait. Nous pensons que ce donjon était contem-
porain de la fondation du comté de Ferrette, au commence-
ment du XIP siècle (1125). Le premier des membres de la
famille noble qui l'occupa est Guillaume de Roppe en 1232.
Nous le retrouvons encore en 1245, qualifié seigneur de Roppe
pour le fief de Murbach ; c'est à lui que l'abbaye engagea la
même année, pour cent vingt livres estevenantes , sa cour
de Délie et de Saint-Dizier, rachetable pour la somme qu'il
avait avancée. En 1278, c'est Gysèle de Roppe que M. Stoffel
rencontre dans les registres des dominicains A'Unterlinden de
Colmar, dont elle faisait partie; en 1347, c'est Henri de
Roppe; en 1365, Jean-Ulrich; en 1375, Guillaume; en 1466,
Elisabeth; en 1588, Pierre; et en 1590, Jean-Guillaume, dont
le même auteur nous révèle l'existence et les noms.
D'autre part, nous voyons qu'en 1317, François de Roppe,
qui ne figure pas dans la nomenclature précédente, fut investi
du fief du château par Ulrich II, comte de Ferrette, à la condi-
tion qu'il lui fournirait, en cas de besoin, des secours contre
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240 ROPPE
les Français et les Bourguignons. Comme Ulrich n'avait point
d'enfants mâles, l'évêque de Bâle avait conféré la capacité
féodale aux femmes de Ferrette, et le pape Jean XXII avait
ratifié cette coUature , de sorte qu'à la mort d'Ulrich , le
métropolitain de l'évêché de Bâle, l'archevêque de Besançon,
s'empressa de confirmer, le 26 mars 1324, l'investiture du fief de
Roppe donnée à François de Roppe en 1317. Toutefois, cette
investiture était subordonnée à la condition que les femmes
de Ferrette n'épouseraient que des maris résidant dans
l'évêché de Bâle et à même de lui porter secours en cas de
besoin.
Le fief, dit Schœpflin, était une ganerbie, c'est-à-dire une
forteresse possédée par plusieurs burburger = ganerbes, qui y
demeuraient sous le commandement du maître du château.
Les marais qui l'entouraient, dit-il encore, le rendaient sus-
ceptible d'une certaine défense. Les Wessemberg en eurent le
quart au nombre de leurs fiefs et le conservèrent constam-
ment.
En 1347, Henri de Roppe avait succédé à François dans le
fief, dont la suzeraineté était advenue à Jeannette de Ferrette,
épouse d'Albert II, duc d'Autriche, dans le partage de la
succession de sa mère, Jeanne de Montbéliard et veuve d'Ul-
rich II de Ferrette.
En 1397, une part du fief ou de la ganerbie était aux sei-
gneurs de Saint-Leu.
En 1478, on y rencontre aussi les Grandvillars au même
titre.
En 1500, les Roppach étaient investis, non seulement du
château et du village, mais encore de la juridiction dans la
paroisse de Phaffans.
En 1697, un Jacques de Roppe, âgé de 14 ans, fut réputé
avoir été ensorcelé par une bergère, Sara Marion, Il fut exor-
cisé par Jean-Georges Parrot: mais l'esprit diabolique résista.
Jacques ayant demandé du paipai, de la bouillie, on en fit
avec de la farine blanche et cinq œufs pondus par une poule
noire; Jacques l'ayant avalée, le diable sortit do son corps
avec des sifflements que tous les assistants ouïrent très bien.
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ROSEMONT 347
C'était le 13 septembre. La légende ne dit pas ce qu'il arriva
de la bergère.
Au commencement du dernier siècle, c'était François-
Léopold de Roppe qui était en possession du fief. Après sa
mort, le comte François-Joseph de Reinach lui succéda, en
l'année 1729, par bénéfice royal, dans le château et le village.
Il en avait d'ailleurs reçu la promesse du roi, en 1723.
. Après son retour à la France, Roppe prit les armoiries
suivantes :
Uor^ à ime croix de sable, cantonnée de quatre roues de même,
(Voy. N° 26 des planches.)
Le territoire était exploité, au siècle dernier encore, par les
hauts-fourneaux de Belfort et de Châtenois. On y extrayait, à
ciel ouvert, la mine en grains.
En 1803, la population de cette commune était de 378 habi-
tants. On y en a recensé 479 en 1876.
Roppe est au canton de Belfort. Distance légale, 6 kilo-
mètres.
Rosemont. — Il a pu exister au sommet de la roche où se
trouvent les ruines du château du Rosemont, et antérieure-
ment aux temps mérovingiens, un établissement militaire quel-
conque, comme sur beaucoup de hauteurs du pays dominant
la plaine ou les vallées. La voie romaine conduisant au pays
des Lingons a dû passer non loin de là, et l'on concevrait
qu'un poste militaire l'eût protégée ; d'ailleurs, l'étroite vallée
du Rosemont était alors le seul passage qui existât pour aller
en Lorraine. Aussi le château fut-il élevé sur la roche qui
domine l'étranglement le plus prononcé de ce passage.
D'autre part, il nous paraît certain que ce n'est pas avant
le XP siècle que le château fut construit. Nous présumons
qu'il prit naissance sous le premier comte de Montbéliard,
Louis de Mousson, qui régna de 1024 à 1070. C'est dans cet
intervalle que la seigneurie aurait été établie en même temps
que le château, avec un lieutenant pour l'administrer. Nous
n'apercevons que plus tard les localités qui formèrent, dans
les premiers temps, la seigneurie. C'étaient, d'après les titres
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SMS . ROBEMONT
consultés par M. Stofifel, la Burg ou le château, Sermamagny,
Chaux, La Chapelle-sous-Chaux, Lepuits, Giromagny, Vesce-
mont, Rougegoutte, Grosmagny, Valdoie, Eloie, Essert, Evette,
Urcerey, Argiesans et Banvillars. Ces localités fonnaient
trois mairies : 1° celle de la Burg ou du val, comprenant : la
Burg ou le château, Sermamagny, Chaux, La Chapelle-sous-
Chaux, Lepuits, Giromagny, Vescemont, Rougegoutte et Gros-
magny ; 2"* celle d'Evette, comprenant : Valdoie, Eloie, Essest
et Evette; 3° celle de Banvillars, comprenant : Urcerey, Argie-
sans et Banvillars.
Toutes ces populations étaient de condition servile. Elles
paraissent n'avoir fait que des pas très lents vers une amélio-
ration jusqu'au commencement du XIV** siècle. Comme elles
dépendaient alors du château ou de la seigneurie de Belfort,
elles participèrent, tout en conservant leurs droits et leurs
usages antérieurs, à certaines des franchises que le comte de
Montbéliard, Renaud de Bourgogne, accorda, en mai 1307, à la
ville de Belfort.
Mais elles étaient à la veille de passer en d'autres mains.
Renaud étant mort le 10 mars 1321, sa succession devait
s'ouvrir cinq ans après, comme conséquence d'une clause
testamentaire concernant son lils. Jeanne de Montbéliard, la
fille aînée de Renaud, avait épousé Ulrich II, comte de Fer-
rette. Ulrich étant mort en 1324, Jeanne épousa, en 1325, en
secondes noces, Rodolphe Hesse, marquis de Bade. C'est dans
ces conditions que s'ouvrit, en 1332, la liquidation de la suc-
cession de Renaud. Le partage entre Jeanne et ses co-héritiers
fut conclu à Labretenière (Jura), le 23 février 1326, et la sei-
gneurie de Belfort avec ses dépendances fut adjugée à Jeanne.
Le domaine du Rosemont, étant une dépendance de la sei-
gneurie, advint donc à la veuve du comte Ulrich de Ferrette,
devenue marquise de Bade par son second mariage, et les
populations du Rosemont prêtèrent foi et hommage à son
mari. De fait, elles étaient dès ce moment réunies au comté
de Ferrette.
Jeanne s'étant mariée une troisième fois, en 1347, au comte
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ROSBMOMT '^19
liquider la succession maternelle. Le domaine du Rosemont
advint à Jeannette de Ferrette, sa fille aînée. Jeannette avait
épousé Albert II, archiduc d'Autriche. Cet archiduc, qui avait
succédé à son beau-père, Ulrich II, dernier des comtes de
Ferrette, s'était fait investir, dès son mariage en 1324, du
comté et de tout ce qui pourrait advenir à sa femme de sa
succession maternelle. C'est ainsi que les populations du
Rosemont passèrent définitivement à la maison d'Autriche.
Le domaine était destiné à s'agrandir sous cette nouvelle
domination. En 1351, Albert ayant racheté de sa belle-sœur
Ursule de Ferrette, comtesse de Montfort (Hohenherg), ce qui
lui était advenu de la succession maternelle, Meroux et Véze-
lois formèrent une nouvelle mairie, qu'il incorpora au domaine
du Rosemont.
En 1354, il détacha de sa seigneurie de Rougemont les vil-
lages d'Etueffont-Haut, d'Etueflfont-Bas, d'Anjoutey et de
Petit-Magny, qu'il incorpora également au Rosemont.
C'est, paraît-il, vers la fin de ce siècle que fut rédigée la
constitution connue sous le nom de Coutumier du Rosemont*
Il résulte de ce coutumier que chaque mairie avait son admi-
nistration et sa justice particulières ; qu'au-dessus de ce pre-
mier degré, il y avait la justice seigneuriale et, au-dessus de
celle-ci, la justice du château de Belfort; que les maires
connaissaient des affaires locales de commune importance, à
des époques déterminées de l'année; que la justice seigneu-
riale connaissait, en matière civile, des appels interjetés contre
les sentences des maires; et enfin que la justice du château de
Belfort, sur le rapport du lieutenant du Rosemont, statuait en
dernier ressort.
Quant à la haute justice, la justice criminelle, elle apparte-
nait à la justice seigneuriale. Le Rosemont avait ainsi son
gibet pour tous les justiciables de ses terres.
Si, dans les premiers temps^ la justice seigneuriale eut son
siège effectif au château, il fut établi plus tard à Chaux. C'est
là qu'elle siégeait déjà avant la réunion du Rosemont au
comté de Ferrette ; c'est là que se vidaient par neuf juges,
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250 ROSBMONT
SOUS la présidence du lieutenant, les contestations ou les
appels engendrés par les sentences des maires.
Il faut croire que, sous les archiducs, la basse justice de
Rougegoutte prit plus d'importance que celle des autres mai-
ries, car on la rencontre, vers le milieu du XV* siècle, engagée
à prix d'argent à Nicolas de Chaux. Un MUandre, probable-
ment un des habitants de l'un des trois hameaux qui ont
formé Biervescemont, lui ayant succédé pour une part, vendit
cette part à Louis de Masevaux. A l'extinction de ces derniers»
Henri de Reinach, seigneur de Roppe, en fut investi par l'ar-
chiduc Ferdinand. En 1607, l'empereur Maximilien et, en 1723.
Louis XIV, confirmèrent les Reinach dans cette possession,
En 1730, les Reinach-Foussemagne devinrent propriétaires de
de cette basse justice et l'échangèrent en 1781, aux Mazarin,
contre celle d'Angeot. C'est ainsi que toute chose rapportant
un bénéfice devint, sans en excepter la justice, l'objet d'un
fief, un fleuron de plus à la couronne des familles déjà en
possession d'avantages considérables.
Sous la maison d'Autriche, les droits concédés par les
Montbéliard à nos populations du Rosemont s'accrurent suc-
cessivement. C'est ainsi qu'après la mort d'Albeii, son frère,
l'archiduc Léopold, les aflfranchit de la main-morte.
Malheureusement, nous ne voyons pas que le lieutenant du
Rosemont se soit préoccupé d'assurer aux constitutions de
ses administrés la sécurité que d'autres ne négligeaient pas,
en les faisant renouveler et confirmer à chaque changement
de maître. Aussi arriva-t-il que, dans des temps plus rappro-
chés de nous, l'authenticité ou la valeur du coutumier fut
contestée et, finalement, amoindrie, surtout en ce qui avait
rapport à la chasse, à la pêche et à l'usage des forêts. Il
n'entre pas dans le plan de cette notice d'aborder le détail
des contestations et des péripéties judiciaires qui en furent
la suite, sous les archiducs et même jusqu'à la veille de la
Révolution, sous les Mazarin. Mais, ce qu'il importe d'ajouter,
c'est que les Rosemontois luttèrent sans cesse pour arriver à
conserver au moins une partie des droits dont ils étaient en
possession depuis un temps immémorial, mais qui, sous la
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ROSBMONT 251
domination des archiducs, étaient devenus, plus virtuellement
qu'auparavant, des droits régaliens.
On sait du reste que les archiducs, malgré leurs grandes
possessions, eurent fréquemment recours à l'engagement de
leurs domaines pour se procurer de l'argent. Le Rosemont
surtout eut ce sort. En 1360, c'est à Pierre de BoUwiller qu'il
fut donné en engagement, avec faculté de rachat; en 1363,
c'est à Marguerite de Bade qu'U appartenait au même titre;
en 1447, à Erkinger de Hugenhoven ; en 1450, à Pierre de
Morimont; en 1456, à Guntzmann de Brinighoffen; en 1457, à
Rodolphe de Sultz ; en 1459, de nouveau à Pierre de Morimont.
C'est ce même Pierre qui avait été le négociateur de l'engage-
ment général, à Charles-le-Téméraire, de tous les domaines
d'Autriche dans la Haute- Alsace, et qui, après remboursement,
le 27 avril 1474, se termina par la décapitation de Pierre de
Hagenbach, lieutenant de Charles-le-Téméraire, les victoires
d'Héricourt, de Granson, de Morat et la mort de Charles,
devant Nancy, en 1477.
A peine rentré en possession du Rosemont, l'archiduc Maxi-
milien, besoigneux comme ses prédécesseurs, l'engagea de
nouveau, pour 25,300 florins, à Gaspard de Morimont. L'em-
prunt s'éleva successivement jusqu'à 52,645 florins, qui ne
furent remboursés qu'en 1534. Par suite des diflBcultés très
longues occasionnées par la liquidation, la maison d'Autriche
ne reprit possession du domaine que le 21 janvier 1563.
Dans le cours des XIV% XV* et XVI* siècles, les Rosemon-
tois n'ont pas été moins éprouvés que d'autres par les trois
principaux événements qui ont laissé de si profondes traces
dans nos annales. Mais, plus que d'autres, ils ont opposé à
l'ennemi une résistance digne d'un meilleur sort.
En 1365, ce sont les bandes de l'archiprêtre, Arnaud de Cer-
vole, qui, après avoir guerroyé au pays messin, ravagé les
campagnes de la Basse-Alsace, furent harcelées par les Rose-
montois lorsqu'elles passèrent en Bourgogne.
En 1366, Lutzmann de Rœdersdorf représenta le Rosemont
dans l'alliance conclue, le 17 octobre, entre les seigneurs et
les villes d'Alsace, pour assurer la sécurité du pays.
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260 ROSBMOMT
Quand, neuf années plus tard, en 1375, Enguerrand, sire de
Coucy, eut de nouveau rassemblé les bandes de routiers, qui
n'étaient pas dissoutes, le Rosemont fut envahi le premier des
pays d'Autriche. Il eut beaucoup à souffrir, mais l'histoire ne
nous a conservé aucun détail des horreurs qu'elle relate pour
d'autres localités.
En 1444, ce sont les armées du roi de France qui envahis-
sent le Rosemont, appelées qu'elles étaient par l'archiduc
Sigismond contre les Suisses, avec lesquels il était en guerre.
La bataille de Saint-Jacques mit fin à l'entreprise, et les
Armagnacs ayant pris leur quartier d'hiver en Alsace, les
Rosemontois furent réduits à la misère et au désespoir.
En 1445, ils se révoltèrent et battirent l'ennemi, qu'ils expul-
sèrent, au moment d'ailleurs où il allait quitter le pays.
En 1525, au soulèvement des paysans, quatre cents Rose-
montois, conduits par André de Chaux, envahirent Belfort,
imposèrent au chapitre de la collégiale une contribution de
150 livres bâloises, et se dirigèrent ensuite sur le prieuré de
Froideval, qu'ils pillèrent.
En 1632, au mois de décembre, après la reddition d'Altkirch,
Ferrette et Belfort à l'armée suédoise, quatre mille Rosemon-
tois et des fuyards se rassemblèrent et marchèrent sur Altkirch
et Ferrette, où ils massacrèrent la garnison suédoise. Pour-
suivis dans leur retraite par le Rhingrave Othon, ils furent
atteints et massacrés entre Perouse et Danjoutin. Vézelois fut
incendié. Il n'y reste plus, des constructions de ce temps, que
la tour de l'église, percée au rez-de-chaussée d'embrasures,
murées aujourd'hui, mais par lesquelles les débris de l'expédi-
tion se défendirent avec quelque succès. (Voy. Vézelois.)
Le château du Rosemont fut à peu près bombardé et réduit
à l'état de ruines, comme il est encore aujourd'hui.
Le Chant du Rosemont, publié par M. Henri Bardy dans la
Revue â! Alsace, et d'autres après lui, consacre cette héroïque
résistance des Rosemontois, en même temps qu'il implique un
amer reproche à rencontre des Belfortains qui ne les ont pas
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ROUOEGOUTTE 2S8
Le traité de 1648 ayant mis fin à la guerre de trente ans, et
les domaines de la maison d'Autriche n'étant pas réunis
expressément au domaine public, Louis XIV en fit don d'abord
au comte de La Suze, puis, après la dépossession de celui-ci,
à la suite de sa révolte contre l'autorité royale, au cardinal
de Mazarin. Les lettres patentes du roi, concernant cette
donation, sont du mois de décembre 1659. C'est en vertu de
ces lettres que le Rosemont passa sussessivement à Hortense
de Mancini, mariée au duc de la MeUleraie, puis à Paul-Jules
de Mazarin, puis à Louise- Jeanne de Durefort-Duras, mariée
au marquis de Villequier-d'Aumont, puis à Louise-Félicité-
Victoire d'Aumont, mariée à Honoré-Maurice Grimaldi, duc
de Valentinois, qui en était en possession lorsque la loi du
25 juillet 1791 révoqua la donation de Louis XTV et ordonna
le retour au domaine national de toutes les terres cédées.
Mais la Restauration ne l'entendit pas ainsi : une décision
de M. de Villèle remit, en 1824, les héritiers des Grimaldi en
possession de tous les immeubles qui n'avaient pas été vendus
comme biens nationaux. Ils recouvrèrent presque toutes les
forêts du Rosemont, en payant à l'Etat le quart de la valeur
de la futaie. A la révolution de 1830, et dans la crainte de voir
rapportée la décision de 1824, ces héritiers les vendirent à
des particuliers, dont les descendants de quelques-uns en ont
encore la possession.
Rougegoutte. — Dans les premiers temps de la seigneu-
rie de Rosemont, dont il dépendait, ce village semble avoir
formé une mairie qui embrassait vraisemblablement quelques
agglomérations embryonnaires du voisinage, la demeure de
Giro = Giromagny entre autres. Rougegoutte, appelé Ruheor
gutta dans des pièces de 1347, du chapitre de Belfort, fondé
cinq ans auparavant, avait alors son administration particu-
culière et était le siège d'une basse justice relevant, pour les
appels, de la justice de Chaux, et du château de Rosemont,
pour la haute justice.
Dans le partage qui eut lieu, le 26 août 1347, de la succession
de Jeanne de Montbéliard entre ses quatre fiUes, Rougegoutte
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254 ROUGEMONT
est désigné comme étant échu à sa fille Jeannette, qui avait
épousé l'archiduc Albert II d'Autriche, et c'est de cette année
que date l'accession définitive de cette localité au domaine
patrimonial de cette maison ou à l'Autriche antérieure.
M. Stoflfel rencontre encore Rougegoutte comme chef-lieu
de mairie, en 1577. Ce n'est donc que postérieurement à cette
année que la mairie aurait été fondue dans celle du Haut-
Rosemont.
M. Stoffel relève encore, dans des pièces de 1645, concer-
nant divers biens situés dans diverses localités, un droit ou
une propriété von SandOrBadigunda ausz dem Beforter Ambt,
de Sainte-Radegonde dans la seigneurie de Belfort, et il appli-
que à Rougegoutte cette citation. Si l'interprétation est exacte,
il faudrait en conclure qu'à cette époque l'église de Rouge-
goutte était dédiée à cette reine béatifiée. Plus tard, le vocable
aurait été changé et Saint-Georges, qui est le patron actuel,
aurait pris la place de Sainte-Radegonde. Quoi qu'il en soit,
cette église faisait partie du décanat de Granges.
Quant à la commune, elle a aussi toujours été partie inté-
grante de la seigneurie du Rosemont, sous les comtes de
Montbéliard comme sous les comtes de Ferrette, les archiducs
d'Autriche et, après 1659, sous le duc de Mazarin et ses héri-
tiers. (Voy. Rosemont)
Rougegoutte avait, en 1803, une population de 500 habi-
tants. Le recensement de 1876 lui en attribue 824.
Cette commune appartient au canton de Giromagny. Dis-
tances légales : 3 kilomètres jusqu'à Giromagny; 1 myria-
mètre 2 kilomètres jusqu'à Belfort.
Rougemont. — Il ne saurait y avoir de doute qu'aux
temps gallo-romains il existait, sur la colline qui domine Rou-
gemont, un établissement militaire d'une certaine importanca
La voie venant de Langres et longeant le sud des Vosges
passait au pied de cette colline; c'est vraisemblablement en
cet endroit que venait se souder la voie transversale se déta-
chant de la grande voie de Mandeure au Rhin, au delà de
Dambenois, pour arriver à Vourvenans, où un tronçon est encore
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BOUGEMONT 255
visible, puis à Perouse, Lacolonge, Lp. Grange et Rougemont;
se dirigeant ensuite vers la Haute- Alsace, par Sentheim, où
l'on en reconnaît encore un tronçon. M. Ingold et M. Talion
ont judicieusement éclairé ce point de notre topographie
gallo-romaine.
D'un autre côté, on a recueilli un certain nombre de
médailles qui tendent à confirmer l'existence de l'établisse-
ment militaire dont nous parlons, outre que dans ces dernières
années on a découvert, à Rougemont même, en rectifiant la
route, des restes incontestables de l'ancienne voie.
Il est hors de doute que l'établissement militaire de Rou-
gemont tomba, comme tant d'autres, sous les coups des bar-
bares ; mais il est hors de doute aussi que, dès leur défaite par
les Francs, ou plutôt dès la constitution du duché d'Alsace,
au VIP siècle, la colline dut être réoccupée et munie d'une
forteresse destinée à protéger le pays contre le retour des
invasions.
Cette forteresse fut nécessairement assise au sommet de la
colline, et peut-êre y rencontre-t-on, comme le pense M. Tal-
ion, des restes de la construction de ces temps reculés. Mais,
au temps féodal, elle devint le manoir d'une seigneurie embras-
sant une circonscription dont il sera parlé.
Du VIP au IX® siècle, Rougemont et sa circonscription
appartinrent aux landgraves de la Haute- Alsace, et, au com-
mencement du IX% en 829, au comté du Sundgau. Au XI**
siècle, Otton II, de la famille des Habsbourg, paraît en avoir
eu la possession, car il était, en 1096, comte provincial de la
Haute- Alsace. C'est peut-être de cette époque que date l'ori-
gine des domaines héréditaires de la maison d'Autriche, dont
Rougemont et sa seigneurie ont toujours fait partie.
On peut présumer que le château du haut, la haute hirg,
prit naissance et se fortifia sous les premiers landgraves, et
ensuite sous les comtes qui, tous, descendaient du duc Adalic.
Quoi qu'il en soit, en 1105, Rougemont avait son seigneur. On
en trouve le nom parmi les témoins des chartes de fondation
et de dotation du prieuré de Froidefontaine. C'était Thiébaut
de Rougemont M. Trouillat dit qu'il s'agit de Rougemont en
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356 BOUGBMONT
Franche-Comté, mais il ja'apporte aucune preuve à Pappuî de
cette allégation qui nous semble absolument contredite par la
qualité des autres témoins, qui étaient tous du Sundgau. Le
même Thiébaut se retrouve encore en 1151.
Ainsi, quand, en 1125, Frédéric, premier comte de Ferrette,
fut mis en possession de son comté, il trouva la seigneurie du
Rougemont entre les mains du seigneur Thiébaut, qui était
vraisemblablement aussi^e la descendance des ducs d'Alsace.
Compris alors dans le comté de Ferrette, Rougemont fut
acquis aux comtes. Mais, à notre avis, la Imrg du haut ne prit
son dernier développement que sous le comte Ulrich P', qui
lui donna son nom. Ce fut le mont Ulrich. Dans les titres de ce
temps l'ortographe de ce nom varie et on le rencontre souvent
sous les variantes d'OZnc et d'Oîn, d'où, dans le langage popu-
laire, le mont et le château ont été désignés jusqu'à nos jours
sous l'appellation de Mont Ori. Nous croyons qu'il ne faut pas
chercher ailleurs l'étymologie de ce nom.
Quant au château du bas, on peut présumer que son origine
est aussi contemporaine du règne d'Ulrich P', mort en 1275.
La seigneurie, fortement constituée alors dans le domaine
héréditaire des dynastes de Ferrette, dut recevoir, dans ses
monuments seigneuriaux, la représentation complète de son
organisation féodale : le château du haut, siège de la défense
et de la haute justice de la seigneurie; le château du bas,
siège de son administration et de la basse justice. C'est au
château du bas que se trouvait la chapelle seigneuriale,
comme le dit M. Talion, et qui a donné à la ruine moderne le
nom de Chapelotte.
C'est au pied du château du bas que s'établirent, de bonne
heure, des habitations particulières qui ont formé Voppidum,
la petite ville de Rougemont. Elles se groupèrent jusque sur
les bords du fossé qui précédait l'enceinte du château du bas,
et en peu de temps la ville, placée sous la protection des deux
forteresses, eut acquis une importance assez considérable
pour avoir la prérogative d'un droit d'asile qui n'était donné
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. ROUGEMONT S57
Ce droit est défini dans la constitution générale delà seigneu-
rie, dont on ne possède que le renouvellement, de la tin du
XIV^ siècle. M. l'abbé Hanauer en a publié le texte dans ses
Constitutions des campagnes de V Alsace au moyen-âge. Nous le
résultons aussi succinctement que possible:
1. Depuis Belfort à Auxelles, Rougemont et Montreux-
Château, il ne pouvait s'élever de gibet qu'à Rougemont. Le
seigneur avait seul la haute justice.
2. La limite de la seigneurie était fixée par trois bornes :
l'une à la limite de Montreux-Cbâteau, l'autre au chêne-
fourchu d'Eschêne et la troisième au ruisseau de la forêt de
Rougemont.
3. Tout homme qui habitait ce territoire appartenait à la
burg du haut.
4. Les valets, officiers, pâtres, sacristains et meuniers
devaient être pris parmi ces habitants, à l'exception, toute-
fois, de ceux qui demeuraient dans l'intérieur des fossés.
5. Quand on voulait construire à Rougemont, tout habitant
du territoire devait faire des charrois et des corvées (pour la
construction).
6. Quand, pour cause de guerre, le seigneur mettait la
bannière en campagne, les gens de Saint-Nicolas devaient
garder, à leurs frais, la haute hurg jusqu'au retour de la
bannière.
7. Chaque charrue du territoire devait, dans l'année, un
jour de cœrvée au seigneur, soit qu'il s'agisse d'employer la
charrue ou de faire les charrois ordinaires pour le transport
des meules (de moulin) ou d'autres objets.
8. Les sujets de seigneurs étrangers devaient recevoir
l'ordre de les aider dans les charrois et la corvée. En compen-
sation, ils avaient le droit de chercher, sans la permission du
garde-champêtre, du bois dans la forêt pour leurs charrues et
leurs outils.
9. Tout faucheur, du territoire dépendant du seigneur, devait
à celui-ci un jour de fauchage dans l'année; tout vigneron,
un jour de pioche dans les vignes ; tout voiturier, un jour de
charrois ; tout journalier, un jour de moisson.
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258 ROUGEMONT
10. Sauf le seigneur, personne n'a le droit de détourner
l'eau, ni de pêcher avec des filets. Mais chacun pouvait pêcher
avec un vervier, à la condition de manger le poisson chez lui
et de n'en pas faire commerce.
11. Tout habitant pouvait envoyer ses porcs dans les forêts
du territoire, en payant au seigneur 4 deniers par porc. Les
truies et leurs petits ne payaient rien. Ceux de Saint Nicolas
jouissaient gratuitement de ce droit.
12. Il était défendu de couper le chêne, le hêtre, le sureau
et le poirier dans les forêts, sous peine de 30 sous d'amende
pour le seigneur et de 5 sous pour le garde. Mais si, avant que
le garde ne le voie ou le surprenne, le délinquant pouvait
s'éloigner du tronc à la distance oîi il pouvait lancer sa hache,
il était exempt de l'amende.
13. Les gardes étaient nommés par le seigneur. Ils se ren-
daient ensuite devant l'église et priaient les habitants de leur
accorder aussi la garde de leurs champs. Ils les surveillaient
jusqu'à la haie entre La Chapelle et Angeot. Chaque cultiva-
teur payant la dîme leur donnait une gerbe de grain.
10. L'intendant du seigneur délivrait du bois de construc-
tion à tout habitant de la seigneurie qui bâtissait, moyennant
un quart de vin et un sou au garde. Un sou était payé au
garde pour chaque démolition de maison.
15. Quand les oflSciers du seigneur arrêtaient quelqu'un
dans la seigneurie, ils le conduisaient devant la ville de Rou-
gemont. Les bourgeois recevaient le prisonnier et le livraient
au château du haut.
16. Quand un prisonnier, conduit par des étrangers, passait
à Rougemont et invoquait, entre les ponts, les franchises des
gens de Rougemont, ceux-ci devaient le délivrer, si cela était
en leur pouvoir, et le garder, à ses fr^is, pendant un an et un
jour.
17. Quand un malfaiteur quelconque se retirait dans la
ville de Rougemont, il devait y trouver asile et paix. Quand,
ensuite, il voulait partir, on devait l'escorter pendant un jour
et une nuit.
18. Tout habitant pouvait faire un défrichement dans les
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ROUGEMONT 259
forêts, pourvu que l'endroit choisi ne fût pas planté de chênes,
de hêtres, de poiriers ou de sureaux, mais de tous autres bois
de chauffage. Un pot de vin était donné au garde pour le petit
bois et la dîme des biens défrichés revenait au seigneur.
Quant à la circonscription seigneuriale, il y a des indices
qui tenderaient à faire penser que, dans les premiers temps,
elle embrassait un plus grand nombre de villages qu'aux
XIP et XIIP siècles. A cette époque, elle comprenait : Levai,
Saint-Germain, Romagny , Saint-Nicolas, Petite-Fontaine, Félon
et, temporairement, dit avec raison M. Stoffel, toute la paroisse
de Phaffans, c'est-à-dire Roppe, Denney, une partie de Besson-
court, Phaffans, Menoncourt, Bethonvilliers, Vetrigne, Lacol-
longe et Eguenigue. (Voy. Phaffans.)
De cette seigneurie ont encore fait partie, jusqu'en 1354, les
villages d'Etueffont-Haut, Etuettbnt-Bas, Anjoutey et Petit-
Magny. (Voy. Rosemcmt.)
En 1299, Jeanne, fille de Renaud de Bourgogne, comte de
Montbéliard, ayant épousé Ulrich II, comte de Ferrette, la
seigneurie de Rougemont lui est assignée en douaire par
Ulrich.
Ulrich étant mort en 1324, Jeanne, sa veuve, demeura en
possession du douaire et comme, l'année précédente, sa tille
Jeannette avait épousé Albert II, archiduc d'Autriche, Jeanne
déclara, le 17 mars 1324, qu'à sa mort la seigneurie retourne-
rait à Albert et, en cas de décès de celui-ci, à Jeannette, à
titre d'héritage paternel. De son côté, Albert, qui, à défaut
d'enfant mâle, avait succédé à Ulrich dans le comté de Fer-
rette, jura dans le même acte de protéger sa belle-mère dans
ses biens et ses droits, c'est-à-dire dans la jouissance de la
seigneurie de Rougemont. C'est ainsi que Rougemont passa,
comme du reste tout le comté, à la maison d'Autriche, mais
dans des conditions meilleures que certaines parties du comté
tenues en fief de l'évêque de Bâle, parce que Rougemont et la
seigneurie étaient propriétés allodiales ou héréditaires.
Dès l'année 1325, Jeanne, veuve d'Ulrich, avait épousé en
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260 ROUGBMONT
devaient être rendus par le seigneur direct au marquis de
Bade, époux de la veuve d'Ulrich.
En 1330, le château du haut garda un prisonnier marquant
de la famille de Jeanne : son oncle, Hugues de Bourgogne,
curateur d'Othenin, frère de Jeanne, et administrateur du
comté de Montbéliard.
La reine Jeanne, comtesse de Bourgogne, dit M. E. Tueflferd
dans son histoire inédite des comtes de Montbéliard, avait
institué sa fille Jeanne III, épouse de Eudes de Bourgogne,
héritière de la Franche-Comté, et n'avait laissé qu'une pension
modique à ses deux autres tilles : Marguerite, mariée au comte
de Flandre, et Isabelle, femme du dauphin viennois. Ces deux
princes, irrités de ce partage, prirent les armes contre Eudes,
leur beau-frère, et furent soutenus par Jean de Chalon, Thié-
baut de Neufchâtel, Henri de Faucogney, vicomte de Vesoul, et
Raoul Hesse, marquis de Bade et deuxième époux de Jeanne»
veuve d'Ulrich de Ferrette, toujours en possession de son
domaine de Rougemont.
Eudes de Bourgogne avait, en vue de cette attaque, nommé
Hugues, curateur d'Othenin et administrateur du comté de
Montbéliard, lieutenant du comté de Bourgogne. Hugues
tomba au pouvoir des hauts-barons. Ils l'enfermèrent d'abord
dans sa forteresse de Châtillon-le-duc, près de Besançon, puis,
pour plus de sûreté, ils le conduisirent au castel-haut de Rou-
gemont, qui était tenu par Jeanne, ou mieux par Raoul Hesse,
marquis de Bade, son mari. Il fut remis en liberté le 14 mars
1331, moyennant l'énorme rançon de 20,000 livres, et mourut
la même année sans postérité.
En 1347, à la mort de Jeanne, le douaire dont elle jouissait,
c'est-à-dire Rougemont et la seigneurie, revint à son gendre,
le comte de Ferrette, Albert II, archiduc d'Autriche.
En 1354, il détacha, comme nous l'avons dit précédemment,
de sa seigneurie de Rougemont les villages d'Etueffont-Bas,
Etueffont-Haut, Anjoutey et Petit-Magny, pour les incorporer
à la seigneurie du Rosemont et, la même année, il engagea
celle de Rougemont, pour 17,500 florins d'or, à Jean, comte de
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ROUGEMONT 261
En 1384, ce même Jean commit toute la seigneurie, moins
le château du haut, à un autre Jean de Habsbourg, son cousin
germain, seigneur de Lauffenberg, en échange d'autres domai-
nes, situés dans la seigneurie de Lauffenberg.
Jean de Lauffenberg étant mort en 1408, Rougemont devint
le douaire de sa femme, Agnès, pour passer bientôt, par le
mariage d'Ursule, fille d'Agnès, avec Rodolphe de Soultz, dans
la famille des comtes de Soultz.
En 1431, l'empereur Sigismond préposa pour juger, au nom
de l'empereur, les causes criminelles dans la seigneurie,
Henri Schnezer de Krenchingen. Ce seul exemple trouvé dans
les titres prouve que, malgré les engagements du domaine, il
y eut toujours au château du haut un représentant du suze-
rain, pour exercer en son nom le droit de haute justice; mais
il semble prouver aussi que la basse justice faisait, comme en
beaucoup d'autres lieux du comté, partie de l'engagement.
Les comtes de Soultz jouirent successivement du domaine
utile jusqu'en 1603, époque à laquelle, au mépris des droits du
seigneur direct, ils disposèrent d'une partie du domaine en
faveur de Gaspard de Jestetten, commandeur de l'ordre teu-
tonique, et reçurent en échange le château de Jestten.
Mais la Régence d'Ensisheim s'opposa à l'entrée en posses-
sion et, en 1609, elle décida que la seigneurie serait enlevée
pour toujours à la famille de Soultz et qu'elle ferait retour
aux archiducs.
En 1627, l'empereur Ferdinand II l'engagea de nouveau,
pour 30 ans, aux nobles de Stadion, se réservant toutefois les
droits régaliens.
Le terme de l'engagement expira donc en 1657. Dans l'inter-
valle, le traité de 1648 avait substitué le roi de France aux
droits de l'empereur d'Allemagne. Louis XIV réunit alors la
seigneurie de Rougemont à son fisc.
En 1681, il en investit le maréchal de camp Hubert-Nicolas
de Reinach. Au décès de celui-ci, en 1696, le fief fut donné au
marquis d'Huxelles, élevé peu après à la dignité de maréchal
de France.
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262 ROUGEMONT
En 1730, le marquis d'Huxelles étant mort célibataire, le
roi conféra le fief à Conrad-Alexandre de Rothenburg, fils de
Nicolas-Frédéric de Rothenburg (au Wasgau-Basse- Alsace),
qui s'était distingué dans la carrière diplomatique. Conrad ne
laissa d'autres héritiers que deux sœurs, dont l'une était cha-
noinesse de Remiremont, et l'autre femme de Nicolas-Joseph
Saint-Remy.
Jeanne Octavie, leur fille, épousa le marquis de Rosen, petit-
fils du maréchal de Rosen, et lui apporta en dot la seigneurie
de Rougemont.
Eusèbe-Octave-Augustin de Rosen, dernier descendant
mâle de cette famille, mourut en 1774, ne laissant qu'une fille,
Sophie de Rosen, qui donna sa main à Charles-Louis-Victor
de Broglie, fils du maréchal, et lui apporta en mariage la
seigneurie de Rougemont.
En 1789, ce Charles-Louis- Victor de Broglie était colonel
du régiment de Bourbon. Il fut député de la noblesse de
Colmar-Schlestadt aux Etats-Généraux, puis président du
Directoire du Bas-Rhin, et employé comme maréchal de camp
à l'armée du Rhin. En 1794, il fut l'une des dernières victimes
de la terreur et mourut âgé de 37 ans.
Sa veuve, morte vers 1840, épousa Marc-René Voyer d'Ar-
genson qui, sous la Restauration, fut un des plus marquants
députés de l'opposition et fort compromis dans la conspiration
de Belfort, en 1822.
Il faut faire un retour en arrière pour donner place à quel-
ques indications, réservées pour ne pas interrompre la men-
tion sommaire qui précède des seigneurs directs et des enga-
gistes que les documents nous ont fait connaître.
En 1366, Jean de Walbach représentait Rougemont dans
l'alliance conclue le 17 octobre entre les seigneurs et les villes,
pour assurer la sécurité du pays, depuis l'Isle-sur-le-Doubs et
le Hauenstein jusqu'au Rhin et à Seltz. Il s'agissait, comme on
sait, de se liguer contre les routiers de l'archiprêtre, qui
Z — j. %.! 1 - i_ -r» il
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ROUGEMONT 263
Bâle. Lç château existait donc encore à cette date, et la men-
tion exclut toute idée qu'il ait été détruit en 1365, comme on
Ta supposé.
Sont-ce les paysans du Sundgau qui, soulevés en 1525 et
s'en prenant aux nobles et au^ couvents, auraient surpris les
châteaux et les auraient mis en ruine? Rien ne le prouve, car
ceux-là, moins que d'autres, ne disposaient d'engins assez
puissants pour une telle œuvre.
Il est plus naturel d'admettre que la forteresse de Rouge-
mont fut abattue, ainsi que le couvent de Saint-Nicolas, par
l'armée suédoise. La forteresse ne s'est plus relevée, parce
qu'au commencement du XVIP siècle on était à la fin du
règne de la féodalité.
On rencontre dans les documents des indications établis-
sant que l'évêché de Bâle y avait des possessions indépen-
dantes de la seigneurie; c'est ainsi que, dans un titre étranger
à notre sujet, nous lisons qu'en 1454, les frères Thiébaut et
Luthold d'Asuel sont qualifiés sires de Rougemont, probable-
ment à cause d'un fief qu'ils tenaient de l'évêque de Bâle.
Nous remarquons ailleurs qu'à la même époque l'église de
Rougemont était filiale de celle d'Angeot. C'est donc la preuve
que celle d'Angeot est plus ancienne.
L'église de Rougemont était alors sous l'invocation de
Saint-Pierre et de Saint-André, apôtres. Elle avait deux autels
latéraux dédiés : l'un à Sainte-Catherine, l'autre à la Vierge,
avec une confrérie du Rosaire. Le couvent de Schœnenstein-
bach était coUateur de l'église qui, dans la seconde moitié du
XVII? siècle, fut érigée en vicariat perpétuel. Romagny et
Levai faisaient partie de la paroisse.
En 1803, la population de Rougemont était de 871 habitants.
On y en a recencé 1,874 en 1876.
Rougemont, qui appartenait au canton de Masevaux en 1870,
est aujourd'hui rattaché au canton de Fontaine. Distances
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264 SAINT-DIZIER
Saint-Dizier. — Au VIII'' siècle, il aurait existé, à l'en-
droit où se trouve l'église, un oratoire desservi par un prêtre
et des religieuses. L'oratoire aurait été dédié à Saint-Martin.
Or, on sait que Saint-Martin le Thaumaturge, du IV* siècle,
l'apôtre des Gaules, fut un grand destructeur de temples et
d'autels païens. Aussi, beaucoup d'églises primitives du terri-
toire lui furent dédiées et, la plupart du temps, les nouveaux
temples s'élevèrent sur les ruines des anciens.
L'existence de l'oratoire de Saint-Martin nous est révélée
p^r la légende de Saintr-Dizier, à laquelle des titres contem-
porains viennent donner, quant au fond dépouillé de toute
couleur poétique, un certain caractère d'authenticité. Nous
traduisons, d'après le texte de M. Trouillat, cette légende,
parce qu'elle a sa place dans l'histoire de la localité.
« Saint-Dizier arriva par le chemin qui conduit au désert
de la Vosge, dans le voisinage des Burgondes, sur la hauteur
qui porte le nom de Saint-Dizier. Il y trouva un oratoire, non
grand, construit en l'honneur de Saint-Martin; y étant entré
pour prier, le peuple du voisinage accourut, désireux de voir
un tel homme, principalement ceux qui étaient prédestinés à
la vie. Il attira aussi ceux qui avaient l'amour de l'argent et
chez lesquels la parole de vie cause de l'irritation et ne porte
aucun fruit. Ceux, au contraire, qui étaient instruits de sa
doctrine arrivèrent en grand nombre et donnèrent de magni-
fiques louanges à Dieu.
« Il y avait, au même lieu, une sainte femme qui veillait sur
le sanctuaire, distribuant ses soins à tous ceux qui arrivaient
et les introduisant dans l'oratoire. Après une exhortation au
peuple et la célébration de la messe selon le rite en usage,
l'homme de Dieu lui dit : Je demande de toi, très chaste vierge,
qu'après avoir reçu la sainte communion et la bénédiction, tu
nous donnes quelque chose pour soutenir ce corps et étancher
sa soif. Il y avait en effet pénurie d'eau en cet endroit et la
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SAINT-DIZIEB 265
Etant entrée dans un endroit écarté, elle en revint avec un
vase plein et l'ofirit au serviteur de Dieu.
« Alors l'homme de Dieu, ayant fait le signe de la croix
sur le vase, calma l'ardeur de sa soif et distribua de l'eau au
peuple autant que chacun en désira. C'est ainsi que s'accom-
plit un grand miracle. Le vase qui contenait la boisson, non
seulement ne se vida point, mais il se remplit au point qu'iî
déborda et inonda le sol de l'oratoire. Cela doit être attribué
au grand mérite du saint homme, à la chasteté et à la charité
de la sainte femme. Le peuple, dont Dieu avait touché le cœur,
en fut stupéfait, le glorifia de tout ce qu'il avait vu et entendu,
et sa croyance en Dieu s'affermit de plus en plus. Mais l'homme
de Dieu n'attribua point à ses propres mérites le miracle qui
venait de s'opérer ; il le rapporta à Dieu qui réjouit ceux qui
espèrent en lui, qui ne souffre pas que le juste soit délaissé,
ni que la nourriture fasse défaut à celui qui manque de pain.
Cela étant dit, le très saint prélat ordonna à son compagnon,
Regenfroi, de remettre où ils étaient auparavant les habits
qu'il avait revêtus pour célébrer la messe, et il reprit son
chemin.
« Quelques-uns de ceux qui composaient la foule avaient
entendu cet ordre et ils avaient été séduits par la richesse des
vêtements et des vases, c'est-à-dire des calices, des patènes et
autres vases en argent. Ils s'attachèrent aux pas du saint
homme, formèrent le projet de le tuer et de le spolier ensuite.
Sachant ce qui le menaçait, le prélat recommanda son âme à
Christ, dit adieu à la servante du Seigneur, ainsi qu'aux autres
fidèles et se mit intrépidement on route vers le lieu qui
porte le nom de Croix. Mais, auparavant, il avait dit à beau-
coup de fidèles qui l'ont entendu : très chers frères, si vous
apprenez quelque part que des pèlerins ont été tués, ayez soin
de les enterrer dans l'oratoire de Saint-Martin. Arrivés au
lieu indiqué, il prit une baguette flexible et, l'ayant pliée en
croix, il se prosterna, se mit en prière et ordonna à ses
compagnons (Regenfroi et Villibert) de l'imiter. Après sa mort,
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266 SÂINT-DIZIEB
de longues années, environ quatre-vingts ans, et même plus.
C'est de là que le lieu a pris son nom.
« Ayant achevé sa prière, le prélat se leva et, pour encou-
rager ses compagnons, il leur dit : Maintenant, hommes, levez-
vous ! Agissez virilement et raffermissez vos cœurs, parce que
l'heure de notre vocation est arrivée.
« Ayant ainsi parlé, des hommes iniques armés de fer s'ap-
prochèrent pour les punir. Ils tuèrent d'abord Saint-Regen-
froi, puis le domestique du chevalier de Christ, en lui faisant
une blessure qui lui fendit la tête, et le laissèrent encore
vivant. S'étant approchés ensuite de Dizier, l'iiivincible athlète
de Christ, ils le trouvèrent en prière, le frappèrent du glaive
jusqu'à ce qu'ils purent s'emparer de ses richesses et l'aban-
donnèrent encore vivant. En possession du butin dont ils
s'étaient emparés sans obstacles, et ne craignant personne, ils
reprirent le chemin par lequel ils étaient venus.
« Beaucoup de personnes rapportent qu'en chemin une
bataille s'engagea entr'eux au sujet du partage de la dépouille
et que, ne pouvant tomber d'accord, ils s'entretuèrent jus-
qu'au dernier.
« Avant d'exhaler le dernier soupir, Saint-Dizier, voyant
que son domestique pouvait encore vivre, interrompit sa
prière et lui dit : Frère, lèves-toi au nom du Seigneur ! Pour
recoudre ta tête, prends les épines qui sont autour de toi et
retourne auprès de la servante du Seigneur que nous avons
quittée aujourd'hui, afin qu'elle nous envoie un prêtre et que
nos corps soient enterrés dans l'oratoire du bienheureux
Saint-Martin. Le domestique partit, remplit la recommanda-
tion de son maître et vécut encore de longs jours, portant
sur sa tête le stigmate des épines en témoignage de la
vérité.
« Saint-Dizier, sentant qu'il ne vivrait pas plus longtemps,
parce que déjà la force de l'homme extérieur lui manquait,
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SAINT-DIZIER 367
Après avoir prononcé ces paroles et d'autres semblables, il
expira.
« Le duc de cette contrée, nommé Rabiac, ayant appris
l'événement, voulut faire transférer les corps dans un autre
endroit. Mais des hommes étant arrivés sur l'ordre du juge,
leurs bras ne purent enlever les saints hommes du lieu oii ils
gisaient. Le prêtre de l'oratoire, arrivé ensuite, avec une
seule servante du Seigneur, nommée Pomponia, et Villibert,
le domestique du martyr, enlevèrent sans peine (absquemorâ)
les corps et les placèrent sur le char qu'ils avaient amené
avec eux, les ramenèrent à l'oratoire avec autant de facilité
que si le char n'eût rien porté et les inhumèrent avec de
grands honneurs. Par l'intercession de leurs prières, il se fit
alors beaucoup de miracles sur leurs tombeaux : des aveugles
recouvrent la vue, des boiteux l'usage de leurs membres, des
languissants la santé, des démoniaques la délivrance. Toute
infirmité est guérie et beaucoup d'autres faits s'accomplissent
par leurs mérites, leurs vertus et la grâce de Dieu. Il serait
fastidieux de les énumérer tous, car le nombre en est très
grand.
a Et afin que personne ne doute de la vérité de ces faits et
ne pense qu'ils ont été inventés, nous les attestons avec des
témoins dignes de foi. Il y a d'ailleurs, ifti, à l'église, le bâton
(crosse ?) du saint, qui a été sauvé de l'incendie, le siège sur
lequel il s'est assis, les saints habits dont il était revêtu quand
il célébra la messe, sans lésion et aussi bien conservés que
s'ils venaient d'être faits. Nous y avons vu les tablettes du
martyr et le style en os dont il se servait. Si quelqu'un avait
mal aux dents, il lui suflHisait de toucher la dent malade avec
ce style pour que la douleur disparût, s'il avait mérité d'être
guéri; nous y avons vu une relique du saint et celles de beau-
coup d'autres saints, recueillies par Saint-Dizier dans les
lieux qu'il avait visités pendant ses longs voyages et beaucoup
d'autres objets qui, à cause de leur antiquité, paraissaient
n'avoir aucune signification.
« Le duc de la contrée, touché* des vertus du martyr, fit
construire une custode et une table d'argent d'une ciselure
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lâSb SAINT-DIZIEB
admirable, sur laquelle le nom du saint fut gravé, et la plaça
sur son tombeau.
a Saint-Dizier et Saint-Regenfroi ont subi le martyre le V
des calendes, au temps du roi Childéric, Jésus-Christ régnant
au siècle des siècles. Amen. »
Trouillat dit, avec raison, qu'il s'agit de Childéric II, qui
régAa de 670 à 675, et non de Childéric III, déposé en 752;
qu'en 727, Saint-Dizier était déjà l'objet de la vénération
publique, ainsi que l'atteste une charte du comte Eberhard,
qui donne à Murbach Délie avec la basilique où repose le
corps de Saint-Dizier.
Nous ajouterons que le duc de la contrée, dont il est ques-
tion dans la légende et sur le nom duquel il y a des variantes
entre les BoUandistes et le manuscrit édité par M. Trouillat,
était le comte du Sundgau, Rodebert, auquel Childéric II
adressa, ainsi qu'au duc Athic, le diplôme de 673, pour le
monastère de Munster, au val de Saint-Grégoire.
C'est donc entre 670 etî675 qu'il faut placer le martyre de
Saint-Dizier et de SaintrRegenfroi, ainsi que l'origine des vil-
lages de Saint-Dizier et de Croix.
Ainsi, l'on voit qu'abstraction faite de sa naïveté et de sa
couleur poétique, la légende contient un fond de vérité histo-
rique, sur lequel les recherches concernant l'origine de nos
villages peuvent se baser. Le légendaire nous apprend, en
outre, qu'entre l'époque où il écrivait et le martyre de Saint-
Dizier, l'oratoire Saint-Martin avait été incendié. Il dit, en
effet, que l'on avait sauvé du feu les reliques qu'il a vues,
dans l'église nouvelle sans doute, et qu'il énumère.
Ajoutons à la légende un chapitre que la tradition ne cesse
pas de consacrer: Sur le plateau de Villars-le-sec, au bord d'un
chemin qui, de la Suisse, conduit à Saint-Dizier, gît un mono-
lithe, d'environ quatre mètres de hauteur sur trois mètres de
largeur et trente-trois centimètres d'épaisseur. Dans les temps
«^^;^^o r».Rtte pierre aurait été levée. La surface exposée à
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SAINT-DIZIEB 269
de bois est fichée en terre à côté du monolithe, et chaque pas-
sant ne manque pas d'en détacher une parcelle qu'il emporte
jusqu'à la fin de sa course; la croix est scrupuleusement rem-
placée par une nouvelle quand l'ancienne n'a plus assez de
bois pour résister aux entailles et fournir aux passants le
talisman qu'il est d'usage de lui emprunter. Cet endroit du
chemin est appelé le pas du diable.
Cette tradition nous est révélée par M. Talon. Elle semble
remonter au martyre de Saint-Dizier et rappeler les combats
dirigés par le christianisme contre les anciennes croyances
des populations de la contrée.
L'oratoire Saint-Martin existait donc avant la visite qu'il
reçut de Dizier et de ses compagnons, c'est-à-dire avant 670
ou 675. Il était au domaine des comtes du Sundgau. En 728, il
passe à l'abbaye de Murbach, que le comte Eberhard venait
de fonder. Peut-être convient-il de placer après cette date
l'incendie mentionné par le légendaire. Dans cette hypothèse,
ce serait l'abbaye de Murbach qui aurait fait construire, à la
place de l'oratoire Saint-Martin, la première église dédiée à
Saint-Dizier, ou placée sous ce vocable, qu est demeuré le
nom de la commune naissante. En tout cas, la basilique de
Saint-Dizier existait déjà le 12 mars 913, car elle est désignée
dans le diplôme donné à Strasbourg, et à cette date, par
Conrad P', roi d'Allemagne, confirmant à ladite abbaye les
possessions qui lui appartenaient.
Mais il faut croire qu'au commencement du XP siècle,
l'église primitive ne répondait plus aux besoins d'une popula-
tion devenue plus nombreuse ou plus exigeante, relativement
au sanctuaire du culte nouveau. Cette église disparut pour
faire place à un nouvel édifice. L'abbaye de Murbach saisit
cette occasion pour faire transférer les reliques de Saint-
Dizier et de Saint-Regenfroi dans la maison mère, au fond de
la vallée de Guebwiller.
En 1041, l'église nouvelle était achevée. Hugues P', arche-
vêque de Besançon, le constate dans un synode tenu le
6 novembre, à Besançon, pour la consécration de l'église
récemment reconstruite et dans lequel il blâme l'avarice hon-
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^0 RAINT-DIZIER
teuse des archidiacres, qui avaient réduit à la servitude cette
église, autrefois abbaye royale et libre à son origine. Du
consentement et sous la garantie de tous les membres du
synode, il l'affranchit et la rend à sa première indépendance.
Affranchie des charges dont les archidiacres l'avaient
écrasée, l'église de Saint-Dizier, dont Murbach avait toujours
la coUature, paraît avoir acquis, au commencement du
XI* siècle, son plus haut degré de prospérité. Elle était la
paroisse de Saint-Dizier-le-Haut, Saint-Dizier-le-Bas ou Levai,
de Villars-le-sec, Fêche-l'Eglise, Lebetain, d'une partie de
Montbouton et de Beaucourt, dont l'autre partie appartenait
à l'archevêché de Besançon et à la seigneurie de Blamont.
Parallèlement au spirituel, Saint-Dizier avait pris un égal
développement temporel. Il avait formé une mairie composée
des mêmes localités que la paroisse. Comme le domaine de
Délie, dont elle dépendait, cette mairie était restée le patri-
moine des ducs d'Alsace, puis des comtes, puis des archiducs
leurs descendants. Ni le comté de Montbéliard, ni le comté de
Ferrette ne l'avaient absorbée à leur fondation. La donation,
de 728, à l'abbaye princière de Murbach, l'en avait préservée
comme le domaine de Délie, à l'histoire duquel celle de Saint-
Dizier est étroitement liée. (Voy. Délie.)
En 1232, Saint-Dizier passe, en même temps que Délie, en
fief direct à Henri VII, roi des Romains, l'abbaye de Murbach
s'étant toutefois réservé la moitié des revenus qu'elle en
retirait
En 1274, l'abbaye aliène ce qui lui restait, en faveur de
Thierry III, comte de Montbéliard, et c'est de cette année que
Murbach nous paraît entièrement dépossessionné des biens,
droits et privilèges qu'Eberhard lui avait concédés en 728. Il
va de soi, d'ailleurs, que l'acquisition de Thierry était un fief
relevant du SaintrEmpire.
En 1320, le comte de Montbéliard cède à l'empereur Fré-
déric les droits qu'il avait acquis à Saint-Dizier, de l'abbave
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SAINT-DIZIER 271
mains de Jeanne, veuve d'Ulrich II, et, en 1324, à sa tille
Jeannette, épouse de Tarchiduc Albert II.
En 1373, l'archiduc Léopold donne l'église et les redevances
de Saint-Dizier à l'abbaye de Lure, pour la dédommager des
pertes que lui avaient occasionnées les Bourguignons, au sujet
de la ville d'Héricourt, reprise par les archiducs Albert et
Léopold à Geoffroi de Linange, qui la tenait du comte de Mont-
béliard, allié d'Enguerrand, sire de Coucy.
On sait d'ailleurs que l'abbaye de Lure était filiale de l'ab-
baye de Murbach. Ses terres avaient été ravagées, comme
toutes celles du Sundgau appartenant à la maison d'Autriche,
et, comme l'abbaye de Lure était restée fidèle à cette maison,
elle en fut récompensée par la donation dont il s'agit.
Afin de ne pas entrer dans de trop longues répétitions, nous
renvoyons le lecteur, pour le surplus de l'histoire de Saint-
Dizier, à la notice de sa prévôté. (Voy. Délie.)
Nous ajouterons que, dans les titres allemands, le nom de
Saint-Dizier est devenu Sanct Stœringen.
Nous ne trouvons que les noms d'un petit nombre de curés
de cette paroisse dans les pièces que nous avons pu consulter;
ce sont : en 1302, Odon, curé; en 1310, au mois de décembre,
le même; en 1332, Guillaume et Jean, son vicaire; en 1342,
Guillaume de Bure, vicaire; en 1343, Handmyns, curé, et en
1346, André de Grandvillars.
L'église faisait partie du décanat de l'Ajoie.
L'église célébrait le martyre de Saint-Dizier et de Saint-
Regenfroi au 17 et au 18 septembre. Les BoUandistes adoptent
le 17; Usuard, au contraire, adopte le 18; Murbach, le 17.
Il serait intéressant de savoir si, après la reconstruction de
l'église, en 1041, les reliques de Saint-Dizier, transférées à
Murbach, ont été restituées au sarcophage dont M. Anatole de
Barthélémy a reproduit quelques dessins dans le dernier
bulletin de la Société belfortaine d'émulation. Nous n'avons
aucun renseignement sur ce point, que des recherches ulté-
rieures pourront éclairer.
Ce qui est certain, c'est que la construction actuelle n'est
plus celle du XP siècle, tandis que ce qui reste du sarco-
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272 SAINT-GERliÂIN
phage est évidemment de cette époque. Sur trois côtés de la
tour qui existe, on reconnaît facilement quelques pierres tail-
lées de la tour de 1041 et qui ont été employées telles qu'elles
existaient primitivement. Elles présentent des cintres sur-
baissés, semblables à ceux que l'on peut voir extérieurement
à la tour de l'église de Sainte-Foi, de Schlestadt, qui est égale-
ment une construction du XP siècle.
Aucun document écrit ne permet de préciser l'époque à
laquelle l'église moderne a remplacé celle qui l'a précédée.
Tout ce que l'on peut dire, c'est que son caractère intérieur
permet de présumer qu'elle remonte au XIII^ siècle.
Saint-Dizier avait, en 1803, une population de 320 habi-
tants ; on y en a recensé 652 en 1876.
Cette commune appartient au canton de Délie. Distances
légales: 5 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 2 myria-
mètres 5 kilomètres jusqu'à Belfort.
Saint-Germain. — Au X^ siècle, il y avait dans cette
localité un château-fort et une chapelle dans le château; cette
chapelle était dédiée à Saint-Germain. Ce fait est révélé par
la notice de la fondation et de la restauration de l'abbaye
d'Eschau, à laquelle capella S. Germani in Castro appar-
tenait.
En 1121, on rencontre un Frédéric de Saint-Germain, qui
est investi d'un lief dépendant de l'abbaye d'Andlau.
En 1181, le pape Alexandre III confime, à l'abbèsse Ger-
trude, les possessions de son abbaye, et parmi ces possessions
se trouve encore désignée la chapelle du château de Saint-
Germain.
Du château-fort, de la chapelle et de la famille de Frédéric,
les documents ne nous fournissent plus d'autres renseigne-
ments. Le château et sa chapelle ont disparu à une époque
que nous ne pouvons déterminer et il n'en reste plus qu'un
vague souvenir dans le nom de Cfhâtelet donné à la hauteur où
la forteresse était assise.
Le territoire de Saint-Germain fut compris, en 1125, dans
le comté de Ferrette. Comme la forteresse existait encore en
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SAINT NICOLAS 2TS
1180, c'est sous la domination des premiers comtes de Fer-
rette qu'elle fut détruite. Le territoire et le village, ou le
hameau qui existait alors, furent réunis à leur seigneurie de
Rougemont.
Cependant, à la chapelle du château succéda, à une époque
que l'on ne peut non plus préciser, une nouvelle chapelle qui
fut encore dédiée à Saint-Germain et qui devint une annexe
de l'église de Phaffans. Bethonvillier se rattacha à cette cha-
pelle, dont il se trouvait plus rapproché que de Phaffans, mais
les fidèles de ces deux localités ne restèrent pas moins parois-
siens de Phaffans, dont l'abbaye de Lucelle avait la coUature
et la direction spirituelle. En 1750, la chapelle ou l'église de
Saint-Germain fut érigée en vicariat perpétuel, et en 1774,
la coUature passa de l'abbaye de Lucelle à l'abbaye de
Masevaux.
Relativement au temporel, Saint-Germain demeura soumis
à la seigneurie de Rougemont, dont il partagea le sort aux
diverses périodes de notre histoire locale. (Voy. Eotigemont)
En 1803, la population de cette commune était de 268 habi-
tants ; on y en a recensé 360 en 1876.
Saint-Germain appartient au canton de Fontaine. Distances
légales: 8 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 1 kilo-
mètre jusqu'à Belfort.
Saint-Nicolas. — Au XI^ siècle, le lieu où le prieuré de
Saint-Nicolas allait être fondé était un hameau dépendant de
la burg ou du château de Rougemont, au Sundgau, ou mieux
au comté de Montbéliard-Ferrette. Le vallon où ce hameau
était situé s'appelait alors Belval, et c'est aussi le nom qui fut
donné à l'agglomération naissante.
En 1076, Thierry P', comte de Montbéliard-Ferrette, épousa
Ermentrude, fille de Hugues II, comte de Bourgogne, et
d'Etiennette de Vienne. De ce mariage naquirent neuf enfants,
dont le second et le troisième, Renaud et Frédéric de Mont-
béliard-Ferrette, fondèrent, en 1093, le prieuré dédié à Saint-
Nicolas et le donnèrent à l'abbaye de Molesme, en Cham-
pagne.
18
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274 SAINT-NICOLAS
En 1125, rancien comté ayant été divisé en deux parties,
Belval et le prieuré échurent au comte de Ferrette, dont Fré-
déric, le fondateur, fut le premier comte ou le premier dynaste.
Parmi les biens dont il dota le prieuré, se trouvait l'aggloméra-
tion, hameau ou village de Soppe, appelé Suïzbach dans les
titres allemands.
En 1145, le pape Eugène III confirma la donation du prieuré
à l'abbaye de Molesme.
En 1324^ Ulrich, comte de Ferrette, donne au prieuré de
Saint-Nicolas, de Rubeo-monte^ de Rougemont, tous les droits
qu'il avait sur l'église d'Angeot; le 14 mars de la même année,
Henri de Thoune, évêque de Bâle, atteste que le comte Ulrich
a donné audit prieuré, avec l'assentiment de son prévôt de
Masevaux et de son frère Henri, qui en étaient en possession,
le droit de patronage de l'église d'Angeot. Cette donation avait
pour objet d'indemniser le prieuré des pertes qu'il éprouvait
à Soppe, par suite d'une épidémie qui avait entièrement
dépeuplé ce village, où les terres demeurées incultes ne four-
nissaient plus la dîme dont le prieuré avait été doté par ses
fondateurs.
En 1260, le prieuré est qualifié de Saint-Nicolas-des-bois,
dans la donation que le chevalier Hugues de Buix lui fait de
deux maix de terre tenus par le prieuré, à Etueiîont, et que
Hugues lui contestait. Pour mettre fin à la contestation, et
pour venir aussi en aide au prieuré, Hugues lui fait l'abandon
de ses terres d'Etueffont, à titre d'aumône ou d'offrande faite
en son nom, en celui de sa femme et de ses enfants.
Dans les actes et documents postérieurs, le prieuré est tou-
jours qualifié de SaintrNicolas-des-bois. C'est ainsi désigné
que M. Stoffel le trouve : en 1303, dans une reprise du fief de
Roppe; en 1453, dans une sentence arbitrale, en vertu de
laquelle la population qui avait échappé à la mortalité de
Soppe n'était plus tenue de payer au prieuré que 20 sous de
Bâle et deux chapons; en 1566, dans les comptes de Saint-
Nicolas; en 1613, dans des pièces de procédure; en 1662, dans
la réunion de ce prieuré aux jésuites d'Ensisheim; et en 1746,
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SAINT-NICOLAS 275
Il ne semble pas que le prieuré ait été bien richement doté
par ses fondateurs, et cela s'explique. Renaud et Frédéric
firent cette fondation du vivant de leurs auteurs. Ni l'un, ni
l'autre n'était l'aîné des enfants de Thierry et d'Ermentrude.
Le droit féodal ne leur permettait de disposer que des menus
avantages dont ils étaient en possession. Le hameau de Belval
était vraisemblablement de ce nombre, avec le petit village de
Soppe. Ils en disposèrent en faveur de Saint-Nicolas. Peu à
peu, le domaine s'agrandit, au moyen de largesses diverses et
surtout au moyen des fondations pieuses qui étaient dans
l'esprit du temps. La maison prospéra néanmoins assez conve-
nablement, car on trouve qu'aux XIP et XIIP siècles elle avait
des terres et des cens dans un grand nombre de communes
des environs. Avec elle prospéra aussi le hameau de Belval,
qui, en 1628, est appelé village de Saint-Nicolas, dans un
inventaire de la seigneurie de Rougemont.
Il faut bien qu'il en soit advenu ainsi puisque, déjà en 1390,
on rencontre dans le renouvellement des droits de la sei-
gneurie de Rougemont la clause suivante : « Quand, pour
cause de guerre, le seigneur met la bannière en campagne, les
gens de Saint-Nicolas doivent garder, à leurs frais, la haute
lurg (le château du haut) jusqu'au retour de la bannière. »
En 1441, le prieuré fut exempté du droit seigneurial qu'il
devait payer à l'église de Bâle. Cette exemption semble prou-
ver que, parmi les monastères du pays, celui de Saint-Nicolas
n'était pas des plus riches, car l'exemption s'accordait aux
maisons religieuses, aux églises et aux chapellenies dont les
revenus étaient modestes.
Il résulte de ce qui précède que le prieuré a donné son nom
au hameau de Belval, où il était établi, et qu'en 1628, l'ancien
hameau avait pris assez d'importance pour être compté comme
village par les officiers de la seigneurie.
En 1620, quand la guerre de trente ans fut allumée, Léopold,
archiduc d'Autriche, donna le prieuré d'abord à l'abbaye de
Munster, puis, en 1630, aux jésuites d'Ensisheim. Ces derniers
n'en jouirent pas longtemps, car, au mois de décembre 1632,
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276 SALBERT — SERMAMAONY
il fut détruit par l'armée suédoise. Le hameau, ou le village,
subit le même sort.
Salbert. — Sur le versant nord-ouest de la montagne qui
porte le nom de Salbert, se sont d'abord établies quelques
fermes qui ont donné naissance au village moderne et auquel
le nom de la montagne est resté. L'urbaire de Belfort de 1472
constate qu'il y avait alors « la censé du mont Salbert et les
censés du petit Salbert ». Elles dépendaient de la ville de Bel-
fort, à laquelle le Salbert appartenait depuis longtemps.
Peu à peu, d'autres habitations ont été construites dans le
voisinage des fermes et ont fini par former une agglomération
à laquelle l'organisation politique qui fut la conséquence de
la Révolution a conféré l'autonomie communale. On distingue
encore, dans la constitution de cette commune, Salbert-village
et Salbert-la-Forêt.
En 1803, la population de cette localité était de 185 habi-
tants; on y en a recensé 274 en 1876.
Cette commune appartient au canton de Belfort. Distances
légales : de Salbert-village, 5 kilomètres; de Salbert-la-Forêt,
6 kilomètres jusqu'à Belfort.
Sermamagny. — Les documents que nous pouvons
consulter ne fournissent aucun moyen de remonter, avec cer-
titude, à l'origine de l'agglomération qui est devenue la com-
mune de Sermamagny. Mais, si l'on admet que l'étymologie
produite pour Giromagny soit justifiée, il n'y a aucune raison
de ne pas s'en prévaloir pour la localité qui nous occupe.
Sermamagny aurait donc commencé par être la demeure de
Senne ou Serma, et son domaine ou sa colonge aurait suscité
la construction d'autres habitations dans son voisinage. Ce
noyau aurait grandi insensiblement et serait devenu assez
important pour constituer, en 1024, c'est-à-dire un siècle après
l'invasion des Huns et à la formation de la seigneurie du
Rosemont, un village qui fut compris dans la circonscription
de cette seigneurie et dans la mairie du Haut-Rosemont.
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SEBMÂMAGMY 277
gneurie, partie de la mairie et de la paroisse de Chaux, de
ChaiiX'la-jolie, comme on ne cessa de l'appeler au pays pen-
dant toute la durée du moyen-âge.
Mais quand La Chapelle-sous-Chaux fut pourvue d'un édifice
religieux suffisamment grand pour contenir les fidèles du
rayon, ceux de Sermamagny s'y rendirent, de préférence à
l'église de Chaux qui était plus éloignée ; enfin, quand cette
chapelle cessa d'être une annexe de Chaux et devint une
paroisse, ceux de Sermamagny lui furent définitivement ratta-
chés, tandis qu'au temporel ils continuèrent à dépendre de la
mairie du Haut-Rosemont.
Dans les pièces concernant le partage du comté de Ferrette,
en 1347, dont il est souvent question dans ces notices, M. StoflFel
relève l'expression in villis Sernmeigny, c'est-à-dire les colon-
ges ou les habitations de Sermamagny. Cette désignation,
relativement moderne, nous semble justifier nos prémices
concernant l'origine de Sermamagny.
Quoi qu'il en soit, l'accession définitive de Sermamagny aux
pays antérieurs de l'Autriche, ou mieux au domaine hérédi-
taire de la maison d'Autriche, date de ce partage, qui eut lieu
le 26 août à Altkirch. La suite de l'histoire de cette commune
est celle de toutes les autres de la seigneurie, et, pour ne pas
trop nous répéter, nous renvoyons le lecteur à la notice du
Rosemont.
A cause de sa situation topographique, Sermamagny eut
peut-être plus à souffrir que ses voisines dans les guerres du
moyen-âge, et surtout pendant la guerre de trente ans. Après
avoir ruiné le château de Délie, l'armée suédoise remontant,
au mois de décembre 1632, la vallée de la Savoureuse, ravagea
ce village comme elle avait ravagé Villars-le-sec et Oye, en
aval et en amont de Châtenois. Mais, à l'inverse de ces deux
derniers villages, Sermamagny se releva de ses ruines, et en
1675 il était à peu près entièrement reconstruit, car on montre
encore aujourd'hui la maison où. Turenne, après s'être dérobé
aux Impériaux, après la bataille d'Entzheim, au canton de
Geispolsheim, aurait passé une nuit à l'arrivée de son armée
à la trouée de Belfort, pour tomber, quelques jours après, sur
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278 SEVENANS
Pennemi, posté entre Colmar et Turckheim, où il fut défait et
refoulé audelà du Rhin.
A la fin du siècle, Sermamagny, rendu à la domination fran-
çaise, se fit inscrire aux armes suivantes sur l'armoriai général
de France :
D'azur, à trois flèches d'or, ferrées d'argent, posées en pal et
en sautoir, liées de gueules. (Voy. N° 21 des planches.)
En 1803, la population de Sermamagny était de 437 habi-
tants; on y en a recensé 445 en 1876.
Cette commune appartient au canton de Giromagny. Dis-
tances légales : 7 kilomètres jusqu'à Giromagny; 6 kilomètres
jusqu'à Belfort.
Sevenans. — Un chemin qui porte encore le nom de che-
min de Jules César, venant de Trétudans, traverse du sud au
nord le ban de Sevenans et perd son nom à la rencontre de la
route de Délie. Ce chemin n'est que la continuation de la voie
romaine dont on voit encore un tronçon de quelques centaines
de mètres de longueur au pâturage de Vourvenans. De Seve-
nans, cette voie poursuivait sa course vers Andelnans, Dan-
joutin et Brace, et, à Sevenans même, sur une petite éminence
qui dominait la voie, se trouvait encore au moyen-âge un châ-
teau dont les dernières ruines ont disparu pour faire place à
une élégante construction moderne.
De cet ensemble d'indications certaines, on peut conclure
qu'à l'époque gallo-romaine, il y avait en cet endroit un poste
militaire ou un établissement quelconque, dont les restes ont
donné naissance à la petite commune de Sevenans.
Quand, au XP siècle, l'assise du château de Belfort fut déli-
mitée, le territoire de cette localité renaissante fut compris
dans la circonscription de l'assise, et quand les hameaux et
les villages de celle-ci furent classés en deux mairies, celles
de la Haute- Assise et de l'Assise-sur-l'eau, Sevenans fit partie
de la dernière.
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SUARCE 379
Besançon, confirme audit monastère la possession de biens
dans un grand nombre de localités, et parmi lesquels se trouve
spécifiée « la terre de Sevenans ».
S'agit-il du domaine utile de tout le ban, dont le monastère
aurait eu la possession ou la jouissance? C'est ce qu'il serait
difiicile de préciser. Quoi qu'il en soit, le hameau n'acquit
qu'un mince développement dans les temps qui suivirent. Ses
habitants fréquentèrent l'église de Bermont, dont ils sont
restés les paroissiens.
Sevenans, qui n'est signalé par aucun fait particulier dans
le passé de l'Assise-sur-l'eau et de la prévôté de Belfort, dont
il dépendait, suivit nécessairement la fortune politique qui fut
réservée à l'une et à l'autre. (Voy. Belfort)
En 1803, la population de Sevenans était de 100 habitants;
on y en a recensé 142 en 1876, Leupe compris.
Sevenans appartient au canton de Belfort. Distance légale :
7 kilomètres.
Suarce. — Un diplôme de Louis-le-Débonnaire, daté du
palais de Franckfort, le 21 juin 823, nous révèle l'existence de
Suarce à cette époque reculée. Le diplôme dont il s'agit
concerne l'abbaye de Masevaux, qui avait des propriétés daiis
un certain nombre de localités, parmi lesquelles Suarce est
cité. Louis confirme les possessions et les privilèges de l'ab-
baye ; de plus, il fait défense à ses avoués d'instituer des sous-
avoués sur ses possessions et leur ordonne de tenir chaque
année un plaid général à Guewenheim.
On pourrait penser que Suarce, une des localités les plus
éloignées des possessions de l'abbaye de Masevaux, était
pourvu d'un sous-avoué que le diplôme révoque et qu'un
avoué fut substitué à l'agent de seconde main, car on trouve
de bonne heure à Suarce des traces d'une famille qui prit le
nom du village. Le P' avril 1105, Henri delSuarce et Oerung
= Georges, son gendre, sont en effet cités comme témoins de
la prise de possession, la veille du dimanche des Rameaux, par
Hugo, prieur de Morteau, agissant au'nom de l'abbé de Cluny,
des propriétés allodiales données au prieuré de Froidefontaine
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280 SUABGE
par la comtesse de Montbéliard, Ennentrude, avec le consen-
tement de ses fils Thierry et Frédéric.
Quand Frédéric, qui'fut le premier comte de Ferrette, prit,
en 1125, possession du comté, il trouva donc les nobles de
Suarce établis dans le village qui fit partie de son héritage.
Il y a lieu de penser que Suarce fut, dès les premières
années du règne de Frédéric, classé comme dépendance ou
partie intégrante de la terre de Florimont. Suarce forma alors
une mairie.
La'^famille de Suarce continua à exister dans ce village, car
nous rencontrons, parmi les témoins d'une vente faite en 1170,
le chevalier Ulrich de Suarce.
En 1333, les nobles de Suarce rendent foi et hommage au
marquis de Bade, époux de Jeanne de Montbéliard, dame de
Florimont.
Quand, en 1347, la liquidation de la succession de Jeanne fut
accomplie, Suarce passa, avec Florimont, dans la dépendance
du domaine de Délie.
En 1357, nous rencontrons un Vauthier de Suarce qui reçoit
en accensement, de l'abbaye de Bellelay, pour une durée de
cinquante années, tout ce qu'il tenait précédemment de cette
abbaye. Dans les temps suivants, nous ne rencontrons plus
trace de cette famille.
Quant à l'église de Suarce, on est porté à croire qu'elle est
fort ancienne et qu'elle doit>a fondation à l'abbaye de Mase-
vaux, qui était, comme on l'a vu, possessionnée dans cette
localité dès le IX* siècle. Mais les titres ne nous fournissent
aucun renseignement à cet égard. Nous n'avons qu'un seul
nom des anciens curés de Suarce, celui de Pierre, qui figure
comme témoin dans deux actes, des 23 juin 1313 et 5 novembre
1316. L'objet de ces actes n'a aucun rapport avec les recher-
ches qui nous occupent.
Au XV* siècle, cette église était sous l'invocation de Saint-
Germain, évêque. Elle avait ,deux autels latéraux, dont l'un
dédié à l'Assomption, avec une confrérie-du Rosaire, et l'autre
h Saint-Biaise. A cette époque, l'abbaye de Masevaux en avait
encore la coUature.
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THIANCOUBT 281
Les titres allemands donnent à la commune le nom de
Schwertz. De même les titres latins.
En 1803, la population de Suarce était de 546 habitants; on
y en a recensé 513 en 1876.
Suarce appartenait au canton de Dannemarie. Il est rattaché
à celui de Délie. Distances légales : 9 kilomètres jusqu'à
Délie; 2myriamètres jusqu'à Belfort.
Thiancourt. — Cette petite localité ne nous apparaît
dans les titres qu'en 1303; son urbaire de cette année porte
qu'elle levait annuellement un quartaut d'avoine, à titre de
contribution landgraviale; que les biens tenus par Jean Zem
Thor et Rodolphe Grunger devaient aussi un quartaut
d'avoine; qu'il y avait encore un moulin qui payait cinq sous,
et, quand un colonger venait à mourir, sa meilleure coiffure
appartenait au seigneur. Nous voyons ensuite dans les fran-
chises et privilèges de la mairie de Bure, rédigés vers 1360,
que le Chêne de Thiancourt était une des limites du territoire
sur lequel le seigneur évêque de Bâle avait le droit de chasse.
Le premier attelage que l'évêque apercevait sur les champs
de ce territoire était tenu de conduire le produit de sa chasse
à la forteresse la plus voisine; ce droit s'exerçait à partir de
la cuisine de l'abbaye de Lucelle, en suivant le chemin de Jon-
cherèy, jusqu'au chêne de Thiancourt et d'autres points étran-
gers au territoire de Belfort, moyennant un boisseau d'avoine
pour les chevaux et un pourboire convenable, si le conduteur
était domestique. En d'autres termes, l'évêque avait le droit
de faire cette réquisition sur les terres appartenant à l'église
de Bâle, et qui constituaient ce qu'on appelait la principauté
de l'évêque. Le chêne de Thiancourt en marquait la limite à
l'un des points où cette principauté confinait aux terres du
comté de Montbéliard.
On doit admettre que ce chêne était fort grand et fort
ancien, car, pour avoir servi de limite entre la principauté de
l'évêque et celle du comte de Montbéliard, il faut que, déjà en
1282, il ait eu un développement remarquable. C'est en effet
en cette année que l'empereur, Rodolphe de Habsbourg,
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282 TBÉTUDANS
arracha le Porrentruy des mains du comte et le remit en celles
de Févêque. Le chêne dont il est question dans les franchises
de Bure de 1360, marqua la limite entre ces deux principautés,
au lieu de marquer la limite entre l'Alsace et la principauté
épiscopale, ainsi que le répètent l'un après l'autre les livres
et les écrits oîi il est fait mention du chêne de Thiancourt
Thiancourt dépendait du fief de Grandvillars, et il a toujours
appartenu au landgraviat supérieur, à l'exception toutefois
d'une courte période, pendant laquelle il appartint au comte
de Montbéliard, pour retourner, bientôt après, à la maison
d'Autriche. (Voy. Grandvillars.)
En 1803, la population de Thiancourt était de 85 habitants ;
on y en a recensé 140 en 1876.
Fait partie du canton de Délie. Distances légales : 3 kilo-
mètres jusqu'à Délie ; 2 myriamètres 1 kilomètre jusqu'à
Belfort.
Trétudans. — Au pied du rocher ou de l'élévation sur
laquelle l'église moderne est construite, prend naissance un
chemin qui conduit à Sevenans; il porte le nom de chemin de
Jules César. C'est évidemment la continuation de la voie
romaine dont une section, d'environ trois cents mètres de lon-
gueur, est signalée par Schœpflin au territoire de Vourvenans.
Ce que nous avons dit précédemment pour Sevenans, à l'égard
de cette voie et concernant l'origine du village, s'applique plus
particulièrement encore à l'origine de Trétudans. Il est vrai-
semblable qu'à l'époque gallo-romaine il y eut ici un établis-
sement, ou même une agglomération dont, après les invasions,
les ruines ont donné naissance au village qui a pris le nom de
Trétudans.
Nous croyons que Trétudans existait déjà lorsque le pre-
mier comte de Montbéliard-Ferrette prit possession de son
héritage, c'èst-à-dire en 1024, ou un siècle après les ravages
exercés au pays par les Huns. Nous basons ce sentiment sur
la considération qu'en 1147 l'agglomération avait déjà sa cha-
pelle. Cela résulte d'une charte du 5 janvier de cette année.
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TRÊTUDANS 383
possessions du prieuré de Lanthenans, parmi lesquelles est
citée la chapelle de Trétudans, dépendante de l'église de Ber-
mont. Une bulle du pape Alexandre III, du 4 mai 1177, a le
même objet que la charte précédente et cite encore spéciale-
ment l'église de Bermont avec sa chapelle de Trétudans.
Quand, après 1024, l'assise du château de Belfortfut consti-
tuée, Trétudans fut compris dans la mairie de l'Assise-sur-
l'eau. Comme toutes les communes de la mairie, Trétudans
resta au comté de Montbéliard, jusqu'à la liquidation de la
succession de Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard ;
il passa alors dans l'héritage de sa fille, Jeanne, veuve du
comte Ulrich de Ferrette et mariée en secondes noces avec
Raoul Hesse, marquis de Bade. Mais, depuis un nombre indé-
terminé d'années auparavant, le village avait été inféodé à
une famille qui en prit le nom ; de sorte que cette famille dut
rendre foi et hommage de son fief au marquis de Bade, en
1333, en vertu d'un rescrit de Hugues de Bourgogne, qui, à la
mort de son frère Renaud, avait été institué administrateur
du comté.
C'est à cette époque que, dans les titres allemands, le nom
de Trétudans devient celui de Troscholdingen.
La famille de Trétudans était déjà en possession de son fief
en 1331. Nous rencontrons, en effet, un Jean de Trétudans et
son frère Perrin ou Pierre, qui figurent comme témoins dans
un acte, reçu le 5 avril, concernant une dîme à Voiyaucourt.
Le 20 avril 1333, nous trouvons encore Pierre de Trétudans,
achetant, moyennant 13 livres estevenantes, un maix ou une
ferme à Grandfontaine et l'affectant à l'autel de Saint-Nicolas
de Mandeure. Il devint ainsi coUateur de la. chapellenie. C'est
la même année que Pierre et son frère se reconnurent vas-
saux du marquis de Bade. Parmi les enfants de Jean, nous
trouvons le damoiseau Huguenin de Trétudans, qui, les 1" et
2 juin 1333, est témoin dans une vente, faite par la femme de
Jean de Montreux à son frère, Ulrich de Châtel-Vouhay. Quant
à son oncle Perrin, nous le trouvons dans un acte du 30 dé-
cembre 1344, qui le nomme tuteur des enfants de Richard de
Bussurel. Dans un autre acte, de 1347, figure îomme témoin
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284 uaosREY
un Pierre de Trétudans, peut-être le fils du précédent. Enfin,
nos informations sur les membres de cette famille seront épui^
sées, lorsque nous aurons noté qu'en 1373 et 1390, Miles =
le chevalier Jean de Trétudans figure aussi comme témoin
dans des actes dont l'objet est étranger à nos recherches.
Au partage, en 1347, de la succession de Jeanne de Mont-
béliard, marquise de Bade, Trétudans suivit la fortune poli-
tique de la prévôté de Belfort et de la mairie de l'Assise-sur-
l'eau. Il échut à Adélaïde, fille cadette de Jeanne et du mar-
quis de Bade, et fit partie de ce qu'on a appelé la justice des
onze villes. (Voy. Belfort)
Trétudans est inscrit aux armes suivantes sur l'armoriai
général de France :
D^or, à deux loups d'azur passants Vim sur Vautre. (Voy.
N° 16 des planches.)
Quant à son église, devenue paroissiale à une époque sur
laquelle nous manquons de renseignements, elle fut placée
sous l'invocation de Sainte-Marguerite.
En 1803, la population de Trétudans était de 216 habitants;
on y en a recensé 238 en 1872.
Trétudans appartient au canton de Belfort. Distance légale,
8 kilomètres.
Urcerey. — Sous les comtes de Montbéliard, cette localité
fit toujours partie de la seigneurie du Rosemont. La seigneurie
ayant été divisée en deux mairies, Urcerey fut compris dans
celle du Bas-Rosemont, dont il n'a pas cessé de dépendre et
de partager le sort politique. En 1347, cette commune passa
définitivement au comté de Ferrette et au domaine Jiérédi-
taire de la maison d'Autriche.
En 1437, elle paraît avoir été tenue en fief par Renaud
d'Urcerey, dont M. Stoffel découvre le nom dans des pièces
concernant la donation de la forêt du Salbert aux bourgeois
de Belfort.
En 1659, Urcerey tomba dans le domaine du duc de Maza-
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VALDOIE «50
En 1803, la population d'Urcerey était de 154 habitants; on
y en a recensé 199 en 1876.
Appartient au canton de Belfort. Distance légale, 5 kilo-
mètres.
Valdoie — Il nous paraît indubitable que la voie romaine,
venant de Brace pour se diriger vers la gorge du Rosemont,
traversait le ban de Valdoie. Si l'on n'en a, jusqu'à présent,
'découvert aucune trace matérielle, cela tient, selon nous, à
l'indifférence qui a presque toujours existé dans nos environs
à l'endroit de nos origines et de nos antiquités. Il doit donc
nous être permis de nous attacher d'autant plus étroitement
aux indices qui peuvent se produire et de les utiliser pour
nos recherches.
Selon M. Stoffel, extrêmement discret en fait d'étymologies,
« Valdoye (fe) vimt de vadium = gtié de VOye ou de la Savou-
reuse ». M. Stoffel, qui ignore la langue du pays, semble ne
pas se douter que dans les noms de Vaidoie^ Wedaw, Wàdaw,
qu'il relève plus loin, se trouve la confirmation de l'étymologie
qu'il propose. Dans la langue celtique, Oye signifiait eau,
rivière. Le roman du pays en a fait aw. De vadium = gué, il
a fait va% vie = chemin ou gué de la rivière. C'est ainsi que
de la décomposition la plus simple du nom de Vaidoie, Vay-
doye, Wedaw, Waido, conservé au village dans la langue popu-
laire, on arrive à prouver en quelque sorte que la population
gallo-romaine nous a transmis ce nom en prenant aux Romains
le vadium = vay = gué pour le joindre au mot celtique oye
z=:aw = eau, rivière. Ainsi se trouve expliquée l'origine du
nom du village qui s'est formé sur ce point et dont l'orthographe
moderne donne une idée aussi fausse que défigurée.
Valdoie se serait donc établi sur la voie romaine qui condui-
sait de Brace à la gorge du Rosemont et au bord de VOye,
dont on a fait plus tard la Savoureuse,
Entre Bermont et Châtenois existait aussi, sur le bord de
la rivière, le village d'Oye. Pour distinguer de celui-ci celui
qui nous occupe, la population gallo-romaine lui donna le nom
d'Oye au gué = Vaydoie = Wddaw = Valdoie.
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286 VAUTHIERMONT
L'enfance de ce village a duré des siècles, car, en 1024, ou
à la formation de la seigneurie du Rosemont, ce n'était encore
qu'un hameau de mince importance. Plus tard, il fut compris
dans la mairie et la paroisse d'Evette, c'est-à-dire quand les
habitations disséminées sur les pâturages = vaytes = les
Evettes furent assez nombreuses pour les faire ériger eh com-
mune et en chef-lieu de mairie et de paroisse. (Voy. Evette.)
Valdoie continua à faire partie de cette mairie et de cette
paroisse pendant toute la durée de la domination des comtes'
de Montbéliard. En 1347, il passa au comté de Ferrette, avec
toutes les autres communes de la seigneurie du Rosemont, et
au domaine de la maison d'Autriche. La mairie d'Evette fut
alors absorbée par la mairie du Haut-Rosemont, dont Valdoie
fit également partie. En 1659, il passa au duché de Mazarin.
Pour donner au lecteur une idée de la condition des cam-
pagnes à une époque relativement rapprochée, nous retenons
un fait qui concerne particulièrement la commune de Valdoie.
Le 31 mai 1409, l'écuyer Jean de Courroux épouse la fille de
Jean de Boncourt. Celui-ci compte, en dot, à son gendre,
300 florins de bon or, en comptant 15 sous de bons estevenants
par florin. En garantie de la dot, Jean de Courroux assigne à
son épouse les hommes qu'il possédait à Valdoie et Cravanche»
ainsi que ses biens situés à Belfort.
Les titres que nous pouvons consulter ne nous donnent
aucun renseignement sur l'époque où l'église de Valdoie fut
fondée. Jusque-là Valdoie a appartenu à celle d'Evette, qui
était du décanat de Granges. Quand Valdoie fut doté de son
église particulière, elle fut placée sous l'invocation de Saint-
Joseph.
En 1803, la population de cette commune était de 251 habi-
tants ; on y en a recensé 732 en 1876.
Valdoie appartient au canton de Belfort. Distance légale,
4 kilomètres.
Vauthiermont. •— Une donation faite à Guebwiller, en
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VAUTHIERMONT 287
Cremhilde, sa femme, donnent à ladite abbaye tout ce qu'ils
tiennent de leurs pères et mères à Vauthiermont, dans la
marche de Belmagny, ainsi que tout ce qu'ils ont acquis et
pourront acquérir, c'est-à-dire les habitations, les hommes, les
revenus, les troupeaux, biens mobiliers et immobiliers, champs,
prés, vignes, forêts, pâturages, marais ou étangs et cours
d'eau.
Ainsi, tout ce qui constituait la localité à la fin du VHP
siècle, appartenait au toparque Folckwin et passa, en vertu
de cette donation, à l'abbaye de Murbach, qui venait d'être
fondée par Eberhard, petit-fils du duc Adalric et neveu do
Sainte-Odile.
Dans ce titre, le nom allemand de Vauthiermont est VaUers-
perg. Dans des titres plus récents concernant la commune,
M. Stoffel relève encore un autre nom allemand, celui de
Detdsch'Rumhach,
Les localités qui se trouvaient dans la marche de Belmagny
relevèrent plus tard de l'avouerie de Traubach, et il est vrai-
semblable que Vauthiermont en fit aussi partie. Mais il y a
lieu de penser que, dès le XIP siècle, Vauthiermont en fut
distrait pour être incorporé dans la prévôté d'Angeot. Nous
présumons que cela eut lieu à la création du comté de Fer-
rette, c'est-à-dire en 1125.
Ce qui |est certain, c'est qu'au XIP siècle Vauthiermont
dépendait de la prévôté et de la mairie d'Angeot, ainsi que de
sa paroisse. Dès ce moment, son passé historique se confond
dans celui de la prévôté et de la paroisse. (Voy. Angeot)
Il est probable que le vicus = village de 796 eut de bonne
heure sa chapelle; mais nous ne la rencontrons qu'en 1441.
A cette époque, la chapelle primitive était devenue église
paroissiale ; elle était alors sous l'invocation de Saint- Antoine,
Ermite. Elle avait deux autels latéraux, dont l'un était dédié
à .Saint-Georges, avec une chapellenie anciennement fondée
par les paroissiens, qui en avaient la coUature; l'autre dédiée
au Saint-Sacrement, avec une confrérie sous ce titre. Quant à
la collature de l'église, elle appartenait à la communauté.
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288 VELLESCOT
A la fin du XVIP siècle, ladite communauté se fit inscrire
aux armes suivantes sur l'armoriai général de France :
Uargent, à deux lions affrontés de sable. (Voy. N° 9 des
planches.)
En 1803, la population de Vauthiermont était de 312 habi-
tants ; on y en a recensé 334 en 1876.
Vauthiermont appartient au canton de Fontaine. Distances
légales : 4 kilomètres jusqu'à Fontaine ; 1 myriamètre 5 kilo-
mètres jusqu'à Belfort.
Vellescot. — A proximité de la route qui conduit à Délie,
et à environ 30 centimètres de profondeur, près de Vellescot,
on a découvert un tronçon de la voie romaine indiquée par
M. Aug. Quiquerez, sur la carte qui accompagne le livre ren-
fermant ses recherches au Jura bernois sur l'époque gallo-
romaine. Ce tronçon, construit en cailloux noyés dans un bain
de chaux ou de ciment, avait plus de cent mètres de longueur,
et il nous souvient avoir vu près de cette voie un pavage qui,
sans être une mosaïque, s'en rapprochait à certains égards.
Cette découverte a été faite en l'année 1851 ou 1852.
Une voie romaine passait donc dans cette localité, et l'on
peut admettre que là aussi il y avait, à l'époque gallo-romaine,
un poste, une villa ou une ferme = curtis, qui, par combinai-
son ou corruption des deux mots, aurait donné au village le
nom qui lui est resté. Vellecort est en eflfet la première forme
de ce nom. On la trouve dans la charte de dotation du prieuré
de Froidefontaine, du 8 mars 1105.
A cette époque, Vellescot appartenait à la mairie et à la
paroisse de Grosne, au passé historique desquelles le sien est
intimement lié. (Voy. Orosne, Délie et Florimont)
Nous ne ferions que nous répéter si, dans cette notice, nous
voulions indiquer les diverses dates où ce village changea
de condition. Nous nous bornerons à dire que, quand il fut
acquis au comté de Ferrette, les titres allemands lui don-
nèrent le nom de Hanendorf.
En 1803, la population de ce vîllor.- xa--
1 c\r\ l_^Vi4..- -
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VESOEMCNT 289
Vellescot appartient au canton de Délie. Distances légales :
8 kilomèftres jusqu'à Délie; 1 myriamètre 6 kilomètres jus-
qu'à Belfort.
Vescemont. — Ce village était un fief compris dans la
seigneurie du Rosemont. Lorsque celle-ci eut passé au comté
de Ferrette, Vescemont apparaît dans les titres allemands
sous le nom de Wessemberg.
C'est, sans aucun doute, ce nom que prit la famille investie
du fief et que l'on rencontre dans l'histoire de l'Alsace occi-
dentale.
Mais il se présente, à l'égard des Wessemberg, un embarras
diificile à résoudre : dans la première édition de son Diction-
naire topographique, M. Stoffel n'hésite pas à attribuer à cette
famille un Hugo de Wessémberch cité par Moné, en 1276, et
\m Junker (gentilhomme) Hansen de Wessenburg, en 1662.
Puis il ajoute qu'il y avait à Vescemont un ancien château,
que ce village formait une mairie et que, plus tard, cette mai-
rie fut incorporée dans celle du Haut-Rosemont. Avec ces
indications, l'histoire politique de Vescemont se constituerait
d'elle-même.
Dans la seconde édition, l'auteur retranche presque tout ce
qui précède, par le motif sans doute que, dans ses recherches
ultérieures, il a conçu des doutes sur la filiation ou la parenté
des Wessémberch de 1276 et des Wessenburg de 1662, avec
les Wessemberg de Vescemont; de sorte que nous n'avons
plus ni ancienne famille noble, ni ancien château pour la
localité qui nous occupe.
Il ne reste de certain que ceci : c'est qu'en 1577, Vescemont
était encore chef-lieu d'une mairie, comprenant sans doute,
outre Vescemont, les hameaux qui ont formé, au XVir siècle,
la commune de Riervescemont.
C'est probablement vers cette époque que la mairie a été
supprimée ou fondue dans celle du Haut-Rosemont.
Nous pourrions borner cette notice à ce qui précède et.
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290 VESCEMONT
tions éparses, il est possible d'arriver à des conclusions satis-
faisantes. *
Les actes de Mûri rapportent qu'en 1111, Otton II, delà
maison de Habsbourg, comte de l'Alsace supérieure, fut tué
par un certain Hesson de Yesinherg, le 5 ou le 8 novembre, à
Butenheim (Battenheim), en Alsace, et que son frère, Adel-
bert II, succéda à Otton dans la possession dès biens des
Habsbourg de l'Alsace supérieure.
Dans trois titres de 1257, 1296 et 1297, nous rencontrons le
noble Jean de Wessenberc, puis Hugues de Wessenberg,
comme témoins, à côté de personnages émincnts, parmi les-
quels Rodolphe de Habsbourg, dans des actes étrangers à
notre sujet. Puis, en 1297, la cour prébendale de Berthold de
Wessenberg, comme limite en longueur des terres de l'évêché
de Bâle, au sujet desquelles un synode prononce des peines
contre toutes violences exercées dans ces possessions, dont la
cour prébendale de Simon de'Gundolsheim est citée comme
limite en largeur, à partir de la maison de Crafton de Bâle.
Aucune indication n'est du reste donnée sur l'origine des
Wessemberg; nous nous demandons dès lors s'il n'est pas per-
mis de faire remonter cette origine aux premiers ministériaux
de la maison de Habsbourg dans cette localité qui, même sous
les comtes de Montbéliard, serait restée propriété allodiale
des Habsbourg.
Cette prévision ou, si mieux l'on aime, cette hypothèse nous
paraît s'accorder avec les informations plus récentes que
Schœpflin nous donne sur la famille des Wessemberg.
Les Wessemberg avaient, au nombre de leurs fiefs, le quart
de la ganerbie dîi château de Roppe, dont les Roppach avaient
été investis, en 1317, par Ulrich II, comte de Ferrette. (Voy.
Roppe.)
A l'extinction des Roppach, les Wessemberg en héritèrent,
avec les Reinach, le fief d'Essert. En 1500, les Wessemberg
en avaient la moitié. (Voy. Essert.)
Si notre hypothèse est admise, il faut croire que les Wes-
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VETRIGNE 291
retrouvons dans la personne de Jean Neury, un des chefs des
Eosemontois qui résistèrent aux Suédois et qui eurent un si
triste sort dans le vallon, entre Perouse et Danjoutin. (Voy.
Uosemmit et Yézelois,)
La destruction du château de Vescemont pourrait remonter
à la même époque.
En 1803, il y avait à Vescemont 430 habitants, et 610
en 1876.
Vescemont est du canton de Giromagny. Distances légales :
2 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton ; 1 myriamètre
4 kilomètres jusqu'à Belfort.
Vetrigne. — On lira dans la notice de PhaflFans toute la
part qui revient à Vetrigne dans le passé historique du pagiis
et de la marca dont cette petite localité faisait partie. Phaf-
fans était sa mairie et sa paroisse, Roppe son chef-lieu
féodal.
Nous noterons cependant qu'au partage de la succession de
Jeanne de Montbéliard, en 1347, Vetrigne échut à sa fille
Ursule, mariée au comte de Hohenberg; qu'en 1350, Albert II
d'Autriche, son beau-frère, qui avait succédé aux comtes de
Ferrette, racheta la part d'Ursule, et qu'ainsi Vetrigne appar-
tint dès cette année au comté de Ferrette et au domaine de la
maison d'Autriche; et enfin que Vetrigne eut le sort commun
à toutes les possessions héréditaires de cette maison dans la
Haute-Alsace.
Dans les titres allemands, on donne à cette localité le nom
de Wurteringen,
Quand la chapelle d'Offemont fut desservie par le recteur
de PhaflFans, les habitants de Vetrigne fréquentèrent cette
chapelle, qui était plus rapprochée que leur église paroissiale.
Quand la chapelle fut érigée en paroisse, Vetrigne fut distrait
de l'ancienne et rattaché à la nouvelle.
En 1803, la population de cette localité était de 184 habi-
tants ; on y en a recensé 176 en 1876.
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292 VÉZEL0I8
Vézelois. — Les titres que nous consultons ne nous par-
lent de Vézelois qu'à la tin du XIIP siècle. Cette commune
appartenait alors au comté de Montbéliard. Elle faisait partie
de la seigneurie de Belfort.
A la mort de Richard de Belfort, son gendre, Henri de
Delémont, reprend en fief du comte de Montbéliard, dont
il se déclare l'homme lige, différents biens et revenus que
Richard possédait au même titre. Parmi ces revenus figurent
22 sous censaux, qui étaient payés chaque année par Vézelois.
Cette reprise est du 1*' décembre 1295, et c'est le titre le plus
ancien où nous trouvons Vézelois cité.
Nous pensons que, déjà à cette époque, Vézelois faisait
partie de la mairie de Meroux.
Lors du partage de la succession de Renaud de Bourgogne»
en 1332, Vézelois échut à sa fille Jeanne, comtesse de Ferrette,
et à la mort de celle-ci, en 1347, il advint à sa fille cadette,
Ursule, comtesse de Montfort, de laquelle il fut racheté par
l'archiduc Albert d'Autriche, en 1350, époque à laquelle cette
localité passa définitivement au comté de Ferrette et dans les
possessions héréditaires de la maison d'Autriche.
Vézelois avec Meroux furent alors incorporés dans la sei-
gneurie du Rosemont; mais Vézelois fut chef-lieu de la
mairie.
Dans les titres allemands, Vézelois a pris le nom de Wies-
wald.
Vézelois eut nécessairement le sort commun aux localités
du Rosemont. M. Bardy nous rapporte un fait qu'il importe de
conserver dans cette notice. Il concerne la résistance des
campagnards à l'invasion suédoise. Voici comment s'exprime
M. Bardy :
« Vaincus àBlotzheim et àDannemarie, les paysans des alen-
tours de Belfort (voy. Rosemont) résolurent de mourir plutôt
que d'abandonner la partie. Ils étaient au nombre de trois
mille quand ils furent massacrés dan& le pli de terrain entre
Danjoutin, Perouse, le bois de La Perche et Vézelois. Soixante
se réfugièrent dans la tour de Vézelois, où ils furent cernés et
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VILLABS-LE-SEG }S^
enfumés. L'un d'eux, Etienne Grosjean, parvint à sortir et,
armé d'une longue perche, il se rua sur les Suédois qui étaient
présents et qui s'enfuirent comme devant un être suscité par
la vengeance céleste. Ceux qui étaient dans la tour sortirent
ensuite, et tous se mirent à la poursuite des Suédois jusque
dans le Grand-Bois. C'est à la suite de cette résistance déses-
pérée que Oye, ainsi que Batumagny et le château de Breyval
furent détruits. » (Voy. les notices.)
A la fin de la guerre, Vézelois, revenu à la France, se fit
inscrire dans l'armoriai général aux armes suivantes :
D'azur^ à trois pommes de pin^ d'or, deux et une. (Voy. N° 22
des planches.)
Le finage de Vézelois fournissait de la mine en grains,
exploitée à ciel ouvert, pour alimenter les hauts-fourneaux de
Belfort et de Châtenois.
Dans la reconstruction récente de l'église, la tour où les
soixante Eosemontois s'étaient réfugiés est restée debout. On
pénètre dans le rez-de-chaussée par une petite ouverture à
l'intérieur de la nef. Ce rez-de-chaussée est percé d'embra-
sures, par lesquelles les assiégés se défendaient. Elles sont
murées à l'extérieur. C'est tout ce qui reste de l'ancienne
construction.
En 1803, la population était de 470 habitants; en 1876, on y
en a recensé 439.
Vézelois appartient au canton de Belfort. Distance légale,
7 kilomètres.
Villars-le-sec. — Grandidier pense que ce village doit
son nom à Villibert, domestique de Saint-Dizier et de Saint-
Regenfroi, assassinés au IX* siècle, à l'endroit où le village de
Croix s'est formé. Si cette opinion a quelque valeur historique,
Villars-le-sec se serait formé à son tour, peu de temps après
le martyr, et après la mort de Villibert qui avait survécu à
ses maîtres.
Le territoire de Villars-le-sec dépendait alors de la dotation
de l'abbaye de Murbach; le village releva ensuite de la mairie
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294 VILLARS-LE-SEG
de Saint-Dizier, et plus tard du château de Délie. (Voy. Saint-
Dizier.)
En 1303, ce village payait à sa mairie pour sa part de contri-
bution landgraviale, 8 sous et trois quartauts d'avoine. Le
village, avec les hommes et les biens appartenaient alors, en
dehors de ce qui était à l'église, au seigneur de Délie.
Mais il y avait des affranchis, des hommes libres, qui dispo-
saient de leurs biens. En 1342, nous trouvons en effet un*
Cuenin, fils de Berchin, qui, dans une vente, figure comme
tuteur de la femme du vendeu»; de même, en 1343, un Martin
qui apparaît au même titre ; en 1344, un Jehannot, fils de
Girardin, comme acquéreur; en 1347, un Jean Voillemenat et
les fils de feu Girardin, qui vendent à Thiébaut de Rocourt
des biens situés au Fahy; en 1362, un Estevenin, gendre de
Rondey, qui dote l'autel de Saint-Jean-l'Evangéliste de Por-
rentruy; en 1368, un Bourquin dit Boichat, témoin dans la
vente d'un jardin; en 1369, un Hemonat, fils de Bourquin; en
1379, une Jeannette, veuve d'Hemonat; et en 1389, un Voille-
min, dit Chachert, qui tous ajoutent de nouvelles libéralités
en. faveur du même autel de Saint- Jean-l'Évangéliste de Por-
rentruy.
Si nous recueillons ces petits faits, insignifiants pour l'his-
toire générale, c'est parce qu'à notre avis ils peuvent acquérir,
au moyen de nouvelles recherches, de l'utilité au point de vue
de l'histoire locale. D'ailleurs, les noms d'anciennes familles
d'un simple village ont encore de l'intérêt pour ceux qui ne
dédaignent pas de descendre des hauteurs de la science et de
s'intéresser à la vie des plus humbles.
Il faut admettre que beaucoup de serfs des possessions de
l'évêché et de Villars-le-sec, qui était aux ducs d'Autriche,
passaient des terres de l'un dans celles de l'autre, et que cela
occasionna des difficultés entre ces deux seigneurs et leurs
ministériaux ; nous trouvons en ettet, à la date du 22 janvier
1361, une commission arbitrale instituée par l'évêque et le
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VILLARS-LE-SEC — VOURVENANS 295
Bâle. Si le serf émigré n'était pas réclamé dans le mois par son
seigneur, il appartenait aux terres de celui chez lequel il avait
émigré, et, dans ce cas, le seigneur qui le gagnait devait en
donner un autre à celui qui le perdait.
Le 7 mars suivant, Rodolphe ordonne à Henri de Masevaux.
son bailli de Délie, et à Marguerite de Bade, dame de Flori-
mont, de tenir la main à l'exécution de la convention arbitrale.
Villars-le-sec subit nécessairement, dans les siècles suivants,
le sort de la seigneurie dont il dépendait.
En 1803, la population de ce village était de 140 habitants ;
on y en a recensé 227 en 1876.
Villars-le-sec appartient au canton de Délie. Distances
légales: 7 kilomètres jusqu'à Délie; 2 myriamètres 9 kilo-
mètres jusqu'à Belfort.
Villars-le-sec. - Village détruit. — M. Stoffel trouve
dans l'urbaire de Belfort et dans celui des pays d'Autriche que
ce village existait encore en 1350, en 1394 et en 1533. Il y
trouve également la preuve qu'il était détruit en 1543. C'est
donc dans l'intervalle de 1533 à 1543 qu'il a disparu. Les titres
consultés ne fournissent aucun renseignement sur les causes
de sa disparition; de sorte que l'on peut l'attribuer tout aussi
bien à la grande mortalité qui régna en cette dernière année,
qu'aux violences des guerres que se faisait à cette époque la
féodalité du pays.
Le territoire de Villars-le-sec fut réuni à celui de Châte-
nois. Les combes de Villars et la fontaine de Villard, que
M. Stotfel relève dans des pièces de procédure de 1742, au
comté de Belfort, marquent indubitablement la partie du ter-
ritoire de Châtenois où Villars-le-sec était établi.
VourvenanS. ■— Au siècle dernier, Schœpflin écrivait que
la voie romaine, dont il a été souvent question dans ces
notices, traverse la forêt de Vourvenans. La forêt n'existe
plus. Le sol est devenu un pâturage situé au bord de la Savou-
reuse, entre le village auquel il appartient et les prés de
Châtenois. Le dernier défrichement, par l'abattage des chênes
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296 VOURVENANS
séculaires qui avaient pris racine sur la voie même, remonte
aux premières années de ce siècle ; mais les vestiges de la voie
sont encore reconnaissables.
La voie dont il s'agit se détachait de la voie militaire de
Mandeure au Rhin, dans la vallée du Doubs, et entrait dans
la vallée de la Savoureuse, à un point plus rapproché de Dam-
benois que de Vourvenans. A angle droit, cette dernière com-
mune est assise à environ un kilomètre h l'est de la voie et
cette situation ne permet pas de conclure que l'origine de ce
village soit contemporaine du monument dont son territoire
porte les derniers débris.
Comme la plupart de nos villages, cette agglomération doit
son origine à quelques habitations qui se sont élevées sur des
terres inoccupées et qui dépendaient des premiers seigneurs
ou des premiers maîtres du pays. En 1147, il y avait au moins
deux fermes dans la localité dont s'agit. Une charte du 5 jan-
vier le constate. Par cette charte, Humbert, archevêque de
Besançon, confirme les possessions du prieuré de Lanthenans,
et parmi ces possessions sont cités deux manses et demi ad
Valvenans, c'est-à-dire de Vourvenans, ce qui permet de sup-
poser que l'agglomération se composait alors d'un certain
nombre d'habitations, puisqu'elle portait déjà le nom qui lui
est resté,
Vourvenans dépendit ensuite de la mairie et de la paroisse
de Châtenois, dans le passé historique desquelles le sien se
confond. (Voy. Châtenois.)
En 1803, la population de cette petite localité était de
101 habitants; on y en a recensé 128 en 1876.
Vourvenans appartient au canton de Belfort. Distance
légale, 1 myriamètre.
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